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Marthe Robert (Traducteur)
EAN : 9782070422067
98 pages
Gallimard (02/01/2002)
3.85/5   995 notes
Résumé :

« Très cher père, Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre... » Réel et fiction ne font qu'un dans la lettre désespérée que Kafka adresse à son père. Il tente, en vain, de comprendre leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris. Réquisitoire jamais remis à son destinataire, tentative obstinée pour comprendre, la Lettre au père est au centre de l'œuvre d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (112) Voir plus Ajouter une critique
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sur 995 notes
Un courrier qui n'est jamais parvenu à son destinataire.
Franz Kafka a vécu toute son enfance dans la crainte de son père, un homme autoritaire et malveillant. A l'âge adulte, alors que la peur de ce père existe toujours, dans cette lettre qui lui est adressée, Franz Kafka essaie d'analyser les conséquences de cette relation destructrice. Cette domination paternelle qui a fait de lui un homme angoissé, solitaire et introverti, incapable de s'engager durablement dans une relation amoureuse.
Une angoisse qui a aussi fait naitre et a porté une oeuvre incomparable.
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J'ai écouté la Lettre au père de Franz Kafka (1913) sur un podcast de France Culture datant de 1997 et toujours disponible dans une traduction de François Rey. Il s'agit de larges extraits lus en continuité avec beaucoup d'énergie et de conviction par André Dussolier. le ton est juste, le plus souvent dur et cassant avec des modulations qui font aussi entendre l'incompréhension douloureuse et la tristesse de Kafka.
Tout dépassement du conflit père-fils est impossible tant les personnalités sont opposées, tant le traumatisme du fils est grand. Hermann Kafka est fort, robuste, plein d'appétit et fier de sa réussite sociale. Franz est frêle, maladif, anorexique, inquiet. Kafka reproche à son père de l'avoir totalement inhibé. A force de subir sa tyrannie, ses ordres absurdes, ses châtiments injustes, Franz s'est auto censuré, il est devenu docile et honteux de l'être. le plus terrible c'est que le fils devenu adulte a accepté de demeurer dans l'ombre du père en refusant le mariage bourgeois qu'il estimait encore trop lié au père. le seul échappatoire possible et la seule expression possible a été l'écriture, un monde inaccessible au père et qui lui répugnait. Mais jusque dans ses livres, Kafka remarque qu'il n'est pas libéré de son emprise car il s'agit encore de lui et de se plaindre de lui.

« C'est l'une des lettres les plus célèbres que compte la littérature contemporaine. En 1919, Franz Kafka a 36 ans, et déjà l'essentiel de sa production littéraire derrière lui – il mourra cinq ans plus tard. Depuis les montagnes de Bohême où il séjourne en compagnie de son ami Max Brod, il écrit à son père une longue lettre, qu'il ne lui remettra jamais. “Une lettre d'avocat”, écrira-t-il à son amie Milena Jesenská, qui met en oeuvre, point par point, une stratégie de défense. Plaidoirie, donc, mais aussi règlement de compte, tentative d'auto-analyse, missive d'amour et de haine, publiée pour la première fois en 1953 seulement, dans la première édition des oeuvres complètes de son auteur. Elle éclaire l'oeuvre d'un jour nouveau, mais peut aussi se lire et s'entendre pour elle-même. En 1997, pour l'émission “Parole donnée”, André Dussollier en faisait résonner les mots au cours d'une lecture organisée en public dans le grand auditorium de la Bibliothèque Nationale de France. »
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La Lettre au père écrite par Kafka alors qu'il est âgé de 36 ans, est un peu le Procès de son père.

Père tyran, incapable d'affection, il écrasera l'enfant par sa toute puissance, par son ironie, ses injures, son rire méchant. Il est trop fort pour cet enfant fragile et craintif. L'enfant ne pourra pas devenir un adulte confiant et serein. Il sera toujours poursuivi par l'ombre géante de ce père, il ne pourra jamais rivaliser avec lui. Aucune compréhension entre les deux n'est possible. Les outils de l'éducation du père ne sont pas adaptés à cet enfant sensible.

Le père reproche à son fils sa froideur, son ingratitude, sa bizarrerie. L'enfant rend le père responsable de l'homme qu'il est devenu, de son incapacité à vivre heureux, à s'affirmer par ses propres moyens.

