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EAN : 9782072734007
240 pages
Éditeur : Gallimard (20/08/2020)
4/5   647 notes
Résumé :
FILLE, nom féminin
1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère.
2. Enfant de sexe féminin.
3. (Vieilli.) Femme non mariée.
4. Prostituée.

Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen.
"Vous avez des enfants? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles", répond-il.
Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (188) Voir plus Ajouter une critique
4

sur 647 notes

Jmlyr
  19 août 2020
Merci Pour cette Masse critique privilégiée, Babelio et Gallimard, je ne savais pas à quoi m'attendre, si ce n'est que j'aime bien l'auteure, son style.
Fille.
F.
F comme Féminin
F comme Femme,
F comme Femelle,
F comme Fente, on n'est pas si loin de Fiente. C'est peut-être ce que certains pensaient dans les années 60, quand Laurence est née.
Le F qui fait mâle,
Le F qui oscille entre Faiblesse et Force.
Le F qui Foudroie de sa Flèche, parce que naître Fille, c'est n'être moins que rien, moins que lui, encore parfois aujourd'hui, dans certains pays, et même ici.
C'est une Fille, et pour ça, on la pense Facile.
On peut lui Farfouiller l'intimité, Forniquer, Forcer, tout Foutre dedans, et s'en Foutre.
C'est une Fille, quelle est sa Faute ? Être né Garçon, c'était juste une lettre après, dans l'alphabet. C'est bête, mais c'est ainsi.
Laurence va composer avec cette absence d'attributs, toute sa vie, se construire, se chercher, se trouver, transmettre à son tour. Nous allons vivre sa vie.
L'intrigue ne m'a pas semblé assez solide, mais j'ai beaucoup aimé le style, et le sujet, bien sûr, de l'identité et de la transmission, consciente ou non.
F comme Fin.
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cicou45
  12 août 2020
Ouvrage reçu lors d'une Masse Critique Privilège, je tiens tout d'abord à remercier babelio ainsi que les éditions Gallimard pour l'envoi de cet ouvrage car, sans ceux, je ne l'aurais probablement jamais découvert et cela aurait été bien dommage ! Cependant, petite réserve au départ car jusqu'à la toute dernière page, je n'ai pas réellement su si j'allais aimer cette lecture ou pas et puis, finalement de fil en aiguille, j'ai bien vu que ma lecture progressait -pas à pas certes mais que plus j'avançais dance cette dernière (découverte à la fois de l'ouvrage mais aussi de l'auteure) et de plus en plus, je me laissais griser par ce que j'étais en train de lire.
Camille Laurens, prénom et nom à la fois féminin et masculin...et bien voilà un sujet de roman tout trouvé ! cella de l'appartenance à tel ou tel monde (homme ou femme ? Fille ou garçon ?). Laurence, notre héroïne, est une fille, vous l'aurez compris, mais pour ses parents, c'est "encore" une fille". Elle suit la naissance, à quelques années près, de sa soeur Claude (encore un prénom ambivalent). Notre héroïne narratrice n'aura de cesse de se battre pour exister pleinement en tant que personne à part entière, et non pas seulement comme la fille de, la soeur de et plus tard encore l'épouse de. L'on suit ici son enfance, son adolescence puis son passage à son tout au statut de mère, celle d'une fille après qu'elle a perdu dès l'accouchement, son premier né, un garçon, et dont elle ne fera jamais réellement le deuil (d'ailleurs, peut-il en être autrement pour une mère ?).
Sa propre fille, Alice, elle s'est toujours senti dans la peau d'un garçon et ce, depuis sa plus tendre enfance mais pour quelle raison ? Laurence l'ignore...est-ce inconscient de la part de cette dernière, comme si elle voulait combler le vide de l'enfant mâle disparu prématurément ?
