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EAN : 9782072869808
Éditeur : Gallimard (13/08/2020)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 103 notes)
Résumé :
« Certains, ou plutôt devrais-je dire certaines, se sont étonnés du peu d’artistes femmes citées dans notre programme d’histoire de l’art. Je leur ai donné carte blanche aujourd’hui. Mesdemoiselles, c’est à vous ! »

Quand la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts, au début des années 2000, la peinture est considérée comme morte. Les professeurs découragent les vocations, les galeries n’exposent plus de toiles.
Devenir peintre est pourtant son rêve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
Ladybirdy
  12 septembre 2020
Carole Fives avec son dernier roman dénonce avec sensibilité la difficulté d'être artiste de nos jours. Avec la narratrice, jamais nommée comme si l'auteure voulait faire d'elle la toile abstraite, l'absolu rêve, Luc et Lucie se retrouvent dans une cave froide et lugubre pour créer, peindre, se jeter corps et âme dans les formes, les couleurs, la térébenthine. Aux Beaux-Arts où on les suit pendant leurs trois années de cours, la vie est rude. Les professeurs semblent blasés, usés, désenchantés, ils découragent les élèves, ne jurant que par les artistes masculins, que par la nouveauté. La peinture est démodée. Il faut du neuf. Il faut plus qu'une matière, il faut une pensée, une âme, un discours, une histoire.
Ce roman est intéressant pour tous ceux qui aiment l'art. Il y a une jolie palette d'informations sur différents artistes. Puis il y a surtout ce côté hypnotique où la peinture fait corps avec les mots et habite chaque ligne de ce roman. On la sent s'animer, se rebeller, vibrer, pleurer, rêver, c'en est presque troublant.
C'est certainement ce côté très immersif dans les coulisses de l'art qui m'a le plus séduite ici.
Il me semble aussi avoir entendu les larmes, sentir le coeur en peine de celui qui chantait... J'aurai voulu être un artiste...
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hcdahlem
  25 août 2020
Des beaux-arts à la littérature
En retraçant ses années d'études aux Beaux-Arts, Carole Fives fait bien plus que nous livrer une part de son autobiographie et la naissance de sa vocation. Térébenthine est aussi un traité sur l'art et un réquisitoire – féministe – contre son enseignement.
Carole Fives a choisi de faire les Beaux-Arts. Une période de sa vie qui sert de terreau – très fertile – à ce roman bien éloigné de son précédent opus Tenir jusqu'à l'aube, si on considère son combat féministe comme un invariant à toute son oeuvre.
Bravant les mises en garde à l'égard d'une filière qui n'offre guère de débouchés, sauf pour une petite poignée d'artistes, la narratrice réussit son concours d'entrée et se retrouve très vite confrontée à un univers étrange où des concepts sont assénés de façon définitive par des enseignants qui semblent avoir compris que l'art avait désormais atteint ses limites, que la technologie allait transformer cet univers comme tant d'autres et que le spectacle, la «performance» allait prendre le pas sur l'oeuvre elle-même.
Dans ce contexte, le trio qu'elle forme avec Luc et Lucie va très vite être marginalisé, non seulement parce qu'il se retrouve au sous-sol de l'école – le seul endroit où il est encore possible de peindre – mais parce qu'il est le seul à se confronter à cette «vieille» technique que plus personne n'enseigne: «À l'école, le professeur de peinture est en dépression depuis deux ans et, pour d'obscures raisons, il n'a pas été remplacé. C'est donc entre étudiants que vous allez vous former le plus efficacement, les autres enseignants ne se risquant que rarement jusqu'aux sous-sols, préférant éviter d'attraper la tuberculose et autres infections propres aux miséreux et aux artistes maudits.»
