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EAN : 9782072963278
208 pages
Gallimard (10/03/2022)
3.68/5   163 notes
Résumé :
« Certains, ou plutôt devrais-je dire certaines, se sont étonnés du peu d’artistes femmes citées dans notre programme d’histoire de l’art. Je leur ai donné carte blanche aujourd’hui. Mesdemoiselles, c’est à vous ! »

Quand la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts, au début des années 2000, la peinture est considérée comme morte. Les professeurs découragent les vocations, les galeries n’exposent plus de toiles.
Devenir peintre est pourtant son rêve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
3,68

sur 163 notes

Fandol
  07 septembre 2021
Après avoir lu Tenir jusqu'à l'aube qui plongeait dans la dure réalité affrontée par une femme seule devant élever son enfant, je retrouve Carole Fives dans Térébenthine.
Ici, il s'agit d'une autofiction, pas vraiment un roman comme indiqué par l'éditeur sur la couverture.
Tout commence avec un article de Beaux-Arts magazine de 2019 saluant avec enthousiasme le retour en grâce de la peinture et mettant en exergue un jeune peintre, Luc Chancy, disparu, hélas…
C'est alors le moment de revenir en arrière, au début des années 2000 où la narratrice, à dix-sept ans, passe le concours d'entrée à l'École des Beaux-Arts de Lille.
Débute alors un parcours difficile, compliqué, semé d'embûches, d'incompréhension, de mépris et de solitude pour cette fille qui rêve d'exprimer son talent pour la peinture.
Reléguée dans les caves de l'école, avec ceux qui veulent peindre, dont ses deux meilleurs amis, Lucie et Luc, elle subit les moqueries des autres camarades qui s'épanouissent dans des oeuvres plus en vogue à l'époque. Ils surnomment les peintres « Térébenthine » à cause de leur puanteur causée par l'odeur du solvant, plutôt du white-spirit, odeur qui ne les quitte guère. Il faut bien nettoyer pinceaux, palettes et tout le matériel !
En 2003, elle séjourne même à New York, avec Lucie et Luc, pour visiter le MoMA (Museum of Modern Art) où les oeuvres de Pablo Picasso, Henri Matisse, Jackson Pollock, Robert Motherwell, Barnett Newman et Mark Rothko tiennent la vedette. Par manque d'argent, ils ne peuvent guère profiter de la ville.
À l'école des beaux-arts, pas de prof de peinture. Elle doit suivre des cours de dessin, le soir, dans les ateliers municipaux.
Alors que les femmes artistes sont vraiment marginalisées, c'est l'une d'elles, sa référente, qui la démolit au lieu de l'aider à préparer l'examen de passage en deuxième année.
Avec Lucie, en fin d'année, elles réalisent chacune une oeuvre très sexuelle avec des poupées gonflables puisqu'il faut étonner, surprendre les profs. Hélas, son propre père ne supporte pas, se dit choqué et s'en va…
Ainsi, seconde et troisième année vont suivre et j'ai beaucoup apprécié les interventions des élèves pour mettre en valeur les artistes femmes, forçant même Urius, professeur d'histoire de l'art, à leur céder du temps sur ses cours pour qu'elles présentent Niky de Saint Phalle, Shigeko Kubota, Yoko Ono, Cindy Sherman, Gina Pane, Orlan (Mireille Porte), Annette Messager, Miss. Tic ou encore Marlène Dumas.
En attendant, il faut créer, peindre, recommencer, douter, chercher, subir l'indifférence, le mépris pour aller au bout de la troisième année. Peu satisfaite de ses résultats picturaux, la narratrice s'oriente vers le texte, les mots qu'elle met en scène, phrases qu'elle agence et qui sont la matrice de ce livre que je lis avec beaucoup d'intérêt.
L'après beaux-arts est sûrement le plus difficile pour ces jeunes artistes qui n'arrivent pas à se faire admettre dans les galeries et doivent assumer des petits boulots pour pouvoir manger, payer leur loyer. Certains, comme Lucie, se tournent vers l'enseignement. Luc persévère, offre un très intéressant entretien sur Radio Nova mais n'est finalement pas heureux alors que la narratrice écrit tout en refusant le roman classique.