L'auteure aborde ici des sujets extrêmement sensibles (eh oui, même de nos jours), mais sur un ton léger et très agréable à lire ! Mêlant humour, roman et sujet de société, voilà un beau panache qui résume à merveille cet ouvrage que je ne peux que fortement vous recommander même si j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans en raison de certains passages trop sensibles à mon goût mais je vous laisse les découvrir par vous-même car cela est probablement dû à ma sensiblerie (diront certains mais je le reconnais moi-même, donc il n'y a pas de soucis) de femme trop à fleur de peau dès que l'on traite de tels sujets.
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Eve-Yeshe
  23 août 2020
Nous assistons « en direct » à la naissance de Laurence, alors que la religieuse qui fait office de sage-femme fait remarquer qu'il ne s'agit que d'une fille. Or le père de famille, le Dr Barraqué voulait absolument un garçon, que l'aînée soit une fille, passe encore, mais que le scenario se répète, c'est une infamie et en plus la femme d'un de se amis vient d'accoucher d'un garçon, il en est réduit à raser les murs, en sortant de l'hôpital ! Notons au passage que nous sommes en 1959 !
Ensuite vient le choix du prénom, mais avait-on vraiment prévu un prénom féminin ? Ce sera donc Laurence (l'aînée a hérité d'un prénom non genré : Claude!)
Ton père va le matin à la mairie déclarer la naissance, la « née-sans ».
Le couple repart donc avec une fille sous le bras, comme un paquet encombrant. le père va briller durant toute l'enfance puis l'adolescence par son absence, son épouse qui a l'importance d'un meuble dans la famille, ne s'en occupera guère plus. Il n'est là que pour régenter, donner des ordres, des règles, formater ses filles en gros, comme il semble avoir formaté sa femme…
Cette lecture n'a pas été une partie de plaisir pour moi, car ce père a déclenché une puissante aversion, et page 158, quand j'ai vu comment il se comportait pendant la grossesse de Laurence, le roman a failli m'échapper des mains : j'aurais eu une Kalachnikov, à portée de main, je l'aurais trucidé… Mais j'ai tenu à terminer ce livre pour voir jusqu'où cela pouvait aller… mentir pour imposer comme gynécologue-obstétricien à sa propre fille, un véritable boucher, et le plaindre parce qu'il a mal géré, alors que c ‘est sa fille la victime … Cela se voyait au début du XXe siècle cf. « Corps et âme » de Maxence van der Mersch, à l'époque des « Mandarins » …
Très vite, Laurence fait ce qu'on attend d'elle, mais elle se réfugie dans les fantasmes, ses rêves sont là pour pallier les manques, les souffrances, car de surcroît, elle n'a rien à attendre de sa soeur, qui la traite aussi mal que le patriarche…
Quoi qu'il en soit, comment se construire, s'épanouir, trouver un sens à sa vie, être une femme, (mais qu'est-ce qu'une femme dans une telle famille?) quand on a grandi dans un tel milieu et aussi, quel couple peut-on former et quelles valeurs transmettre à ses propres enfants ensuite… être une mère, quand on n'a jamais reçu de marques d'affection de la sienne ? Laurence est-elle une femme, une pseudo-femme, un pseudo-homme ? de plus on ne peut pas dire que le nom de famille choisi par l'auteure « Barraqué » puisse être susceptible d'aider…
L'auteure nous livre une scène d'anthologie : quand le père, médecin je le rappelle, tente de leur expliquer la sexualité, l'importance de rester vierge et qui se termine ainsi :
« Bon, en définitive, poursuit le père, ce n'est pas compliqué, résumons-nous : il suffit d'être sages et d'obéir à votre père. Les filles ont leurs règles et elles suivent les règles, c'est tout. »
Camille Laurens nous livre ici une description au vitriol du machisme, et un plaidoyer pour le féminisme style MLF des années soixante-dix… Je suis née presque dix ans avant (le roman se situe en 1959, et je n'ai pas du tout vécu cela : dans la famille naître fille n'était pas un handicap, l'école primaire, puis secondaire était sous le signe de les filles dans une école les garçons de l'autre, certes, mais cela ne nous dérangeait pas. Ce que demandaient les parents, c'était bien travailler à l'école, faire des études, avoir un métier. Bien-sûr, nos mères étaient des femmes au foyer et ne s'épanouissaient pas au mieux mais on ne percevait pas une revanche à prendre à tout prix pour leurs filles…
Je suppose que l'auteure a choisi volontairement, pour illustrer son propos, ce père tout-puissant, méprisant, qui veut tout régenter et elle a réussi à le rendre exécrable, mais à force de le rendre antipathique, on en oublierait presque que la mère ne s'interpose jamais : les filles doivent subir, même si elle sont victimes d'attouchement, elles doivent se taire, c'est forcément de leur faute, et puis c'est connu le grand-oncle a les mains baladeuses …
J'ai remarqué en lisant ce roman, que l'auteure portait un prénom épicène pour reprendre la formule d'Amélie Nothomb et que son nom de famille était aussi une version dérivée de Laurence, et vue la manière dont le père est décrit, son comportement oppresseur oppressant oppressif, j'en déduis qu'il s'agit d'une autofiction … Or l'autofiction n'est pas un « genre », au sens littéraire bien-sûr, que j'affectionne.