Comment se libérer de l'emprise de ce père ? En fuyant grâce à l'écriture. On retrouve en effet beaucoup ce thème de la domination du père dans ses écrits. le mieux ; « l'extrême degré de ce qu'un homme peut atteindre », serait de fonder une famille. Mais cet acte de mariage serait trop lié à son père. Il ne peut acquérir son indépendance que par un acte tout à fait étranger à son père, pour qu'il ne souffre pas de la comparaison.

Il est donc resté l'esclave de ce père. Mais il en est aussi le parasite, puisqu'il reste bien à l'abri dans le confort offert par ce père, tout en le tenant responsable de ses échecs de son incapacité à vivre son indépendance. Il se délivre ainsi du poids de ses responsabilités.

On peut se reconnaitre dans cette lettre. Chacun se demande un jour comment nous sommes devenus l'adulte que nous sommes. Quelle est la part de responsabilité parentale dans cette construction, dans nos échecs, dans nos angoisses, dans nos choix ? Quelle vie aurions-nous eu si nous avions reçu une autre éducation ?


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C'est en écoutant Laurent Seksik récemment au festival de correspondance de Grignan parler de son dernier livre sur Kafka qu'il m'a donné envie de lire cette lettre au père de Kafka.
D'après lui, dans les familles juives, ce ne serait pas la "maman juive" dont on a l'habitude de nous abreuver de commentaires qui seraient l'élément déterminant pour un fils, mais le père.
Il faut tout de suite préciser que pour Laurent Seksik,la relation filiale: père/fils est déterminante.
A tel point qu'il dit lui-même qu'à travers ses différents livres, il pointe toujours le père juif, notamment dans Romain s'en va t-en guerre.
C'est un point de vue intéressant, d'autant que lecteurs ou non de Romain Gary, la seule chose qui domine , c'est cette mère formidable pour certains ,castratrice et destructive pour d'autres.
Pour en revenir à la lettre de Kafka, Laurent Seksik considère que cette lettre est déterminante pour comprendre l'univers Kafkaïen, accordons nous de le dire assez souvent opaque et difficile d'accès.
Laurent Seksik affirme que le père de Kafka était un homme tyrannique mais aimant.
Peut-être, néanmoins après la lecture de cette lettre, je n'aimerais pas croiser ce père . cet homme.
Je suis incompétente pour savoir quelle part aura pris le père de Kafka dans l'oeuvre de ce dernier.
Néanmoins, le père de Kafka était un homme , à la lecture de cette lettre, un homme autoritaire sans équivoque et on peut comprendre sans peine la crainte, pour ne pas dire la terreur qu'il a engendré toute sa vie pour Kafka.
La culpabilité est le point culminant qu'on retrouve à maintes reprises dans cette lettre, Kafka se sent coupable sans savoir exactement de quoi.
Laurent Seksik parle d'établir un lien entre cette culpabilité et le roman de Kafka : le procès.
Un petit bémol pourrait être apporté à cette lettre.
Il s'agit de placer le père de Kafka dans la religion juive et ce lien même ténu d'après Kafka pourrait nous faire comprendre que pour le père certaines choses ne se faisaient pas, n'étaient pas envisageables.
Récemment, j'ai vu une pièce au festival d'Avignon qui s'appelle : Je m'appelle Asher Lev, d'après un livre d'un roman de Chaïm Potok.
Si j'y fais référence, c'est que le fils Asher veut devenir peintre et que sa peinture, son art engendrera l'incompréhension pour son père, une zone interdite qu'il ne pouvait franchir et de ce fait accepter son fils tel qu'il était.
Peut-être que le père de Kafka ne pouvait tout simplement pas comprendre son fils.
Car , au final, cette longue lettre n'est qu'un épouvantable cri d'incompréhension !
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Comme j'ai lu très récemment le témoignage de Céline Raphaël, intitulé La démesure, j'ai repensé bien sûr à cette fameuse Lettre au père.
C'est une lettre dont chaque page, chaque mot, même, du fait de la concision du texte, serait à détailler, et il y aurait tant à en dire..... Mais cette concision même fait la beauté de ce texte, sans doute.

