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EAN : 9782846790932
422 pages
Ginkgo (23/06/2011)
4.09/5   28 notes
Résumé :
Selon la Bible, la femme de Loth désobéit au commandement de Dieu, parce qu’elle eut la curiosité de voir Sodome châtiée, et quand elle tourna le regard en cette direction Dieu la punit. Quarante siècles après le châtiment de Sodome et Gomorrhe, effacées des côtes de la Mer Morte sans laisser de trace, la terre qui les engloutit s’ouvre et un mystérieux sel violet en jaillit.
Son apparition s’accompagne de changements géologiques qui bouleversent la carte de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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sur 28 notes
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Sachenka
  26 février 2017
C'est une histoire bien étrange que nous sert Ioanna Bourazopoulou. Bizarrissime, même, pour reprendre une expression de la quatrième de couverture. Dans un futur pas trop lointain, un cataclysme a complètement transformé le visage de la terre, la Méditerranée s'est agrandie, faisant de Paris un port de mer. Vous l'avez compris, une partie de l'Europe a été engloutie, ainsi que des pans de l'Afrique et de l'Asie. Décor assez apocalyptique ! La cause de ce cataclysme ? On ne sait pas. Peut-être une punition de Dieu ? En tous cas ça ferait un lien avec le titre. On se rappelle que, selon le récit biblique, Loth et sa femme ont fui Sodome et Gomorrhe, qui allait être détruit par Dieu. Malheureusement, la femme de Loth a contrevenu aux ordres et elle s'est retournée pour regarder. Qu'a-t-elle vu ? Dieu ? Quoiqu'il en soit, elle fut transformée en sel.
À l'autre extrémité, là où se trouvaient les limites de l'Asie Centrale, le conglomérat des Soixante-Quinze a établi une sorte de colonie où on extrait un sel mauve, produit très puissant que tout le monde s'arrache. Encore ce sel, qui rattache à la légende biblique… Quand le gouverneur est tué, les soupçons se portent sur six autres individus haut placé (la femme du gouverneur, le président du tribunal, le commandant, le prêtre, le secrétaire et le médecin) puis on scrute à la loupe leurs déclarations. Les Soixante-Quinze, basé à Paris, retiennent les services de Philéas Brook, l'inventeur des Lettres croisées, pour démêler tout cela. Plutôt décrypter !
Ainsi, en lisant les déclarations des six suspects du meurtre du commandant, le lecteur peut essayer de résoudre l'énigme. Mais les lettres parfois se contredisent, la femme du gouverneur laissant paraître ses doutes sur le commandant, le médecin sur le prêtre, etc. On découvre que ces six individus se trouvent dans la colonie sous une fausse identité, chacun ayant un passé pas très net. On peut même douter de leur raison. Aussi, des événements étranges se produisent, certains affirment avoir vu un navire approcher de la colonie mais il n'en reste aucune trace. Bref, le bizarre fait une entrée par la grande porte dans ce bouquin de plus de quatre cents pages.
Il est extrêment difficile de résumer succinctement «Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ? » Ce que j'ai écrit plus haut ne rend pas justice à l'oeuvre. On y retrouve beaucoup de thèmes communs à la science-fiction mais également quelques uns ayant une portée plus grande, comme la hiérarchie, l'obéissance, les libertés personnelles, la rédemption, etc. le fait que je n'aie pas accroché à l'intrigue – j'en suis presque déçu – n'enlève aucune des qualités au roman. Bourazopoulou semble avoir beaucoup d'imagination pour créer et expliquer le monde, l'univers qu'elle a créé.
Normalement, j'aime bien les romans policiers, je raffole des énigmes mais celle-ci était trop difficile pour moi. Les indices vont dans tous les centres, on ne peut se fier aux déclarations de chacun et l'intrigue prend des proportions gigantesques, allant bien au-delà du simple meurtre du gouverneur. Il est question de pirates, de trafic de sel, d'intérêts étrangers (les Mamlouks de Suez ?). J'ai fini par me sentir tout mélangé et, conséquemment, à ne pas apprécier ce moment de détente que constitue habituellement la lecture. Pourtant, je suis aussi capable de m'intéresser à un petit défi intellectuel mais, dans ce cas-ci, niet. Quand j'ai pris connaissance de la solution aux Lettres croisées, à la fin, je me suis dit qu'il aurait impossible que je le trouve par moi-même. Bref, «Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ? » est un rendez-vous manqué avec l'auteure grecque.
