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EAN : 9782253247227
256 pages
Le Livre de Poche (03/04/2024)
4.15/5   150 notes
Résumé :
Au début des années 1970, le jeune Rami décide de fuir la dictature de Saddam Hussein. Réfugié politique en France, c’est un homme taiseux et secret sur son passé.
À la fin de sa vie, alors qu’il est hospitalisé, Rami est soudain atteint d’amnésie. Ses souvenirs semblent s’être arrêtés quelque part entre l’Irak et la France.
« Je me souviens de Falloujah », dit-il pourtant à son fils, Euphrate, qui y voit l’occasion de découvrir enfin l’histoire ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
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Un père, hospitalisé, en fin de vie, une amnésie qui s'installe, à son fils : « Dis moi qui était celui que j'étais. »

Un fils qui y voit là la dernière chance de reconquérir une mémoire perdue, et propose d'improviser une « joute verbale de souvenirs » dans l'espoir de faire enfin connaissance avec ce père qui s'est tu sur son passé durant toute sa vie.

Le père, c'est Rami, né en 1944, opposant politique irakien qui a fui son pays en 1972 pour s'exiler en France où est né fils, Euphrate ( double de l'auteur, Feurat ) en 1980.

Le récit alternant les passages liés au passé de Rami avec ceux liés à Euphrate. Entre Irak et France, les souvenirs se répondent pour reconstituer une histoire familiale qui touche profondément. Au coeur du récit, le continent perdu de l'enfance refait surface : celle douloureuse de Rami marquée par la mort de sa mère et l'arrivée d'une terrible marâtre, puis les années de militantisme trotskiste pour s'opposer à la dictature Baas ; celle d'Euphrate troublée par la gravité d'un père dur et taiseux, par la solitude de celui qui ne sait pas d'où il vient et voudrait faire de la « décalcomanie identitaire » pour être comme ses petits voisins maghrébins ou portugais d'Argenteuil.

Ce récit intime et introspectif se double d'une plongée sensible dans l'histoire de l'Irak, la vie de la famille exilée étant rythmée par les soubresauts chaotiques du pays : de 1958, chute de la monarchie hachémite avec le coup d'Etat du général Kassem, à 2003 chute de la dictature de Saddam Hussein qui entraine administration américaine et nouvelle guerre civile avec la montée de Daesh, en passant par l'Opération Tempête du désert en 1991 avec son embargo total. Feurat Alani fait voir, entendre, sentir le drame vécu par l'Irak, sans répit, avec une fluidité qui ne tombe jamais dans le didactisme asséné lourdement.

Son travail sur la mémoire et la transmission est fort et touche au coeur. Animé par l'urgence de sa quête identitaire, le fils finit par déterrer les secrets confisqués par son père et obtenir des réponses, jusqu'à une terrible révélation. La complexité de cette mémoire à retrouver est incarné par l'Euphrate, ce fleuve qui traverse l'Irak et donne son nom au fils / auteur : un fleuve tumultueux, fait de méandres, de profondeurs, de pièges mais aussi de rives protectrices et d'eaux claires.

Comme le montre ses dernières pages quasi philosophiques, Feurat Falani a conscience de l'éphémère de la condition humaine et de la nécessaire humilité à adopter face à la mémoire d'un homme et celle d'un pays. Les plus beaux passages du roman sont sans doute ceux qui réveillent de lumineuses sensations d'enfance par la réminiscence sensorielle d'une odeur, celle de la cardamone, ou d'une saveur, celle de la glace à l'abricot que l'enfant de neuf ans découvre avec émerveillement lors de son premier voyage en Irak, en 1989.

Lecture à compléter avec la lecture du roman graphique Parfum d'Irak ( couronné du Prix Albert Londres 2019 ) et le visionnage de la webserie qui ont précédé le roman, les deux sont remarquables : https://www.youtube.com/watch?v=sfxcOGkpGag

