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EAN : 9782355221224
Éditeur : Zones (13/09/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.31/5 (sur 622 notes)
Résumé :
Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d'aujourd'hui de figure d'une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.

Qu'elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Inst... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (138) Voir plus Ajouter une critique
FleurDuBien
  12 novembre 2018
Attention, ce livre n'est pas, comme je l'ai cru niaisement, un livre sur les sorcières à proprement parler. Non, il s'agit d'une étude fort intéressante sur les sorcières modernes, qui sont chassées, bousculées, mises à mal, réduites à néant, encombrantes et j'en passe.
Et oui, de nos jours, il ne fait pas bon vivre d'être une femme, et qui plus est, une femme avec du talent et intelligente.
Dans cet essai sociologique, Mona Chollet, s'exprime très bien sur le sujet, son sujet. L'écriture est fluide et passionnante, pas difficile pour un sou.
La sorcière d'antan ne se trouve pas bloquée au Moyen-Âge, que nenni ; elle ne fut pas persécutée uniquement par les catholiques, les protestants s'y sont mis également avec une joie toute enfantine. de même, on a souvent comparé la sorcière avec le juif, en en faisant une figure d'un antisémitisme forcené. Enfin, le démonologue est très souvent, pour ne pas dire toujours, un homme.
Quatre parties dans ce livre ; tout d'abord la femme qui a des velléités d'indépendance, les célibataires et les veuves principalement. Elles seront exclues de certaines professions et menacées, intimidées et en proie au chantage. Point de salut pour les femmes indépendantes.
Dans la seconde partie, elle nous parle des femmes qui ne veulent pas d'enfants, qui font le choix de la stérilité. Attention ! Menace ! Ces femmes-là sont assurément des sorcières car elles n'aiment pas les enfants.
La troisième partie nous montre toute la haine et le dégoût qu'inspirent les vieilles femmes, les ménopausées, enfin toutes celles qui sont sur le déclin, ou devrais-je plutôt dire incapable de procréer et que les hommes quittent pour une plus jeune.
Enfin, il sera question de la médecine face aux femmes, de l'appropriation du corps de celles-ci par les médecins, et la misogynie des docteurs face aux infirmières, aux sage-femmes etc. La partie sur l'accouchement est un petit bijou.
Bref, vous l'aurez compris, tout cela est passionnant, et Mona Chollet régle ses comptes à toutes ces persécutions qui, encore de nos jours, en 2018, fragilisent la femme, les femmes mais également les petites filles, femmes en devenir.
Ce qui ressort de ce livre ? Les hommes ont une peur bleue de ces femmes libres, faisant fi d'un désir d'enfant ou d'un compagnon. Et de cette peur découlent toutes les injustices faites à ces femmes, ces "sorcières" des temps modernes.
En refermant ce livre, je me suis interrogée : mais quand donc finira cette effrayante "chasse aux sorcières" qui nous fait reculer plutôt qu'avancer ?
Mystère.
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mumuboc
  05 avril 2019
Femmes = Sorcières ! Mona Chollet associe les deux et il est clair qu'au fil des siècles, la sorcière avait souvent un visage féminin, qui plus est vieille, laide, sale etc….. Elle est parée de tous les vices, est ramenée souvent au ras du sol, on lui attribue souvent un manque d'intelligence et traitée comme telle et si c'était tout le contraire : si justement c'était parce qu'elle détenait certaines connaissances, qu'elle parlait vrai, qu'elle faisait peur qu'on lui faisait porter tous les malheurs de la société….
Il faut souvent être femme pour comprendre ces maux mots, ces attitudes dans la vie de tous les jours et pas seulement dans notre entourage mais aussi à tout niveau où, normalement, on pourrait penser que la femme est aussi bien considérer que l'homme, ni supérieure, ni inférieure….. Juste à l'égal de l'homme. Mais vous comme moi nous écoutons les statistiques….. C'est loin d'être gagné.
Grâce à cet essai, Mona Chollet, relève, et parfois de façon très petinente, ironique et très documentée, ces petits affronts qui jalonnent nos vies. Après une longue introduction dans laquelle elle revient sur l'histoire des Sorcières jusqu'aux mouvements féministes actuels avec ses figures de proue, le récit se divise en quatre parties.