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Gromovar
  29 juillet 2011
"Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ?" est le troisième roman de la grecque Ioanna Bourazopoulou. Je suis tombé dessus par le plus grand des hasards. Quel dommage si ce n'était pas arrivé !
Le gouverneur de la Colonie vient de mourir. Qui l'a tué ? Comment ? Que faire maintenant ? Ce qui commence comme un passionnant Cluédo se poursuit, dans une folie irrésistible, comme critique sociale.
Car quand sommes-nous ? Où ? Dans quel monde ? J'y viens.
Dans un futur proche, la Mer Morte a débordé. Tellement débordé que les eaux ont submergé la moitié de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie mineure. . Des millions sont morts et les réfugiés ont afflué dans les zones restées sèches. Pourquoi ce cataclysme ? Nul ne le sait ; ce n'est pas la question. Là où se trouvait l'ancienne Mer Morte, on a découvert un sel mauve plus puissant que les plus puissantes drogues. Ce sel, exploité exclusivement par la firme géante des Soixante-Quinze, se vend à prix d'or. Pour l'extraire et le vendre, la firme a racheté aux Etats voisins toutes les terres adjacentes au filon puis y a créé une « colonie », peuplée de milliers de salariés sans autre Droit que l'extensif règlement de la Colonie. Dans ce lieu, qu'une particularité géophysique empêche de rejoindre en moins de trois semaines, aucun système électrique ne fonctionne, la technologie y est donc celle du XIXème siècle (avec quelques inventions originales comme les berlines tirées par des équipages de cyclistes). Autour de ce lieu, le désert, plein de menaces et inaccessible. Cette enclave libérale, coupée du monde, est dirigée par un gouverneur, aux ordres toujours oraux, et recevant lui-même des instructions du siège, par coffre scellé, une fois par semaine. Il est « assisté » par une coterie de six notables comprador. La hiérarchie est impitoyable, la ségrégation sociale absolue. La seule égalité est celle de l'origine. Ici échouent les réfugiés apatrides et les désespérés fuyant leur passé, la plupart, sans doute les moins corruptibles, dans des positions subalternes et exploitées. La mort inattendue du gouverneur, non prévue par l'omniscient règlement de la compagnie, ouvre une boite de Pandore dont vont surgir folie et déraison.
"Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ?" est constitué de deux parties entrelacées. D'une part, nous lisons les six rapports des six protagonistes faisant les récits, partiels et partiaux, des jours qui ont suivi la mort du gouverneur, d'autre part nous voyons un spécialiste du « décryptage épistolaire », au siège, tenter de comprendre, à partir de ces récits, ce qui s'est réellement passé. Seule la fin offrira au lecteur le fin mot de l'histoire. Et il court vers la fin, le lecteur. Fou de curiosité, happé par des situations qui rappellent la folie des auteurs russes, l'imagination sans limite de Boris Vian, le nonsense des Monty Python, il ne lâche plus le roman, tournant les pages à toute vitesse, comme saisi de folie lui-même. Mais ce n'est pas tout. L'auteur a mis dans son livre un peu de Désert des Tartares, un trait de Colonie Pénitentiaire, un zeste de Caverne des Idées. C'est bizarre (la 4ème de couv dit : « bizarrissime »), brillant, fascinant. Original et mené de main de maître, "Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ?" est le roman qui m'a le plus excité depuis longtemps.
Note : Je ne cite jamais d'extraits d'habitude mais ici j'ai envie de la faire pour que chacun puisse voir de quoi il retourne et décider (c'est un ordre) de lire "Qu'a-t-elle vu, la femme de Loth ?". Nous sommes dans le bureau du gouverneur mort et les notables veulent ouvrir le coffre scellé pour savoir q'il y a des instructions secrètes. Ils craignent que le coffre soit piégé. "Nous décidâmes de prendre nos précautions.Les rideaux furent découpés en bandelettes qu'on s'enroula autour de la bouche et du nez, les chaises dont on brisa les pieds furent disposées autour de la table, formant un petit mur de protection face à la serrure du coffre, et l'on se cacha derrière. D'un commun accord nous confiâmes l'ouverture au docteur Fabrizio, habile chirurgien doté d'instruments adéquats. On enveloppa dans le tissu des rideaux ses poignets et ses avants-bras, on protégea sa tête, ses épaules et son ventre avec des oreillers et des couvercles de casserole."
