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EAN : 9782809711561
320 pages
Editions Philippe Picquier (03/03/2016)
4.02/5   64 notes
Résumé :
Bandi, qui signifie « Luciole », est le pseudonyme d’un écrivain qui vit en Corée du Nord. Après bien des péripéties, dissimulés dans des livres de propagande communiste, ses manuscrits ont franchi la frontière interdite pour être publiés en Corée du Sud. Mais pas leur auteur. Bandi a choisi de rester, lui qui se veut le porte-parole de ses concitoyens réduits au silence. Ses récits où s’expriment son émotion et sa révolte dévoilent le quotidien de gens ordinaires d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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Sept nouvelles, sept claques, sept uppercuts. Un recueil, rare et précieux, de Corée du Nord qui a réussi à nous parvenir, non sans risque, par un auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Bandi, « Luciole » en coréen. Petite lumière ténue et virevoltante pour éclairer notre ignorance sur la vie là-bas. Une lumière qui ne réchauffe pas mais glace par son incandescence. Une lumière surtout pour éclairer ce pays plongé dans le noir.

« Je vis en Corée du Nord depuis cinquante ans,
Comme un automate qui parle,
Comme un homme attelé à un joug.
J'ai écrit ces histoires,
Poussé non par le talent,
Mais par l'indignation,
Et je ne me suis pas servi d'une plume et d'encre,
Mais de mes os et de mes larmes de sang.

Elles sont aussi arides que le désert,
Aussi brutes que la prairie sauvage,
Aussi pitoyables qu'un malade,
Aussi maladroites qu'un grossier outil en pierre,
Mais, cher lecteur,
Je t'en prie, lis-les ! »

Arides, brutes, pitoyables, maladroites ? Oh non, le talent de Bandi est incontestable vu la façon dont ces nouvelles claquent et marquent le lecteur en plus de son écriture, limpide, directe et même, à de maintes occasions, poétique. Elles arrivent avec sobriété à nous faire réellement ressentir toute l'injustice, toute la souffrance de ce peuple muselé. Au point de nous révolter et de nous émouvoir. Ces nouvelles sont des témoignages, des cris poignants, Bandi se posant en porte-parole des habitants de Corée du Nord, « contraints de subir tout à la fois les conséquences désastreuses de l'économie socialiste propre à ce pays, un régime de castes et un système de punitions collectives – le mal le plus cruel qui soit dans toute l'histoire de l'humanité » comme nous explique Do Hee-Yoon en préface, responsable de l'ONG « Solidarité et droits de l'homme pour les réfugiés nord-coréens ».

Sept textes remarquablement écrits donnant voix à des épouses, des grands-mères, de jeunes étudiants, des hommes et des femmes du peuple, tous confrontés à l'absurdité de la dictature nord-coréenne, à sa chape de plomb, son hypocrisie et sa violence. Sans omettre sa propagande, permanente. le ton est nerveux, sans pathos, l'angoisse de la dénonciation tapie, de toute part.
Un fils empêché d'aller au chevet de sa mère mourante à quelques kilomètres de là seulement, un homme contraint au suicide en comprenant combien ses décorations ne sont que des bouts de ferrailles sans valeur ne permettant pas de se nourrir ni de se chauffer, un grand-père et sa petite fille broyés par une marée humaine dans une gare à cause du déplacement du Grand Leader, une famille contrainte à l'exil à cause d'un rideau tiré pour ne pas voir les portraits géants de Marx et de Kim Siun II qui effraient leur petit garçon, l'obligation d'aller pleurer des jours durant et parfois au péril de leur vie à la mort de Kim Il-Sung même si c'est à cause de lui que le peuple meurt de faim, un journaliste obligé d'annoncer des bonnes nouvelles totalement fausses…voilà quelques exemples de récits que vous trouverez dans ce recueil d'inspiration toute personnelle, Bandi ayant perdu beaucoup de proches, certains d'entre eux mourant de faim et d'autres ayant choisi l'exil.

« La scène horrible à laquelle il avait assisté, quand sa petite-fille avait eu la jambe cassée et qu'il s'était fait écraser le bas du dos, avait dû se graver jusque dans ses os et il ne pouvait s'empêcher de la revivre, surtout en ce moment où la propagande du « voyage du peuple dans le bonheur » battait son plein et ravivait ses souffrances ».

