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ISBN : 2355220395
Éditeur : La Découverte (16/02/2012)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 164 notes)
Résumé :
Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd'hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
Walktapus
  30 mars 2016
Beauté fatale démonte comment le marketing s'est emparé de la condition féminine. Toute l'industrie du décérébrage aliénant est passée en revue, dans toutes ses ramifications (du moins celles qui ciblent spécifiquement les femmes) : luxe, cosmétiques, pub, presse féminine, vedettariat, agences de porte-manteaux, chirurgie esthétique, blogs, cinéma, etc.
Beaucoup, beaucoup de thèmes et d'idées sont abordées. le complexe Mode-Beauté, celui qui ne connaît pas la crise, et ses « égéries ». La récupération du discours féministe, en gros le discours « sois toi-même », mais associé à un ensemble d'injonctions précises et de modèles standardisés, impossibles à atteindre. le rapport au corps, l'anorexie, la chirurgie esthétique. le rôle de la presse féminine, et son absence d'alternative. La mise en avant de modèles (voire d'injonctions) passifs, le syndrome « être découverte » remplaçant le prince charmant traditionnel. La mentalité macho des intellectuels français, la revendication de la « jupe » face au voile. Etc. Etc.
C'est écrit sur un ton oscillant entre l'essai et le pamphlet, très lisible, avec beaucoup d'implication, des attaques sur des gens connus (mais que je n'estime pas, ça ne m'a pas fanchement gêné...). Pas forcément très « scientifique », donc, mais provoque une reflexion salutaire et fait du bien.
De toutes façons, le marketing est l'ennemi intime du genre humain, voilà c'est dit !!
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de
  13 février 2012
L'omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d'elles-mêmes
Ce livre comble un vide. Peu d'analyses récentes travaillent sur la presse dite féminine, les groupes industriels de produits de beauté et les relations entre image et construction/destruction de soit.
« Autant l'admettre : dans une société où compte avant tout l'écoulement des produits, où la logique consumériste s'étend à tous les domaines de la vie, où l'évanouissement des idéaux laisse le champ libre à toutes les névroses, où règnent à la fois les fantasmes de toute-puissance et une très vieille haine du corps, surtout lorsqu'il est féminin, nous n'avons quasiment aucune chance de vivre les soins de beauté dans le climat de sérénité idyllique que nous vend l'illusion publicitaire. »
En attirant particulièrement l'attention sur « les pouvoirs de la fiction et de l'imaginaire », tout en ne négligeant pas que « la mondialisation des industries cosmétiques et des groupes de médias aboutit à répandre sur toute la planète le modèle unique de blancheur, réactivant parfois de hiérarchies locales délétères », Mona Chollet, analyse, entre autres, les « normes tyranniques », une vision de la « féminité » réduite à « une poignée de clichés mièvres et conformistes », l'obsession de la minceur, l'insécurité psychique, l'auto-dévalorisation, etc.
En revenant sur les affaires Polanski et Strauss-Kahn, elle insiste à juste titre sur « le désir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne », sur les banales réactions antiféministes et termine son introduction par le voeux de beaucoup d'hommes « Elles (les femmes) pourraient commencer à raisonner, à contester ; elles pourraient se mettre en tête de devenir des personnes, des insolentes. Puisse le ciel nous épargner encore longtemps une pareille catastrophe ».