Note : Ce roman a été écrit en 2007, il ne faut donc pas y voir la critique de la sphère financière après la crise, de l'impuissance des gouvernements, ou je ne sais pas quoi d'autre.
Lien : http://quoideneufsurmapile.b..
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Skorpionnan
  27 juillet 2011
Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat et j'en remercie le site Babelio et les éditions Ginkgo
Lecture
Paris est un port, un port au bord de cette Méditerranée qui a englouti le sud de l'Europe, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Lors de cette catastrophe , un furoncle a surgi à l'emplacement supposé de l'antique Sodome biblique. Cet abcès a rejeté du sel mauve. Une société, la Compagnie, a pris le contrôle intégral de la production de ce produit miraculeux mais fragile. les "Soixante-Quinze" dirigent cette entité qui a fondé la Colonie. La Colonie, inaccessible, mystérieuse, barricadée, est le seul site d'extraction. Elle vit comme au moyen-âge technologique, toute agression dénaturant le précieux sel, mais aussi dans un moyen-âge social d'une civilisation fermée, féodale et enkystée.
Avis
Roman surprenant. le contexte est vraiment particulier dans ce monde frappé d'un cataclysme que rien n'annonçait. Cette épreuve sans précédent a amené chacun à se poser la question du pourquoi de sa survie tandis que tant d'autres ont été engloutis. Elle a marqué les existences au fer de la vacuité et du découragement.
La Colonie est un point perdu au milieu de ce que la Compagnie veut être un nulle-part. On ne peut s'empêcher en lisant sa description de penser à un enfer de Aligheri ceinturant le Château de Kafka. Les habitants ne sont pas victimes d'un régime totalitaire, pire ils sont employés volontaires d'une société mystérieuse , omniprésente et protéiforme, la Compagnie. Ce même nom qui était le surnom de la CIA dans les années 50-60 lorsque qu'elle cultivait la paranoïa comme une vertu. C'est une société commerciale qui a privatisé la Méditerranée, qui a monopolisé le Sel. Monstre froid nourri des cadavres des millions de noyés, elle se ceint de manipulations, de secrets, encore aggravés par le fait que les conditions extrêmes autour de la Colonie l'éloignent du monde vivant de plus de trois semaines.
Dans ce lieu soustrait du monde, certains ont des privilèges: le chef de la garde, le secrétaire général, le prêtre de la cathédrale, la femme du Gouverneur, le médecin en chef, le juge. Mais tous ne sont en fait que les valets du Gouverneur. le Gouverneur Bera, homonyme du dernier roi de Sodome, est le seul a recevoir ses consignes directement des Soixante-Quinze. Les mineurs, les cyclistes, moteurs humains des véhicules, les gardes, les dockers, tous sont liés à la Compagnie et respectent des règles strictes, rigides. Un carcan enserre la vie de la Colonie.
Le règlement prévaut, les intérêts de la Compagnie l'emportent sur toute autre considération, seul compte le précieux Sel.
Mais lorsque les rails ne sont plus là pour guider ce train, tout déraille. Les personnages, si rigides, si clairement typés, se révèlent alors cyniques, désabusés, malhonnêtes, égoïstes, mythomanes ou tout simplement fous.
Le roman est écrit en majeure partie sous forme épistolaire, des extraits de lettres écrites par ces six, entrecoupés de leurs échos dans le monde réel. La Colonie n'en fait pas vraiment partie. L'auteur ne change pas vraiment de style pour chaque écrivain, formatés qu'ils sont tous. Mais leurs idées et surtout leurs doutes et leurs folies leurs sont bien personnels. le style est parfait de complexité formelle mêlée d'irrationalité inventive, j'ai adoré. L'humour est peu présent, ce serait plutôt de l'ironie, mais bienvenue.
