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ISBN : 2710331098
Éditeur : La Table ronde (12/03/2009)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :

Proust, le chat et moi précédé de L'enfance de l'art
Première parution en 1984
Collection La petite vermillon (n° 317), La Table Ronde
Parution : 12-03-2009

L'Enfance de l'Art:
Par quel mystère la tauromachie ressemble-t-elle à la littérature.
Comment l'auteur a vaincu le temps et répété les séquences d'une vie irresponsable grâce à la littérature. Comment a-t-il vécu l'enfance de l'art et pourquoi l'art... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
mangeclous
  02 janvier 2011
Sincérité…
« Un enfant avait donc deux vies. Celle qui le collait à la terre, celle qui l'en arrachait. Il était désadapté. Une fêlure, en lui. Comment la réparer pour que le vase tienne ? En la bouchant avec des mots.«
L'enfant veut écrire. Ou du moins, en a l'intuition.
« Au départ, une curiosité vers d'autres vies, d'autres lieux, d'autres êtres et elle est châtiée par le fouet du réel. »
L'enfant est de milieu modeste. La littérature est une planète extra-terrestre pour ses parents. L'enfant rêve et découvre les mots dans les livres. Les parents ne sont pas contre le désir d'apprendre de l'enfant. Mais pour l'enfant, son envie d'écrire restera toujours un vice, une chose non avouable à ses parents qui eux, ont eu, eux, un vrai et laborieux travail.
« Il m'est arrivé de comparer la littérature à la tauromachie, elle-même comparée au « Cante hondo » (au Chant profond) du flamenco. Dans ces deux derniers arts, il existe un mot, intraduisible en français : le « duende ». Et qu'est-ce que c'est, en espagnol, le « duende » ? Nul ne le sait et nul ne peut le définir. Un matador torée et tout ce qu'il réalise est parfait, merveilleusement en règle avec les canons de l'école. Il écrit le toro et la langue est pure, la grammaire infiniment respectée, le vocabulaire divers, la phrase souveraine. [...] Brusquement, un miracle s'est produit, l'homme paraît avoir envoûté le toro auquel il donne des passes de rêve. [...] voici le duende. Il l'a. Il le possède et en est possédé. Il torée intérieur. Hors du monde. Il torée pour soi. Il n'y a plus de public, plus d'arène, plus de désir de trophées. Rien qu'une ivresse que l'homme et le fauve partagent et dont nous ne sommes que les voyeurs. »
La Grâce, tel serait le terme qui effleurerait le plus le sens de duende. Tel serait pour Jean Cau, l'art de l'écrivain : d'abord, écrire pour soi, avec sincérité, loin des contraintes du milieu et de ses mirages glorieux, pour trouver sa voix et le ton approprié.
« Autrefois, dans les villages, on plantait l'ancêtre, comme une momie, devant le feu, juste au bord de la plaque noire. Il se taisait. Il regardait le bois brûler et se transformer en cette cendre qu'il serait à son tour, demain, et le feu lui racontait sa vie, avec ses étincelles, ses giclées de sève hors des bûches trop vertes, ses crépitements, ses écroulements, ses fumées – et puis ses cendres. »
Dans un premier texte troublant et sensible : L'enfance de l'art, l'auteur revient ainsi sur son enfance, sa vie, sa peur de la mort et son désir d'écrire. le second texte qui donne le titre au volume : « Proust, le chat et moi » est une déploration très négative sur la fin du roman avec l'annonce de la fin de la civilisation occidentale. Rien que cela !

Retiré à la campagne, désabusé par son époque et la littérature de son temps (l'ouvrage est paru la première fois en 1984), l'auteur a un chat qui ressemble tellement à Marcel Proust qu'il l'a nommé… Marcel Proust ! Et ne cesse de l'interroger dès le matin : « Proust, que dois-je écrire ? Après toi, Marcel, que peut-on écrire ?«
La principale obsession de l'auteur est donnée dès le début : « les temps sont venus où l'art ne triomphera plus de la mort« . L'auteur déplore la fin du roman dont La Recherche lui semble être le sommet, puis la fin de civilisation occidentale. le ton de l'ouvrage est caustique voire carrément « ronchon », parfois très actuel en créant des correspondances, presque trente ans après son écriture :
« Dès que j'entends le mot espoir, je soupçonne la sottise. Comment, de gorges qui se serrent et d'où ne devrait jaillir que le hurlement, peuvent donc sortir les roucoulements tièdes de l'espoir ?«
« Il n'empêche, Proust, que les romanciers, impavides, continuent de tricoter leurs histoires où un homme de cinquante ans se demande s'il peut encore copuler, où une femme sur le retour tombe amoureuse d'un adolescent qui est le meilleur ami de son fils, où une fille de seize ans brûle de coucher avec son papa, où un voyou déclare que la prison n'est pas le Ritz et que ça n'est pas juste… Ils continuent d'écrire pareilles histoires (on pourrait en aligner des centaines sur des milliers de pages), relayés par les Intellectuels qui sodomisent des mouches à coups d'essais illisibles et elle est, finalement, adorable cette inconscience, cette volonté de tricoter des mots et d'essayer de voler à la masse et à la statistique (exemple : vingt-six pour cent des pères désirent leur fille, cinquante et un pour cent ne la désirent pas, treize pour cent ne savent pas) une histoire « faite à la main ».«
Mais trop de relents nauséabonds et désagréables rendent finalement la lecture insupportable comme « Dans le même temps en Asies, Afriques, Arabies, naissent des millions de petites choses jaunes, noires ou basanées... », nous rappelant que l'auteur a écrit dans la revue Elements dite par euphémisme de la nouvelle droite !