L'ouvrage se compose de six chapitres :
« Et les vaches seront bien gardées. L'injonction à la féminité »
« Un héritage embarrassant. Interlude sur l'ambivalence »
« le triomphe des otaries. Les prétentions culturelles du complexe mode-beauté »
« Une femme disparaît. L'obsession de la minceur, un ‘désordre culturel' »
« La fiancé de Frankenstein. Culte du corps ou haine du corps ? »
« Comment peut-on ne pas être blanche ? Derrière les odes à la ‘diversité' »
« le soliloque du dominant. La féminité comme subordination »
Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore convaincu-e-s de se plonger dans cet ouvrage, quelques citations, comme autant d'invitations à lire les analyses de Mona Chollet :
« l'horizon sur lequel chacun s'autorise à projeter ses rêves s'est rétréci jusqu'à coïncider avec les dimension de son chez-lui et, plus étroitement encore, avec celles de sa personne »
« L'absence d'idéal concurrent et les sollicitations permanentes de la consommation viennent réactiver les représentations immémoriales qui vouent les femmes à être des créatures avant tout décoratives »
« un idéal féminin associé toujours plus étroitement à la jeunesse et à la fraîcheur »
« Notre apparence, loin d'être un simple ajout inerte sur une identité qui resterait stable, intervient sur nôtre être, le modifie »
« Dans une société où l'égalité serait effective, elles auraient droit à un autre rôle que celui de vaches à lait ou de perroquets – ou d'otaries – du complexe mode-beauté »
« le corps est le dernier lieu où peuvent s'exprimer la phobie et la négation de la puissance des femmes, le refus de leur accession au statut de sujets à part entière »
« Nous ne sommes que de la matière ; mais cette matière n'est pas la camelote désenchantée que nous nous figurons »
« Il y a une différence essentielle entre la démarche qui consiste, pour une femme, à user de divers procédés pour se faire belle et séduisante, sans pour autant résumer son identité à cela, et l'imposition systématique d'attributs destinés à marquer le féminin comme une catégorie particulière, cantonnée à une série limitées de rôles sociaux. »
Pourtant, dans ce cadre qui ne saurait gommer ou annihiler les contradictions, les femmes luttent et pour une part d'entre elles, si elles cèdent, elles ne consentent pas…
Nous devons nous réjouir de l'ensemble des travaux qui interrogent les asymétries entre femmes et hommes, qui déconstruisent les « rôles », qui soulignent ces « petites choses quotidiennes mais répétitives » qui entravent les « avancées » émancipatrices, d'autant plus qu'elles sont souvent reléguées, par certains, à un rang secondaire, comme d'ailleurs souvent le combat global pour l'émancipation des femmes. A l'inverse, il faut (re)affirmer que l'émancipation n'a de sens et de réalité que si elle est celle de toutes et tous.
Puisqu'il est cité, je rappelle le texte de la couverture de Voir le voir de John Berger :« le miroir a souvent été utilisé comme symbole de la vanité féminine. Toutefois ce genre de moralisme est des plus hypocrites. Vous peignez une femme nue parce que vous aimez la regarder, vous lui mettez un miroir dans la main puis vous intitulez le tableau VANITÉ, et ce faisant vous condamnez moralement la femme dont vous avez dépeint la nudité pour votre propre plaisir. »
L'humour de l'auteure rend la lecture réjouissante derrière la banalité de « l'horreur quotidienne ». Ses analyses rendent palpable que « l'émancipation n'est pas déjà là », quoiqu'en disent certain-e-s. « Non, décidément, ‘il n'y a de mal à vouloir être belle'. Mais il serait peut-être temps de reconnaître qu'il n'y a aucun mal non plus à vouloir être. »
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Soleney
  25 juin 2016
Je vous avoue qu'au début, j'ai eu du mal avec les affirmations de ce livre. La situation des femmes n'était pas si terrible, selon moi : on a le droit de vote, on peut travailler, on n'appartient à personne d'autre que nous-mêmes, et si différence de salaire il y avait, cela ne devait pas être si important puisque seule une poignée de personnes s'en plaignait.
J'ai grandi dans la campagne profonde, loin de tout magazine people ou de tout H&M tentateur et je ne remercierai jamais assez mes parents de ne jamais m'avoir particulièrement poussée à la féminité. Parce que grâce à cela, jamais je ne me suis rendue compte de la pression exercée sur les femmes. Pour moi – comme pour d'autres, certainement – cette victimisation, ce cri du « nous sommes toutes manipulées » n'était qu'une vaste mascarade. Moi qui déteste faire les boutiques, je n'achète de vêtements que quand j'en ai vraiment besoin (un chiffre : en cinq ans, j'ai dû dépenser à peu près 65 euros pour m'habiller). Moi qui n'ai pas de goût particulier pour le maquillage, je n'en mets que pour les grandes occasions. Je n'ai jamais acheté un seul magazine, un seul poster, ni même regardé une seule émission « girly » – que ce soit de la télé-réalité ou des séries.
Bref : le complexe mode-beauté est pour moi une notion aussi lointaine que la Lune. le seul moyen par lequel il a pu m'atteindre, c'était le poids (et pour le coup, on peut dire qu'il ne m'a pas ratée ! Cf. ma critique d'Anorexie 10 ans de chaos).