Térébenthine, son parcours de vie, m'a permis une ouverture passionnante et fort instructive sur un milieu que je ne connais guère. Carole Fives a bien fait de partager son expérience tout en exprimant une fois de plus son talent littéraire vivant, varié et émouvant jusqu'au bout.

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Ladybirdy
  12 septembre 2020
Carole Fives avec son dernier roman dénonce avec sensibilité la difficulté d'être artiste de nos jours. Avec la narratrice, jamais nommée comme si l'auteure voulait faire d'elle la toile abstraite, l'absolu rêve, Luc et Lucie se retrouvent dans une cave froide et lugubre pour créer, peindre, se jeter corps et âme dans les formes, les couleurs, la térébenthine. Aux Beaux-Arts où on les suit pendant leurs trois années de cours, la vie est rude. Les professeurs semblent blasés, usés, désenchantés, ils découragent les élèves, ne jurant que par les artistes masculins, que par la nouveauté. La peinture est démodée. Il faut du neuf. Il faut plus qu'une matière, il faut une pensée, une âme, un discours, une histoire.
Ce roman est intéressant pour tous ceux qui aiment l'art. Il y a une jolie palette d'informations sur différents artistes. Puis il y a surtout ce côté hypnotique où la peinture fait corps avec les mots et habite chaque ligne de ce roman. On la sent s'animer, se rebeller, vibrer, pleurer, rêver, c'en est presque troublant.
C'est certainement ce côté très immersif dans les coulisses de l'art qui m'a le plus séduite ici.
Il me semble aussi avoir entendu les larmes, sentir le coeur en peine de celui qui chantait... J'aurai voulu être un artiste...
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Cancie
  28 septembre 2021
Si j'avais beaucoup apprécié Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives, primé d'ailleurs à plusieurs reprises, j'ai moins accroché à Térébenthine, le dernier roman de cette auteure.
Divisé en quatre parties, les trois premières relatant chacune, une des trois années d'étude aux Beaux-Arts de Lille pour de jeunes étudiants, et la dernière intitulée l'après-Beaux-Arts, qui, comme son nom l'indique conte ce qu'ils sont devenus.
Lucie, Luc et la narratrice sont les trois étudiants, ils sont dévorés par l'envie de peindre, mais en ce début des années 2000, il faut vraiment être passionné car la peinture est déclarée morte. Sur la façade du bâtiment est d'ailleurs inscrit à la bombe « Peinture et ripolin interdits » et « les étages ont été rénovés pour accueillir les ateliers vidéo, son et multimédia ». « les ateliers de peinture pour les derniers résistants , ont été déplacés aux sous-sols, dans les caves ». Les Térébenthine, ainsi seront surnommés avec mépris ces mordus de peinture par les autres étudiants et pendant leurs trois années d'apprentissage ils devront affronter les humiliations et les profs eux-mêmes sont sans pitié.
Même si l'avenir semble bouché, notre trio fera face et après avoir terminé leur troisième année consacrée au mémoire, ils seront diplômés des Beaux-Arts comme tous les autres, l'écrémage se faisant après.
Térébenthine est une autofiction dans laquelle Carole Fives exprime tout son amour pour la peinture et en même temps tout son ressentiment pour cette période où une génération a été sacrifiée. On ressent sa colère, lorsqu'elle raconte les galères rencontrées par ces jeunes à l'issue de leurs études, se trouvant pour la plupart acculés à choisir d'autres voies pour subsister quand ils ne tombaient pas dans l'alcoolisme ou pire se suicidaient.
Lucie et la narratrice que l'on peut, je pense assimiler à l'auteure, s'étant étonnées auprès de leur professeur, du peu d'artistes femmes citées dans le programme d'histoire de l'art, ont obtenu carte blanche pour en parler. C'est un chapitre avec exemples à l'appui que j'ai trouvé magnifique qui montre encore une fois comment le talent des femmes a été longtemps ignoré et volontairement mis à l'index.
Carole Fives, elle-même diplômée des Beaux-Arts nous offre dans ce récit un portrait quasi historique d'une époque, où une génération de jeunes passionnés par l'art ont été sacrifiés. Si, Carole Fives, tout comme le personnage principal de Térébenthine, a fini par écrire plutôt que peindre, les lecteurs s'en féliciteront car nul doute qu'ils se régaleront et apprendront beaucoup de choses sur la peinture et sur la société, comme j'ai pu le faire.