Silence
***
Ceci est une lecture de :
Proust, le chat et moi précédé de L'enfance de l'art / Jean Cau. – Paris : La table Ronde, 2009. – (Collection de poche La Petite Vermillon ; 317). – 978-2-7103-3109-4. (Première parution en 1984)
Lien : http://naturewriting.wordpre..
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Pchabannes
  24 janvier 2011
Proust, le chat et moi
Dégout viscéral de la vie, l'Occident ferme ses portes, seule la masse subsiste sans autres raisons de vivre que de consommer ses petits plaisirs laissant passer l'histoire qu'elle a écrite jusqu'alors. “Il sait que la race des derniers hommes – celle des nains - étant venue, elle ne saurait produire des écrivains géants.” La plume de Jean Cau l'emporte alors que “les temps sont venus où l'art ne triomphera plus de la mort”.
Ecrit en 1984, Jean Cau ratiocine sur l'impossibilité de dépasser Marcel, le dynamiteur génial de la littérature - Proust, que dois-je écrire ? Après toi, Marcel, que peut-on écrire ?-, sur une fin nucléaire prochaine ou, au mieux, sur l'inévitable victoire de la masse exogène détruisant la civilisation occidentale.
Grâce à l'indéniable talent de Jean Cau, ces lignes prophétiques sont un plaisir pour l'oeil et pour l'oreille.
Depuis les années 70, des Cassandres ont décrit cette fin d'un monde, de Jean Raspail et son Camp des Saints à Bruno de Cessole et laFermeture des jardins d'occident. Sans étonnement ce pessimisme éclairé n'atteint que les écrivains de droite insensibles à la marche du progrès continu cher à la gauche toutes tendances confondues. Aussi il sera bien normal que la majorité des lecteurs, comme le malade ne voulant pas connaître la gravité de son affection, soit sujette à un rejet plus ou moins radical de cet écrit, par trop violent pour notre monde déjà vaincu ou trop aseptisé.
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Pchabannes
  23 janvier 2011
L'enfance de l'art
Comme Jean Cau, “j'ai trop lu et trop ouvert de livres pour n'avoir point acquis une extraordinaire finesse d'oreille”. Un essai d'une centaine de page à la recherche de la différence entre l'écrivain toréant au plus près de son âme et ceux qui, ayant écrit des dizaines d'ouvrages à grands tirages déplaçant des millions sans jamais avoir trouvé une seule pépite, écrivent leurs livres comme les bucherons abattent des arbres.
Extraordinaire parallèle avec le flamenco ou la tauromachie, appelant au duende, ce moment de grâce, lorsque le torero toréé de l'intérieur, cette grâce vibrante du flamenco, ou quand l'écrivain toréé les mots pour lui-même, pour sa joie, de l'intérieur. Ecrire, en effet, c'est tout au long d'une vie, continuer la quête de soi. “Un livre, un style, une phrase, des mots, ça se toréé. C'est monstrueux et fragile. C'est délicat et énorme.”
Sans le duende, sans cet abandon ou ce dépassement, ne restent que la technique d'écriture. La littérature remplacée par les romans fabriqués par les écoles d'écriture et bientôt par des ordinateurs.
La recherche de soi où l'écrivain n'est pas dans l'idée qu'il dit mais dans les mots qui la disent. Cette affirmation suprême : “Au commencement est le Verbe et à la fin aussi et cela s'appelle la littérature”.
Sans cette grâce, cet abandon de soi, ce duende, la littérature meurt au profit des bucherons, des journalistes, des personnalités diverses, des techniciens de l'écriture : l'âge de plomb du verbe.