Mais j'avais des amies aux théories toutes plus complotistes (et donc : agaçantes) les unes que les autres. Les hommes nous oppriment, nous sommes manipulées, les femmes ont trop de pression sur elles… Cela me faisait bien rire. Je ne me sentais pas désavouée parce que je n'étais pas en talons, pas plus que je ne me sentais critiquée en étant en jupe (un coup de chance ? Un aveuglement innocent ?).
Comme je ne vivais pas tout cela, je niais cette vérité. Sans songer un seul instant que d'autres n'avaient pas ma chance (ou ma cécité), qu'il était possible que je sois tout simplement passée entre les mailles du filet. Mais si on peut échapper au complexe mode-beauté, il est impossible de ne pas être influencé par l'image des femmes dans les films, les clips, les séries, les journaux, la radio ou les affiches. Croire qu'on ne subit aucune influence est une preuve de grande stupidité.
Mona Chollet pointe du doigt chacun des messages cachés des publicités (récemment élevées au rang d'art cinématographique, on croirait rêver !), des séries télévisées (si vous avez regardé Gossip Girl ou Sex and the City, vous ne les verrez plus de la même manière), des blogs et chaînes beauté (braves petites otaries…), et le pire : la presse féminine. Conseils pour maigrir, résumé d'une journée parfaite dans la vie d'une star, témoignages élogieux de ces femmes qui ont fait de la chirurgie esthétique, surabondance de pubs aux mannequins faméliques à côté d'articles traitant de l'anorexie, acclamation des maisons de marque, incitation à l'achat compulsif… Les messages sont bien là : il faut acheter, votre bonheur en dépend, et dépêchez-vous d'opérer votre corps pour le vider de toute personnalité ! Elle est d'ailleurs un magazine de référence pour toutes ces pépites. Et dire qu'il se proclame féministe…
J'ai acheté Beauté fatale alors que son propos n'avait rien pour m'attirer. Deux raisons : une cliente de la librairie où je travaille me l'a recommandé ; et deux jours plus tard, après avoir critiqué Jamais assez maigre, j'ai reçu un commentaire de Judithbou m'encourageant à le lire. Deux sources différentes et un seul message : ce livre est une valeur sûre, assurément.
Et en effet, c'est une valeur sûre. Non seulement c'est si bien écrit que ça en devient passionnant, mais en plus, on gagne en connaissances et en centres d'intérêt (Mona Chollet cite plein de sources, et l'envie me prend de découvrir certaines d'entre elles). C'est un essai sociétal, mais doté d'un humour tellement cynique que cette lecture m'a arraché à plusieurs reprises des hoquets de rire – jaune, le rire.
Et voilà, moi qui me croyais au-dessus de tout ça, je suis forcée de reconnaître que ces produits pour la peau que des amies m'ont encouragée à acheter ne servent à presque rien. Pourtant, j'ai poussé le vice jusqu'à aller me réapprovisionner de ma propre initiative ! Et ce produit naturel pour fortifier les pointes de cheveux, en ai-je vraiment besoin ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est un livre qui pousse à l'introspection.
Mais ce qui m'a le plus choquée, c'est l'étouffement dans lequel vivent les stars. Je ne me rendais pas compte que c'était à ce point terrible. Les femmes, surtout, sont sans cesse épiées, scrutées en quête d'un faux pas – même en allant chercher les enfants à l'école ou en rentrant de la salle de gym. Ça m'a écoeurée. L'envie de m'exclamer : « Mais laissez-les respirer, bon sang ! Vous n'avez pas autre chose à faire ? La faim dans le monde, la pollution, la politique, ce n'est pas plus important que les hypothétiques poils de Madonna ? » Qu'est-ce qu'on s'en fout, qu'unetelle ait grossi ? Qu'est-ce qu'on s'en fout qu'une autre soit devenu otarie – pardon : égérie – de telle marque de parfum ? Et ce n'est pas tout ! L'auteure relève le témoignage d'une jeune actrice avouant que les questions des magazines n'étaient pas du tout ce qu'elle attendait. Elles ne tournaient pas autour de son rôle, de l'évolution de son personnage, de son avenir professionnel, ou même de sa perception du métier, mais de sa routine beauté, de son dernier coup de coeur shopping et de ses conseils minceur… Comme si c'était la seule chose qu'on attendait d'elle. le plus terrible, c'est que celles qui ne se plient pas à ces lois tyranniques sont vite évincées, et dans les règles !