Parler des choix de vie, du non-désir de maternité (j'ai trouvé très courageux et lucide le fait d'aborder ce thème),, de la vision des femmes vieillissantes matures et enfin de la relation femme et médecine, Mona Chollet aborde tous ces sujets et à un moment ou à un autre on se retrouve dans ses mots, dans les situations, dans certaines blessures. Je n'aurai pas pensé faire le parallèle entre sorcières et femmes mais finalement quand on analyse son argumentaire le rapprochement est évident.
J'ai lu cet essai presque comme un roman tellement il est finalement le récit de situations que vivent des millions de femmes, en silence parfois souvent, c'est un essai-roman sur les femmes qui assument leurs vies, des femmes fortes….. des Sorcières, qui ne veulent pas plier, qui n'acceptent pas de se taire, des justiciaires dont le combat est sans fin pour être ce qu'elles sont, qui elles sont et qu'on les accepte comme telles.
J'ai aimé qu'elle ne fasse que revendiquer l'égalité entre hommes et femmes, sans chercher la querelle, mais mettre en évidence des faits, constations sur la différence de traitement si l'on est homme ou femme (et particulièrement sur l'homme et la femme avançant en âge).
J'y ai fait des découvertes en particulier sur les mouvements américains comme WITCH et sur les femmes qui ont marqué les mouvements féministes: Gloria Steinem, Susan Sontag etc…. Je ne connaissais pas les prises de position très justes de Martin Winckler par exemple. J'ai retrouvé des situations vécues par moi ou des proches dans lesquelles je n'avais pas compris qu'il s'agissait d'une différence de traitement (comme quoi on apprend à tout âge) entre les sexes en particulier dans le domaine médical.
C'est une lecture dans laquelle je me suis retrouvée, reconnue, qui m'a fait du bien mais qui me dit également que le combat n'est pas fini, mais sera-t-il fini un jour ? Les femmes ne sont pas des sorcières, elles sont femmes.
Mona Chollet parle principalement de la force des femmes, de certaines femmes, mais toutes ne sont pas de cette trempe. J'aurai aimé qu'elle évoque également les femmes qui subissent, qui souffrent oui mais celles-là ne sont pas des Sorcières elles ne sont que les victimes…… C'est un essai qui fait du bien car il permet également de se rendre compte que nous ne sommes pas seules, uniques, que d'autres pensent et vivent les mêmes situations, qu'elles ne sont pas responsables, mais victimes.
C'est un essai que tout le monde devrait lire : hommes, femmes et aussi adolescentes pour ne pas tomber dans certains stéréotypes, pour ne pas laisser la porte ouverte à certaines attitudes, pour apprendre à dire Non ou Stop.
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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LiliGalipette
  27 décembre 2018
Après Beauté fatale où elle dénonçait l'injonction faite aux femmes d'être jolies et de se taire (pour résumer grossièrement ce brillant ouvrage), Mona Chollet décortique les atteintes faites aux femmes fortes, que ce soit par les hommes ou par les religions (majoritairement menées par les hommes). « Mais qui étaient au juste celles qui, dans l'Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femmes ces siècles de terreur ont-ils censurés, diminués, réprimés ? » (p. 3 & 4) Pour l'autrice, il s'agit de la femme indépendante, de la femme sans enfant et de la femme âgée. Comme dans son précédent essai consacré aux femmes, Mona Chollet cite de nombreuses penseuses féministes, mais illustre également sa démonstration de références populaires ô combien parlantes ! Les séries Charmed, Ma sorcière bien-aimée ou Buffy contre les vampires, les romans Moi, Tituba sorcière ou La servante écarlate ou encore le film Les sorcières d'Eastwick proposent des représentations différentes de la sorcière et il est passionnant de les croiser, de les comparer et de les opposer.
La sorcière, la vraie, celle qui terrifie le patriarcat – religieux ou non –, c'est la femme qui ne se marie pas, et/ou qui n'a pas d'enfant, et/ou qui a un emploi ou une activité en dehors du foyer, et/ou qui est financièrement ou socialement autonome. Bref, un être à l'égal de l'homme, et ça, mon brave Monsieur, évidemment qu'on ne peut pas laisser faire ! Je passe sur les siècles de violences patriarcales, paternelles, matrimoniales, gynécologiques, obstétriques et institutionnelles : au mieux, vous en avez entendu parler ; au pire, vous les avez subies. Alors, libérer la parole est plus que jamais nécessaire, comme c'est le cas actuellement avec #MeToo. Parce que cette libération, c'est permettre à la vérité d'exploser, mais aussi – pourquoi pas – aux incantations de résonner. Tremblez, oppresseurs de tout poil, la sorcière n'a peut-être plus de balai volant ou de chaudron bouillonnant, mais elle a toujours de grands pouvoirs !
