AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 4.43 /5 (sur 20 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1980
Biographie :

Feurat Alani est journaliste et auteur.

Il est né de parents irakiens. Il a été le correspondant à Bagdad entre 2003 et 2008 de I Télé, Ouest France, La Croix et Le Point. De retour à Paris en 2008, il rejoint l’équipe de l’Effet Papillon et réalise des reportages de l’Irak aux États-Unis en passant par l’Égypte et l’Algérie.

En 2010, il fonde avec deux autres journalistes la société de production Baozi Prod, où il réalisera entre autres une enquête sur la ville de Falloujah, primée dans plusieurs festivals.

Il collabore régulièrement avec le journal Le Monde Diplomatique, le site web Orient XXI et la revue Géo.

Installé à Dubaï depuis 2012, il y a créé l’agence de production In Sight Films. Reporter et producteur, il collabore régulièrement avec Arte, France 24 et Canal+.

Il a évoqué ses souvenirs du pays de ses parents dans des centaines de tweets, devenus, en 2018, un roman graphique et une série web, "Le parfum d'Irak".

Feurat Alani a remporté le Prix Albert-Londres du livre 2019 pour son roman graphique "Le parfum d’Irak".

Twitter : https://twitter.com/feurat?lang=fr
Instagram : https://www.instagram.com/feurat/?hl=fr
+ Voir plus
Source : Arte Editions / Editions Nova
Ajouter des informations

Entretien avec Feurat Alani, à propos de son ouvrage Le Parfum d’Irak


Roman graphique d`un genre singulier, Parfum d`Irak est constitué des 1000 tweets que Feurat Alani a postés sur Twitter durant l`été 2016, poussé par la nécessité de raconter "son Irak". L’auteur nous livre ses souvenirs avec émotion, depuis son premier séjour en Irak à l`âge de 9 ans jusqu`à sa décision de devenir journaliste pour couvrir la guerre sur place.


A plusieurs reprises dans le Parfum d`Irak, vous faites état d`une urgence à vous rendre sur place, à voir vos proches, à témoigner. Ce récit ressort-il lui aussi d`une urgence, d`un déclic particulier ?


J`ai effectivement ressenti le besoin de parler de mon Irak de toute urgence à l`été 2016. Une urgence certainement conséquente aux nombreuses sottises que je lisais sur l`Irak, en particulier sur Twitter. Un réseau social devenu média incontournable avec l`expertise que confère Twitter à certains margoulins des mots en -isme, comme djihadisme, terrorisme ou islamisme. Ce n`est vraiment pas par animosité envers ces personnes qui, après tout, ont le droit de s`exprimer. Mais j`avais envie de rééquilibrer l`information sur l`Irak, en l`humanisant. Et vite.


Pour décrire une histoire et un pays particulièrement complexes, vous avez fait le choix du medium le plus souvent taxé de simplification : Twitter. Qu`est-ce qui a motivé ce choix ?


C`est justement la raison pour laquelle j`ai choisi Twitter. Je n`ai jamais cru que la complexité était compliquée. Il faut juste du temps et de la longueur. C`est ce que j`ai essayé de faire en imposant une chronologie, un récit au temps long, en prenant le temps de raconter des choses du quotidien qui ont du sens. C`est ce que l`on appelle « raconter la petite histoire pour raconter la grande ». La deuxième raison est l`accessibilité sur Twitter. Tout le monde peut lire tout et n`importe quoi. J`ai misé sur un temps long pour « fidéliser » une communauté. Et ainsi livrer un témoignage brut, accessible et simple.


Ce livre est un témoignage, mais aussi un travail sur la mémoire. Comment se replonge-t-on dans des souvenirs qui ont pour certains près de 30 ans ?

 

Si j`ai beaucoup de défauts, j`ai au moins une qualité, c`est la mémoire. Je me souviens des détails, des visages, des odeurs, des lieux, même après plusieurs décennies. Peut être parce que j`ai moi même le souci du détail. Et certains évènements, notamment en Irak, m`ont marqué depuis tout petit. Et puis avec ma soeur, on aimait bien se remémorer nos histoires irakiennes que l`on ressassait autour de photos de famille. Ensuite, il y a aussi un effort de reconstitution. Un petit souvenir va en entraîner un autre, puis un autre, jusqu`à reconstituer le jour, l`heure, ou le moment où se déroule un chapitre de cette histoire.