Lu dans le cadre du Coup de coeur des lectrices Version femina, mars 2023






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Avec Je me souviens de Falloujah, Feurat Alani m'a embarqué pour un passionnant voyage mémoriel, sans négliger pièges, douleurs, malheurs, souffrances et moments de douceur, tout cela au travers de la vie de Rami, son père.
Ce fameux père, le 2 août 2019, a justement perdu la mémoire. Il appelle son fils « camarade » et lui propose une clope alors que celui-ci n'a jamais fumé. Ce père amnésique se meurt d'un cancer du poumon dans cette chambre 219 où l'auteur me ramène régulièrement. C'est là que cet homme avoue enfin à son fils : « - Je me souviens de Falloujah. » et que la quête de ce fils commence.
Petit à petit, la vie de Rami Ahmed ressurgit grâce aux recherches de son fils, à ses rencontres mais aussi grâce aux souvenirs éclairs de ce père qui a vécu et subi de terribles souffrances. En Irak d'où il a fui en 1972, il a laissé un passé riche de luttes, de brimades, de tortures pour le gosse qu'il fut, à Falloujah, au bord de l'Euphrate puis à Bagdad. C'est d'ailleurs en souvenir de ce fleuve, qu'il a appelé son fils Euphrate.
Dans ce premier roman parfaitement maîtrisé, Feurat Alani passe d'une époque à l'autre, revient en 2019, repart en 1952 en Irak, saute en 1988 à Paris, revient en 1953 puis en 1989…
Grand reporter, auteur de plusieurs documentaires, Feurat Alani a reçu le Prix Albert Londres en 2019 pour son livre le Parfum d'Irak (éditions Nova). S'il romance dans Je me souviens de Falloujah, il prouve sa parfaite connaissance du pays d'origine de ses parents.
Au travers du passé de son père devenu amnésique, il me permet de bien ressentir ce qu'ont vécu les Irakiens depuis le renversement de la monarchie par le général Qassem, en 1958. L'embellie apportée par la révolution dure peu. On espionne, on dénonce, on arrête, on torture, on exécute, tout cela sur fond de vengeances, de règlements de compte, ce que Rami et son grand ami, Hatem ont vécu au quotidien.
Le jeune Rami a beaucoup souffert de la mort de sa mère, Mouhja, alors qu'il n'avait que huit ans car son père s'est remarié avec Samiya dès que l'année de deuil réglementaire a été écoulée. Cette veuve, mère de trois enfants, était hautaine, sévère. Elle ignorait Rami et ne favorisait que ses propres gosses. Ce bouleversement dans la vie familiale de Rami aura des conséquences gravissimes tout au long de sa vie.
Une valise jamais ouverte, plusieurs voyages en Irak, à Bagdad mais aussi à Falloujah permettent à l'auteur de rassembler petit à petit les pièces d'un puzzle d'où émerge un impressionnant amour filial qui m'a ému de plus en plus au fil de ma lecture.
Dans Je me souviens de Falloujah, Feurat Alani, prouve une fois de plus qu'un roman peut apprendre davantage sur l'histoire d'un pays que le plus sérieux des documentaires. Surtout, en faisant appel à l'émotion, en distillant des instantanés de la vie d'un homme qui s'est battu pour un idéal, l'auteur donne envie d'en savoir plus.
Après la tragique expérience du parti Baas menée à son apogée par la dictature de Saddam Hussein, l'Irak est toujours un pays déchiré par les factions qui n'hésitent pas à éliminer ceux qui sont susceptibles de gêner. de plus, les interventions coloniales et militaires de la Grande-Bretagne et des États-Unis ont laissé des traces. Je n'oublie pas les Kurdes et les exactions menées par les djihadistes.
Enfin, je tiens à remercier très sincèrement Babelio et les éditions JC Lattès pour cette lecture qui m'a emmené sur les rives de l'Euphrate, un fleuve dans lequel les jeunes aiment plonger pour enfouir des pastèques dans la vase, au frais.
J'ajoute un clin d'oeil personnel à Feurat Alani pour ses références à l'Ardèche, département qu'il semble apprécier particulièrement, comme la Normandie d'ailleurs. Depuis la rive droite du Rhône, mon fleuve référence, pourquoi ne pas espérer qu'entre Tigre et Euphrate, berceau des civilisations, là où l'écriture est née, revienne un jour cette sagesse dont notre monde actuel semble manquer de plus en plus…

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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Alors que Rami est hospitalisé pour un cancer en phase terminale, son fils Euphrate se rend compte que ce dernier a de lourdes pertes de mémoire. Irakien exilé depuis les années 1970, Rami ne se souvient pas de sa vie en France. En revanche, il se souvient de Falloujah et de sa vie en Irak. Pour Euphrate, c'est l'occasion de connaître enfin le passé que son père a toujours tu, de découvrir l'enfant qu'il était, celui qui a côtoyé la mort bien trop tôt, aussi bien que le révolutionnaire qu'il est devenu peu après. En échange, Euphrate lui raconte sa propre enfance, reconstitue la vie "à la française" de son père à travers ses propres souvenirs.

Au fil des chapitres, Euphrate, notre narrateur, nous raconte son père sur trois périodes bien distinctes : l'une qui débute à la fin des années 1950 à Falloujah, qui correspond à l'enfance de Rami jusqu'à ses choix de jeune adulte et qui aboutiront à son exil en France ; la seconde qui débute dans les années 1980, avec l'enfance d'Euphrate en région parisienne ; la dernière en 2019, au moment présent, correspondant à l'hospitalisation de Rami.