Le trio, reconnaissable à l'odeur qu'il traîne avec lui et qui lui vaudra le surnom de «Térébenthine», est victime de railleries, mais cet ostracisme aura aussi pour conséquence de les souder davantage. Ils sont pourtant loin de partager les mêmes idées sur l'art et sur la manière d'exprimer leurs idées. Mais ces débats font tout l'intérêt du livre. À chaque affirmation d'un professeur, à chaque confrontation aux oeuvres des grands artistes, les questions sur le rôle de l'art, sur la façon de juger les oeuvres, sur la définition du beau sont âprement discutées. Et très vite, au-delà des théories et de l'histoire de l'art, il est question d'émotions. Comme quand, à l'occasion d'un voyage à New York, la narratrice est saisie par la puissance d'un Rothko, par cette part inexplicable qui vous happe et vous transforme. Ou quand, devant l'oeuvre que l'on imagine, «les pinceaux tombent, la distance s'abolit, et c'est le corps-à-corps, le peau-à-peau: la toile a tant à offrir.»
Carole Fives nous livre tous les aspects de ces années de formation qui, au-delà des études, s'étendent à la politique et aux questions de société, à l'amour et à la prise de conscience de la place de la femme dans un milieu très machiste. Elle s'imagine qu'en couchant avec Dimitri, elle pourra peut-être capter un peu de son savoir-faire, mais se rend vite compte que ce professeur accumule les aventures pour comble l'absence de sa femme Olga restée au Tatarstan. Elle va alors se détourner de lui et de ses enseignements. Et si durant une sorte de grand happening, elle pourra célébrer les artistes femmes, il faudra subir le machisme ambiant jusque dans sa chair. On notera du reste que la solidarité féminine est tout autant un leurre. Quand, par exemple, pour tout encouragement Véra Mornay lui explique qu'«un bon peintre est un peintre mort». Un tel «enseignement» conduisant à des drames.
Mais au-delà des obstacles et des attaques vécus dans cet «asile de fous» – pour reprendre la qualification utilisée par son père venu voir les travaux de fin d'année – viendra la révélation de l'écriture. Oui, les mots peuvent aussi transmettre les émotions.
En utilisant la seconde personne du singulier pour raconter cet épisode de sa vie, Carole Fives prend ses distances avec cette jeune artiste. Et si elle pose un regard attendri sur ce passé enfui, c'est d'abord pour souligner que c'est à ce moment-là, du côté de Lille, qu'est née une romancière. Pour notre plus grand plaisir !

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Pancrace
  14 janvier 2021
Les « térébenthines » ce sont les peintres et ils puent au regard des « Conceptuels » qui ne sont pas tenus à la création. Il faut, en ces débuts 2000, faire la conception de son exécution et ne pas la créer. Place aux vidéastes et à la « Performance ».
Les térébenthines empestent l'essence et la peinture est en pleine déchéance…
A cette époque, il vaut mieux coller des crottes de lapin sur des carrés de fourrure synthétiques plutôt que peindre des toiles à la « Rothko » qui pourtant sont capables de te faire chialer comme un môme au Moma.
Il était une fois, trois peintres en devenir, Lucie, Luc et toi qui raconte, débutants en première année aux beaux-arts de Lille dans cette confrontation autodestructrice renforcée par des profs imbus de leur personne et soumis à la vogue du moment. Difficile de résister à la pression pour les trois petits amis. Voilà pour le cadre.
Le fond, je peux l'enduire de controverses et de contradictions :
Pour le conceptuel, il est évident que sa création réclame du sens, de l'écrit.
« Un artiste à la fin du XXème siècle ne peut pas se contenter de produire des oeuvres, il doit aussi produire leur explication. Il doit être le premier critique de son travail. le discours compte plus que l'objet, voire le remplace. »
Pour le peintre, « Il préfère peindre tranquillement dans son coin. Et vous les français, vous voulez toujours qu'on explique notre processus qu'on vous fasse tout un blabla, qu'on invente une histoire, comme si l'oeuvre ne se suffisait pas à elle-même…Si je suis peintre c'est que je n'ai pas les mots, tu comprends. »
Choisis ton camp camarade, mais ne réplique pas par une brimade.
« Ecoute, n'importe qui peut bidouiller pour devenir un petit vidéaste, mais il n'y a pas de petits peintres. Ça n'existe pas. Si on a choisi cette voie, on se doit d'être les meilleurs. »
J'ai commencé cette lecture au premier degré, avec son catalogue de courants artistiques et ses listes d'artistes un peu fastidieuses et puis malgré les pages un peu trop aérées la température est montée au second degré et j'ai pu profiter des questionnements et du mal être de nos jeunes étudiants englués dans leur passion, confrontés à leur choix de vie. Il faut bien remplir la gamelle ! Tout le monde ne peut être artiste-chef d'entreprise à la Jeff Koons.
