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ISBN : 2246743516
Éditeur : Grasset (07/01/2009)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 140 notes)
Résumé :
Nous sommes en 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers "confite dans la vanité et le saindoux," le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif.
Autour d'un "gauleiter" local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Lali
  29 janvier 2013
Est-ce l'éditeur ou l'auteur qui a choisi de désigner Un Juif pour l'exemple sous l'épithète de roman? le livre de Jacques Chessex, auteur que je n'avais pas lu depuis l'université — dans le cadre d'un cours sur la littérature suisse, me semble bien davantage un récit qu'un roman, l'auteur relatant ici un crime qui s'est déroulé à Payerne, dans le canton de Vaud, son village natal, en 1942.
D'un ton froid, presque distant, le narrateur relate les faits entourant l'assassinat d'Arthur Bloch, Juif désigné par une poignée de Suisses nazis et antisémites de la région dans un récit entrecoupé par ses réflexions ou par des citations de Vladimir Jankélévitch.
L'enfant que Jacques Chessex était à l'époque (il est né en 1934) est resté marqué par ce crime qu'il a porté en lui pendant plus de soixante ans avant de se décider à en laisser la trace, à l'inscrire dans l'Histoire plutôt que laisser le temps en faire une anecdote banale qu'on finira par déformer ou simplement oublier. Pour cette raison, le livre devient nécessité. Urgence. Et si le ton peut sembler distant, c'est parce que ça fait encore mal cette violence alors qu'un homme n'est pas seulement tué mais dépecé comme les bêtes qu'il achetait puis vendait. On n'enterre jamais de tels souvenirs si on ne les écrit pas.
Par contre, il n'est pas certain que cette façon de livrer ce qui est arrivé à Payerne en 1942 atteigne vraiment son but. le livre fermé, le lecteur se dit qu'il a découvert une facette de la Suisse qu'il ne connaissait pas, ce pays ayant toujours été montré dans les livres et dans les films comme une terre d'asile pour les fuyards, qu'ils soient Juifs ou résistants. Mais au-delà de ça, on peut se demander s'il sera touché, bouleversé. Je ne sais pas. Vraiment pas.
Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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Chouchane
  06 août 2011
Écrit avec beaucoup de sobriété, l'histoire de ce juif que l'on assassine pour donner un exemple (de quoi ?) est juste terrifiante de banalité. Cet acte de mémoire est nécessaire même si citant Jankélévitch, Chessex s'interroge sur la possibilité de relater l'horreur "Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot ... car Jankelévitch dit aussi que la complicité est rusée". Nécessaire, parce que notre mémoire oblitérée par l'horreur des camps a oublié ceux qui sont morts ailleurs mal soignés, exclus, humiliés, tués. C'est cette infiltration de l'horreur, cette acceptation de l'indécence qui sont dénoncées en même temps que l'on se souvient d'Arthur Bloch. Ses meurtriers sont des paysans, des garagistes, des bouchers, des gens qui nous entourent, l'homme est homme choisit parce qu'il est juif. Leur haine est dense et elle se nourrit du vide de leurs âmes et c'est cela qui fait peur.
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vincentf
  24 juin 2010
Livre nécessaire. Lecture couteau. Honte. Ce roman n'en est pas un. Tout est vrai. Est-ce possible? Chirurgie de l'horreur (en écrivant cette métaphore, je me dis qu'il n'est pas décent de faire du style sur ça). Cela s'est passé ici. Ne disons pas "cela", ne cachons plus. Dans cette jolie ville, ici, à trois kilomètres, qui s'apprête au gros rire des Brandons, au nom d'idées absurdes, on a (ne disons pas "on", des hommes avec des noms d'ici, des garagistes, des paysans, des apprentis, des pasteurs) tué un homme d'un coup de barre de fer puis de pistolet, on l'a dépecé comme un cochon, on a transporté les morceaux de son corps dans une boille jusqu'à Chevroux (la plage, le camping, les Suisses allemands en maillots de bain), on l'a jeté au lac, on a brûlé ses habits dans les grottes de Payerne, où nous allions en balade quand on était petit et qu'on nous racontait vaguement cette histoire à faire peur aux enfants. Ici. Ischi. Hitler. Un pas supplémentaire dans la conscience impossible de l'horreur de la Shoah. Impossible de croire que cela ait pu avoir lieu, ces millions de gens qui avaient des noms (Anne Frank, puis les murs du cimetière juif de Prague). Impossible au carré de croire que cela a eu lieu ici, tout près de cette chambre où, tranquillement, heureux d'avoir terminé mon DAESII, je tapotte. Chessex touche juste. Il décrit. Cela suffit. On avait cru oublier. Devoir de mémoire. Il reste infiniment à essayer de comprendre. Devoir d'histoire.