Le regard que vous portez sur l`Irak est tour à tour celui d`un enfant, d`un adolescent, d`un journaliste, d`un Français, d`un Irakien. Comment conjuguez-vous ces points de vue complémentaires ?


J`ai toujours pris ces différences comme d`utiles compléments à mon identité. Certes, l`identité est complexe et se construit à travers des expériences, mais la culture familiale est tout aussi importante. Cela paraît bateau, mais savoir d`où l`on vient est le socle pour construire son être. Que l`on soit d`origine irakienne ou bretonne, je pense qu`il y a le même besoin de prendre en considération son origine, et tout simplement essayer de prendre ce qu`il y a de meilleur. C`est un atout, j`en suis persuadé. Je me sens aujourd`hui à l`aise dans différentes situations sociales ou culturelles. Aussi bien à une tablée de membres de tribu à Ramadi que dans un restaurant parisien. Pour revenir à l`Irak, tous ces points de vue, de l`enfance à l`âge adulte, ma vision de petit français qui découvre le pays de ses parents, sont non seulement essentiels mais je crois apportent une richesse à mon regard. On dit que comparaison n`est pas raison. C`est vrai. Il ne faut pas comparer, il faut inclure.


Le titre fait référence au parfum, et de manière générale les sensations (odeurs, bruits, cuisine) sont au coeur de votre portrait de l`Irak. Etait-il important pour vous de choisir cette palette-là ?

Au départ, je n`ai honnêtement pas vraiment réfléchi à la structure. Ma mémoire est d`abord olfactive. Quand je pense à l`Irak de mon enfance, j`ai le goût de cette glace à l`abricot dégustée à Bagdad qui me revient. C`est ma madeleine de Proust. Elle m`aide à m`approprier le récit, à étendre le fil de l`histoire. C`est aussi un moyen pour les lecteurs de s`approprier cette histoire, de la même façon. Avoir des références gustatives, olfactives, visuelles, auditives permet d`entrer dans l`histoire comme au cinéma. Je ne sais pas si c`est réussi, mais c`était l`objectif.


Vous êtes reporter, homme d`images filmées et photographiées. Mais dans le parfum d`Irak, ce sont les illustrations de Léonard Cohen qui mettent vos tweets en images. Comment avez-vous été amenés à collaborer ? Son travail permet-il des choses qu`une camera n`aurait pu rendre ?

Léonard Cohen et moi nous sommes rencontrés à l`agence Capa où nous travaillions pour la même émission, L`Effet papillon. J`étais reporter, il était illustrateur et avait brillamment réussi à mettre des chiffres en image. Cette rubrique s`appelait le chiffroscope. Pour l`Irak, c`est surtout des chiffres que nous voyons circuler. le nombre de morts suite à des attentats. Mais derrière ces chiffres mortuaires, il y a des vies. Et comme il s`agit de ma propre histoire, hormis quelques photos de famille et des souvenirs, je n`ai pas d`autres moyens d`illustrer tout ça. C`est là où Léonard apporte sa créativité artistique et visuelle. Léonard ne connaît pas l`Irak. Son regard extérieur fait du bien au récit. Il équilibre la réalité et l`imaginaire. Ces histoires sont vraies mais elles ont besoin aussi d`un miroir, non pas déformant, mais fantasmagorique à certains moments. Que l`on puisse aussi se projeter avec son imagination dans cette réalité qu`est mon expérience en Irak.

A qui pensiez-vous en écrivant ces tweets ? Qui aimeriez-vous voir les lire ou les regarder en série animée ?