C'est un texte qui démarre sur le mot "peur", et c'est un texte encore habité par la peur, du moins au début. En effet, Franz Kafka commence par le disculper, ce père. "Absolument innocent". Ben voyons.Oui, dans un sens, bien sûr. Si le père est ce qu'il est, c'est qu'on a fait de lui ce qu'il est. C'est l'éternelle répétition de l'histoire. Donc, une histoire familiale où l'on note une réussite sociale manifeste, un père donc qui a travaillé tôt et qui pense qu'il suffit de délivrer ses propres enfants (car cette lettre ne concerne pas que le fils, les filles -les soeurs- sont évoquées aussi, et même la nièce) des difficultés matérielles qu'il a endurées, lui, pour qu'ils lui soient reconnaissants. Que du classique.

Mais très vite, le réquisitoire démarre sur une phrase magnifique du père: " Je t'ai toujours aimé et quand même je ne me serais pas comporté extérieurement avec toi comme d'autres pères ont coutume de le faire, justement car je ne peux pas feindre comme d'autres".
C'est un typique exemple du double discours si déstructurant : je t'aime et si je ne te le montre pas, c'est que je ne sais pas feindre.......... Sans commentaires. Il aime qui, là? L'enfant tel qu'il est, ou celui qu'il aurait voulu avoir, c'est à dire lui renouvelé? Tout est dit.

Tout ce qui est à même de détruire la personnalité d'un enfant, une logique de mort dont peu réchappent, d'ailleurs, ou bien abimés:
- l'écrasement et l'humiliation physique (la cabine de douche) et spirituel, une seule vision des choses est acceptable, et ce jusque dans l'inconséquence (très vite notée par les enfants, ça....) et le manque de logique.
- la remise en cause par l'ironie, la moquerie de toutes les paroles, les sentiments, les émotions de l'enfant, ce qui fait qu'il n'a plus qu'une alternative, tout cacher
- l'encore classique " fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais" (le repas, la religion), ma loi est pour toi, elle n'est pas pour moi, comment dès lors comprendre cette loi?
- la peur entretenue de la violence physique (avec l'excellent exemple du pendu), qui même si elle est rare, est toujours suggérée et entretient la même et constante terreur
- l'ambivalence, avec de temps en temps une éclaircie qui entretient l'amour (même les enfants les plus maltraités aiment leurs parents..): le regard inquiet du père à l'enfant malade, par exemple. Après, il attend d'autres signes, et c'est reparti.
-la tyrannie appliquée dans tout l'univers proche, qui s'étend aux employés et s'arrête complètement à l'extérieur de ces deux cadres, familial et professionnel. le désarroi que peut ressentir un enfant devant cette complète transformation de son père dans un cadre différent, le secret qu'il doit garder, la culpabilité qu'il ressent par assimilation.
- l'emprise, ce que Kafka quelque part nomme "amour" en parlant de la jalousie du père pour ses amis, mais qui n'est pas du tout de l'amour, mais un besoin de possession totale
- le chantage à la maladie, le surmenage, etc

-et enfin, la mère........ Dans un film australien, Shine, l'histoire de David Helfgott, un père détruit son fils, pianiste virtuose, et le rend fou. C'est un peu la même chose, la mère n'est qu'évoquée. Et pourtant. Quel rôle important a la mère dans ces drames familiaux. Là, Kafka le dit aussi, la mère aime plus son mari que ses enfants. Et c'est ce qui complète le tableau, elle a une position très ambivalente qui est juste suggérée, mais qui n'a pas dû aider un fils à véritablement faire ce qu'il avait à faire, c'est à dire ou se révolter, ou au moins fuir.
Cela aboutit donc fatalement à un personnage qui par définition rate tout..Normal, pour le personnage le plus important de sa vie, ce père pervers (avec lequel il ne cesse d'entretenir une relation d'un masochisme assumé d'ailleurs, faut être deux pour que ça continue, ce genre de relations), dans tout ce qu'il fait, dit, ressent, exprime, il n'y a jamais rien eu à admirer. Et il le constate avec une lucidité admirable. La fin de cette lettre, les réflexions sur son incapacité à fonder sa propre famille et les propos prêtés au père sont un miracle d'intelligence et d'introspection.