Échange de bons procédés, le père et le fils se livrent comme jamais ils ne l'avaient fait auparavant. Dans cet homme secret et taiseux, Euphrate refait connaissance avec son père. Il découvre un enfant de huit ans malheureux qui peine à trouver sa place au sein d'une famille qui le rejette, puis plus tard un jeune homme aux idées politiques à cause desquelles il goûtera à l'enfermement et à la torture avant de connaître l'exil.

Et à travers l'histoire de Rami, c'est la grande Histoire qui nous est contée, celle de l'Irak sur près d'un demi-siècle : la guerre contre l'Iran, l'invasion du Koweït, Abdel Karim Kassem, Saddam Hussein, la dictature, les arrestations, l'intervention des États-Unis, etc. Feurat Alani, en nous parlant du parcours de Rami, nous parle en fait de son pays d'origine, dont on en ressent l'attachement tout au long de notre lecture. Il remet les événements à leur place et dans leur contexte. On imagine sans peine Falloujah, sa rivière à qui Euphrate doit son prénom, les gamins qui y plongent avec leurs pastèques, son pont, les dattiers dans les jardins et qui bordent les routes... Et puis on découvre l'envers du décor : un pays fragilisé par les guerres, les coups d'État et la dictature. L'ambiance est donnée, à la fois envoûtante et inquiétante.

Mais "Je me souviens de Falloujah" n'est pas uniquement un livre qui parle de l'Irak. C'est aussi une histoire familiale, avec ses drames et ses bons moments. Il y est question d'amour, d'un fils à sa mère défunte, d'un fils à son père condamné. Il y est question de relations humaines, familiales essentiellement mais aussi d'amitié. Il y est question de résilience, d'affirmation de soi et de ses propres idées, de combats contre l'adversité, de recherche sur ses origines, des conséquences que le passé familial peut avoir sur les générations futures.

"Je me souviens de Falloujah", ce sont 288 pages très intenses, tant dans les événements qui touchent les personnages que les personnages eux-mêmes. Feurat Alani use d'une plume riche en émotions diverses, des plus belles aux plus terribles. Très peu d'éléments le concernant sont donnés sur le Net, pourtant on ressent tout au long de notre lecture que c'est une partie de lui-même et de son histoire qu'il nous livre. D'ailleurs Euphrate est né en France en 1980 de parents irakiens, exactement comme l'auteur lui-même. Il y a donc une dimension toute personnelle dans ce roman, clairement manifeste, ce qui le rend d'autant plus réaliste, percutant et touchant.

On s'attache assez rapidement à Rami et à son fils. Leur relation, souvent complexe, quelquefois distante, ne manque pourtant jamais d'amour l'un envers l'autre. Leur histoire familiale est aussi prenante qu'elle peut être douloureuse. Là encore, bien que je ne sache rien de la relation que l'auteur entretient ou a pu entretenir avec son propre père, on a pourtant l'impression qu'il ne fait qu'un avec le narrateur. C'est beau, attendrissant, émouvant.

"Je me souviens de Falloujah", c'est l'hommage d'un homme à son pays d'origine et de coeur autant qu'une déclaration d'amour d'un fils à son père. C'est ainsi que je le ressens en tout cas... Rien dans la quatrième de couverture ne l'indique pourtant, mais je me pose encore la question de savoir si je n'étais pas en fait dans une auto-fiction ?

Reçu et lu dans le cadre d'une masse critique privilégiée, je remercie Nathan de Babelio pour la sélection, ainsi que les éditions J.C. Lattès pour l'envoi de cet ouvrage. Bravo à Feurat Alani pour ce premier roman très réussi !
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2019
Hospitalisé pour un cancer à 75 ans, Rami voit sa mémoire s'effacer.
Ses seuls souvenirs se rattachent à sa jeunesse passée en Irak qu'il a quittée pour la France en 1972, pour fuir la dictature de Saddam Hussein.
Il habitait la ville de Fallujah située le long de l'Euphrate.
Ce fleuve jouait un rôle très important pour lui car les gamins se rassemblaient sur le pont vert qu'on peut voir sur le bandeau de la couverture. Ils se lançaient le défi de plonger du pont pour aller enterrer une pastèque dans la vase.
S'ils réussissaient, ils devenaient des hommes et amis pour la vie. "Pastèque" qui est représentée en tout petit sur la couverture du livre au-dessus du nom de l'éditeur .
L'Euphrate, tellement important dans les souvenirs de Rami qu'il a appelé son fils Euphrate.
Ce même fils est bien décidé à percer le secret de son père qui ne racontait jamais rien sur sa vie en Irak.
Ce ne sera pas difficile car la seule mémoire qui reste à Rami, c'est celle de ses souvenirs anciens.
le roman est magnifique avec des passages teintés d'humour, avec de l'empathie pour les petits boulots que le père enchaînait à gauche à droite, avec de la gêne aussi d'avoir des parents avec un accent étranger dont les Français se moquaient.
L'auteur est né de parents irakiens. Même si le récit est imaginé, on devine qu'il est marqué par des faits réels.
Reporter de guerre, il est bien placé pour nous retracer les évènements en Irak depuis la dictature de Saddam Hussein et les évènements dramatiques qui ont suivi bien des années plus tard.