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de
  27 septembre 2018
Une vie à soi. L'autonomie comme condition de l'émancipation
Pour maintenir son pouvoir, dans des formes historiques et situées – il n'y a pas de tout temps -, le groupe social des hommes, lui-même hiérarchisé, a tenté et tente de s'approprier les savoirs-faire, de limiter la capacité de jouissance et la puissance des femmes…
Les enfants et les sorcières. Un souvenir de Mona Chollet, « Restée dans ma mémoire comme un talisman, une ombre bienveillante, Floppy m'avait laissé le souvenir de ce que pouvait être une femmes d'envergure ». Pour ma part, j'ai été fasciné par le personnage de Rebecca incarnée par Elisabeth Taylor accusée de sorcellerie dans Ivanhoé. Quoiqu'il en soit, des sorcières représentées souvent de manière bien inquiétantes mais pour certain·es un « plus d'excitation que de répulsion ».
Le mot sorcière, « Il renvoie à un savoir au ras du sol, à une force vitale, à une expérience accumulée que le savoir officiel méprise ou réprime », mais aussi à des marques d'infamie, de constructions mensongères, d'accusations extravagantes, qui ont valu « la torture et la mort à des dizaines de milliers de femmes ».
La diabolisation des femmes qualifiées de sorcières eut beaucoup en commun avec l'anti-judaïsme (terme qui me paraît plus approprié qu'antisémitisme pour l'époque évoquée). L'exemple de Rebecca, déjà cité en est une illustration. L'autrice nous rappelle, contre les responsabilités assignées à « la populace grossière » que c'est bien « venue d'en haut, des classes cultivées » que la haine et la répression se déchaine. Il fallait éliminer les têtes féminines qui dépassaient, s'approprier les savoirs des guérisseuses, ces magiciennes aux pouvoirs incompréhensibles… sans oublier l'obsession des chasseurs de sorcières pour la sexualité féminine (quelque soit le nom utilisé à l'époque). Haine et obscurantisme qu'il ne faut pas simplement situer dans les siècles reculés. Car c'est bien de la place des femmes dans les espaces sociaux qu'il s'agissait hier, qu'il s'agit aujourd'hui… et d'égalité dans les savoirs et les capacités d'être et de faire…
Dans son introduction, « Les héritières », l'autrice revient aussi sur les utilisations contemporaines, « Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n'avez pas réussi à bruler », « Tremblez, tremblez, les sorcières sont revenues ! », la revue « Sorcières », la très belle chanson d'Anne Sylvestre, Strahawk, les groupes « WITCH »…
S'il est juste de critiquer la prétention « occidentale » à une rationalité suprême, déniant à d'autres savoirs des rationalités réelles, je reste plus que dubitatif sur les références de certain·es aux pratiques néo-païennes, aux mondes invisibles. Il me semble qu'il faut aborder les contradictions réelles de la « raison », les subterfuges contre l'historicisation et la politique, la désincarnation enchantée des êtres hors des rapports sociaux.
Mona Chollet est intéressée par l'exploration de « la postérité des chasses aux sorcières en Europe et aux Etats-Unis ». Elle se penche, entre autres, sur les coups portés aux velléités d'indépendance des femmes, la place des célibataires et des veuves dans les accusations de sorcellerie, la réintroduction de l'incapacité juridique des femmes – et l'incapacité sociale de la femmes mariée consacrée en France par le code civil de 1804 (un des méfaits du trop célébré Napoleon Bonaparte) -, la criminalisation de la contraception et de l'avortement, les « sabbats » des « anti-mères », les femmes libres d'avoir des enfants ou pas… « à condition de choisir d'en avoir », les images négatives des vieilles femmes, la course à la jeunesse, l'asservissement des femmes et celles des peuples déclarés « inférieurs », les nouvelles conceptions du savoir, la glorification d'une certaine conception de la raison, les injonctions sexuées et les sanctions sociales pour celles qui refusent « de renoncer au plein exercice de leurs capacités et de leur liberté »…
Idées et discours accumulés, strates d'images sédimentées, il faut donc « mettre en évidence le caractère arbitraire et contingent des représentations qui nous emprisonnent à notre insu », construire contre la déprime et la paralysie les chemins qui permettent à nos ailes de se déployer.
