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EAN : 9782246743514
103 pages
Grasset (07/01/2009)
3.8/5   172 notes
Résumé :
Nous sommes en 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers "confite dans la vanité et le saindoux," le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif.
Autour d'un "gauleiter" local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchar... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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Zephirine
  07 février 2021
« Un juif pour l'exemple », même approche, même style que « le vampire de Ropraz » et même plaisir de lecture.
Jacques Chessex a attendu d'avoir 75 ans pour enfin nous livrer ce témoignage bouleversant. Sans doute lui a-t-il fallu tout ce temps pour laisser décanter ses souvenirs et nous livrer ce récit dense, concis et puissant.
L'histoire débute en 1942 et l'on découvre que les haines raciales contre les juifs ont infecté jusqu'à ce gros bourg rural de la Suisse vaudoise. La victime choisie, un marchand de bestiaux, père de famille et citoyen ordinaire, n'aura eu que le tort de ne pas sentir le vent tourner. le récit qu'en fait l'auteur est précis et minutieux. Jamais de haine, mais des questions. Si le style parait froid et distant j'ai senti parfois, au détour d'une phrase, l'émotion retenue affleurer brusquement. le tragique, l'horreur en sortent renforcés.
Du grand art pour un livre troublant et qui vous suit longtemps après l'avoir refermé.
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lolols28
  23 mars 2020
Un livre assez court et tellement bien fait...c'est frustrant. On aimerait en savoir plus, mais tout y est pour le sujet concerné. La montée de la haine, le passage à l'acte, ignoble ...l'injustice. comment la peste brune a pu gagner du terrain en Suisse jusqu'à ce que l'irréparable soit commis.
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Lali
  29 janvier 2013
Est-ce l'éditeur ou l'auteur qui a choisi de désigner Un Juif pour l'exemple sous l'épithète de roman? le livre de Jacques Chessex, auteur que je n'avais pas lu depuis l'université — dans le cadre d'un cours sur la littérature suisse, me semble bien davantage un récit qu'un roman, l'auteur relatant ici un crime qui s'est déroulé à Payerne, dans le canton de Vaud, son village natal, en 1942.
D'un ton froid, presque distant, le narrateur relate les faits entourant l'assassinat d'Arthur Bloch, Juif désigné par une poignée de Suisses nazis et antisémites de la région dans un récit entrecoupé par ses réflexions ou par des citations de Vladimir Jankélévitch.
L'enfant que Jacques Chessex était à l'époque (il est né en 1934) est resté marqué par ce crime qu'il a porté en lui pendant plus de soixante ans avant de se décider à en laisser la trace, à l'inscrire dans l'Histoire plutôt que laisser le temps en faire une anecdote banale qu'on finira par déformer ou simplement oublier. Pour cette raison, le livre devient nécessité. Urgence. Et si le ton peut sembler distant, c'est parce que ça fait encore mal cette violence alors qu'un homme n'est pas seulement tué mais dépecé comme les bêtes qu'il achetait puis vendait. On n'enterre jamais de tels souvenirs si on ne les écrit pas.
Par contre, il n'est pas certain que cette façon de livrer ce qui est arrivé à Payerne en 1942 atteigne vraiment son but. le livre fermé, le lecteur se dit qu'il a découvert une facette de la Suisse qu'il ne connaissait pas, ce pays ayant toujours été montré dans les livres et dans les films comme une terre d'asile pour les fuyards, qu'ils soient Juifs ou résistants. Mais au-delà de ça, on peut se demander s'il sera touché, bouleversé. Je ne sais pas. Vraiment pas.
Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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Chouchane
  06 août 2011
Écrit avec beaucoup de sobriété, l'histoire de ce juif que l'on assassine pour donner un exemple (de quoi ?) est juste terrifiante de banalité. Cet acte de mémoire est nécessaire même si citant Jankélévitch, Chessex s'interroge sur la possibilité de relater l'horreur "Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot ... car Jankelévitch dit aussi que la complicité est rusée". Nécessaire, parce que notre mémoire oblitérée par l'horreur des camps a oublié ceux qui sont morts ailleurs mal soignés, exclus, humiliés, tués. C'est cette infiltration de l'horreur, cette acceptation de l'indécence qui sont dénoncées en même temps que l'on se souvient d'Arthur Bloch. Ses meurtriers sont des paysans, des garagistes, des bouchers, des gens qui nous entourent, l'homme est homme choisit parce qu'il est juif. Leur haine est dense et elle se nourrit du vide de leurs âmes et c'est cela qui fait peur.
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vincentf
  24 juin 2010
Livre nécessaire. Lecture couteau. Honte. Ce roman n'en est pas un. Tout est vrai. Est-ce possible? Chirurgie de l'horreur (en écrivant cette métaphore, je me dis qu'il n'est pas décent de faire du style sur ça). Cela s'est passé ici. Ne disons pas "cela", ne cachons plus. Dans cette jolie ville, ici, à trois kilomètres, qui s'apprête au gros rire des Brandons, au nom d'idées absurdes, on a (ne disons pas "on", des hommes avec des noms d'ici, des garagistes, des paysans, des apprentis, des pasteurs) tué un homme d'un coup de barre de fer puis de pistolet, on l'a dépecé comme un cochon, on a transporté les morceaux de son corps dans une boille jusqu'à Chevroux (la plage, le camping, les Suisses allemands en maillots de bain), on l'a jeté au lac, on a brûlé ses habits dans les grottes de Payerne, où nous allions en balade quand on était petit et qu'on nous racontait vaguement cette histoire à faire peur aux enfants. Ici. Ischi. Hitler. Un pas supplémentaire dans la conscience impossible de l'horreur de la Shoah. Impossible de croire que cela ait pu avoir lieu, ces millions de gens qui avaient des noms (Anne Frank, puis les murs du cimetière juif de Prague). Impossible au carré de croire que cela a eu lieu ici, tout près de cette chambre où, tranquillement, heureux d'avoir terminé mon DAESII, je tapotte. Chessex touche juste. Il décrit. Cela suffit. On avait cru oublier. Devoir de mémoire. Il reste infiniment à essayer de comprendre. Devoir d'histoire.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
katiouchakatioucha   05 janvier 2011
Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, un entreprise intolérable.
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ZilizZiliz   20 juin 2011
Qu'est-ce que l'horreur ? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, une entreprise intolérable. Il a raison. Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont pas cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute. (p. 73)

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kounil98kounil98   11 juillet 2011
Les premières phrases : Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de la Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.
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mairessemairesse   05 août 2013
"Qu'est-ce que l'horreur? Quand Jankélévitch déclare imprescriptible tout le crime de la Shoah, il m'interdit d'en parler hors de cet arrêt. L'imprescriptible. Ce qui ne se pardonne pas. Ce qui ne sera jamais payé. Ni oublié. Ni prescrit. Aucun rachat d'aucune espèce. Le mal absolu, à jamais sans transaction.
Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture. Car Vladimir Jankélévitch dit aussi que la complicité est rusée, et que rapporter le moindre propos d'antisémitisme, ou d'en tirer le rire, la caricature ou quelque exploitation esthétique est déjà, en soi, une entreprise intolérable. Il a raison. Mais je n'ai pas tort, né à Payerne, où j'ai vécu mon enfance, de sonder des circonstances qui n'ont pas cessé d'empoisonner ma mémoire et de m'entretenir, depuis tout ce temps, dans un déraisonnable sentiment de faute.
J'avais huit ans quand ces choses ont eu lieu."
Récit fort, style très incisif.
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tessgeffroytessgeffroy   28 mai 2012
La responsabilité inouïe qui est la notre, d'avoir une âme qui nous survit dans l'éternité.
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