L'auteure présente une description de l'hystérie au XIXe siècle à la Salpêtrière qui est très réductrice aussi… et n'oublions pas que l'hystérie existe aussi chez l'homme, mais cette « maladie » a été littéralement explosée : histrionisme c'est plus adapté aux hommes Ah ! Ah !
J'ai ressenti un profond malaise durant cette lecture, et je ne suis pas convaincue… d'ailleurs j'ai eu un mal fou à rédiger cette chronique (et sans lire les autres chroniques pour rester au plus près de mon ressenti), que j'ai dû refaire trois fois et qui ne me convient toujours pas en fait …
Je trouve par contre que Camille Laurens maîtrise très bien la langue et joue avec les mots, les associations d'idées, (l'opposition garce-garçon par exemple) Lacan aurait peut-être apprécié. Je n'ai lu que « celle que vous croyez » de Camille Laurens et il m'a laissé un meilleur souvenir. Par contre, je sens que celui-ci va me hanter quelques temps…
Un grand merci à Babelio et aux éditions Gallimard qui m'ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de l'auteure…
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Kittiwake
  20 janvier 2021
Tout est dit dans ce récit, dévoré d'une traite. Etre une fille ou une femme : toute une aventure.
Même ce que peut en dire notre langue est remarquable, dans sa pauvreté lexicale pour définir une bonne moitié de l'humanité, et dans le machisme des règles grammaticales. Camille Laurens ne laisse passer aucun manquement, tant les mots sont le reflet de la place accordée aux femmes dans la société. C'est l'occasion de pointer du doigt des anomalies que l'on ne relèverait pas, tant l'habitude et les automatismes nous en cachent le sens profond.
Dans ce récit qui débute à la fin des années cinquante, on découvre l'univers de Laurence, ni pitoyable ni exceptionnel, père médecin, mère au foyer. Mais dès le départ, à sa naissance, c'est clair que la déception est là « une fille, c'est bien aussi. », même si l'ainée a hérité d'un prénom épicène. Laurence naît sous le signe la double déconvenue.
De l'enfance à la maturité et à la condition de mère à son tour, l'auteur décline tous les chapitres qui marquent l'évolution d'un destin ordinaire mais aussi du regard de la société sur le statut de la femme. Et les contradictions et ambiguïtés que masque un progrès paradoxal.
Etre fille, femme, mère, autant d'étapes cruciales que certains événements ont marquées au fer rouge : agressions sexuelles, perte d'un enfant, déconvenues amoureuses.
La génération née au 21è siècle saura-t-elle faire la part des choses et affirmer bien haut sa liberté et son indépendance. C'est ce que laisse entendre la dernière partie.

Très belle écriture, et magnifique récit, premier coup de coeur de 2021 !

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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jeunejane
  22 novembre 2020
Laurence Barraqué naît dans les années soixante dans une famille où un garçon est attendu.