Est-ce que les actrices/mannequins/chanteuses ne servent vraiment qu'à cela ? Leur jeu, leur style, leur voix ne sont donc que secondaires ? Pourquoi la presse féminine est-elle bourrée d'articles plus insipides et aveuglants les uns que les autres ? Pourquoi les blogs beauté fleurissent-ils sur Internet ? Pourquoi des femmes s'endettent-elles pour acheter le dernier sac à la mode alors qu'elles en ont cinq dans les placards ? Pourquoi multiplient-elles leurs possessions de chaussures ?
J'ai fini par croire (et maintenant j'en ai honte) que c'était naturel. Les hommes sont plus portés sur les « domaines sérieux » (la politique, la mécanique, les sciences), et les femmes sur les vêtements et le maquillage. C'est comme ça, c'est biologique.
Quelle merde, ce raisonnement… Aucun gène n'interdit aux femmes de faire de la politique ou de s'intéresser aux voitures. Aucun gène ne les pousse à être obsédées par leur poids. Certes, elles éprouvent le besoin de plaire (tout comme les hommes, par ailleurs, même si les moyens diffèrent), mais pourquoi en deviendraient-elles hystériques à l'approche des soldes ? Pourquoi s'obstineraient-elles à acheter autant de produits beauté dont l'efficacité est au mieux minime, au pire à prouver ? Pourquoi veulent-elles autant contrôler leur silhouette ?
Réponse : ce n'est pas biologique, c'est culturel. Tout simplement.
Ensuite, quel est l'intérêt de réduire l'horizon des femmes à ce simple cercle ? Pourquoi en faire des écervelées préoccupées par leur manucure et leur tour de taille ? Comme le souligne Mona Chollet, c'est le fantasme de beaucoup d'hommes que d'avoir une belle godiche décérébrée. Pas besoin de cerveau, du moment qu'elle est jolie !
Toutefois, je me permets de souligner quelque chose. Si les préjugés sont particulièrement lourds à porter pour nous les femmes, ils ne doivent pas non plus être très faciles pour tous les hommes. Je pense à l'éternel « soit-un-homme-mon-fils ». Mon père n'a jamais osé pleurer devant nous, ses enfants, et mon compagnon était tout honteux et tout penaud le jour où ça lui est arrivé après une dispute. Si les clichés nous cantonnent au rôle de poupées, eux, ils les incitent à devenir des robots.
Pour exemple personnel, un client arrivant dans l'espace jeunesse de la librairie où je travaillais m'a demandé conseil pour sa prochaine lecture. Un peu surprise (il devait frôler la trentaine), je lui proposai divers titres. Aucun ne le satisfaisait, et je me suis finalement rabattue sur un ouvrage d'un autre genre : Les Fiancés de l'hiver (si vous ne connaissez pas, je vous en prie, achetez-le, empruntez-le, mais découvrez-le ! Il est magique…). Je me suis presque excusée : « J'ai vraiment adoré ! L'univers est magnifique, les personnages sont splendides et riches, mais je ne suis pas sûre que ça vous plaise parce qu'il y a une histoire d'amour au centre de l'intrigue… Ce serait peut-être plutôt pour un public féminin. » Ce à quoi il a répondu : « Vous savez, nous les hommes on n'est pas si différents de vous. Nous aussi on aime les histoires d'amour, sauf qu'on n'assume pas. » Finalement, c'est ce livre qu'il a emporté.
Je ne saurai jamais s'il lui a plu – c'est le plus frustrant, dans ce boulot. Mais c'est celui-ci qui l'a intéressé, et mes préjugés ont failli l'empêcher de le découvrir.
Bref. Beauté fatale est un essai terriblement bien documenté avec des sources si nombreuses qu'il y en a trois par page – je n'ose penser au nombre d'heures ou même de jours que l'auteure a dû passer à les décortiquer. C'est une écriture directe et fluide où transparaît l'humour noir. C'est un sujet de société qu'il est très important de lire et qui s'adresse tant aux femmes qu'aux hommes – oui, messieurs.
À découvrir de toute urgence.