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hcdahlem
  25 août 2020
Des beaux-arts à la littérature
En retraçant ses années d'études aux Beaux-Arts, Carole Fives fait bien plus que nous livrer une part de son autobiographie et la naissance de sa vocation. Térébenthine est aussi un traité sur l'art et un réquisitoire – féministe – contre son enseignement.
Carole Fives a choisi de faire les Beaux-Arts. Une période de sa vie qui sert de terreau – très fertile – à ce roman bien éloigné de son précédent opus Tenir jusqu'à l'aube, si on considère son combat féministe comme un invariant à toute son oeuvre.
Bravant les mises en garde à l'égard d'une filière qui n'offre guère de débouchés, sauf pour une petite poignée d'artistes, la narratrice réussit son concours d'entrée et se retrouve très vite confrontée à un univers étrange où des concepts sont assénés de façon définitive par des enseignants qui semblent avoir compris que l'art avait désormais atteint ses limites, que la technologie allait transformer cet univers comme tant d'autres et que le spectacle, la «performance» allait prendre le pas sur l'oeuvre elle-même.
Dans ce contexte, le trio qu'elle forme avec Luc et Lucie va très vite être marginalisé, non seulement parce qu'il se retrouve au sous-sol de l'école – le seul endroit où il est encore possible de peindre – mais parce qu'il est le seul à se confronter à cette «vieille» technique que plus personne n'enseigne: «À l'école, le professeur de peinture est en dépression depuis deux ans et, pour d'obscures raisons, il n'a pas été remplacé. C'est donc entre étudiants que vous allez vous former le plus efficacement, les autres enseignants ne se risquant que rarement jusqu'aux sous-sols, préférant éviter d'attraper la tuberculose et autres infections propres aux miséreux et aux artistes maudits.»
Le trio, reconnaissable à l'odeur qu'il traîne avec lui et qui lui vaudra le surnom de «Térébenthine», est victime de railleries, mais cet ostracisme aura aussi pour conséquence de les souder davantage. Ils sont pourtant loin de partager les mêmes idées sur l'art et sur la manière d'exprimer leurs idées. Mais ces débats font tout l'intérêt du livre. À chaque affirmation d'un professeur, à chaque confrontation aux oeuvres des grands artistes, les questions sur le rôle de l'art, sur la façon de juger les oeuvres, sur la définition du beau sont âprement discutées. Et très vite, au-delà des théories et de l'histoire de l'art, il est question d'émotions. Comme quand, à l'occasion d'un voyage à New York, la narratrice est saisie par la puissance d'un Rothko, par cette part inexplicable qui vous happe et vous transforme. Ou quand, devant l'oeuvre que l'on imagine, «les pinceaux tombent, la distance s'abolit, et c'est le corps-à-corps, le peau-à-peau: la toile a tant à offrir.»
Carole Fives nous livre tous les aspects de ces années de formation qui, au-delà des études, s'étendent à la politique et aux questions de société, à l'amour et à la prise de conscience de la place de la femme dans un milieu très machiste. Elle s'imagine qu'en couchant avec Dimitri, elle pourra peut-être capter un peu de son savoir-faire, mais se rend vite compte que ce professeur accumule les aventures pour comble l'absence de sa femme Olga restée au Tatarstan. Elle va alors se détourner de lui et de ses enseignements. Et si durant une sorte de grand happening, elle pourra célébrer les artistes femmes, il faudra subir le machisme ambiant jusque dans sa chair. On notera du reste que la solidarité féminine est tout autant un leurre. Quand, par exemple, pour tout encouragement Véra Mornay lui explique qu'«un bon peintre est un peintre mort». Un tel «enseignement» conduisant à des drames.
Mais au-delà des obstacles et des attaques vécus dans cet «asile de fous» – pour reprendre la qualification utilisée par son père venu voir les travaux de fin d'année – viendra la révélation de l'écriture. Oui, les mots peuvent aussi transmettre les émotions.
En utilisant la seconde personne du singulier pour raconter cet épisode de sa vie, Carole Fives prend ses distances avec cette jeune artiste. Et si elle pose un regard attendri sur ce passé enfui, c'est d'abord pour souligner que c'est à ce moment-là, du côté de Lille, qu'est née une romancière. Pour notre plus grand plaisir !

