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Note moyenne 3.56 /5 (sur 686 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Le Touquet , le 12/11/1971
Biographie :

Carole Fives est une écrivaine, chroniqueuse d’art et plasticienne.

Après une licence de philosophie à l'Université de Toulouse et un master d'arts plastiques, elle obtient le diplôme national supérieur d'expression plastique (DNSEP) des Beaux-arts de Paris.

Elle a commencé à écrire pour expliquer son travail de peintre et depuis elle n’a plus arrêté.

Son premier livre "Quand nous serons heureux" (2010), publié aux éditions Le Passage, est un recueil de nouvelles dans lequel elle dissèque les travers d’une société en quête de modèles. Elle a reçu le Prix Technikart 2009, présidé par Alain Mabanckou.

En 2012, elle fait paraître son premier roman "Que nos vies aient l’air d’un film parfait", aux éditions Le Passage dans lequel elle évoque avec justesse le sujet délicat du divorce et de la fratrie désunie.

En 2013, Carole Fives obtient une résidence dans le New Hampshire aux États-Unis, et achève l’écriture de son roman "C’est dimanche et je n’y suis pour rien", aux éditions Gallimard, 2015.
Fine portraitiste de la famille contemporaine, elle publie "Tenir jusqu'à l'aube" en 2018.

Après des passages par Paris, Bruxelles et Lille, Carole Fives vit désormais à Lyon où elle partage son temps entre les arts plastiques et la littérature.

site de l'auteure : http://carolefives.free.fr/
page Facebook : https://www.facebook.com/carole.fives
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Entretien avec Carole Fives, à propos de son ouvrage Tenir jusqu`à l`aube

01/10/2018

Vous traitez dans Tenir jusqu`à l`aube d`un sujet très contemporain : celui des mères célibataires précaires économiquement. En plus d`être actuel, c`est un phénomène en pleine expansion - le nombre de familles monoparentales étant passé de 9 à 23 % en France en 40 ans. Comment en êtes-vous venue à choisir celui-ci ?

J’ai choisi ce sujet parce que je trouvais qu’il était trop peu abordé en littérature alors que comme vous l’écrivez, les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses. Quand on voit des parents « solo » au cinéma, ou dans les séries télé, voire dans la pub, ils sont toujours présentés de façon très stéréotypée, c’est soit le cliché de la mère Courage, sacrificielle, soit celui de la fille-mère, très jeune et précaire. Je voulais montrer une femme plus proche de celles que je côtoyais, plus humaine : ni une héroïne, ni une exclue.



Comme la chèvre du célèbre roman d`Alphonse Daudet, la narratrice de votre roman prend le risque de fuir (pour quelques minutes puis quelques heures, toujours plus loin) le foyer familial, et son emprisonnement auprès de son fils. Le parallèle avec cet autre livre était-il l`un des points de départ de votre travail d`écriture ?

Le parallèle avec l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin est venu en cours d’écriture. J’ai relu cette nouvelle qui m’effrayait tant étant enfant et j’ai eu l’impression que si on remplaçait « chèvre » par « femme », Daudet y parlait aussi d’émancipation féminine. Que le désir de liberté se solde par la mort m’a toujours paru injuste. Je voulais inventer une fin moins moralisatrice, plus féministe.


On trouve plusieurs registres de langue dans ce roman, de la focalisation interne d`une femme décrivant son quotidien, aux échanges entre mères « solo » sur des forums, en passant par un jeu musical sur certains mots ou expressions. Comment avez-vous abordé et organisé au sein du récit ces différentes facettes de votre écriture ?

Les virées sur internet, comme les fugues de nuit, sont les deux échappatoires de la narratrice. Il me semblait donc important de suivre son évolution, sur ces trois plans : vie quotidienne, recherches Internet, fugues de nuit. L’on en apprend autant sur elle quand on la suit chez l’avocate ou au parc, que lorsqu’elle entre des mots clés sur son moteur de recherche. Et ça m’a passionnée de varier les niveaux d’écriture, de croiser ces différents registres pour faire avancer le récit. L’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, qu’elle raconte à son fils le soir, fait le lien et tout le monde connaît ce conte et son issue tragique.


Les personnages principaux n`ont pas de nom : pourquoi ce choix ?

Afin que chacun puisse se projeter, puisse projeter sa propre histoire dans ce récit.