En écrivant cette histoire, j`ai d`abord pensé aux Irakiens. Ma famille bien sûr, mais aussi tous ceux que j`ai rencontrés là-bas, enfant, adolescent puis adulte. J`ai une dette envers eux. J`ai une dette envers ma famille qui m`a accueilli les bras ouverts malgré les circonstances, dans les moments de joie comme dans les périodes troubles. Je leur dois mon identité. J`ai bien sûr beaucoup pensé à mon père, à ma mère, à ma soeur, mes compagnons de route. J`ai aussi pensé à ceux qui ne connaissent pas l`Irak, et qui peut être sont à tel point abreuvés de dépêches froides et chiffrées qu`ils refusent désormais de les lire et d`en apprendre plus sur l`Irak. J`ai cherché à sensibiliser et à rendre la complexité de l`Irak plus lisible, de manière presque pédagogique. Enfin, j`aimerais que les Irakiens puissent voir cette série en arabe, qu`ils puissent lire ce livre, qu`ils puissent me comprendre.




Quelques questions à propos de vos lectures

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Des livres de voyageurs comme Nicolas Bouvier, ou plus anciens encore, Henry de Monfreid et ses aventures en mer rouge. Les voyageurs ont tous en commun d`avoir quitté une vie, un système, de se confronter au monde. Cela m`a donné envie d`écrire. Dans un autre registre, Agatha Christie, aussi a contribué à mon envie d`écrire.

Quel est le livre que vous auriez rêvé d`écrire ?

1984. Je suis fasciné par George Orwell. (on retrouve un cadre dystopique dans le parfum d`Irak au début du récit sur le régime de Saddam Hussein).


J`ai par ailleurs adoré son livre autobiographique, qui a précédé 1984, et qui s`intitule Dans la dèche à Paris et à Londres.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?


Le vieil Homme et la mer. C`est le premier roman « sérieux » que j`ai lu.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Au risque de surprendre, le seigneur des anneaux de Tolkien. Et L`alchimiste de Paulo Coelho. J`ai dû les relire 4 ou 5 fois.

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

L`Iliade   . Homère.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs?

Frankenstein à Bagdad. Ahmed Saadawi. Écrivain irakien talentueux.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Le Procès  de Franz Kafka. Je n`ai pas réussi à rentrer dans l`absurde de l`histoire. J`ai trouvé ça long.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La guerre c`est la paix. La liberté c`est l`esclavage. L`ignorance c`est la force » - George Orwell.

Et en ce moment que lisez-vous ?

Je lis trois livres à différents moments de la journée. D`abord, Villes de sel : L`errance  d`Abdul Rahman Mounif, écrivain saoudien qui raconte le passage de l`ère désertique à l`ère pétrolière en Arabie Saoudite et toutes les conséquences que cela a engendré sur les plans économique, social et politique. Tellement de notre époque et d`actualité…

Je lis aussi un livre sur le journalisme constructif à l`ère des « fake news ».

Et enfin le livre autobiographique de Costa Gavras, Va où il est impossible d`aller. J`ai eu l`occasion de le rencontrer. Nous nous sommes échangés nos livres respectifs et avons beaucoup parlé de l`Irak.



Découvrez Le Parfum d’Irak de Feurat Alani, une coédition Arte Editions et Editions Nova :




Entretien réalisé par Guillaume Teisseire.






étiquettes
Videos et interviews (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de
Le parfum d'Irak, l'intégrale | ARTE

Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
blandine5674   06 février 2020
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
735 Cette semaine-là, je garde les enfants de Taghreed. Un garçon, 5 ans et une fille, 8 ans. L’école est fermée, visée par des roquettes.

736 Je passe du temps avec eux. On regarde la télévision. On se chamaille. Un matin, une explosion a retenti près de la maison comme souvent ici.

737 Réflexe, les deux gamins ont sauté au pied du canapé. Ils m’expliquent qu’ils ont appris ça à l’école : éviter les fenêtres au plus vite.

738 Comment étudier dans ces conditions ? Quel avenir pour les enfants irakiens ? Mes petits-cousins ont grandi avec le bruit de la guerre.
Commenter  J’apprécie          112
Melou13   04 avril 2020
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
Un soir, chez mes parents, à Nanterre. Le journal télévisé d'Al Jazeera annonce des images difficiles de Bassorah. Nous sommes le 25 mars 2003.



