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Claire de Oliveira (Traducteur)
ISBN : 2226190740
Éditeur : Albin Michel (04/02/2009)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Un homme marié qui ne cesse de changer de maîtresse. Son frère, attiré par les hommes, mais secrètement attaché à sa belle-soeur qui se cramponne à l'amour qu'elle éprouve pour lui... Retrouvées en 2003, ces lettres dévoilent le triangle amoureux sans équivalent formé par Elias, Georges et Veza Canetti. Elles constituent un cruel et bouleversant roman d'amour épistolaire qui apporte un éclairage inédit sur l'un des plus grands écrivains du XXe siècle, prix Nobel de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
ivredelivres
  28 février 2010
J'aime les correspondances et celle-ci m'a intrigué en raison de la personnalité des protagonistes.
Il importe donc de présenter ces trois personnages :
A tout seigneur tout honneur Elias Canetti, écrivain, auteur d' Auto-da-fé, philosophe et Prix Nobel de littérature. Il est né en Bulgarie, dans une famille juive sépharade, l'Autriche puis l'Angleterre seront ses terres d'accueil.
Son épouse Venetiana Taubner-Calderon écrivain elle même et traductrice, elle est l'auteur de la majorité des lettres de cette correspondance, elle a épousé Elias Canetti, pour obtenir le statut "d'apatride" ce qui la mettait à l'abri d'une expulsion vers la Yougoslavie son pays d'origine, mais elle est éperdument amoureuse de Georges son beau-frère, amour impossible car Georges Canetti, naturalisé français, médecin-chercheur reconnu pour sa lutte contre la tuberculose dont il est lui-même victime, est homosexuel et ne répondra jamais à l'amour de sa belle-soeur.
Cette correspondance à trois personnages s'étale entre 1933 et 1948 pour l'essentiel. Elle a été retrouvé dans la cave de Jacques Canetti (Nissim) le dernier frère, l'impresario de Piaf, Brassens ou Brel ! Correspondance amputée de moitié car si Georges à conservé les lettres de Veza et d'Elias, ses réponses ont été détruites.
Les blancs provoqués ainsi amplifient le côté secret de ces échanges mais n'empêchent pas de sentir les sentiments profonds qui unissent ces trois êtres.
Ce qui m'a le plus touché c'est la force et la fragilité de cette femme, épouse tiraillée entre un mari brillant qu'elle admire et qu'elle aime, auquel elle est reconnaissante mais dont elle a du mal a supporter les crises de paranoïa et les maîtresses "sa poule a été logée et nourrie chez moi" dit-elle à Georges et son amour impossible pour son beau-frère.
Ses sentiments pour Georges sont sans espoir, pourtant à aucun moment l'homosexualité n'est clairement évoqué et on peut se demander si Veza en avait connaissance lorsqu'elle se montre jalouse des éventuelles rencontres féminines que Georges pourrait faire ou si inquiète comme peut l'être une femme amoureuse, elle prêche le faux pour savoir le vrai.
Son amour est fort, indéfectible tout au long des années malgré l'absence de Georges. Les rencontres prévues qui n'ont jamais lieu, les invitations faites mais jamais concrétisées, les projets de venue de Georges à Vienne jamais réalisés, loin de les atténuer, amplifient encore ses sentiments.
Chaque missive commence par des mots d'amour, passant du " Très cher Georges » à « Mon Georges bien-aimé ", le secret gardé sur leurs échanges l'autorise même à passer à des noms plus doux, plus amoureux : Cher chevalier, mon benjamin, cher ennemi, mon adoré...Elle lui confit ses tourments, ses espoirs ou ses lectures.
Mais il ne faut pas se tromper, elle aime Elias Canetti d'un amour quasi maternel, elle l'appelle souvent "le petiot" et elle est le ciment qui maintien unis les deux frères, elles les aiment chacun à leur façon, " Toute ma vie est fondée sur une compréhension et un amour profonds entre vous deux." c'est cet amour qui lui permettra de surmonter les épreuves de la maladie et un tempérament dépressif.
es quelques lettres d'Elias nous le montre sûr de son talent, assoiffé de réussite et de reconnaissance, obsédé littéralement par l'argent il émaille sa correspondance de demande incessantes, de plaintes, et de subterfuges pour obtenir des subsides des uns ou des autres.
Le génie et le visionnaire apparaissent également, Elias Canetti très tôt pressent les conséquences de l'arrivée au pouvoir d'Hitler qui s'apprête "à poser sa lourde main sur l'Autriche" et le risque d'une nouvelle guerre.
L'affection qu'il porte à Veza est présente dans ses lettres ainsi que le souci que lui donne la santé de sa femme.