Sommaire :
Une vie à soi. le fléau de l'indépendance féminine
Le désir de la stérilité. Pas d'enfant, une possibilité
L'ivresse des cimes. Briser l'image de la « vielle peau »
Mettre ce monde cul par-dessus tête. Guerre à la nature, guerre aux femmes
Comme une valse à quatre temps, qui prends le temps de refuser le comptage horloger si indifférent aux possibles émancipateurs. Quelques analyses et quelques éléments, abordés ou non par l'autrice.
Au premier temps, une vie à soi, un temps à soi, une chambre à soi. Contre l'obligation du couple et la maternité, Mona Chollet cite Gloria Steinem : « Je n'arrive pas à m'accoupler en captivité ». Elle aborde la critique du mariage, le travail des femmes, l'infantilisant « mademoiselle », le conditionnement à chérir, la valeur de l'objectification, le modèle interdit de l'aventurière, le droit de vivre seule, la « féminité traditionnelle » comme affaiblissement et appauvrissement, les réfractaires, l'incapacité des dominants à comprendre l'expérience des dominé·es, la stigmatisation au nom d'une fantasmatique horloge biologique, « de toutes parts, on conjure les femmes de prendre garde au rapide déclin de leur fertilité, d'abandonner leurs ridicules plans sur la comète et de faire des enfants le plus tôt possible », les femmes indépendantes et les discours réprobateurs, la réappropriation de son corps et l'apprentissage du plaisir pour soi contre les rappels aux normes sociales promues au rang de contrainte naturelle, les injonctions à la soumission et au renoncement, l'ordre des buchers et aujourd'hui ce « qui exclut, qui cogne et qui mutile »…
A la question « mais qui était le diable ? », l'autrice répond « Et si le Diable, c'était l'autonomie ? » et plus explicitement « L'histoire de la sorcellerie, pour moi, c'est aussi l'histoire de l'autonomie ». Des béguines aux sorcières. Aujourd'hui, des femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. Contre les enfermements, l'autonomie comme « possibilité de nouer des liens qui respectent notre intégrité, notre libre arbitre, qui favorisent notre épanouissement ». Une vie à soi, un temps à soi, une chambre à soi, comme reconquête de ce qui a été volé. La réalisation plutôt que le don de soi. Reste un boulet au pied, l'institution de la maternité…
« Une grève des ventres : c'était là la grande crainte exprimée lors des débats (entre hommes) qui ont précédé l'autorisation de la contraception, ce qui constitue un singulier aveu – car enfin, si la maternité dans notre société est une expérience merveilleuse, pourquoi les femmes s'en détourneraient-elles ». le ventre des femmes comme obsession des hommes, un contrôle revendiqué au nom d'une hiérarchie masculiniste. Impossible, à mes yeux de penser la sexualité (Voir par exemple, le livre d'Andrea Dworkin : le coït dans un monde d'hommes, à paraître enfin en français, andrea-dworkin-le-coit-dans-un-monde-dhommes/) et la maternité hors des rapports sociaux de sexe, des rapports de pouvoir et de domination. Des sorcières, des pouvoirs politiques obsédés « par la contraception, l'avortement et l'infanticide ». Comme l'écrit justement Mona Chollet, « le natalisme est une affaire de pouvoir, et non d'amour de l'humanité ». Et l'interdiction de l'avortement pour certaines est inséparable des avortements et des stérilisations forcées pour d'autres. Encore et toujours le refus de l'autonomie, du choix des femmes. Je rappelle la phrase récente de Margaret Atwood, l'autrice de la servante écarlate, je-suis-pour-elle-un-reproche-et-une-necessite/ : « Impose les naissances si tu le veux, Argentine, mais nomme au moins cette obligation par son nom. C'est de l'esclavage ».