Camille Laurens nous livre son parcours de "fille" et elle nous en donne tous les sens du terme avec émotion et humour, dans un style étonnant, très agréable à lire.
Dans sa petite enfance, elle emploie la première personne pour présenter sa famille.
Son père, médecin, a peu de respect pour sa mère.
Sa mère, ménagère, coquette et infidèle, est entourée affectivement et financièrement par sa mère et sa grand-mère.
Les deux filles, Claude et Laurence évoluent dans un milieu rassurant jusqu'au jour où, à la campagne, Laurence vit un évènement traumatisant.
Elle pourra le raconter mais les femmes de la famille veulent absolument taire le fait.
A partir de ce moment, le monde devient plus réel et Laurence utilise la narration à la troisième personne en parlant d'elle.
Se déroule alors son adolescence où elle se rapproche de Claude, sa soeur et aussi des garçons.
J'ai beaucoup aimé le moment où le père des deux filles leur fait une leçon d'éducation sexuelle avec le seul but qu'elles se préservent pour le mariage. Il m'est devenu soudain beaucoup plus sympathique de par son implication envers ses filles.
La réflexion de l'auteure au sujet des filles qui se préservent et des garçons qui se forgent une expérience, sur le rôle de la femme aussi qui a sans cesse besoin de la protection de son mari ressortent très fort dans le livre.
On chemine dans le livre jusqu'au point fort où Laurence , devenue femme, dialogue avec sa fille : un point très important du livre.
Un très beau roman qui a prolongé ma réflexion sur ma condition de "femme" .
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critiques presse (7)
LeSoir   21 décembre 2020
Dans «Fille», Camille Laurens expose avec crudité et lucidité ce que signifiait n'être pas un garçon pour sa génération.

Lire la critique sur le site : LeSoir
LaCroix   13 octobre 2020
Dans son dernier roman où percent des accents autobiographiques, la nouvelle académicienne Goncourt suit le long chemin d'anticipation d'une femme, née à la fin des années 1950.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   01 octobre 2020
La narratrice se met dans la peau de la fillette qu'elle fut et de la femme qu'elle est devenue pour raconter une destinée féminine typique. Brillant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Actualitte   18 septembre 2020
Loin du manichéisme officiel, Camille Laurens nous offre un texte impactant, dont la subtilité de l'écriture ne cède en rien à sa portée politique. Aidée du verbe, elle crée un monde plus juste, ouvrant une prise de conscience pour l'ensemble de la société dans une oeuvre universelle et importante.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaTribuneDeGeneve   16 septembre 2020
Être une fille, avoir des filles, comment faire? Les émotions valdinguent, hérissent d’épouvante avant d’emporter.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Liberation   16 septembre 2020
Ce nouveau roman contient la quintessence de ce qu’on aime chez elle, la délicatesse qui ne craint pas la blague gaillarde, la réflexion sur le langage comme préalable à toute considération sur le monde, l’intelligence inquiète soudain chavirée de tendresse.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaLibreBelgique   20 août 2020
« Fille » de Camille Laurens est un magnifique roman, un coup de coeur. Mais aussi un livre militant, nécessaire, féministe. Ce que signifie dans la vie d'une femme d?être née fille et de devenir ensuite mère d'une fille.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (164) Voir plus Ajouter une citation
fbalestasfbalestas   13 janvier 2021
A propos de filles, il y a une chose bizarre. Tu es une fille, c'est entendu. Mais tu es aussi la fille de ton père. Et la fille de ta mère. Ton sexe et ton lien de parenté ne sont pas distincts. Tu n'as et n'auras jamais que ce mot pour dire ton être et on ascendance, ta dépendance et ton identité. La fille est l'éternelle affiliée, la fille ne sort jamais de la famille. Le Dr Galiot, au contraire, a eu un garçon et il a eu un fils. Tu n'as qu'une entrée dans le dictionnaire, lui en a deux. Le phénomène se répète avec le temps : quand tu grandis, tu deviens "une femme" et, le cas échéant, "la femme de".