Ce livre est purement et simplement envoutant. Peut-on parler de science-fiction alors que tout se passe dans un univers qui pourrait être le nôtre, mais où une verrue médiévale et infernale s'accroche dans une mer de désolation? Oui parce que ce futur improbable n'est là que pour mieux exacerber les personnes, pour servir de catalyseur à une réflexion sur la ploutocratie économique, sur l'aliénation. On retrouve dans un autre contexte les thèmes chers à William Gibson, y compris le pouvoir de sédition de la liberté personnelle, mais dans une technologie rétrograde. L'auteur est une femme grecque, le livre date de 2007, mais le Journal Libération titrait début Juillet 2011 "Grèce, première dictature économique?"
Tout dans ce livre est fantasmagorique et en même temps affreusement réel. On sent les personnages s'engluer dans les manipulations, ne plus savoir où est leur propre volonté. Mais la folie semble être la seule réponse à l'absurdité politico-économique qui les enferme. Comme le héros du Procès, ils ne comprennent pas mais pour tenter de s'évader finissent par être eux-mêmes acteurs de cette pièce morbide, du moins jusqu'à que la structure gauchisse, et là, l'humanité reprend le dessus.
A toute cette histoire se rajoute une enquête, ou plutôt une quête, magistralement menée. On peut se laisser larguer par cette comédie sinistre; personnellement je me suis laissé emporter par la folie et la complexité des personnages, par la déliquescence de cette société et par l'intelligence du propos.
Ce livre aurait été un coup de coeur, si ce n'était la postface qui assène sans vergogne que "si ce livre est bien accueilli, on ne pourra plus dire que le public français est nul".
Puisque je suis obligé de faire de ce livre un coup de coeur, sous peine de nullité, je ne puis décemment pas m'y résoudre.
Conclusion:
Bizarre et envoûtant, un livre qui n'est pas de la pure SF. Un livre intelligent et absurde. Un vrai plaisir à dévorer consciencieusement.
Ma note : 16.5 /20
(17/20 sans la post face)
Lien : http://www.atelierdantec.com..
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Lulu_Off_The_Bridge
  04 septembre 2011
Le monde d'après le Débordement a cédé à ses plus infâmes sirènes. Celles du profit, de la machination, des complots et contre-complots. La métaphore est relativement transparente. L'économique a remplacé le spirituel et s'incarne dans l'hydre des Soixante-quinze. La Compagnie qui exploite le sel mauve n'a pas de visage, pas de nom, on lui suppose d'autres activités, mais lesquelles ? Son emprise est partout, dans les villes non mortes de la vieille Europe, dans les faubourgs de la Colonie, jusqu'au désert infesté par la lèpre et ce qu'elle touche a un goût de poussière. Comme jadis la main de Dieu, rien ne lui échappe, surtout pas ses colons, en réalité des employés sur qui elle a droit de vie et de mort. le roman parle peu des villes, Paris où évolue pourtant Book est à peine décrite sinon sous l'angle de ce qu'elle n'est plus. La Colonie est le laboratoire du roman, ville-mouroir délimitée en cercles précis, où les strates de population ne se côtoient qu'avec répugnance. Malgré ce que son emplacement (les rives du Jourdain) et son mode de peuplement (accueillir les rescapés d'un cataclysme, toutes nationalités confondues) pourraient laisser croire, on est très loin de l'utopie israélienne des débuts, et si l'on y pense évidemment, c'est pour mieux en concevoir un reflet perverti. La ville dépeinte rappelle plutôt les grandes heures de l'époque coloniale, et c'est loin d'être enthousiasmant. Bourgeoisie nécrosée retranchée dans ses quartiers, cyniquement nommés Hespérides, prolétariat muet et tout d'ombre vêtu, militaires avinés et semi-idiots, forment cette fausse Légion Étrangère : on y adhère pour faire oublier ses crimes passés et se couvrir d'une nouvelle peau. Au nom de la survie et de la préservation des privilèges, on assiste à des scènes d'une absurdité rare, à l'humour très noir et très grinçant, lorsque les six personnages décident de se débarrasser du corps du gouverneur décédé, par exemple.