Ils sont aussi des proies faciles pour des prédateurs à deux balles qui dès qu'ils voient un petit cul s'emballent.
La peinture à l'ère du numérique est pour moi un acte de résistance.
Ce livre n'est pas une performance parce que : « La performance est un art éphémère qui ne cherche pas à créer d'oeuvre ni à laisser de trace ! » Il m'en laissera, mais je ne serai pas dupe ni sensible comme doit l'être un artiste au XXIème siècle.
Aujourd'hui, il y a moins d'artistes que d'agriculteurs qui se suicident, mais ça c'est une autre histoire !
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fbalestas
  19 décembre 2020
Ils sont trois. Trois à entrer aux Beaux-arts à Lille avec une furieuse envie de peindre.
Peindre ? Dans les années 2000 ? Complètement dépassé, selon la plupart des profs. L'heure est aux installations, à la vidéo, aux happenings, à tout ce qu'on veut, sauf cette vieille peinture complètement démodée.
Il y a Lucie, Luc et … toi. Leur amitié soudée va les aider à tenir pendant ces trois années d'études aux Beaux-Arts, affrontant critiques et dénigrement, humiliation et mépris et leur donnera leur nom de baptême : les « Térébenthine ». Car les professeurs sont terribles : il y a l'épouvantable Véra qui dénigre tous ses élèves, les poussant même au suicide dit la rumeur. Il y a le tuteur de mémoire de la narratrice, qui tente de la violer après un vernissage.
Car il ne suffit pas de peindre, il faut aussi penser, et écrire sur ce que l'on fait. Les trois protagonistes n'en ont pourtant pas vraiment envie... mais le slogan, annoncé partout est pourtant bien clair «Peinture et ripolin interdits » : ils doivent donc braver l'interdit, en ayant une cave pour atelier et le mépris de leurs collègues comme quotidien. Ils devront tous trois trouver leur expression personnelle, et cela sans aucun appui autre que leur amitié qui va être soumise à rude épreuve.
Les cours sont pourtant ponctués d'exposés sur l'histoire de l'art, certains élèves proposent de parler d'artistes contemporains, et Lucie et la narratrice constatent alors qu'il n'y a que très peu de femmes citées officiellement : est-ce un oubli volontaire ?
C'est l'autrice, Carole Fives, qui va nous détromper. « Après une absolue domination du regard masculin pendant des siècles, les femmes artistes peinent à s'exprimer, à simplement oser prendre le pinceau, la caméra, le stylo, mais quand elles le font, c'est l'explosion. » S'en suit une très longue liste, où l'on croise pêle-mêle Louise Bourgois, Annette Messager, Frida Khalo, Tamara de Lempicka, Agnès Varda, Camille Claudel, Germaine Richier, Dora Maar, Sophie Calle ...
Plus tard il y aura les galeries parisiennes, qui toutes opposent un refus poli dans le meilleur des cas, méprisant la plupart du temps, quand la narratrice leur présente son carton à dessin.
L'originalité de « Térébenthine » tient aussi dans l'utilisation de ce « tu » qui ponctues tout le récit. Mais qui est ce « tu » d'ailleurs ? L'écrivaine Carole Fives qui aurait été tentée un temps par la peinture ? Ou une destinataire inconnue ? Et quels liens entre le peinture et la littérature ?
La fin du récit verra la destinée des trois apprentis peintres prendre une tournure différente. Lucie prendra la direction de l'Éducation Nationale, la narratrice erre de petits boulots en petits boulots, délaissant petit à petit la peinture au profit … de l'écrit.
Il n'y a guère que Luc qui persévérera malgré les incompréhensions, le mépris et le manque de reconnaissance. Jusqu'au jour où … mais le lecteur découvrira bien assez tôt la fin tragique.
On pense à « Un monde à portée de main » de Maylis de Kerangal, pour sa proximité avec la matière, les outils, le concret du peintre.