Je ne suis habituellement pas férue de nouvelles mais j'avoue que le choix des nouvelles est ici très pertinent. Cela permet, dans chacune d'entre elles, de montrer un pan de la souffrance, de l'absurdité, des horreurs vécues suivant des configurations différentes, une sorte de kaléidoscope de l'état des situations possibles et des souffrances engendrées en Corée du Nord. A vous en arracher quelques larmes, à vous en arracher l'âme et le coeur, à vous en remuer les tripes. Une lecture tragique à lire absolument pour ne jamais oublier ce qu'est une telle dictature et ce que signifie la liberté. Immense respect à Bandi.

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« Ce barbu européen
A affirmé que le capitalisme est un monde d'obscurité
Tandis que le communisme est un monde de lumière. […]
Le monde de lumière de ce barbu est un abîme
Où il fait un noir d'encre. » [Prologue] ●
Il s'agit d'un recueil de sept nouvelles écrit par un Nord-Coréen qui se donne pour pseudonyme Bandi, signifiant « luciole » car il brille dans la nuit de son pays obscurantiste et totalitaire. Ce recueil nous est parvenu par miracle grâce au courage de son auteur et de ceux qui ont bien voulu s'occuper de le faire sortir de Corée du Nord. ● Dans la première nouvelle, « L'Orme-Trésor », un vieil homme pour qui cet arbre constitue son symbole personnel du communisme, est horrifié et furieux que des membres du parti veuille lui en couper de grosses branches. ● Dans « La ville des spectres », une femme tient à laisser ses doubles-rideaux fermés pour que son fils ne voie plus le portrait de Marx sur la place sur laquelle ses fenêtres donnent car il lui fait peur. ● Dans « Si près, si loin », un homme ne peut pas aller voir sa mère mourante alors qu'elle n'est pas loin de chez lui. ● Dans « La Fuite », un homme soupçonne sa femme de le tromper avec un membre du Parti. ● « Pandémonium » décrit l'enfer que vivent des voyageurs obligés d'attendre que le train du dirigeant passe pour reprendre leur voyage. ● « La Scène » raconte les lamentations obligatoires des Nord-Coréens à la mort de Kim Il-sung et l'accusation ubuesque dont va être l'objet un homme à ce sujet. ● Dans « Champignon rouge », on voit un homme honnête, bon et loyal se battre pour obtenir de bons résultats dans son usine de pâte de soja et finalement accusé d'être un tire-au-flanc parce que le Parti avait découvert que son beau-frère, porté disparu pendant la guerre de Corée, était en réalité passé au Sud. ● Il est très difficile de faire une critique littéraire de ce recueil car on ne peut qu'adhérer à la dénonciation des infamies à laquelle l'auteur se livre ; on ne peut aussi qu'admirer son courage, car même s'il publie sous pseudonyme, le simple fait d'écrire et de cacher chez lui ces textes pendant de longues années constitue dans on pays un acte de bravoure que peu se risqueraient à faire. ● Il est crucial que des témoins écrivent sur cette dictature épouvantable où tout le monde surveille tout le monde et où une peccadille faite par votre grand-père entraîne sur des générations le sceau de l'infamie et suffit à vous faire déclarer sans rémission possible « hostile au régime », où les petits chefs s'en donnent à coeur joie sur ceux qu'ils peuvent opprimer avec l'assentiment du Parti. ● Néanmoins, je dois dire que je n'ai pas été entièrement convaincu. Je trouve que sa dénonciation manque de puissance dans ces historiettes à la construction inégale. La préface et la postface font allusion à Soljenitsyne, je pense qu'on en est loin. ● Je dois dire que j'ai trouvé bien meilleure la dénonciation de ce régime immonde dans le livre de D. B. John, L'Etoile du Nord.
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Voici un livre Nord Coréen , autant dire une perle rare . Ce livre a pu être diffusé après que l'auteur a réussi à faire passer ses feuillets au sud avec d'infinies précautions. Bandi , qui signifie Luciole , est bien entendu un pseudonyme, pour celui qui a décidé de rester auprès de ses compatriotes.

Il s'agit de sept récits dont les thèmes tournent bien entendu tous autour de la souffrance du peuple nord coréen et de l'absurdité du régime.