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colimasson
  20 octobre 2012
Ça faisait déjà un moment qu'on commençait à sentir qu'il couvait quelque chose d'ambigu derrière les couvertures parfaites reflétées par les magazines féminins. Ces publications, présentées comme des mines d'informations dont les femmes se délectent, avaient fini par nous donner l'impression que leurs conseils visaient d'abord à satisfaire les attentes des hommes et des industriels avant de satisfaire celles de leurs lectrices. Premiers vecteurs de l'aliénation féminine, les magazines féminins méritent qu'on s'attarde en profondeur sur leurs articles d'une superficialité revendiquée, première étape de la compréhension d'un phénomène de pression sociale dont les femmes sont victimes aujourd'hui peut-être encore plus que hier. Mona Chollet aborde cette réflexion dans son essai et va également plus loin puisqu'elle qualifie cette obligation de se fondre dans le moule de la Beauté fatale comme l'un des nouveaux visages d'une aliénation féminine. « Aliénation » : le mot est fort mais bien choisi pour désigner un processus de manipulation violent et sournois qui prend les formes d'une intentionnalité bien dirigée et dont la plupart des femmes ne sont même plus conscientes.

Mona Chollet dévoile la mascarade. Fini le sourire triomphant des starlettes, l'allure fière des mannequins, l'euphorie presque hystérique des acheteuses compulsives, l'enthousiasme naïf des bloggeuses de mode. Leur joie apparente à provoquer un « prurit de la carte bancaire », à revêtir des tenues inconfortables, à s'affamer pour pousser à l'extrême la ressemblance avec les canons de la mode véhiculés, est-elle une joie véritable ? ou n'est-elle qu'une des autres parures de la Beauté fatale, destinée à réduire la femme à l'objet inoffensif qui ne provoque pas de remous ? Car là se situe le vrai noeud du problème : en faisant croire à la femme que la maîtrise de son apparence et que l'accès libre, autorisé et socialement reconnu aux méthodes de séduction lui permettent d'accéder à une autonomie neuve, l'asservissement se renforce et devient moins difficile à cerner que s'il était promu ouvertement par des moyens tyranniques. Pour Mona Chollet, il s'agit même de la cause principale des lenteurs qui agissent dans le féminisme « politisé » -celui qui vise à l'obtention de la parité :

« Les pressions sur leur physique, la surveillance dont celui-ci fait l'objet sont un moyen rêvé de les contenir, de les contrôler. Ces préoccupations leur font perdre un temps, une énergie et un argent considérables ; elles les maintiennent dans un état d'insécurité psychique et de subordination qui les empêche de donner la pleine mesure de leurs capacités de profiter sans restriction d'une liberté chèrement acquise. »

Sur cette trame de pensée générale, Beauté fatale se divise en plusieurs parties, chacune consacrée à l'un des visages de cette aliénation. Comment se perpétue-t-elle et s'amplifie-t-elle dans le temps ? Pourquoi assiste-t-on à l'apparition d'objets de culte, tels les « it bag » ? L'essor du domaine industriel et du marketing est fortement corrélé à la pression croissante que subissent les femmes. Pour gagner en efficacité, le complexe de la mode et de la beauté n'hésite pas à se parer de prétentions culturelles et à trouver des vecteurs variés dont l'apparence semble innocente. Quelques exemples ? On peut citer les séries télévisées, les publicités à visée cinématographiques, la mise en avant d'égéries ou le sponsor de bloggeuses... Mona Chollet va plus loin encore en investissant la réalité des « persécutrices » de la mode : qui sont ces actrices, mannequins ou rédactrices qui participent à l'aliénation de leurs pairs ? On découvre la réalité du monde du mannequinat ou du cinéma, bien loin des sourires auréolés arrachés par obligation.

Dans son essai, Mona Chollet cherche des explications à la réussite triomphante de ce modèle d'aliénation. Elle en trouve à la fois dans le contexte économique –la crise et les difficultés professionnelles espérant être surmontées par des avantages physiques et une capacité à savoir se vendre-, dans l'histoire et la culture de l'Occident –plus encore de l'Europe latine et de son « art de la séduction » illustré par l'exemple récent de Dominique Strauss-Kahn-, dans la démocratisation de la culture et l'apparition d'une culture de masse –vecteur principal des critères de conformité sociale- et peut-être aussi dans la perte de valeurs familiales solides, dans une dégradation des rapports sociaux globaux entre individus.