En plus des contraintes que font peser sur elles l`éducation d`un enfant seule, ce personnage doit aussi affronter le jugement des autres mères et de la société en général lorsqu`elle s`avoue fatiguée de cette vie, découragée. Pourquoi à votre avis cette morale persiste à l`heure actuelle, et pourquoi les hommes n`en font-ils pas les frais également ?

Quand la narratrice ou un autre parent avoue ses défaillances sur Internet, les autres lui donnent des conseils, des astuces. On est dans le domaine du Système D, de la débrouille. Si une mère ne s’en sort pas, c’est qu’elle n’est pas assez organisée, pas assez ceci, pas assez cela. Je voulais montrer que les problèmes que rencontraient les parents célibataires n’étaient pas des problèmes d’organisation, qu’ils étaient structurels : la société n’est pas encore adaptée à ces nouvelles familles. Internet et notamment les forum (en latin : place publique) sont devenus des lieux de surveillance généralisée. Si quelqu’un craque ou avoue son envie de sortir du système, la meute des internautes lui tombe dessus. On passe en quelques secondes de la pseudo-bienveillance à la plus grande violence. Et cette violence vient autant des hommes que des femmes. Les femmes ont du mal aussi à partager ce terrain de la parentalité, du soin et de la petite enfance avec les hommes. Cela a été leur domaine de prédilection pendant des millénaires, il n’est pas évident de lâcher du terrain. De même, les hommes peuvent avoir du mal à investir ce terrain jusqu’alors réservé aux femmes. On est en pleine redistribution des rôles de chacun, mais cela ne se fait pas sans heurts, et sans une certaine pression sociale qui persiste. Ces changements sont passionnants à observer, car ils impactent nos vies, nos corps, l’avenir de nos enfants.


Selon vous, qu`est-ce qu`une mère, ou plus généralement un parent, abandonne en soi lorsqu`il fait face à l`éducation d`un enfant ?

Les parents abandonnent une certaine liberté. L’enfant devient leur priorité, au moins les premières années. Nous vivons aussi une période où la parentalité est idéalisée ; présentée comme une valeur refuge en temps de crise. La pression sociale pour faire des enfants n’a jamais été aussi forte alors même que nous avons les moyens de choisir ou pas de faire des enfants. Mais les jeunes parents sont rarement préparés à ce qui les attend.


Vous dédicacez le livre à votre fils Odilon. Avez-vous vécu ce type de galères en tant que mère ? Quelles sont les réactions de votre entourage par rapport à Tenir jusqu`à l`aube ?

Je n’ai pas connu les mêmes galères que ma narratrice, mais je connais des parents « solo » qui vivent des situations tout aussi dures que l’héroïne de Tenir jusqu`à l`aube.
Heureusement, mon entourage a accueilli avec bienveillance ce livre. Personne n’a même pensé à me demander si j’avais fait des fugues la nuit comme la narratrice !



Carole Fives à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Enfance, de Nathalie Sarraute.



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Tu ne t’aimes pas de Nathalie Sarraute.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le journal d’Anaïs Nin.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Aucun, la lecture est une activité libre, je ne me sens aucune obligation par rapport à un livre ou un auteur.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sinon j`oublie de Clémentine Mélois.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La femme libre est seulement en train de naître » (Simone de Beauvoir).



Et en ce moment que lisez-vous ?

Les exilés meurent aussi d’amour, d’Abnousse Shalmani.



Découvrez Tenir jusqu`à l`aube de Carole Fives aux éditions Gallimard, collection L`Arbalète :




Entretien réalisé par Nicolas Hecht.






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Vidéo de
Avec Thibault de Montalembert, Alexandre Gefen, Adélaïde Bon, Carole Fives & François-Henri Désérable. Rencontre animée par Sylvia Minne Pour voir la première partie : https://bit.ly/2G6vrFq Retrouvez toute la programmation ici : http://www.maisondelapoesieparis.com/
Podcasts (1)


Citations et extraits (178) Voir plus Ajouter une citation
Annette55   21 octobre 2018
Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives
"Comment avait- elle pu penser que le parc fût autre chose qu'un endroit ou mourir à petit feu?

C'était les éternels canards, après l'allée centrale bordée de plates - bandes......puis les bassins poissonneux , l'ours qui tournait sans fin dans son enclos, l'œil hagard , à demi fou....

Ces promenades les sortaient du tête- à -tête permanent, du confinement de l'appartement .....