Roman d'apprentissage, ode à la difficulté d'être artiste aujourd'hui – et encore plus lorsqu'on est une femme, récit intime et initiatique, « Térébenthine » est un peu tout cela à la fois et « l'urgence de devenir sujet » son crédo.
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Ziliz
  29 août 2020
Quand Trust tutoie l'antisocial qui perd son sang-froid, j'aime.
J'aime aussi quand Téléphone me dit familièrement que quelque chose en moi ne tourne pas rond. Jean-Louis, si tu savais... 🙃
Et je suis toute chose quand j'entends : 'Je te vois toute nue sur du satin. Et j'en dors plus, viens me voir demain'.*
Bref, je ne suis pas à cheval sur les principes : tutoie-moi si tu veux.
Par contre, quand un auteur emploie la 2e personne du singulier dans son roman, au mieux, je suis déroutée, puis je m'habitue. Au pire ça m'agace, je trouve ça mièvre, artificiel, et je reste à distance. Option 2, dans ce cas.
Voilà pour la forme, ici.
Pour le fond, je m'attendais à une histoire de femme, de mère, de fille, comme dans les précédents romans de Carole Fives que j'ai tant appréciés ('Tenir jusqu'à l'aube', 'Une femme au téléphone'...).
Mais si j'avais lu la 4e de couv', je n'en serais pas là. Ou peut-être que si, j'aurais choisi cette lecture, mais pour d'autres raisons, car je reste dans la ligne de mes vacances apprenantes sur l'Histoire de l'Art. J'ai presque eu l'impression de lire un numéro de la revue DADA. Dans ce Térébenthine, l'auteur nous parle de femmes artistes des XXe et XXIe siècle, et pose également la question de l'avenir de la peinture dans les Arts plastiques.
Intéressant, bien que l'aspect didactique soit souvent artificiel. Quant aux interactions entre les 3 z'amis, elles ne m'ont pas convaincue une seconde. Les personnages sont sans relief, et leurs dialogues d'une platitude et d'une naïveté absolues - comme dans la vraie vie, cela dit.
Déception, parce que je partais avec des a priori très positifs.
******* rentrée littéraire 2020 - 3e *******
------
* https://www.youtube.com/watch?v=SEiNWlHlOk8 ♪♫
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   31 août 2020
Carole Fives trempe sa plume incisive dans l'huile du mépris. Peinture parodique de l'art contemporain.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeSoir   24 août 2020
Avec « Térébenthine », Caroles Fives s’insinue dans le milieu des Beaux-Arts, pour en révéler les diktats esthétiques, tournés vers l’art conceptuel.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   25 août 2020
Tout en écrasant un mégot dans son cendrier de poche, Véra Mornay fait mine de regarder tes toiles. Véra n’est pas ta tutrice mais elle reste la prof de pratique artistique, c’est toujours elle qui sévit dans les ateliers. Elle te demande de t’expliquer. Quel est le sens de ces portraits, de ces figures? Pourquoi dansent-ils? Pourquoi sont-ils vêtus, pourquoi avoir utilisé du vermillon, du bleu, du blanc de Meudon? Pourquoi une série, pourquoi la peinture plutôt que la sculpture, pourquoi quelque chose plutôt que rien?
Tu alignes les phrases, tu te justifies, tu tentes une argumentation.
Elle te coupe.
«Vous n’êtes pas totalement bête.»
Elle insiste: «Je vous crois même plutôt intelligente.»
Tu l’attends au tournant. Tu sais qui elle est. Véra Mornay et sa réputation qui la précède, sa réputation qui est arrivée jusque dans les caves. Elle n’est sûrement pas venue là pour te complimenter. Elle a déjà détruit des centaines de vocations, poussé des étudiants au suicide. Tu inspires, te concentres sur tes baskets, la pointe blanche de tes baskets, comme une collégienne prise en faute.
Tu sais que le coup va porter, tu ne sais pas quand mais Véra Mornay est devant toi et son rôle dans l’école est clair: te briser.
Faire place nette.
Que tout un chacun ne se croie pas artiste.
Il n'y aura pas de place pour tout le monde.
Il y en a déjà peu pour les artistes femmes, comme elle.