La maternité n'est pas un passage obligé pour les femmes, « Décider de rompre la chaîne des générations peut être une manière de redonner du jeu à sa condition, de rebattre les cartes d'un rapport de force, de desserrer l'étau de la fatalité, d'élargir l'espace de l'ici et du maintenant ». L'autrice parle de sa colère autour de la procréation et de la non acceptation de son refus, un « non » comme envers d'un « oui » qui « autorise l'excès, la démesure : une orgie de temps à soi et de liberté, que l'on peut explorer, dans lesquels on peut se rouler à en perdre le souffle, sans crainte d'en abuser, avec l'intuition que les choses intéressantes commencent là où d'ordinaire on juge raisonnable de les arrêter ».
Nulle trace de narcissisme – ni de l'entrepreneur/entrepreneuse de soi de l'idéologie libérale – chez Mona Chollet. Mais bien une réflexion et un choix, une « alchimie subtile du (non)désir d'enfant ». L'autrice analyse, entre autres, l'augmentation de l'« infécondité », la rupture pour certaines avec l'idée que « réussir sa vie implique d'avoir une descendance », l'« amour comme couverture aux gardiens de l'ordre, le rapport fécondant comme réalité de la sexualité, la « nature » et la fameuse horloge biologique pour stigmatiser des femmes incomplètes ou ratées, la négation des femmes comme « personnes singulières dotées de caractères et de désirs distincts » et l'invention d'une essence féminine, les possibilités de bonheur insoupçonnées…
Le temps du mademoiselle et le temps du madame, les conceptions bien genrées du vieillissement, les « vielles peaux » et les hommes « matures », « On dit souvent que le vieillissement et la mort sont tabous dans notre société ; sauf que c'est seulement le vieillissement des femmesqui est caché », le jeunisme ambiant et la « péremption » des femmes, l'énormité routinière des écarts d'âge entre amant et amante sur le grand écran, le méprisant terme « cougar », les séparations et les familles monoparentales – euphémisme pour parler de femmes qui élèvent seules les enfants -, les hommes qui refont leur vie avec de (très) jeunes femmes, les inégalités des sexes face à l'âge, le corps vieillissant des seules femmes considérés comme laid, le souci renforcé de l'apparence…
Il est plus que « curieux » que les hommes, y compris militants radicaux, ne s'interrogent pas sur le regard qu'ils portent sur les corps, sur la valorisation de l'apparence, sur ce que signifie l'écart d'âge dans les rapports amoureux, sur les masques érotisés de la domination… C'est bien là, un privilège pour les membres d'un groupe social dominant, une matérialisation du sexisme, le rappel de la force de la hiérarchie dans les rapports sociaux de sexe.
Mona Chollet aborde « les faux-semblants et la honte d'elles-mêmes », la focalisation érotique sur le seul corps féminin jeune, les questions que posent des femmes et leurs réponses résistantes à la privation « de l'essentiel de sa puissance et de son plaisir de vivre », le confort mental des hommes et l'« érotisme de ventriloques », la valeur sociale de la fertilité, le mépris genré des cheveux blancs, la présomption de négligence pour les unes et la valorisation des tempes grisonnantes pour les autres, le vieillissement des femmes et de leur corps et ces hommes qui eux ne semblent pas avoir de corps, les objets et les sujets, « Occuper une position dominante dans l'économie, la politique, les relations amoureuses et familiales, mais aussi dans la création artistique et littéraire, leur permet d'être des sujets absolus et de faire des femmes des objets absolus », les désirs socialement valorisés pour les mâles et diabolisés pour les autres, les conditions de vie des retraitées aux pensions inférieures de 40% à celles des hommes, la disqualification des femmes, « le vieillissement a le pouvoir de ravir l'identité toute entière des femmes, de les vider de leur substance » et de les transformer en inconnue asexuée…
Le cul par-dessus la tête. « le sexisme se manifeste à tous les bouts de l'échelle sociale, vous offrant en un délicieux effet stéréo le rappel permanent de votre débilité profonde », ce que les femmes affrontent au quotidien, les conceptions essentialistes de l'intelligence. Mona Chollet insiste sur la nécessité de « contester les critères dominants d'évaluation de l'intelligence », les autres façons d'appréhender le monde, les interrogations envers les contenus de l'enseignement, « Voilà peut-être pourquoi j'écris des livres : pour créer moi-même des lieux où je suis compétente (enfin… j'espère) ; pour faire émerger des sujets qui n'étaient parfois même pas constitués ou identifiés comme tels, en affirmant leur pertinence, leur dignité ». Je reste saisi par ces innombrables publications « scientifiques » d'où les femmes sont niées ou expulsées, le refus maintenu par beaucoup d'interroger leur discipline au prisme du genre, la dénégation de la politique, le refus de prendre en compte le point de vue toujours situé, « c'est précisément parce que les femmes et les hommes ne constituent pas des essences figées dans un espace abstrait, mais deux groupes qui entretiennent des relations prises dans le mouvement et les vicissitudes de l'histoire, qu'on ne peut pas considérer le savoir universitaire comme objectif et le doter de valeur absolue ».