Je remercie Nathan de Babelio pour m'avoir permis de participer à une Masse Critique privilégiée et les éditions Jean-Claude Lattès pour l'envoi de cette lecture qui nous permet d'ouvrir une fenêtre sur une autre réalité que la nôtre.
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Je l'avoue humblement : si je n'avais pas été sollicitée par Masse Critique, je ne me serais pas dirigée naturellement vers « Je me souviens de Falloujah » de Feurat Alani. C'est tout l'intérêt de ces propositions pour vous faire sortir ces sentiers balisés de lecture que nous connaissons tous.
Et cela aurait été dommage, parce que j'ai été très attentive à cette lecture.

De quoi s'agit-il ? D'abord faut-il dire qu'il s'agit d'Irak.
L'Irak ? Pour moi c'était surtout : Saddam Hussein, la guerre du Golfe, et quelques clichés télévisuels légitimant une intervention américaine. Or on découvre avec les deux personnages principaux de ce récit, Euphrate le fils et Rami le père, toute la réalité d'un pays beaucoup plus riche que les deux ou trois idées que je m'en faisais.

Le récit débute lorsque Rami, installé en France depuis des années, est hospitalisé pour un cancer, et que son fils Euphrate (un très beau prénom dont on découvrira l'origine), qui va conduire le récit, se rend compte que son père commence à perdre la mémoire.
Commence alors une quête – et une course contre la montre – menée par Euphrate pour reconstituer la trame de vie de celui qui est né à Falloujah, et a fui en France pour des raisons politiques.

Feurat Alani va alterner les périodes de la vie de Rami par de nombreux allers et retours : on va découvrir Rami enfant, perdant sa mère très jeune, et subissant ensuite les foudres d'une belle-mère tyrannique qui lui préfère ses fils nés d'une première réunion, dans un combat fratricide qui va avoir des répercussions jusqu'au bout …

On verra ensuite Rami étudiant, puis (bien plus tard, à la fin du roman) on comprendra les raisons profondes de son exil en France.

On suivra aussi sa vie en France, marié puis père de famille, l'occasion pour Euphrate de livrer ses les premiers souvenirs d'enfance, s'efforçant par tous les moyens de faire oublier ses origines irakiennes inconnues des autres élèves à l'Ecole, et de faire oublier l'accent de ses parents et les expressions tronquées que son père peut avoir en français, comme lorsqu'il s'adresse à lui en le nommant « Ma fils ».

Falloujah ? Il m'a fallu regarder sur une carte pour mieux comprendre que l'on n'est pas à Bagdad, la capitale, mais pas très loin et pas très loin non plus de villes dont on parle beaucoup comme Erbil, Mossoul – des noms égrenés souvent par des grands reporters journalistiques - mais aussi de l'Iran, de la Syrie ou des autres pays du Moyen Orient voisins.

Et le voyage de retour, père et fils, dans un pays quasiment à l'abandon après la guerre, sera l'un des moments forts de ce récit … voyage abrégé presque immédiatement par un drame personnel vécu par Rami, voyant son meilleur ami retrouvé assassiné sous ses yeux.

Rami conservera sa vie durant un secret. Un secret que son fils à maintes reprises a tenté de lui faire dire, mais sans succès : le père ne voulant pas (ou ne pouvant pas ?) expliquer à son fils le contexte d'une enfance en Irak, avant la guerre du Golfe.

Car l'incompréhension entre père et fils est l'un des thèmes majeurs de ce récit, tout comme l'exil et ses conséquences psychologiques, faisant ainsi de « Je me souviens de Falloujah » beaucoup plus qu'un documentaire sur les heures sombres de l'histoire irakienne.