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Pancrace
  14 janvier 2021
Les « térébenthines » ce sont les peintres et ils puent au regard des « Conceptuels » qui ne sont pas tenus à la création. Il faut, en ces débuts 2000, faire la conception de son exécution et ne pas la créer. Place aux vidéastes et à la « Performance ».
Les térébenthines empestent l'essence et la peinture est en pleine déchéance…
A cette époque, il vaut mieux coller des crottes de lapin sur des carrés de fourrure synthétiques plutôt que peindre des toiles à la « Rothko » qui pourtant sont capables de te faire chialer comme un môme au Moma.
Il était une fois, trois peintres en devenir, Lucie, Luc et toi qui raconte, débutants en première année aux beaux-arts de Lille dans cette confrontation autodestructrice renforcée par des profs imbus de leur personne et soumis à la vogue du moment. Difficile de résister à la pression pour les trois petits amis. Voilà pour le cadre.
Le fond, je peux l'enduire de controverses et de contradictions :
Pour le conceptuel, il est évident que sa création réclame du sens, de l'écrit.
« Un artiste à la fin du XXème siècle ne peut pas se contenter de produire des oeuvres, il doit aussi produire leur explication. Il doit être le premier critique de son travail. le discours compte plus que l'objet, voire le remplace. »
Pour le peintre, « Il préfère peindre tranquillement dans son coin. Et vous les français, vous voulez toujours qu'on explique notre processus qu'on vous fasse tout un blabla, qu'on invente une histoire, comme si l'oeuvre ne se suffisait pas à elle-même…Si je suis peintre c'est que je n'ai pas les mots, tu comprends. »
Choisis ton camp camarade, mais ne réplique pas par une brimade.
« Ecoute, n'importe qui peut bidouiller pour devenir un petit vidéaste, mais il n'y a pas de petits peintres. Ça n'existe pas. Si on a choisi cette voie, on se doit d'être les meilleurs. »
J'ai commencé cette lecture au premier degré, avec son catalogue de courants artistiques et ses listes d'artistes un peu fastidieuses et puis malgré les pages un peu trop aérées la température est montée au second degré et j'ai pu profiter des questionnements et du mal être de nos jeunes étudiants englués dans leur passion, confrontés à leur choix de vie. Il faut bien remplir la gamelle ! Tout le monde ne peut être artiste-chef d'entreprise à la Jeff Koons.
Ils sont aussi des proies faciles pour des prédateurs à deux balles qui dès qu'ils voient un petit cul s'emballent.
La peinture à l'ère du numérique est pour moi un acte de résistance.
Ce livre n'est pas une performance parce que : « La performance est un art éphémère qui ne cherche pas à créer d'oeuvre ni à laisser de trace ! » Il m'en laissera, mais je ne serai pas dupe ni sensible comme doit l'être un artiste au XXIème siècle.
Aujourd'hui, il y a moins d'artistes que d'agriculteurs qui se suicident, mais ça c'est une autre histoire !
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   31 août 2020
Carole Fives trempe sa plume incisive dans l'huile du mépris. Peinture parodique de l'art contemporain.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeSoir   24 août 2020
Avec « Térébenthine », Caroles Fives s’insinue dans le milieu des Beaux-Arts, pour en révéler les diktats esthétiques, tournés vers l’art conceptuel.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   25 août 2020
Tout en écrasant un mégot dans son cendrier de poche, Véra Mornay fait mine de regarder tes toiles. Véra n’est pas ta tutrice mais elle reste la prof de pratique artistique, c’est toujours elle qui sévit dans les ateliers. Elle te demande de t’expliquer. Quel est le sens de ces portraits, de ces figures? Pourquoi dansent-ils? Pourquoi sont-ils vêtus, pourquoi avoir utilisé du vermillon, du bleu, du blanc de Meudon? Pourquoi une série, pourquoi la peinture plutôt que la sculpture, pourquoi quelque chose plutôt que rien?
Tu alignes les phrases, tu te justifies, tu tentes une argumentation.
Elle te coupe.
«Vous n’êtes pas totalement bête.»
Elle insiste: «Je vous crois même plutôt intelligente.»