Ils marchaient, marchaient ....--- quand il montrait des signes de fatigue, il se sauvait , elle le coursait avec la poussette , il trépignait , hurlait -----elle devenait l'ennemie.....et il ne se gênait pas pour le lui faire savoir ...."
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Ladybirdy   07 novembre 2018
Une femme au téléphone de Carole Fives
La vie est une épreuve ; la mort, j’espère que non. Et qui je vais retrouver au ciel ? Ma famille ? Non, pitié, je ne veux pas mourir dans ces conditions ! Si je les vois qui m’attendent là-haut, je pète un plomb. Je te jure, s’ils me font ce coup-là, je redescends.
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Piatka   26 juin 2018
Camille Claudel, la vie jeune de Carole Fives
Qu’est-ce qui m’a pris ? Qu’est-ce qui m’a pris de ne pas m’écouter ? De m’inscrire en fac de droit alors que… J’en serais pas là aujourd’hui… Si je m’étais écouté moi, plutôt que d’écouter mes vieux. Si je m’étais écouté moi. Est-ce qu’il est trop tard ? J’ai déjà trente ans. Je n’ai que trente ans. Il me reste encore toutes ces années à tirer… Autant en faire quelque chose… Cette petite châtelaine. Ses traits, cette expression, non, ce n’est pas que mon angoisse, il y a celle de l’artiste aussi. Cette petite châtelaine, défigurée elle aussi, comme les modèles de Francis Bacon. Le ressenti plutôt que l’apparence. Tout exploser. Putain, ça me donne envie de sortir mes pinceaux. De m’y remettre. De continuer là où je m’étais arrêté.
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Ziliz   19 octobre 2018
Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives
Le soir à la télévision, une ancienne ministre se désolait de manifestations de violence dans les banlieues. Quand le journaliste l'interrogeait sur les causes de ces débordements, elle déplorait l'absence des pères dans les foyers, des enfants élevés par des mères seules ne pouvaient que mal tourner, entraîner la déliquescence de nos cités...

Elle ne pouvait se permettre aucune erreur, aucun écart. L'enfant et elle devaient filer doux, afficher zéro défaut, ne laisser aucune prise à la société. A tout instant, ils risquaient d'être étiquetés 'famille à problèmes'. Ils étaient hors norme, ils étaient fragiles, ils étaient suspects.

(p. 142)
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Ziliz   18 octobre 2018
Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives
- Et le loup ? Il est où le loup ?

- Ecoute, il arrive après, le loup, là c'est le début, tu vas voir...

- Je veux le loup, le loup !

Elle cherche la page que l'enfant préfère. L'image est censée représenter le loup se jetant sur la chèvre [de M. Seguin]. Mais l'enfant a collé tant de gommettes sur la tête du canidé qu'il a disparu. Seule la chèvre subsiste, qui dévisage le lecteur d'un air ahuri.

- C'est pas malin d'avoir abîmé ton livre.

- J'ai pas abîmé, j'ai tué le loup.

(p. 66)
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Ladybirdy   07 novembre 2018
Une femme au téléphone de Carole Fives
Arno, il est, il est… Mais c’est un dieu… Ma préférée c’est sa chanson sur sa mère, il parle de ses yeux, de sa beauté… Et puis d’un seul coup, toc, il parle de ses pieds qui puent, ça retombe, je te dis pas le choc, c’est super, «Dans les yeux de ma mère, il y a toujours une lumière, la la la la la la la… ».

Est-ce qu’il est marié Arno ? Tu crois qu’il prendrait une vieille comme moi ? Je l’aimerai, moi, et ils aiment ça, être aimés, les hommes.
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jeunejane   19 novembre 2018
Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives
De temps en temps, la chèvre de Monsieur Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :

- Oh ! Pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
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pyrouette   21 août 2018
Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives
Elle avait honte, honte pour lui, honte pour eux, pour cet album de famille jeté en pâture, et dont tout le monde semblait réclamer un échantillon, un polaroid.
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Eve-Yeshe   15 septembre 2018
Une femme au téléphone de Carole Fives
l ne se rend pas compte mon frère, il ne voit pas que sa sœur est une peintre, une vraie, du genre Matisse. Je suis une artiste, moi, j’aurais dû naître dans une famille d’artistes. J’étais hypersensible, j’étais pas faite pour naître chez ces cons. P 26
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mollymon   12 janvier 2015
C'est dimanche et je n'y suis pour rien de Carole Fives
Il y a des promesses qu'on ne s'est jamais faites, mais qu'on tiendra pourtant.
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