En vrac, un journaliste est obligé d'annoncer les bonnes nouvelles et la part prépondérante du partie dans le bonheur collectif, une famille est "blacklistée" en raison d'un mot de trop 50 ans plus tôt d'un aïeul, toutes les communications sont bloquées parce que le leader suprême doit emprunter cet axe , un fils est empêché d'aller voir sa mère mourante à quelques kilomètres, une famille va être condamnée à l'exil (à savoir quitter Pyongyang) pour avoir fermé les rideaux sur une photo de Kim Sun Il...

L'auteur , à travers des récits nerveux , précis , où rodent la peur de la dénonciation , du mot de trop , de l'acte non conforme au collectivisme, s'appuient sur des faits réels pour expliquer au monde entier l'absurdité du système, fondé sur la peur et la répression pour montrer la souffrance quotidienne d'un peuple qui ne demande qu'un peu de liberté.
Ce système manichéen où la bien est l'apanage du parti et les erreurs celui du "déviant" en serait caricatural s'il n'était malheureusement vrai.
Une lecture des plus intéressantes, où l'intérêt ne s'arrête pas au contenu et à son aspect insolite . l'auteur y raconte des histoires avec un véritable talent.
Un grand respect à cet écrivain.
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Bandi, dont le pseudonyme signifie "luciole" en coréen, nous fait parvenir ses écrits de Corée du Nord et nous éclaire sur ce pays si obscur. Ces 7 nouvelles abordent différents thèmes cauchemardesques : la propagande, le mouchardage, la manipulation, la supériorité suprême du Parti, le manque de nourriture, etc... Malgré ces thèmes qui nous glacent le sang, il est possible de constater une évolution discrète et silencieuse dans la mentalité des personnages qui prennent progressivement conscience du fonctionnement terrifiant du régime qui les emprisonne.
Derrière des métaphores élégantes et une ironie prononcée, Bandi nous dévoile une facette très humaniste de la population nord-coréenne, régulièrement incomprise. J'ai apprécié découvrir ces nouvelles dans lesquelles nous découvrons le mode de vie de différents nord-coréens ainsi que leur culture. Certaines nouvelles aurait pu être davantage développées mais cela n'enlève en rien le charme de ce livre.
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Les auteurs Nord-Coréens ne sont pas légion ! Ceux qui ont publié des livres qui expliquent ce qu'il se passe dans leur pays encore moins…

Pour savoir ce qu'il se passe dans ce pays, il faut se lever très tôt le matin ou alors, bouffer la propagande mise en place et accepter d'avaler que tout va pour le mieux dans cette dictature.

À l'aide de courts récits, Bandi nous explique le destin tragique des habitants de Corée du Nord, là où il vit toujours. Pas sous le joug du gros poussa de maintenant, mais dans les années 80/90, sous le règne de Kim Il-sung.

"Voilà, dans quel monde il vivait. La loi exigeait du peuple qu'il rit malgré ses souffrances et qu'il avale malgré l'amertume".

Nous râlons pour le moment des petites libertés qui nous sont retirées pour cause de pandémie, mais imaginez-vous vivre dans un pays où, 50 ans après un mot de trop de votre père et grand-père, vous êtes blacklisté de partout ! Même si vous n'avez que 5 ans.

Article 149… Il permet de vous persécuter jusqu'à la fin de temps et on l'inscrit même sur vos papiers afin que tout le monde sache l'infamie qui vous touche tous. Et lorsque l'on parle d'infamie, elle n'est infâme que dans la tête des tarés qui gouvernent et de ceux qui appliquent les sentences.

Nous pouvons nous moquer de nos politiciens, nous pouvons les brocarder, eux doivent s'incliner et honorer leurs portraits et surtout ne pas tirer les tentures afin que votre petit enfant ne soit plus terrorisé par le portrait de Marx ou du dictateur qui a fait de vous des pantins, capable de faire venir 1.000.000 de personnes dans la rue en 45 minutes top chrono.

J'ai apprécié l'écriture de Bandi, assez simple mais jamais simpliste dans ses petites histoires qui nous mettent face à l'horreur d'un peuple condamné à jouer un rôle, à rire quand il voudrait pleurer, à pleurer toutes les larmes de leur corps devant la dépouille du tyran qui a assassiné leur père, emprisonné leur mari…

Après la folie de Lénine, Staline et leurs goulags, je viens de plonger dans une dictature où l'arbitraire règne, où les dénonciations sont légions, où ceux qui lèchent le parti comme des braves petits toutous sont mieux considérés que ceux qui triment sans rien demander et qui seront de parfaits boucs émissaires pour tout et n'importe quoi.