Ce texte devrait être plus lu, à mon avis, tant il est puissant et intelligent, mais il parle peut être plus à une certaine catégorie de lecteurs, ceux qui ont vécu d'une manière ou d'une autre ce que Kafka décrit. Qu'ils aient pu -un peu- dépasser ce genre d'enfance, ou pas encore. C'est d'ailleurs à mon avis un texte qui pourrait en aider beaucoup à ce que l'on nomme maintenant la résilience.

Je ne pense pas que ce texte soit vain parce qu'il n'a pas été envoyé. A mon sens, il ne servait à rien de l'envoyer, car son destinataire, tel que décrit (et je n'ai aucun doute quant au réalisme du portrait) n'était pas à même de le recevoir. Enfin, intellectuellement et affectivement, non. Ce genre de personnage ne peut se permettre une telle déstabilisation, tant son identité tient justement dans les tares reprochées. S'il les admet, il n'est plus rien.Mais cette analyse, de par sa lucidité, aurait pu être le début d'une autre étape dans la vie de Kafka, lui permettre de repérer les situations dans lesquelles il se remettait lui-même dans la même position qu'on l'avait contraint à adopter dans l'enfance. Il avait tout compris........ un peu tard. Or, pour se sortir (plus ou moins...) des ornières (à savoir rejeter tout le malheur de sa vie sur l'enfance vécue, même si elle a été tragique), il faut impérativement, et le plus tôt possible, comprendre ce que l'on a vécu. Céline Raphaël l'a fait.
Maintenant, c'est évident que cette enfance dramatique, et l'incapacité de la dépasser, cette pure création -quasi expérimentale (et pourtant si fréquente..) -d'une névrose majeure d'angoisse, a permis l'oeuvre de Kafka. Qui n'est qu'angoisse.
Après, c'est tout le problème de la souffrance nécessaire-ou non- à la création.