Comment être un individu dans un système qui par principe vous déclare obsolète ? Dans le système de la Compagnie, l'individu est l'ennemi intime du profit, il convient donc de l'emmailloter si serré qu'il n'aura ni l'envie ni l'espace de se mouvoir. On endort à coup de fouet et de babioles, de décorations sans valeur que l'on retire brusquement. Et chacun de farfouiller dans le sable au lieu de lever le nez. Quand le Gouverneur décède, les Six errent dans les couloirs comme des poulets sans tête…
C'est alors qu'arrive le grain de sable. le grain de sable est un pirate. Un vrai, avec la chemise à jabot, le foulard et l'anneau d'or. Discordant... Peu à peu se dessine un système qui se mord la queue, qui va partir en flammes précisément grâce aux mécanismes qu'il a mis en place. Très fort. Vraiment très fort. le complot, la manipulation, principes de coercition, vont devenir des instruments de résistance…
Des paraboles sur le monde moderne et le capitalisme totalitaire, j'en ai lus d'autres. de plus virulents, plus brutalement pamphlétaires. Non que cette Femme de Loth ne soit pas une saine, une horrifique lecture, mais le propos n'est pas neuf. L'économie prenant le pas sur l'humain est une abomination et crée des monstres incontrôlables, on le sait. Quel ingrédient ici fait de ce roman d'aventures une oeuvre si singulière ? Après y avoir consacré quelques unes de mes insomnies, il me semble que la réponse, du moins celle qui a fait résonner la bonne cloche dans mon petit cerveau, est : le temps. le temps est un véritable enjeu.
ce monde-là a perdu son antique. Plus d'Italie, De Grèce, d'Égypte, les terres bibliques rendues au désert, les puissances européennes modernes décapitées. Plus de mémoire, plus d'histoire. Deux mille ans de civilisation transformés en mythe, comme l'Atlantide. le personnage de Phileas Book est à ce titre symbolique, lui qui a par hasard été envoyé chez une vieille tante quelques semaines avant le Débordement. Unique survivant de sa famille, Phileas n'existe plus, il s'assied sur les docks parisiens et pleure sur sa vie perdue (très belles pages, d'ailleurs, pas encore le Zola de « l'inondation », mais pas loin). Dans ce temps-là, il n'existe pas car il se souvient.
Monde accéléré, amnésique, terrifiant.
Et parce que nous sommes en Europe, justement, que du fond des âges, ce continent s'est construit en grande part autour de la Méditerranée, quoi de mieux que la mer pour exprimer le temps ? J'ai été frappé, au début du livre, par la faible place occupée par cette mer de tous les maux. Glissant très vite vers la Colonie et le désert, le roman fait de la mer un non lieu. Pour cause, cette Méditerranée-là n'est pas la nôtre. C'est une créature surgit des profondeurs, c'est la mer Morte impénétrable dans laquelle seuls les noyés s'enfoncent, et ses eaux mauves provoquent des hallucinations. L'ancienne mer, la bonne mer, reviendra plus tard dans le roman, et avec elle la mémoire, le goût du sel et des larmes. Et l'envie de lever le nez du sable.
La mer, la vie, la mémoire...
Lien : http://luluoffthebridge.blog..
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Loesha
  20 juillet 2011
On découvre un monde qui a été ravagé par une grande catastrophe : les eaux de la Méditerranée ont soudainement monté, engloutissant le nord de l'Afrique et toute l'Europe du sud… plus De Grèce, ni d'Italie,… les eaux de la mer se sont arrêtée à Paris, qui se retrouve être un port.
Ce bouleversement a mis à jour au niveau de la Mer Morte un gisement de sel mauve, devenue une véritable drogue pour les êtres humains : les grains de sel se vendent à l'unité, et laisse libre court à toute les spéculations. Une compagnie surpuissante, les Soixante-Quinze, à la main mise sur le gisement, et y a installé une colonie.
C'est dans cette colonie que se déroule l'histoire : échappant à la technologie (les ondes électrique ou le pétrole détruisant le précieux sel), elle est dirigée par un Gouverneur aux pleins pouvoir.
Quelque chose va perturber la vie dans cette colonie où pourtant tournait rond depuis 20 ans…
On suit un groupe de personnages hauts placés dans cette colonie : un prêtre, un médecin, un juge, un secrétaire du Gouverneur… tous cachant leur véritable être sous une fausse identité : ils sont tous envoyé dans la colonie comme dans un bagne.