C'est un poison toxique qui circule dans les veines de ceux qui accusent, qui punissent, qui tuent. C'est l'iniquité qui est reine, c'est l'illogisme qui est roi et c'est le peuple qui crève de faim, mais bon, faut pas parler de famine, juste de pénurie alimentaire…

Un roman qu'il faut lire, juste pour comprendre que nous sommes des coqs en pâte, même si tout n'est pas rose dans nos pays et que personne ne me tiendra rigueur si mon père a un jour, foiré une caisse de plants de riz en serre car c'était le début et que personne ne savait comment faire.

Un livre coup de poing !!
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critiques presse (1)
Actualitte
28 mars 2018
Ce recueil de nouvelles écrit dans les années 1990 est un véritable ovni, une lecture tellement improbable et en même temps si effarante qu’il serait dommage de passer à côté. Accessible en poche depuis quelques semaines, hâtez-vous de le découvrir. D’urgence.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Un éclair aussi effilé qu’une lame de rasoir fendit le ciel derrière les fenêtres, aussitôt suivi d’un coup de tonnerre ; on aurait dit qu ’un gros tambour dégringolait les escaliers de l’immeuble. A l’instant où le vent faisait claquer avec un bruit retentissant la porte d’entrée restée entrouverte, des gouttes se mirent à marteler violemment les vitres. La pluie faiblissait puis s’intensifiait de nouveau, par vagues, et cela dura ainsi jusque tard dans la nuit. Myeong-sik, dont le sommeil était léger, sursauta souvent et se réveilla plusieurs fois par heure. Pour le calmer et le rassurer, Kyeong-hui dut passer la nuit assise à son chevet. C’était veille de fête nationale, et tous les habitants de la ville devaient puiser toute l’énergie qu’il leur restait pour grimper la dernière crête de la montagne, la plus escarpée. Chaque fois que la pluie cessait, les lueurs clignotantes des lanternes électriques ornées d’inscriptions de fête formaient de magnifiques fleurs tricolores derrière les vitres, mais tout ça ne faisait
qu’alourdir et encombrer le cœur de Kyeong-hui. Ces célébrations n’avaient rien à voir avec les fêtes familiales du Nouvel An et des Moissons.
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Myeong-cheol avait envie de pleurer tout son soul et de tambouriner sur le sol. Mais il ne pouvait pas se laisser aller de la sorte car, parfois, les sanglots étaient considérés comme une rébellion et pouvaient vous valoir la mort. Voilà dans quel monde il vivait. La loi exigeait du peuple qu'il rie malgré ses souffrances et qu'il avale malgré l’amertume. Myeong-cheol marcha, le corps et l'âme écrasés par le désespoir et l'injustice qu'infligeait ce pouvoir absolu face auquel il était impuissant.
Commenter  J’apprécie          250
Après le coucher du soleil, le froid se fit encore plus vif. Un croissant de lune pâle, comme intimidé par les bruyants craquements de la glace sur la rivière, restait caché derrière les arbres dénudés sur la crête de la montagne, au nord-est. Malgré les deux rabats de sa chapka baissés sur ses oreilles et le col de son manteau remonté au maximum, Yeong-il sentait son front geler et du givre se former dans ses narines.
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- (...) toi aussi, comme moi, tu es tombé dans le panneau, cette fameuse affiche arborant des slogans magnifiques tels que "Démocratie", "Égalité", "Le peuple est maître de l'Histoire", "Construisons le paradis sur terre", et qui, derrière son beau vernis, dissimule l'arme la plus redoutable de la dictature.
- C'est exact. Dans ce monde, plus les choses sont toxiques, plus elles sont belles et attirantes.
- Oui, comme les champignons vénéneux, n'est-ce pas ? (...)


(dans "Champignon rouge")
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Quand une mère met un enfant au monde, tout ce qu'elle souhaite, c'est que cet enfant soit heureux. Il n'existe aucune mère sur terre qui veuille accoucher d'un être dont elle sait d'avance qu'il devra passer sa vie entière à se frayer un chemin dans des buissons de ronces. Si une telle femme existe, alors avant d'être une mère, c'est une criminelle, la plus cruelle d'entre tous.

(dans "La fuite")
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