L'unique mot qui te désigne ne cesse jamais de souligner ton joug, il te rapporte toujours à quelqu'un - tes parents, ton époux, alors qu'un homme existe en lui-même, c'est la langue qui le dit, comme la grammaire t'expliquera plus tard, dans ta petite école de filles jouxtant celle des garçons, que "le masculin l'emporte sur le féminin".
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fbalestasfbalestas   10 janvier 2021
En classe de première, Alice fait ses TPE sur les femmes et le féminisme. « Ce qui est terrible, tu sais, maman, c’est que les femmes ont peur tout le temps, partout, à toutes les époques. Evidemment, elles ont moins peur chez nous qu’en Inde ou je ne sais où, mais enfin, que ce soit conscient ou non, elles vivent dans la peur, la peur des hommes. « Je pose mon couteau à côté du petit tas d’épluchures, je m’essuie les mains. » C’est vrai, ma chérie. En même temps, les hommes aussi ont peur. Faut-il vraiment les opposer à nous ? Est-ce que … ? «
Ça n’a rien à voir. La domination vient des hommes.
Que certains aient peur, ok, on ne va pas pleurer pour eux. Tandis qu’une femme vit sans arrêt sous la menace, et très tôt dans sa vie. Sinon, pourquoi tu m’as appris à me défendre, quand j’étais petite ? Tu te souviens, pif, paf ? » Elle mime le coup de genou. « C’est parce que tu avais peur pour moi. Parce que toutes les femmes ont peur, c’est tout. C’est tellement ordinaire, elles ont tellement intériorisé le danger que certaines n’en ont même pas conscience, et pourtant … Une femme menacée, c’est un pléonasme.
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fbalestasfbalestas   11 janvier 2021
Alice a quatre ans, elle accompagne son père au tennis pour son premier cours au mini-club. Christian joue à côté tandis que la monitrice prend contact avec le groupe d’enfants en demandant à chacun comment il s’appelle.
Il y a Jasmine, Léa, Jules, Alexis, Jordan. « Et toi ? Moi, je m’appelle Bricolage, répond Alice. – Bricolage ? Tu es sûre ? Ce n’est pas un prénom … « Alice reste calme : « Si, c’est moi. Je m’appelle Bricolage ». Comme elle cherche son père des yeux, la monitrice n’insiste pas. (…) « Bricolage a de bonnes dispositions », dit-elle à Christian à la fin de la séance. Celui-ci reste bouche bée, Alice le regarde de biais, il a l’air d’avoir avalé sa raquette et une perceuse visseuse par-dessus.
(….) Je ne comprends que deux moins plus tard, quand je retourne avec elle acheter des poignées de porte chez Mr Bricolage, où nous nous approvisionnons depuis des semaines pour aménager notre nouvelle maison. Moi, je suis Mme Charpentier, les vendeurs m’appellent comme ça.