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mesapol
  04 février 2011
La première partie de ce livre est " l'enfance de l'art". Une description de la naissance de l'art littéraire. Des sentiments ressentis par celui qui se sent devenir ou plutôt être écrivain, au même titre que celui qui se sent un don pour la tauromachie ou en tant que chanteur... Des sentiments ressentis dans l'enfance déjà, lorsque l'envie d'exercer ce don nous viens pour la première fois et la honte que l'on ressens, je dirais plutôt la gène de ce qui sort de notre plus profond intérieur...
Des sentiments que j'ai non seulement compris mais encore approuvés pour les avoir ressentis tel qu'ils sont décris et pour les ressentir encore. Une très belle première partie donc, qui m'a touchée profondément et m' donné l'occasion de me replonger dans ce rêve caché, enfoui au plus profond de moi, celui d'écrire.
Une deuxième partie du livre, ensuite, est consacrée à une réflexion sur une oeuvre qui est " la recherche". Une réflexion profonde sur l'écriture, les raisons de celle-ci aux époques passées, ces raisons aujourd'hui... Peut-on toujours écrire alors que l'époque n'est pas la même. Peut-on toujours être aussi captivant en tant qu'auteur alors que les temps ont changés ?
Réflexion teintée de pessimisme puisqu'elle est une succession des échecs des hommes dans tous les domaines de la vie, des progrès qui contraignent les auteurs au silence, puisque les revendications n'existent plus...
Une deuxième partie tout aussi captivante que la première où il faut toutefois "s'accrocher", car le ton est soutenu et les idées nombreuses!
Un livre qui fera la satisfaction des écrivains dans l'âme et des philosophes..
Le narrateur parle à son chat qu'il a nommé Marcel, d'où le titre du livre.
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Skritt
  23 décembre 2010
Ce livre réunissant deux essais, je me permets de faire un billet pour chacun de ces essais.
L'enfance de l'Art
Jean Cau utilise la littérature comme un exutoire. Au lieu de nous proposer un essai constructif, il est là, à geindre, à se plaindre, à chouiner sur sa condition d'écrivain. Non pas parce qu'il n'en vit pas assez bien, mais plutôt parce qu'il en a honte d'en vivre. Journaliste et écrivain, l'auteur se livre à un véritable mea culpa sur la honte qu'il ressent de se faire payer pour écrire. Il a vécu de sa passion, c'est bien, et après... Je ne vois pas quel est l'intérêt d'avoir écrit cet essai, si ce n'est pour se faire une auto-psychanalyse. Et personnellement, je ne considère pas la littérature comme un exutoire psychanalytique que n'importe qui peut arriver à faire, mais plutôt comme un effort intellectuel de mener le lecteur dans la peau d'un personnage qu'il n'est pas et dans une histoire qu'il ne vit pas.
... la suite sur le blog ...
Lien : http://skritt.over-blog.fr/a..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
PchabannesPchabannes   23 janvier 2011
“Un livre, un style, une phrase, des mots, ça se toréé. C’est monstrueux et fragile. C’est délicat et énorme. Ça pue et ça grise. Ça caresse et ça tue. Ça fonce sur vous et, ou bien vous attendez la charge de cette passion qui se rue et m’embarquez, tout contre vous, dans une passe ; ou bien vous faîtes « le fameux petit pas en arrière» parce que vous avez eu peur. Par exemple, vous n’écrivez pas de livres et devenez un banderillero de l’écriture : un journaliste et rien que cela.”
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PchabannesPchabannes   24 janvier 2011
“Le temps de créer et celui de lire fondent comme du sucre dans l’eau bouillante du siècle. Dans les cervelles transformées en passoire, rien ne se dépose. Vous les râpez : aucun culot. Or la culture, c’était cela. Le précieux culot autour de l’âme d’un peuple.”
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PchabannesPchabannes   23 janvier 2011
“Cinéma, télévision et littérature de consommation provoquent des avalanches de rêves, en même temps que la banalisation de nos sociétés broie l’individu dans le moule commun. Jamais, sans doute, la jeunesse n’a tant rêvé et jamais ses réveils, après les songes, n’ont été aussi maussades.”
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PchabannesPchabannes   24 janvier 2011
“Derniers danseurs, conteurs, noceurs et baladins de la fête occidentale, nous faisons la fermeture. Tout à l’heure nous mettrons la clef sous la porte sur laquelle est déjà cloué un écriteau : « A vendre ou à détruire».”
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PchabannesPchabannes   24 janvier 2011
“Il sait que la race des derniers hommes – celle des nains - étant venue, elle ne saurait produire des écrivains géants.”
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