Véra Mornay peine à exister sur la scène artistique française.
La preuve, elle se voit obligée de parcourir plus de 500 kilomètres aller-retour en train de Paris chaque semaine pour venir faire la prof.
Paris-province.
De la confiture aux cochons. 500 kilomètres aller-retour pour voir vos croûtes.
Qu‘elle fixe avec une mine dégoûtée.
Tu te prépares à esquiver les coups.
«Bon, vous n‘êtes pas bête. vous ne voulez pas faire autre chose que de la peinture?»
Ça y est, c‘était ça! C‘était juste ça!
Tu te détends.
Elle reprend
«Vous savez, un bon peintre est un peintre mort,»
Elle rit de son bon mot.
«Et ce mémoire, il avance, il en est où?»
Tu bredouilles, tu as du mal avec ça, c’est compliqué pour toi d’être à la fois actrice et spectatrice de ton travail, tu préfères laisser ça aux critiques. p. 112-113
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fbalestasfbalestas   20 décembre 2020
Tu te réveilles dans des odeurs de white spirit et de poêle à pétrole. Aérer, vite. Le froid de janvier te saute au visage.
La veille, tu as peint toute la journée mais tu n’es arrivée à rien. Tu jettes un œil vers la toile. L’épaisseur des strates d’acrylique. Tu t’es battue pendant des heures, rajoutant de la matière à la matière. A partir d’un certain niveau, le contact avec la toile est définitivement perdu, il vaudrait mieux arrêter. Mais tu n’as pas su. Tu en as rajouté, rajouté, quel horrible gâchis. Cette toile, c’est la laideur incarnée, le ratage total. La preuve de ta nullité profonde. Tu as pu réussir quelques toiles, un coup de chance, mais ça ne se reproduira peut-être jamais. Rien n’est gagné. Tout se rejoue à chaque fois. Tu préférerais être une machine à peindre, réussir à chaque coup, enchaîner les œuvres. Tu rêves d’un grand atelier, de collectionneurs qui viendraient chaque semaine emporter tes œuvres au fur et à mesure que tu les produirais.
Tu rêves d’une vie où la création serait simple, où tout se concevrait puis s’énoncerait clairement.
Inepties
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ZilizZiliz   28 août 2020
- J'adore la Belgique...
- Pour la peinture, c'est mieux, il y a énormément de collectionneurs, là-bas...
- Ah bon ?
- C'est dans leur culture. En Belgique, le boucher qui réussit, il investit dans une toile d'Alechinsky. Je te dis ça parce que la première fois que j'ai vu un Alechinsky, c'était dans une boucherie ! Et ce n'était pas une reproduction !
- Et ça ne se passe pas comme ça en France ?
- Tu rigoles ? En France, le premier type qui fait fortune, il achète une résidence secondaire ou un 4 x 4, sûrement pas une oeuvre d'art.
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hcdahlemhcdahlem   25 août 2020
INCIPIT
Février 2004
Luc est debout devant sa toile, brosse à la main. Il prend du recul, s’avance, recule à nouveau… C’est un grand format, un lac immense dans une lumière froide. Une bande verticale à droite présente un motif plus abstrait, des cercles fluo, à intervalles réguliers.
Lucie et toi êtes assises à côté, sur un canapé de récup.
— T’en as pas marre, Luc, ça fait trois mois que tu bloques sur cette toile…
— Je n’arrive pas à terminer, il ne manque pas grand-chose mais ça ne tient pas… si seulement je savais ce que c’est…
— Et tu comptes y passer toute l’année ?
Luc s’assied sur son tabouret pivotant, ne lâche pas sa toile des yeux.
— C’est sûrement la partie gauche, c’est encore déséquilibré, je cherche, je cherche, c’est rageant, si près du but…
Lucie le coupe :
— T’as juste besoin de te changer les idées ! De sortir de cette cave !
— Laissez-moi encore quelques minutes…
Luc se relève, saisit un pot de pigment vermillon sur une étagère. Il verse un peu de son contenu dans l’assiette en plastique qui lui sert de palette.