Enfin l'amour indéfectible qu'il porte à son frère par dessus tous les différents qui les séparent
"Adieu, mon bien cher Georges, et que ton océan de tendresse ne s'évapore pas trop vite : je me contenterai même d'un restant de sel, pour peu que tu en glisses dans une lettre et m'en envoies souvent. Ton frère Elias, qui ne s'est pas encore remis de la beauté du mot "frère". "
Cette correspondance éclaire d'un jour particulier cette époque de peur et d'incertitude de l'avant-guerre, des difficultés de l'immédiate après-guerre et de l'exil subit.
Je laisserai le mot de la fin à Elias Canetti qui exprime ce qui imbibe toute cette correspondance "C'est ce sentiment d'amour qui est essentiel, le reste ne compte pas."
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
armand7000armand7000   13 juin 2019
Lettre de George a Veza
, le 10 juin 1933

Mon excellente Veza, votre lettre vient d'arriver, et je ne peux m'empêcher de dire qu'elle est carrément incompréhensible, même si je la comprends fort bien. Au moins, il en ressort claire­ment que de nous quatre (vous, Elias, Maman et moi), je suis le seul être à peu près normal. Vous avez mal com­pris ma lettre, c'en est tout bonnement effarant, vous avez lu je ne sais quoi entre les lignes, sous elles et dans la marge, et n'avez répondu qu'à cela - du reste, vous a-t-on demandé une réponse sur cette affaire entre Maman et Elias ? Si je vous ai écrit à ce sujet, cela ne signifie en rien que j'aie voulu vous attribuer le moindre rôle. Vous en aviez certainement un, mais seulement passif, vous n'étiez qu'un prétexte fournissant un nouvel aliment au légitime conflit qui, séparant Maman et Elias, aurait pu être alimenté par cent autres occasions, et c'est bien ce qui s'est passé. Je vous ai écrit à ce propos comme on confie à un ami une nouvelle particulièrement triste qui vous préoccupe, pour qu'il vous donne des conseils et de l'espoir, car d'une façon générale, on aime à s'épancher de temps à autre. Et vous, vous avez tout compris de travers avec une passion qui, pour être belle, n'en était pas moins fort déplacée. Cette preuve de confiance, une des plus grandes qui soient - parler à quelqu'un, fût-ce à vous-même, de questions concernant ma mère -, vous l'avez détournée de son sens en y voyant je ne sais quelle accusation secrète qui, à présent, devrait naturellement sembler aussi stérile qu'absurde, à supposer qu'elle soit fondée. N'avez-vous pas encore compris à mon sujet, Veza, que je ne poursuis jamais de buts sans les évoquer, ou plutôt que si je les tais, c'est seulement en présence de ceux qui pourraient en abuser ? Vous y verrez peut-être la preuve d'une arrogance démesurée - qu'à cela ne tienne. Et ma lettre aurait-elle pu avoir d'autre but que de vous montrer le tort qu'Elias a fait à autrui, même à sa mère, afin de vous peindre sous un jour plus supportable le poids intolérable de la relation mutuelle que vous entretenez avec lui ? Mais que cette pensée eût été erro­née ! Comme si, en pareil cas, le bien le plus précieux que l'on garde n'était pas justement la conscience de la solitude, du moins chez les êtres de valeur... Quoi qu'il en soit, n'ayant pas eu le moindre dessein, je n'ai pas commis d'erreur. Vous voyez qu'il n'y a pas trace d'une attaque «révoltante», si ce n'est peut-être dans la contre-attaque. Comment pouvez-vous imaginer sérieusement que j'aie eu vent de quelque commérage idiot, et, le cas échéant, que je ne vous en aie pas parlé directement plutôt que «par faits interposés*», comme on dit ? Comment pouvez-vous, en outre, imaginer que ma mère en soit l'instigatrice ? Elle ne l'est pas, je vous en donne ma parole d'honneur. Et pour terminer, comment voulez-vous qu'elle s'exprime par le biais de mes lettres ! Il y a de quoi rire, et c'est sans doute ce que vous ferez vous aussi, qui connaissez mon impartialité et n'avez pu l'oublier que sous le coup de l'émotion. Ma chère et bonne Veza, ne laissons pas la détresse de notre entourage entrer dans notre correspondance : cette détresse, je l'ai suivie et j'ai voulu vous en parler, mais vous, vous l'avez subie et votre souffrance vous fait croire que...
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ivredelivresivredelivres   28 février 2010
Adieu, mon bien cher Georges, et que ton océan de tendresse ne s'évapore pas trop vite : je me contenterai même d'un restant de sel, pour peu que tu en glisses dans une lettre et m'en envoies souvent. Ton frère Elias, qui ne s'est pas encore remis de la beauté du mot "frère".
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