Derrière tout cela, l'image de la femme « pensante » est légère, voire inexistante, et Mona Chollet s'interroge, en conclusion de son essai, sur les raisons qui sont à la base de cette terreur toute masculine de voir les femmes se mettre à penser. Quant à elle, Mona Chollet ne craint pas de détruire ses pouvoirs innés de séduction en menant une réflexion élaborée sur les nouveaux visages de l'aliénation féminine. Si le pseudo-féminisme des magazines féminins avait pu dégoûter ses lectrices d'appartenir à la gente féminine moderne, Beauté fatale leur permettra d'accéder à une véritable réflexion féministe qui s'attaque au coeur du problème. Connaître les rouages de la manipulation ne permet peut-être pas de lutter contre des conditionnements intégrés depuis longtemps, mais permet de les mettre en évidence dans la vie quotidienne et d'essayer, peu à peu, de s'en éloigner et d'accéder à une liberté bien plus émancipatrice que celle autorisée par la consommation.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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mademoisellechristelle
  29 juillet 2012
Mona Chollet est journaliste au Monde Diplomatique et l'auteur du site peripheries.net. « Beauté fatale » est un essai, véritable satyre, dénonçant l'instrumentalisation du corps des femmes, notamment au profit des grandes marques des secteurs du luxe et des cosmétiques.
Pour appuyer ses théories, Mona Chollet va utiliser des exemples concrets et qui nous parlent à toutes : la presse féminine, les blogs mode, les séries américaines (mad men, sex and the city..), l'actualité (affaires Strauss-Kahn et Polanski).. qu'elle va décrypter afin de nous démontrer l'existence d'un véritable dictat de l'apparence qui impose une féminité complètement stéréotypée et dénuée de toute originalité.
Néanmoins, peu de femmes réussissent à atteindre ce modèle dit « de perfection » et à adopter le mode de vie qui va avec. du coup, Mona Chollet démontre comment le fait de ne pas atteindre ce modèle engendre une haine envers soi et envers son corps. Et d'ailleurs, les femmes qui réussissent à atteindre ce fameux modèle trouvent-elles vraiment paix et sérénité ?
Les théories de Mona Chollet : L'essai est divisé en plusieurs parties développant chacune un thème lié à la féminité. Voici quelques-unes des théories développées par l'auteur.
Je ne vous apprends rien lorsque je vous dis que les femmes n'existent qu'à travers leur beauté. En effet, elles sont avant tout exposées pour leur apparence, c'est dans tous les magazines féminins. « Les femmes doivent n'être ni trop, ni trop peu attirantes : dans le premier cas, elles risquent de ne pas être jugées crédibles professionnellement et, si elles se font harceler sexuellement, elles l'auront bien cherché ; dans le second, elles s'exposent aux réflexions désobligeantes pour avoir manqué à leur rôle de récréation visuelle et de stimulant libidinal ».
Les femmes sont donc considérées comme des objets de représentation et non des êtres pensants, qualité qui semble être l'apanage des hommes Elles ne créent pas, ne bâtissent pas, ne parlent pas non plus, mais ont pour obligation d'être féminines pour pouvoir exister (« sois belle et tais toi ! »).
Certaines pensent qu'en utilisant leur intelligence, elles pourront contourner cette injonction à la féminité. Toutefois, il est fort probable que ces femmes n'auront pas l'intelligence de faire le tri entre les différents comportements imposés à elles. L'intelligence n'a rien à voir avec cela. En effet, le propre de ces discours est de la contourner (avez-vous déjà entendu parler du neuromarketing ?). Les publicitaires et la presse féminine jouent sur des craintes et des failles intimes que l'intelligence ne peut déceler : la peur de ne pas être aimée, la peur d'être rejetée, la peur de vieillir etc.. pour pouvoir faire passer leur message.
Les petites filles grandissent donc avec l'impression que les modèles de réussite sont matérialisées par les photographies de mannequins ou d'actrices que l'on retrouve dans la presse spécialisée pour les femmes. A ce titre, Mona Chollet nous donne un exemple qui m'a particulièrement frappé.
Les deux héroïnes du film « tout ce qui brille » rêvent en secret de posséder de belles chaussures, de porter les habits des grands couturiers, d'avoir un train de vie luxueux.. C'est cela, leur modèle de réussite. En revanche, le destin de Marie Curie, lui, ne les fait pas rêver. Marie Curie n'est pas présentée comme un modèle de réussite. D'ailleurs tout le monde s'en fout. Autre exemple : qui cela ferait-il rêver aujourd'hui de voir Sophie Marceau passer l'Agrég de français dans le film l' « Etudiante » ? (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=29685.html). Personne, on est bien d'accord. Penser et réussir ses études n'est pas un modèle rêvé de vie.
Tout ceci fait bien évidemment les bonnes affaires des grandes marques du luxe, de la cosmétique et des magazines féminins qui voient leur chiffre d'affaires croitre de plus en plus alors que nous connaissons actuellement une crise économique d'ampleur mondiale !