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Sallyrose
  04 août 2018

Court récit d'un fait divers qui a marqué l'auteur pour toute sa vie alors qu'il est survenu durant son enfance.
En 1942, en Suisse, politiquement neutre dans le combat qui oppose l'Allemagne nazie au reste du monde (ou presque), certains habitants ne cachent pas leur antisémitisme et font des Juifs les boucs émissaires de tout ce qui va mal et notamment l'économie.
Un petit groupe d'hommes qui se prennent pour les représentants de l'Ordre nouveau édicté par Hitler, décide de tuer un Juif pour l'exemple.
L'exemple de quoi, cela est bien confus, issu de la bêtise crasse de ces hommes peu instruits et mus par la haine de l'autre.
Le pire n'est pas là. Il réside dans l'accord tacite de la population qui va fermer les yeux, parfois avec approbation, jusqu'à ce que la police procède aux arrestations.
L'ignominie du forfait porte à l'écoeurement, la violence gratuite guidée par la haine de la différence est illustrée une fois de plus ici.
Ce récit est davantage un témoignage qu'un roman. Il relate des faits pour que nous n'oublions pas même s'il est très pénible pour l'auteur de retranscrire les pensées et les actes de ces hommes sans scrupules, sans humanité.
La fin du récit m'a un peu dérangée. Si une partie fait référence à Vladimir Jankélévich et son refus du pardon et illustre de façon philosophique la torture morale des rescapés de la Shoah, l'autre partie fait appel à la foi chrétienne de l'auteur. Dans ce contexte, les références à toute religion me déplaisent. Aussi terrifiant qu'il soit, je me sens plus proche du concept de Hanna Arendt sur la banalité du mal.
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mustango
  11 février 2009
Nous sommes en Suisse, en 1942. Des pro-nazis veulent tuer un Juif pour l'exemple. Ils s'en prennent à Arthur Bloch, personnage respecté qui est marchand en bétail. Ce dernier est victime d'un guet-apens, on l'attire dans une étable pour l'achat d'une vache.
C'est court mais c'est intense. Et puis Chessex nous donne une image de la Suisse pas forcemment commune car pour moi la Suisse durant la guerre c'était une zone de passage pour les Juifs (France vers Suisse) leur permettant de fuir les persécutions, les déportations. Bref là on ne cherche à sauver personne, on croit en la victoire de l'Allemagne.
C'est une histoire vraie qui a marqué l'auteur, il avait 8 ans lors des faits. Il explique qu'après de tels actes les mômes avaient peur. Cette histoire l'a marquée. Pour dire la vérité je m'étais imaginée un truc encore plus glauque, une sorte de lynchage, dépeçage public.
Le livre fait un parallèle entre la tradition bouchère du village de Payerne (en particulier le porc) et la façon dont a été traité le "Juif pour l'exemple".
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
katiouchakatioucha   05 janvier 2011
Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, un entreprise intolérable.
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ZilizZiliz   20 juin 2011
Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, une entreprise intolérable. Il a raison. Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont pas cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute. (p. 73)

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kounil98kounil98   11 juillet 2011
Les premières phrases : Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de la Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.
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mairessemairesse   05 août 2013
"Qu'est-ce que l'horreur? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, une entreprise intolérable. Il a raison. Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont pas cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute.
J'avais huit ans quand ces choses ont eu lieu."
Récit fort, style très incisif.
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tessgeffroytessgeffroy   28 mai 2012
La responsabilité inouïe qui est la notre, d'avoir une âme qui nous survit dans l'éternité.
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