La caméra s'enfonce dans un hôpital détruit par les missiles américains. Des cadavres d'enfants cendrés parmi les débris. Sans filtre. A terre.



J'aperçois l'un d'entre eux dont la tête est à moitié arrachée. Petit corps jeté dans les décombres comme une poupée abandonnée.
Commenter  J’apprécie          40
Francinemv   14 juin 2020
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
314 Les yeux pleins de rêves en 1989. Le cœur plein de douleur en 1995. Je laisse l'Irak à ses litanies de misère. Nous rentrons à Paris.



315 Question inévitable de l'adolescent désillusionné que je suis : pourquoi suis-je né en France et pas en Irak? Que serais-je devenu là-bas?



316 L'exil de mon père nous a évité à ma sœur et moi de vivre la guerre contre l'Iran, puis celle du Golfe, et l'injustice de l'embargo.



317 On dit qu'il ne faut jamais oublier d'où l'on vient. Je n'oublie pas. Mais je le vis mal. J'ai lu que l'on appelait cela "le syndrome de l'imposteur".



318 J'aurais dû naitre à Falloujah. L'imposture serait d'être né à Paris. J'aurais dû vivre sous les bombes et dans le manque. Je vis en paix.
Commenter  J’apprécie          20
princesseami   07 octobre 2018
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
101 Ziad annonce à ses amis que je viens tout droit de Paris. Des enfants s’approchent. Une dizaine de personnes m’entourent sans agressivité.



102 On me sourit. On me pose des questions. Je vois l’émerveillement de gamins de mon âge envers mes Reebok Pump et mon T-shirt Nike.



103 Je le vis mal car sous embargo, les marques de sport se font rares, chères et inaccessibles. Et je suis là au milieu d’enfants de mon âge qui en rêvent.



104 Même les plus âgés comme les amis de Ziad veulent toucher mes Reebok. Le plus vieux me tend des clés. « Ma voiture contre tes chaussures. »
Commenter  J’apprécie          20
blandine5674   06 février 2020
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
370 Je me laisse envahir par la colère, par l’impuissance et l’injustice. Je ne connais pas de plus grande souffrance que l’injustice.
Commenter  J’apprécie          30
mireille.lefustec   20 novembre 2019
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
IL me dit qu'il y a un vrai problème à Falloujah depuis la bataille de 2004.

Des bébés naissent complètement déformés.



Les photos sont terribles. On voit des bébés avec les jambes tordues. D'autres sans bras. Parfois sans les yeux.
Commenter  J’apprécie          21
mireille.lefustec   20 novembre 2019
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
Je me laisse envahir par la colère, par l'impuissance et l'injustice. Je ne connais pas de plus grande souffrance que l'injustice.
Commenter  J’apprécie          20
mireille.lefustec   20 novembre 2019
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
Des rumeurs folles circulent également.

On tuerait ceux qui mélangent les concombres et les tomates sur leurs étals....Je n'y comprend rien.



Les blocs de glace que certains marchands vendent dans les rues ? Interdit. "Une invention moderne, contre nature", selon ceux qui pourtant utilisent des téléphones portables...
Commenter  J’apprécie          10
blandine5674   06 février 2020
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
640 Les blocs de glace que certains dangers vendent dans les rues ? Interdit. « Une invention moderne, contre nature », selon ceux qui pourtant utilisent des téléphones portables...
Commenter  J’apprécie          10
mireille.lefustec   20 novembre 2019
Le parfum d'Irak de Feurat Alani
Que deviendra cette génération de la guerre, née durant l'embargo ? Et ceux nés en 2003 ?

Comment sortir indemne de ce maelström irakien ?
Commenter  J’apprécie          10

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

Les BD de notre enfance ...

Tintin de Hergé, le premier tome ...

Vol 714 pour Sydney
Le Secret de la Licorne
Le Lotus bleu
Tintin au pays des Soviets

20 questions
23 lecteurs ont répondu
Thèmes : bande dessinée , humour , bande dessinée françaiseCréer un quiz sur cet auteur

.. ..