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Éditeur : Seuil - l'Intégrale (01/01/1900)

Note moyenne : 2.57/5 (sur 7 notes)
Résumé :
L'« histoire », ici, se confond avec les histoires du texte. Autre étude de femme est en effet un « puzzle » constitué de fragments d'origines diverses. Plusieurs sont empruntés à « Une conversation entre onze heures et minuit », texte que Balzac a publié en 1832 dans Les Contes Bruns, recueil collectif et anonyme. D'autres sont plus tardifs (1838-1842). Le romancier les a réunis en 1842 dans le second volume de l'édition Furne (tome II des Scènes de la vie privée) ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
AMR
  24 mars 2017
La littérature critique nous apprend que cette étude est en fait la réunion de plusieurs textes écrits entre 1838 et 1842. le titre au singulier peut alors étonner, mais se justifier cependant, puisque le fil conducteur semble être de faire le portrait de la femme de goût, de la « femme comme il faut ».
Dans la version qui nous occupe ici, l'étude est présentée sous la forme d'une conversation entre les personnes conviées à rester en deuxième partie de soirée dans un salon où nous retrouvons des personnages connus et familiers de la Comédie Humaine. Ces « secondes soirées » réunissaient des intimes, une fois le « raout » terminé, et se prolongeaient assez tard dans la nuit selon, précisément, les hasards de la discussion, quelquefois autour d'un thème lancé par la maîtresse de maison ; ici, à partir de deux heures du matin, le débat porte sur « les changements qui se sont opérés dans la femme française ».
En plus du récit cadre à la première personne qui sert d'introduction ou de préambule, plusieurs narrateurs prennent successivement la parole et les récits s'enchainent, sans véritable plan ; j'ai eu un peu l'impression de lire des notes de travail, comme le brouillon d'un essai, comme si Balzac nous invitait dans son travail de réflexion. C'est d'autant plus vrai que, malgré une certaine progression dans les sujets évoqués, il n'y a pas vraiment de chute ou de conclusion générale.
Cela reste une lecture intéressante pour les portraits de femmes et la peinture d'une époque.
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DidierLarepe
  14 juillet 2016
Une histoire digne d'E.Poe : un mari qui fait emmurer vivant l'amant de sa femme après qu'il se soit caché dans un placard. L'histoire est écrite de manière très particulière, chaque invité au cours d'une soirée étant invité à raconter un histoire : on se perd assez vite dans une intrigue qui ne semble avoir aucune structure jusqu'à ce qu'on arrive à cette histoire d'un médecin et de cet emmurement, comme un dénouement qui a lui seul éclaire tout le reste et finalement ce qui pourrait être considéré que comme une attente savamment écrite pour mieux apprécier la chute.
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Citations & extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   28 février 2014
Ces fleurs de Paris éclosent par un temps oriental, parfument les promenades, et, passé cinq heures, se replient comme les belles-de-jour. Les femmes que vous verrez plus tard ayant un peu de leur air, essayant de les singer, sont des femmes comme il en faut ; tandis que la belle inconnue, votre Béatrix de la journée, est la femme comme il faut. Il n’est pas facile pour les étrangers, cher comte, de reconnaître les différences auxquelles les observateurs émérites les distinguent, tant la femme est comédienne, mais elles crèvent les yeux aux Parisiens : c’est des agrafes mal cachées, des cordons qui montrent leur lacis d’un blanc roux au dos de la robe par une fente entrebâillée, des souliers éraillés, des rubans de chapeau repassés, une robe trop bouffante, une tournure trop gommée. Vous remarquerez une sorte d’effort dans l’abaissement prémédité de la paupière. Il y a de la convention dans la pose. Quant à la bourgeoise, il est impossible de la confondre avec la femme comme il faut ; elle la fait admirablement ressortir, elle explique le charme que vous a jeté votre inconnue. La bourgeoise est affairée, sort par tous les temps, trotte, va, vient, regarde, ne sait pas si elle entrera, si elle n’entrera pas dans un magasin. Là où la femme comme il faut sait bien ce qu’elle veut et ce qu’elle fait, la bourgeoise est indécise, retrousse sa robe pour passer un ruisseau, traîne avec elle un enfant qui l’oblige à guetter les voitures ; elle est mère en public, et cause avec sa fille ; elle a de l’argent dans son cabas et des bas à jour aux pieds ; en hiver, elle a un boa par-dessus une pèlerine en fourrure, un châle et une écharpe en été : la bourgeoise entend admirablement les pléonasmes de toilette.
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AMRAMR   24 mars 2017
Entre tous, l'hôtel de madame d'Espard, célèbre d'ailleurs à Paris, est le dernier asile où se soit réfugié l'esprit français d'autrefois, avec sa profondeur cachée, ses mille détours et sa politesse exquise. Là vous observerez encore de la grâce dans les manières malgré les conventions de la politesse, de l'abandon dans la causerie malgré la réserve naturelle aux gens comme il faut, et surtout de la générosité dans les idées. Là, nul ne pense à garder sa pensée pour un drame ; et, dans un récit, personne ne voit un livre à faire. Enfin le hideux squelette d'une littérature aux abois ne se dresse point, à propos d'une saillie heureuse ou d'un sujet intéressant.