Sur le même thème (l'exil et les relations entre la deuxième génération et le pays de leurs parents) ce livre m'a fait penser à un tout autre pays (la Georgie) avec le livre de Kéthévane Davrichewy "Nous nous aimions" que je vous recommande aussi.

Tout enfant rêve de savoir comment étaient la vie de ses parents avant qu'il n'arrive. Mais quand ces questions forment un gouffre d'interrogations sans réponses, les conséquences psychologiques sont puissantes. Pour Euphrate ce sera un repli sur lui-même, faute de murs solides pour se construire.
La quête des souvenirs de son père, en une course contre la montre de la perte de mémoire qui le gagne, prend donc toute son importance pour celui qui a besoin de comprendre d'où il vient.

Un beau récit sensible donc, ponctué de points de repère sur un pays qui a beaucoup souffert, nous permettant de nous interroger sur notre vision occidentale très partielle de ce Moyen Orient qui est pourtant le berceau de notre civilisation : un rappel salutaire dans ces temps d'incertitude et de prolifération d'informations de tout ordre, et un bel hommage à la littérature qui permet de découvrir un récit à hauteur d'homme, celle dont on a grandement besoin en ce moment.
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critiques presse (3)
LeSoir
14 avril 2023
Le journaliste Feurat Alani nous parle de son père, exilé irakien, au passé englouti dans un lourd silence et qu’il met au jour avec émotion.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LePoint
11 avril 2023
Avec « Je me souviens de Falloujah », le journaliste, Prix Albert-Londres 2019, signe un premier roman émouvant sur l’Irak, son père et la mémoire.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeFigaro
21 mars 2023
Un Irakien demande l’asile politique en France en 1972. Des années après, son fils l’interroge.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
Les gouttes qui ruisselaient sur mon front se mêlaient à mes larmes, le cercueil de mon père ballottait entre le Tigre et l'Euphrate qui s'épousaient pour former le Shatt Al Arab avant de se jeter dans une mer de tristesse. Un déluge pour les yeux des hommes, pour les yeux de ceux qui ne pleuraient plus, pour les yeux des absents, un hommage du ciel rythmé par les cliquetis secs des pelles, aussi constants et réguliers qu'une horloge. L'horloge implacable de la vie.
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Mon fils, toi et moi, nous sommes des voyageurs. L'identité est un long voyage solitaire. Chaque voyageur porte une valise. C'est une valise que tu ne vois pas. Elle est invisible, mais elle est là. Au cours de ton existence, cette valise va se remplir de rencontres, d'objets, de souvenirs, d'expériences, bonnes et mauvaises. Pour qu'elle ne soit pas trop lourde et pour que tu puisses avancer, tu devras enlever certaines choses inutiles et garder les plus importantes. Il faudra faire le tri car, face au poids des mots, des rencontres, de l'adversité, de l'amour et de la haine, des victoires et des défaites, les épaules du voyageur se voûtent. L'identité, mon fils, est un long périple. À toi de le rendre le plus léger et le plus droit possible. Sache qu'on n'est pas. On devient.
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Surtout pas, mon fils, surtout pas. Ne sois pas comme les autres. Ne te contente pas de ce qu'on te dit d'être. Essaie de faire ce que tu ne sais pas faire. Essaie d'aller là où on ne t'attend pas. Être normal, ce n'est pas vouloir être comme les autres. C'est seulement faire ce que tu sais faire. C'est ne pas prendre de risque. Ce qui compte, c'est d'être toi. Je travaille dur pour que tu sois toi. Un jour, tu comprendras.
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La ville (Bagdad) mêlait exotisme et familiarité, modernisme et tradition. Si le Tigre qui serpentait dans la capitale était aussi large et majestueux que l’Euphrate, il roulait plus lentement ses eaux noires et silencieuses entre les jardins d’un luxe à faire pâlir les anges. En suivant le fleuve, les deux amis découvrirent un foisonnement opaque et massif d’eucalyptus, d’orangers et de dattiers dont les cimes élégantes ondulaient gracieusement au gré du vent.
(page 148)
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Falloujah était une ville de l’entre-deux, une jolie petite bourgade pleine de contradictions et de paradoxes. Située dans une vallée fertile, bordée par l’Euphrate, elle était aussi entourée de sable pourpre, l’été. Une cité tantôt paisible, tantôt bruyante, ni trop près ni trop loin des trépidations de Bagdad, où flottait un parfum floral qui laissait souvent place aux effluves de crottin de mulet au détour d’une rue.
(page 59)
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Videos de Feurat Alani (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Feurat Alani
Feurat Alani vous présente son ouvrage "Je me souviens de Falloujah" aux éditions JC Lattès.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2762935/feurat-alani-je-me-souviens-de-falloujah
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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