« L'Aleph restera, je crois, comme le recueil de la maturité de Borges conteur. Ses récits précédents, le plus souvent, n'ont ni intrigue ni personnages. Ce sont des exposés quasi axiomatiques d'une situation abstraite qui, poussée à l'extrême en tout sens concevable, s... > voir plus
Coïncidences incroyable, je viens de terminer ce recueil de fiction de Borges et j'en fait une note le jour de son 112e anniversaire (et accessoirement également mon jour d'anniversaire) !Même pas fait exprès ! Je viens de le découvrir sur la page d'accueil de Google.Une coïncidence, une forme de destin qui donne un goût de fantastique, très Borgien en somme.Tous les récits de l'Aleph tournent sans fin autour du thème du Labyrinthe et des jeux de miroirs. Les personnages ont souvent un double réel et un double imaginaire. Le narrateur, le plus souvent Borges lui même, nous perd dans des micro-fictions sans autre lien apparent. Pas facile à suivre et un peu déroutant.24 août 2011
Ce recueil de contes m'a permis de découvrir JL Borges. Pourquoi ai-je choisi ce livre-ci? Peut-être parce que cette collection "L'Imaginaire" est particulièrement belle et abordable, la couverture blanche et brillante laissant justement place à l'imagination. Seules les couleurs du titre, ocre, rouge et turquoise donnent une idée du voyage vers un ailleurs rêvé: une ruelle de Buenos-Aires ou une lande de Cornouaille balayée par les vents.
Un beau voyage donc, mais surtout, Borges réussit à transmettre le plaisir qu'il a pu avoir à chercher, se documenter, à lire, à noter, recopier et emprunter de nombreux textes enfouis dans un recoin de bibliothèque pour nous submerger de fabuleux noms évoquant toutes les grandes aventures de l'humanité.
Recueil de nouvelles où, une fois de plus, l'auteur s'amuse à jouer avec le lecteur notamment en faisant des références littéraires qui sont la plupart du temps fantaisistes ou imaginatives. L'auteur aborde ici des thèmes très variés tels que la mythologie greco-latine, la mort, l'infini et plus particulièrement l'image du labyrinthe, une sorte d'histoire à répétition. J'ai eu plus de mal avec ce livre qu'avec "Fictions" du même auteur car cet ouvrage est beaucoup plus tourné vers l'irrationnel et j'ai eu plus de mal à m'imprégner dedans.
A découvrir néanmoins !
Parmi les commentaires que suscita la publication du texte qui précède, le plus curieux, sinon le plus aimable, est intitulé bibliquement "A coat of many colours" (Manchester, 1948). C'est l'oeuvre de la plume très obstinée du docteur Nahum Cordovero. Il s'étend sur une centaine de pages. Il parle de centons grecs, de centons de la basse latinité, de Ben Johnson, qui définissait ses contemporains avec des extraits de Sénèque, du "Virgilius Evangelizans" d'Alexander Ross, des artifices de George Moore et d'Eliot, et, finalement, de "la narration attribuée à l'antiquaire Joseph Cartaphilus". Il dénonce, dans le premier chapitre, de courtes interpolations de Pline (Historia Naturalis, V, 8); dans le second, de Thomas de Quincey (Writings, III, 439); dans le troisième, d'une lettre de Descartes à l'ambassadeur Pierre Chanut; dans le quatrième, de Bernard Shaw (Back to Methuselah, V). Il infère de ces intrusions, ou de ces larcins, que le texte entier est apocryphe.
Quand s'approche la fin, il ne reste plus d'images du souvenir ; il ne reste plus que des mots. Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui une fois me désignèrent avec ceux qui furent symboles du sort de l’homme qui m'accompagna tant de siècles. J'ai été Homère; bientôt, je serai Personne, comme Ulysse ; bientôt, je serai
tout le monde : je serai mort.
La prison est profonde. Elle est en pierre. Sa forme est celle d'une demi-sphère presque parfaite ; le sol, qui est aussi en pierre, l'arrête un peu avant le plus grand cercle, ce qui accentue de quelque manière les sentiments d'oppression et d'espace. Un mur la coupe en son milieu. Il est très haut, mais n'atteint pas la partie supérieure de la coupole. D'un côté, il y a moi, Tzinacan, mage de la pyramide de Qaholom, qui fut incendiée par Pedrode Alvaro ; de l'autre, il y a un jaguar qui mesure à pas égaux et invisibles le temps et l'espace de sa cellule.
Il est clair que je ne manque pas de distractions. Semblable au mouton qui fonce, je me précipite dans les galeries de pierre jusqu'à tomber sur le sol, pris de vertige. Je me cache dans l'ombre d'une citerne ou au détour d'un couloir et j'imagine qu'on me poursuit. Il y a des terrasses d'où je me laisse tomber jusqu'à en rester ensanglanté. A toute heure, je joue à être endormi, fermant les yeux et respirant puissamment. (Parfois, j'ai dormi réellement, parfois la couleur du jour était changée quand j'ai ouvert les yeux.)
Tous les neuf ans, neuf êtres humains pénètrent dans la maison pour que je les délivre de toute souffrance. J’entends leurs pas et leurs voix au fond des galeries de pierre, et je cours joyeusement à leur rencontre. Ils tombent l’un après l’autre, sans même que mes mains soient tachées de sang. Ils restent où ils sont tombés. Et leurs cadavres m’aident à distinguer des autres telle ou telle galerie. J’ignore qui ils sont. Mais je sais que l’un d’eux, au moment de mourir, annonça qu’un jour viendrait mon rédempteur. Depuis lors, la solitude ne me fait plus souffrir, parce que je sais que mon rédempteur existe et qu’à la fin il se lèvera sur la poussière. Si je pouvais entendre toutes les rumeurs du monde, je percevrais le bruit de ses pas. Pourvu qu’il me conduise dans un lieu où il y aura moins de galeries et moins de portes. Comment sera mon rédempteur ? Je me le demande. Sera-t-il un taureau ou un homme ? Sera-t-il un taureau à tête d’homme ? Ou Sera-t-il comme moi ? [La demeure d'Astérion]
Gilles Pellerin, conseiller littéraire pour le nouveau festival Québec en toutes lettres, parle de Jorge Luis Borges, auteur choisi pour la première thématique du festival du 14 au 24 octobre 2010 dans la ville de Québec.