Tu te caches les yeux derrière les mains : « Au secours, il va tout gâcher ! Je ne veux pas assister à ce massacre ! »
Lucie hausse les épaules : « Je ne vous comprends pas tous les deux, comment pouvez-vous continuer à peindre de façon si épidermique ! Comme si Duchamp n’était pas passé par là ! Plus personne ne peint depuis des siècles et vous vous obstinez ! C’est fini la peinture, mes potes, c’est mort ! »
— Ça va, j’ai beau être peintre, je pense à Duchamp, se défend Luc.
— Et ma chère Lucie, aux dernières nouvelles, ce n’est pas Duchamp qui a eu l’idée de faire entrer une pissotière dans un musée, c’est une blague de sa bonne copine Elsa…
— Elsa ?
— Elsa von Freytag-Loringhoven, pour vous servir !
— Pas facile à retenir, son nom.
— C’est pourtant elle qui a envoyé le bidet dans un salon de peinture, sous pseudo, comme le faisaient les femmes artistes à l’époque…
— C’était un urinoir, précise Lucie. Et puis il en a eu bien d’autres, des idées, Duchamp, le porte-bouteilles, la roue de vélo…
— Une roue de vélo sur un socle, ça fait toute la différence ! dit Luc.
Tu tentes de t’extraire du canapé :
— Quelle différence ?
— Elle devient sculpture…, marmonne Luc, à nouveau concentré sur sa toile.
Tu te lèves et t’approches de Luc :
— Eh bien moi je décide, mon petit Luc, qu’assis avec ton cul sur ton tabouret pivotant, tu es une œuvre d’art. Ça va, c’est pas trop inconfortable pour tes fesses, comme socle ? Je vais t’exposer pour mon diplôme ! Je te signe où ? Fesse gauche, fesse droite ?
— Très important, la signature, concède Lucie.
Luc grommelle :
— C’est idiot ces oppositions, nous sommes tous des conceptuels, des enfants de Cézanne. Peindre n’a jamais empêché personne de penser !
— De toute façon, la France c’est le pays de la littérature, pas de la peinture…
— Ici, on a peur des images…
— Waouh, on est des terroristes…
— Vous n’oubliez pas les impressionnistes quand même ?
— Les impressionnistes, c’est l’exception ! Ici, c’est le pays des Lumières, pas des impressions…
Luc lance un long « Putainnn… ».
Sur sa toile, le lac aux tonalités froides s’est transformé en bain de sang. Paniqué, Luc s’empare du premier chiffon qui lui tombe sous la main et tente d’absorber un maximum de pigment vermillon.
— C’est la cata !
— Mais non, Luc, ça donne la profondeur qui manquait à ta toile…
Lucie demande si elle peut prendre une bière dans le frigo.
— Quelle heure il est ?
— Déjà vingt heures…
— Dans ces caves, nuit/jour, jour/nuit, ça ne fait aucune différence…
— La bière, on la prendra dehors, allez ouste, on bouge avant que le gardien ne vienne nous virer d’ici…
— Un soir, on va se faire enfermer, avec les cafards et les rats crevés…

Pendant que chacun récupère sacs et vêtements, tu lances :
— Il paraît que l’école organise un voyage, vous étiez au courant ? Un voyage à New York !
— Oh putain, New York, the place to be ! dit Lucie.
— C’est Berlin, the place to be ! Enfin, New York, c’est un bon début…
Luc hausse les épaules :
— C’est 800 balles, leur voyage, moi, je les ai pas…
— Tu n’as pas encore touché la bourse ?
Luc nous montre les rouleaux de toiles et les châssis adossés au mur.
— Si, mais la bourse, j’en ai besoin pour vivre, tu vois, pas pour aller à New York!
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pyrouettepyrouette   24 août 2020
Et toi, qu'as-tu envie de peindre ? Qu'as-tu envie de raconter ? Tu ne sais par où commencer, tu as dix-huit ans et les sujets se bousculent : le désir, le corps, la souffrance d'être née femme dans un monde bâti pour les hommes, où les femmes, que ce soit dans les arts plastiques ou le cinéma, la littérature ou la musique, se perçoivent encore et toujours comme des objets du désir, jamais des sujets. L'urgence de devenir sujet.
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Videos de Carole Fives (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carole Fives
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