Mais elle, Alice, elle veut porter un non de monsieur.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   03 novembre 2020
INCIPIT
« « C'est une fille. »
Ça commence avec un mot, comme la lumière ou comme le noir. Ta naissance ressemble à la création du monde, et il y a le ciel et il y a la terre, une parole coupe en deux l'espace, fend la foule, sépare le temps. Ce n'est pas Dieu qui la prononce, toutefois, autant que tu le saches tout de suite, c'est Catherine Bernard, sage-femme à la clinique Sainte-Agathe où l'horloge murale indique cinq heures et quart. Cette annonce, elle ne l'a pas préparée, elle n'a rien désiré ni désiré, ayant d'autant moins d'opinion sur la question qu'elle est bonne soeur, mais le résultat est le même : elle le dit, elle te nomme en te mettant au monde, sous sa coiffe immaculée l'épouse vierge de Dieu prononce son arrêt, elle te fait naître en te nommant. Tu nais d'un mot comme d'une rose, tu éclos sous la langue. Tu n'es rien encore, à peine un sujet, tu peines à venir à l'existence ; tu ne peux pas encore dire « je suis », personne ne dit « elle est », même au passé, « et la fille fut », même avec un article indéfini, « et une fille fut » ça ne se dit pas. Tu n'es pas indéfinie, du reste, oh non, tu n'es pas née indéfinie, il y a déjà un e, tu vois, un e muet, c'est vrai, mais un e muet loquace. Tu es un article bien défini, au contraire. Les faits parlent pour toi. Née fille. C'est ainsi, c'est dit, ça résonne dans l'air - pièce blanche, bouteille d'eau, lit étroit, crucifix. Ta naissance est une énigme banale. Tu nais presque rien, à la va-comme-je-te-pousse. Un schisme se joue, mais où ? Il y a un soir et il y a un matin. L'un succède à l'autre, l'un se change en l'autre. Toi non. Tu n'es pas modifiable. C'est ainsi. Il n'est plus temps que les fées se penchent sur ton berceau. La messe est dite. Tu entres tête baissée dans le décor et ta vie délivrée se déplie à l'air libre, enfin, libre, façon de parler puisque jour ou nuit, soir ou matin, ce ne sera plus jamais autre chose que ce que c'est. Tu cries, tu t'égosilles, la vérité est froide qui emplit tes poumons, la rime est féminine, ça crie et crée en toi le sentiment râpeux de la séparation, tu sens que ça se divise, c'est tout, ça fait deux, ça coupe, c'est coupé. Ta naissance te sépare à la fois de ta mère, qui est une fille aussi, ça se sait, et de toute l’humanité qui ne porte pas le nom de fille. Le mot adverse n’est pas prononcé, et pour cause, mais il flotte silencieusement dans l’éther de la chambre, le mot contraire met dans l’air un effet de pochoir, un embryon, un fœtus, un bébé, jusque-là le genre était de ton côté. Il y a quelques secondes, elle ou il, tout restait possible, la grammaire rêvassait toujours son paysage,à présent on t’a coupé les ailes(quoi d’autre?) tu es plus seule que Robinson et pourtant c’est fait, le sort en est jeté avec la placenta, Dieu, né garçon, dit-on, père d’un fils, croit-on, Dieu est un enfant qui joue aux dés : c’est une fille. »
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cicou45cicou45   10 août 2020
"... c'est la leçon de choses dont tu aies jamais eu à subir le scénario, celui-là tu n'aurais pas pu l'imaginer. Mais la perte de chance remonte à bien plus loin, c'est une très vieille histoire, qu'on pourrait croire à tort écrite pour ailleurs ou pour autrefois. La perte de chance, ici et maintenant, c'est d'être quelqu'un qui ne choisit pas, qu'on manipule, le jouet d'un mensonge, l'objet d'une machination, l'enjeu d'un accord tacite, une personne dont le sort, la vie, le malheur et la joie se décident à côté d'elle, en dehors d'elle, malgré elle, cher les parents, les maîtres et les hommes. La perte de chance, tu vois, c'est d'être une fille."
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Vidéo de Camille Laurens
Librairie généraliste crée en 2018. Avec Charline Corbel, directrice.
Coup de coeur : "Fille" de Camille Laurens édité chez Gallimard.
17 cours Saint-Louis à Bordeaux https://asso.librairies-nouvelleaquitaine.com/librairies/librairie-des-chartrons/
Inédite édition de l'Escale du livre, du 24 au 28 mars 2021 et durant tout le printemps https://escaledulivre.com/
Suivez nous Youtube : Escale du livre - Bordeaux https://www.youtube.com/channel/UCPVtJFeOHTTNtgQZOB6so1w Facebook : escale.dulivre https://www.facebook.com/escale.dulivre Instagram : escaledulivre https://www.instagram.com/escaledulivre/?hl=fr Twitter : escaledulivre https://twitter.com/escaledulivre

© musique : Hectory - Réalisation et sound design : Grenouilles Productions - création graphique : Louise Dehaye / Escale du livre 2021 - Inédite édition
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