Le retour de bâton (backlash) est alors sans pitié : les petites filles s'imaginent que les modèles qui leur sont présentés partout sont des symboles de réussite et qu'il faut leur ressembler quel qu'en soit le prix. du coup, au lieu de se développer et de renforcer leur personnalité, elles se vident de leur contenu pour se rapprocher de modèles standardisés et sans personnalités.
Ce qui est également symbole de réussite et de richesse c'est de mener la vie des stars. Mona Chollet cite l'exemple du « it bag », « cette saloperie née de la cuisse de Satan ». Ainsi, le « it bag » ou « sac vedette » prend de plus en plus d'importance dans notre société grâce à un habile stratagème commercial. le posséder est synonyme de richesse et de réussite. On peut y voir l'équivalent phallique de la grosse cylindrée pour les hommes. « L'industrie de la mode joue sur des ressorts très profonds pour stimuler de façon démente la pulsion d'achat et pour enfermer les femmes dans une image de pouffiasse qu'ils leur présentent comme l'essence de la féminité ».
D'autre part, il convient de noter que la vie des stars est composée uniquement de loisirs, de plaisirs et de moments où on dépense son argent (boire dans des bars à la mode, faire du sport avec un coach, diner au restaurant, faire les boutiques, bronzer à la plage..). Ces moments de vie sont censés vous apporter plénitude et satisfaction.
Ce mode de vie doit surtout être considéré comme un « bras d'honneur » à la plèbe qui ne pourra jamais atteindre un tel train de vie. Néanmoins, ces gens si bien-pensant ont oublié que l'on ne peut apprécier des moments de plaisirs que lorsqu'on a dû affronter d'autres moments plus sombres. C'est ce contraste qui fait prendre aux moments de plaisir tout leur sens.
La série Sex and the City reflète parfaitement cette réalité. On y voit les quatre héroïnes évoluant dans une vie composée uniquement de loisirs (et très couteux la plupart du temps) sans jamais travailler (sauf peut-être pour Miranda l'avocate). Leur modèle de réussite consiste donc à dépenser leur argent et évoluer dans le milieu du luxe new-yorkais, agrippant en chemin tous les beaux gosses riches qui passent par là. Des valeurs comme le travail, l'amour d'une famille, la beauté simple de la vie, le partage, la découverte de soi et du monde en sont exclues.
Enfin, laissez-moi vous dire quelques mots sur le corps féminin. Là encore, je ne vous apprends rien lorsque je vous dis qu'il existe en la matière une injonction à la minceur (voire la maigreur), modèle largement diffusé par les stars et par les grandes industries du luxe et de la mode qui, là encore, y trouve bien leur compte.
« La presse féminine promet à ses lectrices le nirvana, pour peu qu'elles parviennent à conquérir le corps qu'elle leur fait miroiter. Ce nirvana, les créatures qui peuplent ces pages mode, photographiées au bord de l'orgasme dans des paysages de rêve relève de l'illusion. L'absence de tout bourrelet ne signifie pas, loin de là, l'absence de tout problème, comme on veut le croire. le métier de modèle semble bien n'apporter que la haine de soi ».

Lien : http://mademoisellechristell..
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   22 avril 2013
Mona Chollet pose la question de l’image de la femme dans notre société moderne. Image modelée par le puissant concept "mode beauté" et relayée par la publicité et les médias.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   22 octobre 2012
La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour et l’attention des autres traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti, après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque chose ; à s’adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts. Ainsi, la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales à celle contre les inégalités au travail en passant par la défense des droits reproductifs.
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colimassoncolimasson   29 décembre 2012
Naomi Wolf n’a sans doute pas tort de voir dans l’inhibition d’un nombre croissant de jeunes femmes envers la nourriture l’une des causes du déclin du féminisme : comment apprendre à se connaître, comparer ses expériences –et pas seulement ses mensurations-, tisser des liens de solidarité, lorsqu’on ne peut même pas s’asseoir une heure à la même table ?
