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EAN : 9782246293521
184 pages
Grasset (07/09/1988)
3.58/5   26 notes
Résumé :
Les Duchemin s'entassent dans une misérable baraque située entre le cimetière d'un village et la décharge publique, un amoncellement d'ordures en perpétuelle combustion que le père a mission de surveiller.
Noémi Duchemin rédige ses souvenirs à la demande de son institutrice. C'est une adolescente sensible et surdouée qui use d'un style neuf et savoureux, capable de transformer en féerie une réalité sordide. Rien de plus difficile que de faire parler l'enfance... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  30 janvier 2014
Noémi Duchemin vit à proximité de la décharge publique avec ses parents et sa fratrie. La famille, repliée sur elle-même à cause de son exclusion sociale, mène une vie que certains qualifieraient de marginale, au point même qu'il faut bien l'impulsion initiée par un membre extérieur à la famille pour que Noémi Duchemin prenne conscience du caractère inhabituel de sa résidence. Sous l'oeil sévère mais bien intentionné de son institutrice, Noémi entreprend de décrire son existence. Son esprit impétueux transparaît à l'écrit lorsque la jeune fille digresse et s'indigne -mais jamais à propos de la décharge-, tout comme la maladresse de son esprit se fait ressentir lorsqu'elle essaie d'exprimer son émotion -mais jamais à propos de la décharge ! Et c'est bien cette indifférence à l'égard de sa misère qui chagrine l'institutrice. Lorsque Noémi se fraie une voie originale dans la narration et s'enivre de savoir comment l'Immaculée Conception a pu être possible, ou pourquoi la beauté des légumes n'est jamais été reconnue à l'égal du charme des fleurs, l'institutrice surgit pour couper court aux digressions. Noémi quitte alors son récit et entre en conversation avec son mentor pour justifier ses choix avec une mauvaise foi amusée et une vivacité qui titille l'austérité docile de son interlocutrice. Et le récit repart, lui aussi discipliné par l'échange, jusqu'à ce que la prose débridée reprenne ses droits. Et le texte progresse, voulant nous faire croire que le plus sordide de toute cette histoire, c'est l'existence recluse menée par cette famille à proximité d'une décharge. Mais Béatrix Beck nous attend au tournant...

Un jour, l'institutrice meurt. Noémi croit ne plus pouvoir continuer à écrire, ainsi qu'elle le pense joliment : "Je suis une pendule qui continue à marcher un moment après que celle qui l'a remontée a disparu".Marginale dans son mode de vie, elle continue à l'être dans ses affections, seule à suivre le cortège d'une femme dont l'austérité et la sécheresse avaient fait fuir tous ses semblables. Une telle proximité de coeur lui donnait bien le droit de recevoir en héritage, non seulement les livres préférés de son institutrice, mais aussi ses carnets personnels. Noémi découvre ainsi avec surprise et plaisir que sa professeure s'exerçait à une discipline similaire à celle qu'elle lui imposait : elle racontait sa vie. Elle parlait de Noémi.

Le dialogue vif à deux voix se poursuit, cette fois sous la forme d'une conversation par récits interposés. La prose légère et enjouée de Noémi, qui n'est pas sans partager certaines similitudes avec celle de Romain Gary écrivant pour Momo dans la Vie devant soi, est remplacée par celle plus ferme et rigoureuse, droite dans l'expression mais malgré quelques fantaisies strictement autorisées par l'inventivité littéraire, de l'institutrice. Puis revient le tour de Noémi. On espérait qu'elle n'aurait rien compris aux carnets de sa maîtresse -on avait fini par la croire véritablement naïve, pour ne pas dire stupide. C'est à ce moment-là que le titre de la Décharge prend tout son sens. Vivre près des ordures, ramasser des immondices pour se nourrir, batifoler dans la crasse, ce n'est rien face aux décharges spirituelles qui peuplent nombre des consciences civilisées.

Béatrix Beck est éblouissante dans sa démonstration. Habile à se métamorphoser d'une conscience à une autre, pluriforme dans la voix et dans l'esprit, elle nous surprend autant que Noémi put être surprise par son institutrice. Si le début du récit peut laisser légèrement sceptique, ce n'est que pour mieux nous prendre à la gorge dès le premier tiers des pages gentiment englouti.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Commenter  J’apprécie          302
zabeth55
  10 décembre 2013
Noémi, à la demande de son ancienne institutrice, raconte sa vie sur des cahiers successifs.
La famille Duchemin vit dans une misérable cabane, entre le cimetière et la décharge municipale que le père, mutilé d'un bras, est chargé de maintenir en combustion.
D'une existence de miséreux, Noémi raconte une vie merveilleuse.
On est en plein dans le sordide le plus bas que cette adolescente surdouée dépeint comme un conte de fée. Ne connaissant que cette famille et sa misère, elle la trouve formidable et en est fière.
C'est franchement bien écrit. Béatrix Beck maîtrise parfaitement ses personnages et l'intrigue du roman.
Un véritable régal.
Commenter  J’apprécie          240
djathi
  27 mai 2016
La décharge .