Les femmes et leur auto-dénigrement construit socialement, l'utilitarisme des recherches, les objets comme détachés des conditions matérielles de leur production et appréhension, la religion du progrès et la linéarité de l'histoire, le refus des tensions et des contradictions, les conceptions idéalisées et non historiques de nos relations à la « nature », cette extériorité construite situant les êtres humains hors de la « nature » (par prudence, j'utilise les guillemets contre les visions naturalisantes, a-historiques et dépolitisantes)…
L'autrice analyse, entre autres, la connaissance hyper-masculinisée, les assignations sur les poils et les cheveux, la construction de la médecine et le sexisme de ses praticiens, les affabulations prêtées aux femmes, les mille ruses pour minimiser les violences faites aux femmes, les travaux de Marie-Hélène Lahaye.
Des critiques et des subversions, des aspirations émancipatrices aussi. Mona Chollet parle de la révolte des « bonnes femmes hystériques », la nécessaire prise en compte des émotions, l'écoféminisme, les luttes contre leur monde qui ne nous convient pas, l'espérance d'un autre agencement des rapports sociaux « où la libre exultation de nos corps et de nos esprit ne serait plus assimilée à un sabbat infernal »
Une invitation féministe au débat, à la construction de vies à soi, au refus des assignations, au droit de faire et de jouir de sa puissance potentielle…

Lien : https://entreleslignesentrel..
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Dixie39
  29 mars 2020
Les sorcières, ce sont nous toutes : toi, qui préfère faire carrière plutôt que de rester à la maison pour élever tes enfants, moi qui souhaitais travailler à temps plein et aussi pouvoir élever mes enfants sans reproches, jugements et avec des infrastructures (garde, école, etc) qui me le permettent, elle qui n'en veut pas des mioches et veut vivre "comme un homme" et qu'on lui foute la paix !
- Vivre comme un homme ? tu veux dire quoi par là ?
- Travailler, gérer son argent, son emploi du temps, sa vie sans charge mentale autre que la sienne...
- Ah ! En un mot, "vivre", quoi ?! pourquoi tu rajoutes "comme un homme" ?
- Cherche et tu vas trouver !
Car, nous verrons avec Mona Chollet, que ce qui est une évidence pour la gente masculine est loin d'être aussi facile pour nous, les femmes. Non, elle n'exagère pas, elle dit tout simplement ce qui est, au fil des époques, des âges aussi (pas simple de vieillir pour une femme et bien plus difficile socialement, culturellement parlant que pour un homme)...
Au fur et à mesure de la lecture, elle nous fait nous interroger sur des choses que nous avons tendance à penser "de fait" ou "de droit", alors qu'il n'en est souvent rien. Certains retours sur L Histoire font froid dans le dos. On voudrait ne pas y croire tant c'est inconcevable. Mais les faits sont là...
Beaucoup crie au loup, à la supercherie, au féminisme exacerbée et ont tendance à ridiculiser et/ou montrer du doigt toute personne (homme ou femme) qui refuse ces clivages. le ridicule ne tue pas. Mais il contraint souvent au silence... Alors, que nous en soyons convaincus ou non, lisons Sorcières, et que chacun se fasse son opinion en son âme et conscience...
"Aller débusquer, dans les strates d'images et de discours, ce que nous prenons pour des vérités immuables, mettre en évidence le caractère arbitraire et contingent des représentations qui nous permettent d'exister pleinement et nous enveloppent d'approbation : voilà une forme de sorcellerie à laquelle je serais heureuse de m'exercer jusqu'à la fin de mes jours."
Lien : http://page39.eklablog.com/s..
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critiques presse (2)
NonFiction   06 novembre 2018
Ce n’est pas un livre d’histoire, ce n’est pas non plus un ouvrage de sociologie. Mona Chollet se pose plutôt comme observatrice avertie de notre temps, éclairant ses expériences quotidiennes par le croisement de ses lectures et de ses recherches.