[…]

Ne fallait-il pas ce préambule pour vous initier aux charmes du récit confidentiel par lequel un homme célèbre, mort depuis, a peint l'innocent jésuitisme de la femme avec cette finesse particulière aux gens qui ont vu beaucoup de choses et qui fait des hommes d'état de délicieux conteurs, lorsque, comme les princes de Talleyrand et de Metternich, ils daignent conter.
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AMRAMR   24 mars 2017
— Aussi l'esprit de la femme comme il faut, quand elle en a, reprit Blondet, consiste-t-il à mettre tout en doute, comme celui de la bourgeoise lui sert à tout affirmer. Là est la grande différence entre ces deux femmes : la bourgeoise a certainement de la vertu, la femme comme il faut ne sait pas si elle en a encore, ou si elle en aura toujours ; elle hésite et résiste là où l'autre refuse net pour tomber à plat. Cette hésitation en toute chose est une des dernières grâces que lui laisse notre horrible époque. Elle va rarement à l'église, mais elle parlera religion et voudra vous convertir si vous avez le bon goût de faire de l'esprit fort, car vous aurez ouvert une issue aux phrases stéréotypées, aux airs de tête et aux gestes convenus entre toutes ces femmes.[…]
Aussi, reprit Blondet, la femme comme il faut vit-elle entre l'hypocrisie anglaise et la gracieuse franchise du dix- huitième siècle ; système bâtard qui révèle un temps où rien de ce qui succède ne ressemble à ce qui s'en va, où les transitions ne mènent à rien, où il n'y a que des nuances, où les grandes figures s'effacent, où les distinctions sont purement personnelles. Dans ma conviction, il est impossible qu'une femme, fût-elle née aux environs du trône, acquière avant vingt-cinq ans la science encyclopédique des riens, la connaissance des manèges, les grandes petites choses, les musiques de voix et les harmonies de couleurs, les diableries angéliques et les innocentes roueries, le langage et le mutisme, le sérieux et les railleries, l'esprit et la bêtise, la diplomatie et l'ignorance, qui constituent la femme comme il faut.

[…]

— Où classeriez-vous la femme-auteur ? Est-ce une femme comme il faut ?
— Quand elle n'a pas de génie, c'est une femme comme il n'en faut pas, répondit Émile Blondet en accompagnant sa réponse d'un regard fin qui pouvait passer pour un éloge adressé franchement à Camille Maupin.
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AMRAMR   24 mars 2017
Un seul mensonge détruit cette confiance absolue qui, pour certaines âmes, est le fond même de l'amour. Pour vous exprimer ce qui se fit en moi dans ce moment, il faudrait admettre que nous avons un être intérieur dont le nous visible est le fourreau, que cet être, brillant comme une lumière, est délicat comme une ombre... Eh ! bien, ce beau moi fut alors vêtu pour toujours d'un crêpe. Oui, je sentis une main froide et décharnée me passer le suaire de l'expérience, m'imposer le deuil éternel que met en notre âme une première trahison.

[…]

Il y a toujours un fameux singe dans la plus jolie et la plus angélique des femmes ! À ce mot, toutes les femmes baissèrent les yeux comme blessées par cette cruelle vérité, si cruellement formulée.

[…]

Guéri de mon rhume et de l'amour pur, absolu, divin, je me laissai aller à une aventure dont l'héroïne était charmante, et d'un genre de beauté tout opposé à celui de mon ange trompeur. Je me gardai bien de rompre avec cette femme si forte et si bonne comédienne, car je ne sais pas si le véritable amour donne d'aussi gracieuses jouissances qu'en prodigue une si savante tromperie.

[…]

Elle me dit tout ce que j'avais le droit de lui dire avec une simplicité d'effronterie, avec une témérité naïve qui certes eussent cloué sur place un autre homme que moi.
— Qu'allons-nous être, pauvres femmes, dans la société que nous fait la Charte de Louis XVIII ! ... (Jugez jusqu'où l'avait entraînée sa phraséologie.)
— Oui, nous sommes nées pour souffrir. En fait de passion, nous sommes toujours au-dessus et vous au-dessous de la loyauté. Vous n'avez rien d'honnête au coeur. Pour vous l'amour est un jeu où vous trichez toujours.
— Chère, lui dis-je, prendre quelque chose au sérieux dans la société actuelle, ce serait filer le parfait amour avec une actrice.
— Quelle infâme trahison ! Elle a été raisonnée...
— Non, raisonnable.
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AMRAMR   24 mars 2017
Depuis cinquante ans bientôt nous assistons à la ruine continue de toutes les distinctions sociales, nous aurions dû sauver les femmes de ce grand naufrage, mais le Code civil a passé sur leurs têtes le niveau de ses articles.
Quelque terribles que soient ces paroles, disons-les : les duchesses s'en vont, et les marquises aussi ! Quant aux baronnes, j'en demande pardon à madame de Nucingen, qui se fera comtesse quand son mari deviendra pair de France, les baronnes n'ont jamais pu se faire prendre au sérieux.

[…]

— Les comtesses resteront, reprit de Marsay. Une femme élégante sera plus ou moins comtesse, comtesse de l'empire ou d'hier, comtesse de vieille roche, ou, comme on dit en italien, comtesse de politesse. Mais quant à la grande dame, elle est morte avec l'entourage grandiose du dernier siècle, avec la poudre, les mouches, les mules à talons, les corsets busqués ornés d'un delta de noeuds en rubans. Les duchesses aujourd'hui passent par les portes sans qu'il soit besoin de les faire élargir pour leurs paniers. Enfin, l'Empire a vu les dernières robes à queue ! Je suis encore à comprendre comment le souverain qui voulait faire balayer sa cour par le satin ou le velours des robes ducales n'a pas établi pour certaines familles le droit d'aînesse par d'indestructibles lois. Napoléon n'a pas deviné les effets de ce Code qui le rendait si fier. Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait nos femmes comme il faut d'aujourd'hui, le produit médiat de sa législation.

[…]

Notre époque n'a plus ces belles fleurs féminines qui ont orné les grands siècles de la Monarchie française. L'éventail de la grande dame est brisé. La femme n'a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer. L'éventail ne sert plus qu'à s'éventer. Quand une chose n'est plus que ce qu'elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe.
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