« Il n’y avait que moi dans ma vie », dit Portia de Rossi à propos de sa période anorexique, en reconnaissant que cela faisait partie du problème. L’obsession de la minceur a pour effet de retrancher du monde celle qui en est la proie. De tous les moyens mis en œuvre pour faire des femmes de petites choses chétives, juvéniles et inoffensives, elle est la plus envahissante, la plus efficace : non seulement elle vise directement la place qu’elles occupent, au propre comme au figuré, mais elle implique une discipline quotidienne, permanente –alors qu’il y a toujours un délai entre deux opérations de chirurgie esthétique, comme entre deux séances de Botox ou d’épilation.
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dede   03 avril 2012
Rappelons d’abord que les jupes, talons hauts, collants fragiles, bijoux encombrants, lingerie fine, sacs à main et autres accessoires censés être consubstantiels à la féminité ne vont pas de soi. Certaines peuvent préférer une tenue plus pratique, qui leur permette de courir, de travailler en étant libres de leurs mouvements, de bricoler. Elles peuvent aussi avoir envie d’établir leurs relations avec les hommes sur une base qui marque moins la différence des sexes. C’est à chacune d’arbitrer l’importance qu’elle veut accorder respectivement à son confort, à sa capacité d’agir, et à la recherche ou la séduction de sa tenue. Par ailleurs, le choix de ne pas trop s’exposer, de ne pas porter de vêtements trop moulants, ne relève pas forcément d’une dangereuse déviance ou d’un blocage qu’il s’agirait de pulvériser toutes affaires cessantes : il peut aussi traduire un réflexe légitime d’autoprotection, de quant-à-soi. C’est particulièrement vrai pour les adolescentes, qui ne sont pas toujours à l’aise avec leur corps de femme tout neuf et qui passent leurs journées dans une promiscuité scolaire pesante, à un âge où, dans quelque milieu que ce soit, les commentaires se distinguent rarement par leur intelligence et leur bienveillance. On peut mettre du temps à apprivoiser la féminité ; on peut aussi ne jamais y venir, et ne pas s’en porter plus mal.
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dede   03 avril 2012
De même, les magazines travaillent avec constance à modeler les comportements féminins sur les desiderata supposés de la gent masculine, à travers d’innombrables articles sur ce que les hommes pensent, aiment, détestent, sur ce qui les rend fous, sur ce qui les dégoûte irrémédiablement, etc. Ainsi, dans leur analyse de la presse pour préadolescentes, Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily décortiquent un article du magazine québécois Cool ! intitulé « 10 choses que les gars aimeraient nous faire comprendre » et destiné aux gamines vivant leurs premières relations amoureuses. Les filles y sont montrées – et donc construites – comme des créatures « excitées et écervelées, contrôleuses, malhonnêtes, colériques et jalouses, manipulatrices et, enfin, infantilisantes », tandis que les garçons sont « des êtres libres, totalement indépendants, qui se gardent des espaces à eux à l’abri des filles et qui ont le pouvoir de mettre à distance et de mettre fin à la relation ». Aux premières, le magazine enjoint « de se taire et de ne pas poser trop de questions, car “les filles parlent beaucoup, un peu trop pour les gars” ». Trop parler nuit également à l’indispensable part de « mystère » qu’elles se doivent de conserver ; une obligation qui, par une heureuse coïncidence, recoupe l’essentiel de ce que l’on attend d’elles : qu’elles restent à leur place.
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WalktapusWalktapus   30 mars 2016
La confusion des genres entre mode et culture, information et publicité est d’autant plus digne d’attention qu’elle se double d’une offensive idéologique majeure. Déguisant l’agressivité commerciale en philanthropie, ou plus exactement en philogynie, elle véhicule le présupposé selon lequel les femmes occidentales, aujourd’hui, ont tout gagné : elles ont obtenu l’égalité, vaincu le machisme, tout va bien dans le meilleur des mondes, et, pour fêter ce remarquable succès, elles ont bien mérité une nouvelle paire d’escarpins. Une sorte de « fin de l’Histoire » au féminin, en somme. Cela explique sans doute pourquoi on peut parfois, chose inouïe, trouver le qualificatif « postféministe », voire « féministe » tout court, accolé au genre décérébré de la chick lit.
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Vidéo de Mona Chollet
Mona Chollet propose une passionnante réflexion sur l?antiféminisme à l??uvre dans l?histoire à travers la figure des?sorcières. Qui sont les sorcières du XXIe siècle ? Celles que l?on dénonce encore sur la place publique ? La femme indépendante, la femme sans enfant et la femme âgée : trois personnages rejetés par la société, aujourd?hui encore. « Sorcières. La puissance invaincue des femmes », est publié chez Zones éditions.
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