Lien : http://www.youtube.com/watch..
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Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
A table, on ne devait s'occuper que de manger, mais toi, tu te curais les ongles, tu te les coupais, tu taillais des crayons, tu te nettoyais les oreilles avec un cure-dent. Je t'en prie, père, comprends-moi bien, toutes ces choses étaient des détails sans importance, elles ne devenaient accablantes pour moi que dans la mesure où toi, qui faisais si prodigieusement autorité à mes yeux, tu ne respectais pas les ordres que tu m'imposais. il s'ensuivit que le monde se trouva partagé en trois parties : l'une, celle où je vivais en esclave, soumis à des lois qui n'avaient été inventées que pour moi et auxquelles par-dessus le marché je ne pouvais jamais satisfaire entièrement, sans savoir pourquoi ; une autre qui m'était infiniment lointaine, dans laquelle tu vivais, occupé à gouverner, à donner des ordres, et à t'irriter parce qu'ils n'étaient pas suivis ; une troisième, enfin, où le reste des gens vivait heureux, exempt d'ordres et d'obéissance. J'étais constamment plongé dans la honte, car, ou bien j'obéissais à tes ordres et c'était honteux puisqu'ils n'étaient valables que pour moi ; ou bien je te défiais et c'était encore honteux, car comment pouvais-je me permettre de te défier ! ou bien je ne pouvais pas obéir parce que je ne possédais ni ta force, ni ton appétit, ni ton adresse - et c'était là en vérité la pire des hontes. C'est ainsi que se mouvaient, non pas les réflexions, mais les sentiments de l'enfant.
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C'est comme pour quelqu'un qui a cinq marches basses à monter,
tandis qu'un deuxième n'en a qu'une, mais une qui, du moins pour lui, est aussi haute que les cinq autres réunies ; le premier ne se contentera pas de venir à bout de ses cinq marches, il en montera des centaines, des milliers d'autres, il aura même une vie pleine et fatigante, mais aucune des marches qu'il a gravies n'aura eu pour lui autant d'importance que n'en a pour le second cette unique marche, la plus haute, celle qu'il ne pourrait pas monter quand il y mettrait toutes ses forces, celle qu'il ne peut pas atteindre et que, bien entendu, il ne peut pas non plus dépasser.
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Exceptionnellement, la répugnance que tu ne manquas pas de montrer d’emblée, pour mon activité littéraire comme pour le reste, me fut agréable. Ma vanité, mon ambition avaient certes à souffrir de l’accueil, devenu célèbre parmi nous, que tu faisais à mes livres : « Pose-le sur la table de nuit ! » (lorsqu’il arrivait un livre, en effet, tu jouais généralement aux cartes), mais au fond je m’en trouvais bien, non seulement à cause de mon attitude de revendication méchante, non seulement parce que je me réjouissais de voir ma conception de nos rapports une fois de plus confirmée, mais aussi, tout à fait spontanément, parce que cette formule me paraissait signifier à peu près : « Maintenant tu es libre ! » Bien entendu, c’était là une illusion, je n’étais pas, ou dans le meilleur des cas, pas encore libre. Dans mes livres, il s’agissait de toi, je ne faisais que m’y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine.
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Je crois que tu as un certain talent d'éducateur ; ton éducation aurait certainement pu être utile à un être fait de la même pâte que toi ; il aurait aperçu le bon sens de ce que tu disais, n'aurait point eu d'autres soucis et aurait tranquillement accompli les choses de cette façon ; mais pour l'enfant que j'étais, tout ce que tu me criais était positivement un commandement du ciel, je ne l'oubliais jamais, cela restait pour moi le moyen le plus important dont je disposais pour juger le monde, avant tout pour te juger toi-même, et, sur ce point, tu faisais complètement faillite.
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Il est encore vrai que tu ne m'as pour ainsi dire jamais vraiment battu. Mais tes cris, la rougeur de ton visage, ta manière hâtive de détacher tes bretelles et de les disposer sur le dossier d'une chaise, tout cela était presque pire que les coups. Il en va de même pour un homme qui est sur le point d'être pendu. Si on le pend vraiment, il meurt et tout est fini.
Mais qu'on l'oblige à assister à tous les préparatifs de la pendaison, qu'on ne lui communique la nouvelle de sa grâce que lorsque le nœud lui pend déjà sur la poitrine, et il se peut qu'il ait à en souffrir toute sa vie. Pour comble, l'accumulation de tous ces moments où, selon l'opinion que tu manifestais clairement, j'aurais mérité des coups et n'y avais échappé de justesse que par l'effet de ta miséricorde, faisait naître en moi, une fois de plus, une grande conscience de ma culpabilité. Je tombais sous ta coupe de tous les côtés à la fois.
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Vidéo de Franz Kafka
Que devient l'oeuvre d'un écrivain lorsqu'il est traduit, surtout s'il s'appelle Franz Kafka ? Au milieu des années 1920, dix écrivains font éclore ses oeuvres hors de la langue et du lieu où il les avait conçues, et le sauvent de l'oubli auquel les autorités soviétiques et nazies les avaient condamnées. Pendant plusieurs décennies, Kafka n'existera principalement qu'en traductions, via d'autres voix que la sienne. Un comble pour cet écrivain devenu aphone avant de mourir de la tuberculose en 1924. Les premiers traducteurs de Kafka ne le deviennent pas par hasard, mais par nécessité ou par amour. Paul Celan et Primo Levi le traduisent à leur retour des camps, respectivement en roumain et en italien. Bruno Schulz le traduit en polonais, avant d'être abattu en pleine rue par un SS ; Milena Jesenská très amoureusement en tchèque avant d'être déportée et Jorge Luis Borges en espagnol avant de perdre la vue. Ses traducteurs russes, contraints à la clandestinité, demeureront anonymes. Son traducteur français, Alexandre Vialatte, décèle en lui une nouvelle forme d'hilarité. Quant au poète Melech Ravitch, il le traduit en yiddish après la guerre pour un lectorat qui a quasiment disparu. Tous ses traducteurs propulsent l'oeuvre de Kafka sur la scène du monde tout en y projetant quelque chose d'eux-mêmes, de sorte que chacun peut, à sa façon, s'écrier : « Josef K., c'est moi ».
Dans cet essai érudit mais vivant, Maïa Hruska tire le fil des écheveaux littéraires et politiques du vingtième siècle : analysant la manière dont Kafka est devenu Kafka, elle éclaire subtilement l'Europe d'aujourd'hui à la lumière de celle d'hier.
Née en 1991 au sein d'une famille franco-tchèque, Maïa Hruska a grandi en Allemagne et vit aujourd'hui à Londres. Dix versions de Kafka est son premier essai.
En savoir plus : https://www.grasset.fr/livre/dix-versions-de-kafka-9782246839774/
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