L'auteur avait tout d'abord pensé intituler ce roman L'âge lyrique. L'âge lyrique, selon Kundera, c'est la jeunesse, et ce roman est avant tout une épopée de l'adolescence ; épopée ironique qui corrode tendrement les valeurs tabous : l'Enfance, la Maternité, la Révolut... > voir plus
J'ai été attirée par le titre du livre. Beaucoup de tristesse en 4 mots.
Ce va et vient entre les personnages est intéressant, dévoilés par un minimum de description. Il n'y a pas d'action, mais le texte laisse une impression de poésie. Cela vient peut-être de la brièveté des passages qui permet de ne pas s'en lasser alors que les thèmes sont usés (amours contrariés, maternité, adolescence,...).
C'était une découverte, et le sentiment est mitigé. Je reste sur une impression de roman-propagande (communiste). Il y a des maximes morales, il brode sur des citations d'artistes nationaux... Mais bon, la fin rachète un peu les longueurs exaspérantes. Les procédés sont bons, mais pas pour un livre si long.
L'histoire d'un petit garçon trop couvé par sa mère, qui devient poète mais ne sait pas comment devenir un homme, le combat entre l'art et la politique, les révoltes illusionnistes de la jeunesse, le printemps de Prague comparé à mai 68, Rimbaud et Pouchkine en modèles...il y a un peu de tout dans ce roman, avec toujours la même pensée desabusée de Kundera sur l'illusion du bonheur, le kitsh, les dangers des idéaux qui mènent au totalitarisme...ça m'a marquée adolescente, je ne sais pas ce que j'en penserai aujourd'hui, mais cela reste un livre à lire
La haine qui lui montait à la tête comme un alcool était belle et le fascinait:elle le fascinait d'autant plus qu'elle lui revenait, répercutée par la jeune fille, et qu'elle le blessait à son tour; c'était une colère autodestructrice...il sentait bien que sa colère était injustifiée et qu'il était injuste avec la petite, mais c'était sans doute de le sentir qui le rendait plus cruel encore, car ce qui l'attirait, c'était l'abîme, l'abîme de la solitude, l'abîme de l'autocondamnation; il savait qu'il ne serait pas heureux sans son amie et qu'il ne serait pas content de lui non plus, mais ce savoir ne pouvait rien contre la splendide griserie de la colère.
Quand la mère du poète se demandait où le poète avait été conçu, trois possibilités seulement entraient en ligne de compte : une nuit sur le banc d'un square, un après-midi dans l'appartement d'un copain du père du poète, ou un matin dans un coin romantique des environs de Prague.
Quand le père du poète se posait la même question, il parvenait à la conclusion que le poète avait été conçu dans l'appartement de son copain, car ce jour-là tout avait marché de travers. La mère du poète refusait d'aller chez le copain du père, ils se disputèrent à deux reprises et par deux fois se réconcilièrent, pendant qu'ils faisaient l'amour la serrure de l'appartement voisin grinça, la mère du poète s'effraya, ils s'interrompirent, puis ils se remirent à s'aimer et terminèrent avec une nervosité réciproque à laquelle le père attribuait la conception du poète.
La mère du poète, en revanche, n'admettait pas une seconde que le poète eût été conçu dans un appartement prêté (il y régnait un désordre de célibataire, et la mère considérait avec répugnance le drap du lit défait où traînait le pyjama froissé de l'inconnu) et elle rejetait pareillement la possibilité qu'il eût été conçu sur le banc d'un square où elle ne s'était laissé convaincre de faire l'amour qu'à contrecoeur et sans plaisir, songeant avec dégoût que c'étaient les prostituées qui faisaient ainsi l'amour sur les bancs des squares.
Qu'avait donc Jaromil qui déplaisait à ses camarades, qu'y avait il donc en lui qui les agaçait, qu'est-ce qui le rendait différent?
Nous hésitons presque à le dire: ce n'était pas la richesse: c'était l'amour de sa maman. Cet amour laissait des traces sur tout; il était inscrit sur sa chemise, sur sa coiffure, sur les mots dont il se servait, sur le cartable où il rangeait ses cahiers d'écolier, et sur les livres qu'il lisait à la maison pour se distraire.
Son fils peut aller au combat dans ses poèmes, y tenir un marteau et donner le bras à sa maitresse; ça ne le dérange pas; car il a gardé, dans ses poèmes, sa mère et sa grand-mère et le buffet familial et toutes les vertus qu'elle lui a inculquées.