Lire la critique sur le site : NonFiction
LeMonde   14 septembre 2018
Dans son essai « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », Mona Chollet rappelle comment un qualificatif infamant est devenu un symbole féministe.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (212) Voir plus Ajouter une citation
litolfflitolff   22 mai 2020
"Les femmes ont une autre option. Elles peuvent aspirer à être sages, et pas simplement gentilles; à être compétentes, et pas simplement utiles; à être fortes, et pas simplement gracieuses; à avoir de l'ambition pour elles-mêmes, et pas simplement pour elles-mêmes en relation avec des hommes et des enfants. Elles peuvent se laisser vieillir naturellement et sans honte, protestant ainsi activement, en leur désobéissant, contre les conventions nées du "deux poids, deux mesures" de la société par rapport à l'âge. Au lieu d'être des filles, des filles aussi longtemps que possible; qui deviennent ensuite des femmes d'âge moyen humiliées, puis de vieilles femmes obscènes, elles peuvent devenir des femmes beaucoup plus tôt - et rester des adultes actives, en jouissant de la longue carrière érotique dont elles sont capables, bien plus longtemps. Les femmes devraient permettre à leur visage de raconter la vie qu'elles ont vécue. Les femmes devraient dire la vérité." Presqu' un demi siècle plus tard, ce programme reste à la disposition de toutes celles qui voudraient s'e'n emparer.
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AelleAelle   31 juillet 2019
Érika Flahault, dans son enquête sociologique de 2009 sur la « solitude résidentielle des femmes » en France, distingue les femmes « en manque » – celles qui subissent leur situation et qui en souffrent –, les femmes « en marche » – celles qui apprennent à l’apprécier – et les « apostates du conjugal » : celles qui ont délibérément organisé leur vie, leurs amours et leurs amitiés en dehors du cadre du couple. Les premières, remarque-t-elle, indépendamment de leur trajectoire personnelle, mais aussi de leur classe sociale – l’une est une ancienne agricultrice, une autre une grande bourgeoise –, se retrouvent complètement démunies dès qu’elles n’ont pas, ou plus, la possibilité d’incarner la bonne épouse ou la bonne mère : elles partagent « une même socialisation fortement marquée par la division sexuelle des rôles et un attachement profond à ces rôles traditionnels, qu’elles aient eu ou non l’occasion de les assumer ». À l’opposé, les « apostates du conjugal » ont toujours cultivé une distance critique, voire une défiance totale à l’égard de ces rôles. Ce sont aussi des femmes créatives, qui lisent beaucoup et qui ont une vie intérieure intense : « Elles existent hors du regard de l’homme et hors du regard de l’autre car leur solitude est peuplée d’œuvres et d’individus, de vivants et de morts, de proches et d’inconnus dont la fréquentation – en chair et en os ou en pensée à travers des œuvres – constitue la base de leur construction identitaire. » Elles se conçoivent comme des individus, et non comme des représentantes d’archétypes féminins. Loin de l’isolement misérable que les préjugés associent au fait de vivre seule, cet affinement inlassable de leur identité produit un double effet : il leur permet d’apprivoiser et même de savourer cette solitude à laquelle la plupart des gens, mariés ou pas, sont confrontés, au moins par périodes, au cours de leur vie, mais aussi de nouer des relations particulièrement intenses, car émanant du cœur de leur personnalité plutôt que de rôles sociaux convenus. En ce sens, la connaissance de soi n’est pas un « égoïsme », un repli sur soi, mais une voie royale vers les autres. Contrairement à ce que veut nous faire croire une propagande insistante, la féminité traditionnelle n’est pas une planche de salut : chercher à l’incarner, adhérer à ses valeurs, loin d’assurer notre immunité, nous affaiblit et nous appauvrit. La pitié réservée aux femmes célibataires pourrait bien dissimuler une tentative de conjurer la menace qu’elles représentent.