Je ne vais pas surenchérir sur le fil , ce livre a largement été commenté et analysé sous toutes ses coutures !
Juste trois mots pour faire remonter le fil car c'est une sacrée bonne femme que cette Béatrix Beck ! Et que je ne comprends pas qu'elle ne soit pas plus connue ! scratch

Une auteure qui n'a pas froid aux yeux , insolente et décapante : on rit pour ne pas pleurer , on baisse les yeux pris en flagrant délit de pensées bien pensantes parce que ...
l'empathie on nous a appris , parce que.....
les pauvres c'est fait pour être plaints et aidés , susciter en nous de la compassion ....
....
Mais ce qu'elle nous raconte Béatrix , c'est que ça se passe pas tout à fait comme ça ! Alors vous remballez vos bons sentiments , parce qu'au moment où vous vous y attendez le moins , c'est une bonne claque que vous recevez dans la tronche !
Tout cela avec une faculté de se glisser dans la peau de ses personnages avec une force d'intensité incroyable !
Belle découverte , j'en redemande !
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coriala
  29 avril 2015
Noémi vit dans une Décharge avec ses parents et ses nombreux frères et soeurs, elle est très vive, intelligente et aime beaucoup son institutrice qui lui demande de tenir un journal intime pour décrire sa vie et sa famille de "laisser pour compte".
Ce roman est divisé en trois parties : la première est consacrée au journal intime de Noémi, il est écrit avec la maladresse d'une enfant et raconte sa famille, son environnement, ses rapports avec son institutrice; la seconde est le journal intime de l'institutrice superbement bien écrit en contraste avec le journal de l'enfant, lu par Noémie après le décès de celle-ci qui relate sa vie et ce qu'elle pense de Noémi; la dernière partie est le ressenti de Noémi et sa vie "après" cette découverte.
Un beau roman sur la différence des classes, l'amour et l'admiration enfantine, la trahison et le gout amer qu'elle laisse. Une belle découverte après avoir lu Léon Morin prêtre de mon enfance.
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critiques presse (1)
LeMonde   16 mai 2022
A l’intérieur, les narrations se bousculent, les mots s’agitent, vibrionnent. Le flux ne s’arrête jamais. Ça se perd, se rattrape, rebondit d’un registre à l’autre. C’est enragé et ravi, naïf et cruel, violent et si tendre aussi.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   03 février 2014
- Justement il faut éviter de se perdre. Tu as l'air d'en dire trop peu parce que tu en dis trop. Par exemple, on se demande pourquoi l'assistante sociale vous avait envoyé les gendarmes.
- A moins d'être demeuré, on comprend bien que c'est Pa...
- Tais-toi, Noémie.
Je veux bien, mais pourquoi est-ce qu'il ne faut pas parler de ça dans un cahier de brouillons que je brûlerai quand j'aurai tout mis au propre ? Le mal est dans l'oeil de celui qui le voit.
Elle revient à la charge pour que je décrive la forêt, mais ça ferait deux forêts, une de trop. Il ne faut pas parler pour ne rien dire. La Décharge c'est différent, puisqu'elle n'existe plus, c'est un souvenir.
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colimassoncolimasson   30 janvier 2014
Manière de parler, Marie n'était ni sainte, ni vierge, elle avait même trompé son futur, s'étant fait engrosser par un autre pendant les fiançailles. Joseph a été bien bon de s'envoyer un rêve, un ange disant que c'était par l'opération du saint esprit. Il aimait sûrement sa promise dur comme fer. Elle devait être drôlement jolie [...]. Je me demande avec qui Marie a fauté. Sûrement un qui n'avait pas froid aux yeux, pour prendre la promise d'un artisan. Peut-être qu'il l'a violée ? En tout cas, probable que c'était un beau salaud, pour l'avoir laissé tomber une fois enceinte. Il ne devait pas être du pays, il aura filé.
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colimassoncolimasson   05 juillet 2014
- Quel genre d'histoires aimes-tu le mieux ?
-Quand on comprend.
-Et qu'est-ce que tu comprends ?
-Tout, eskepté (sic) la poule brune.
-Quelle poule brune ?
-La poule grise pond dans l'église. La poule noire pond dans l'armoire. La poule blanche pond sur la planche. Ça se peut, mais la poule brune pond dans la lune ça se peut pas, alors pourquoi ils mettent les ça se peut avec les ça se peut pas?
+ Lire la suite
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colimassoncolimasson   09 juillet 2014
[...] Tour lui est bon, comme jadis à la table familiale, garnie de passereaux piégés, d'un pauvre petit écureuil rôti agrémenté de gobilles de pommes de terre, d'un hérisson mitonné dans la glaise et qu'environnaient les contours simples et gracieux d'une ribambelle de topinambours ou, morceau de roi pour les fêtes carillonnées, d'une fressure de cochon.
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colimassoncolimasson   10 juin 2014
Le conseil municipal a refusé à Papa de cultiver le cime, pourtant désaffecté. Fleurs oui, légumes non. Pour être convenable, il faut que ce soit inutile. Ce n'est pas la question beauté, les légumes sont aussi beaux que les fleurs. Une laitue est une rose verte et il faut être tordu pour avoir moins de plaisir à regarder un chou violet ou une tomate qu'un dahlia ou un lys rouge."
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Vidéo de Béatrix Beck
Bande annonce d'Une confession, adaptation du roman Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck
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