L'intérêt principal de l'histoire est le croisement des sources, un jeu sur le concept de livre entre deux axes de narration :
- à la première personne : 6 lettres des 6 protagonistes principaux, divisées en 5 « périodes » qui se suivent de manière chronologique (donc 30 lettres en tout), et expliquent les événement s'étant déroulé dans la Colonie de la Mer Morte
- à la troisième personne : histoire du créateur de mot croisés, chargé de lire les lettre par les Soixante-Quinze, et d'en dégager une grille et de résoudre l'énigme des 6 lettres en trouvant le point commun entre elles.
Une construction passionnante, car l'émotion et l'excitation montent au fur et à mesure de la lecture, jusqu'à la résolution de l'énigme à la fin.
On sent dans l'histoire une critique sociale qui résonne parfaitement avec les événements de ce début d'année, malgré que ce livre ait 4 ans : révolutions arabes et notion de mauve (je n'ai pu passer à côté ayant bossé avec des graphistes tunisiens obligés de tout décliner en mauve pour faire plaisir à Ben Ali), crise financière en Grèce, Espagne, Italie… et plus globalement les colonialistes invisibles aux pouvoirs, le corps dirigeant inapte et manipulé, …
Au niveau de la trame et du côté "bizarre" , dark et un peu onirique (voir halluciné), ça m'a fait penser à "Hypérion" de Dam Simmons, lorsque les personnage au début de l'histoire racontent chacun leur histoire et leur rencontre avec le Gritche… mais la construction est vraiment différente, plus sinueuse.
Un livre que je conseille au fan de SF étrange, pas futuriste mais réaliste, à moitié steampunk… Je pense essayer de trouver d'autres romans grecs de ce genre (cette auteure n'a que ce roman traduit en français). Dans la post-face l'éditeur cite Costas Hadziaryiris et Vanghèlis Hadziyannidis, il faudrait que je voie ça de plus près ...
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   23 février 2017
- Une chose est claire, monsieur Brook : vous avez de la démocratie une vision naïve et floue. Je ne le vous reproche pas, vous n'avez jamais eu à gérer les affaires publiques, à administrer les masses, qui sont hétérogènes, qui ne savent ni ce qu'elles veulent ni ce qu'elles peuvent. Sinon vous sauriez ce qu'une démocratie fait d'abord quand la sécurité est menacée : supprimer les droits individuels, limiter les libertés.
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chroniquesassidueschroniquesassidues   21 juillet 2011
Book, fermant les yeux, revoyait comme s'il y était les images de la catastrophe, que la télévision avait gravées à jamais dans sa mémoire. Les poissons morts couvrant les terrasses comme une neige argentée, les mouettes agonisant éventrées sur les antennes, les maisons flottant déracinées, les bateaux emportés par la marée venant se fracasser sur les Alpes, les habitants affolés grimpant sur les tables, puis les armoires, puis les toits, l'eau les poursuivant comme un serpent furieux, abattant murs et fondations ; les taureaux espagnols devenus fous se jetant dans l'écume et se noyant l'un après l'autre ; les détenus d'une prison dans une petite ville d'Italie, oubliés de tous dans la panique et noyés comme des rats ; la vieille squelettique à Ephèse, refusant de prendre la main des sauveteurs, comme si survivre ne valais guère mieux que disparaître, comme si elle ne voyait plus bien la différence, tandis que l'eau escaladait centimètre par centimètre son visage impassible, puis le recouvrait tout entier. Le visage de cette vieille marquait la fin de l'époque des réactions raisonnées.
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SkrittSkritt   28 juillet 2011
Les liens que crée le sang versé sont les plus fragiles, quiconque a fait de la prison le sait. L'horreur est insupportable, le secret insoutenable et la mémoire impitoyable. Un cadavre n'amène pas des amitiés, tout ce qu'il peut engendrer, c'est un autre cadavre.
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VanceVance   15 août 2011
La toute-puissance de mon mari était un violent aphrodisiaque – le seul apparemment car en mourant il emportait ce désir-là. Qui lui appartenait, qu’il avait cultivé consciemment. Son pouvoir se fortifiait par mes égarements, et non par ma fidélité, ce qui l’inquiétait, c’était de ne pas être trompé.
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SachenkaSachenka   22 février 2017
Et si la réalité n'était qu'une hallucination collective?
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