Page 56
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Blandine54Blandine54   01 janvier 2020
Comme souvent, la désignation du bouc émissaire, loin d'être le fait d'une populace grossière, est venue d'en haut, des classes cultivées. La naissance du mythe de la sorcière coïncide à peu près avec celle - en 1454 - de l'imprimerie, qui y a joué une rôle essentiel. Bechtel parle d'une "opération médiatique" qui "utilisa tous les vecteurs d'information de l'époque" : "les livres pour ceux qui lisaient, les sermons pour les autres, pour tous grandes quantités de représentations". Œuvre de deux inquisiteurs, l'Alsacien Henri Institoris (ou Heinrich Krämer) et le bâlois Jakob Sprenger, le Marteau des sorcières (Malleus maleficarum), publié en 1487, a pu être comparé à Mein Kampf d'Adolf Hitler. Réédité une quinzaine de fois, il fut diffusé à trente mille exemplaires dans toute l'Europe durant les grandes chasses : "pendant ce temps de feu, dans tous les procès, les juges vont s'en servir. Ils vont poser les questions du Malleus et entendre les réponses du Malleus."
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blandine5674blandine5674   10 novembre 2019
« Je hais les médecins. Les médecins sont debouts et malades sont couchés. (...) Et les médecins debout paradent au pied des lits de pauvres qui sont couchés, et qui vont mourir et les médecins leur jettent à la gueule sans les voir des mots en gréco-latins que les pauvres couchés ne comprennent jamais, et les pauvres couchés n'osent pas demander pour ne pas déranger le médecin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences définitives et ses antibiotiques approximatifs comme un pape au balcon dipersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde à ses pieds. » Peu avant la mort de Pierre Desproges, d’un cancer, en 1988, j’avais éprouvé un flash de reconnaissance à la lecture de ce réquisitoire, prononcé dans le Tribunal des flagrants délires.
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arcade_darcade_d   07 décembre 2018
Près de la moitié des femmes (47%) se concentre toujours dans une dizaine de métiers comme infirmière (87,7% de femmes), aide à domicile ou assistante maternelle (97,7%), agent d'entretien, secrétaire ou enseignante.

Or, au Moyen-âge, les Européennes avaient accès comme les hommes à de nombreux métiers, souligne Silvia Fédéreci : " Dans les villes médiévales, les femmes travaillaient comme forgeronnes, bouchères, boulangères, chandelières, chapelières, brasseuses, cardeuses de laine et détaillantes." En Angleterre "soixante-douze des quatre-vingt-cinq corporations comptaient des femmes dans leur rangs3 et dans certaines d'entre elles, elles étaient dominantes."
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Vidéo de Mona Chollet
Bienvenue dans le troisième épisode de #Confitdeculture, le meilleur de la création culturelle malgré le confinement. Au menu cette semaine, des films garantis sans plateforme de streaming, de la lecture fraîche, gratuite et intégrale, des podcasts sur les soignants, de bons conseils pour bien travailler de chez soi et de quoi faire du bruit en soutien aux personnels soignants.
NOS LIENS :
Kusturica, Vadim, Kurosawa : la Cinémathèque de Nice offre 10 chefs-d'oeuvre chaque semaine https://www.telerama.fr/cinema/kusturica,-vadim,-kurosawa-la-cinematheque-de-nice-offre-10-chefs-doeuvre-chaque-semaine,n6623184.php
Henri, la plateforme vidéo éphémère de la Cinémathèque française : https://www.vodkaster.com/actu-cine/le-festival-du-confinement-la-foire-aux-films-et-series-gratuits/1276329
La Cinémathèque de Bretagne : https://www.cinematheque-bretagne.bzh/ La Cinémathèque de Milan : https://cinetecamilano.it/biblioteca/catalogo/1
Livres gratuits en ligne : c'est le moment de lire Annie Ernaux, Mona Chollet, Patrick Deville… https://www.telerama.fr/livre/annie-ernaux,-mona-chollet,-patrick-deville...-les-editeurs-offrent-des-livres-en-acces-libre,n6623045.php
Sur YouTube, les conseils de Cyrus North pour bien travailler depuis chez soi https://www.telerama.fr/television/sur-youtube,-les-conseils-de-cyrus-north-pour-bien-travailler-depuis-chez-soi,n6620324.php
Sept podcasts poignants pour prendre le pouls des soignants https://www.telerama.fr/radio/sept-podcasts-poignants-pour-prendre-le-pouls-des-soignants,n6621120.php
"Merci à toi, ô soignant !" https://www.youtube.com/watch?v=hEVSwHkfDkE&feature=emb_title
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