Tu l’attends au tournant. Tu sais qui elle est. Véra Mornay et sa réputation qui la précède, sa réputation qui est arrivée jusque dans les caves. Elle n’est sûrement pas venue là pour te complimenter. Elle a déjà détruit des centaines de vocations, poussé des étudiants au suicide. Tu inspires, te concentres sur tes baskets, la pointe blanche de tes baskets, comme une collégienne prise en faute.
Tu sais que le coup va porter, tu ne sais pas quand mais Véra Mornay est devant toi et son rôle dans l’école est clair: te briser.
Faire place nette.
Que tout un chacun ne se croie pas artiste.
Il n'y aura pas de place pour tout le monde.
Il y en a déjà peu pour les artistes femmes, comme elle.
Véra Mornay peine à exister sur la scène artistique française.
La preuve, elle se voit obligée de parcourir plus de 500 kilomètres aller-retour en train de Paris chaque semaine pour venir faire la prof.
Paris-province.
De la confiture aux cochons. 500 kilomètres aller-retour pour voir vos croûtes.
Qu‘elle fixe avec une mine dégoûtée.
Tu te prépares à esquiver les coups.
«Bon, vous n‘êtes pas bête. vous ne voulez pas faire autre chose que de la peinture?»
Ça y est, c‘était ça! C‘était juste ça!
Tu te détends.
Elle reprend
«Vous savez, un bon peintre est un peintre mort,»
Elle rit de son bon mot.
«Et ce mémoire, il avance, il en est où?»
Tu bredouilles, tu as du mal avec ça, c’est compliqué pour toi d’être à la fois actrice et spectatrice de ton travail, tu préfères laisser ça aux critiques. p. 112-113
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fbalestasfbalestas   20 décembre 2020
Tu te réveilles dans des odeurs de white spirit et de poêle à pétrole. Aérer, vite. Le froid de janvier te saute au visage.
La veille, tu as peint toute la journée mais tu n’es arrivée à rien. Tu jettes un œil vers la toile. L’épaisseur des strates d’acrylique. Tu t’es battue pendant des heures, rajoutant de la matière à la matière. A partir d’un certain niveau, le contact avec la toile est définitivement perdu, il vaudrait mieux arrêter. Mais tu n’as pas su. Tu en as rajouté, rajouté, quel horrible gâchis. Cette toile, c’est la laideur incarnée, le ratage total. La preuve de ta nullité profonde. Tu as pu réussir quelques toiles, un coup de chance, mais ça ne se reproduira peut-être jamais. Rien n’est gagné. Tout se rejoue à chaque fois. Tu préférerais être une machine à peindre, réussir à chaque coup, enchaîner les œuvres. Tu rêves d’un grand atelier, de collectionneurs qui viendraient chaque semaine emporter tes œuvres au fur et à mesure que tu les produirais.
Tu rêves d’une vie où la création serait simple, où tout se concevrait puis s’énoncerait clairement.
Inepties
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FandolFandol   16 octobre 2021
Début des années 2000, à l’École des beaux-arts, on ne touche plus aux pinceaux ni aux pigments. Les étages ont été rénovés pour accueillir les ateliers vidéo, son et multimédia. Les éclaboussures de couleur et les odeurs de térébenthine ne sont plus tolérées, les ateliers de peinture, pour les derniers résistants, ont été déplacés aux sous-sols, dans les caves.
(page 22)
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ZilizZiliz   28 août 2020
- J'adore la Belgique...
- Pour la peinture, c'est mieux, il y a énormément de collectionneurs, là-bas...
- Ah bon ?
- C'est dans leur culture. En Belgique, le boucher qui réussit, il investit dans une toile d'Alechinsky. Je te dis ça parce que la première fois que j'ai vu un Alechinsky, c'était dans une boucherie ! Et ce n'était pas une reproduction !
- Et ça ne se passe pas comme ça en France ?
- Tu rigoles ? En France, le premier type qui fait fortune, il achète une résidence secondaire ou un 4 x 4, sûrement pas une oeuvre d'art.
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FandolFandol   19 octobre 2021
Tes peintures deviennent des lignes, des pages, tu écris « Je serai peintre », à la ligne, « Je serai peintre », tu le copies cent fois, comme une injonction, un serment. Et plus tu écris « Je serai peintre », plus tu deviens écrivain. Le sens s’installe, les paragraphes en découlent, et la figure devient roman.
(page 115)
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