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ISBN : 2070186717
Éditeur : Gallimard (11/05/2016)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 70 notes)
Résumé :
"Fraîchement restauré, le foyer de demandeurs d’asile à Rennes me fait penser à mon lycée. Une grande porte vitrée, d’interminables couloirs, sauf qu’ici au lieu des salles de classe on a des chambres pour les réfugiés. Dans le hall central il y a une carte du monde avec les petits drapeaux du pays des résidents. La misère du monde s’est donné rendez-vous à Rennes en cette fin d’été 1992.
Je suis accueilli par une dame aux énormes lunettes. Elle parle doucem... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  29 juin 2016
Comment recommencer une nouvelle vie, à vingt-huit ans, étant considéré analphabète dans un centre de réfugiés d'un nouveau pays, quand on a déjà lu Edgar Allan Poe, ou Kafka, on connait la différence entre le réalisme et le surréalisme, déjà eu un prix littéraire très important en Yougoslavie et on écoute du jazz, Miles, Mingus et Coltrane.....?
Comment vivre sans argent, sans parents, sans amis,sans parler français,au milieu de familles africaines, ex-soldats russes et paumés de toute espèce ?
Comment noyer un passé douloureux, une enfance sous Tito,la barbarie de la guerre civile,la perte de ses proches?
L'auteur du truculent "Jésus et Tito" nous relate ici ses premières années d'exils de 1992 à 2000, depuis son arrivée à Rennes après sa désertion de l'armée bosniaque.
Sa bouée de sauvetage sera l'écriture et sa folle ambition littéraire, sa carotte devant l'âne.
Avec beaucoup d'humour et de dérision, il nous relate ces années difficiles , sa percé dans le monde littéraire français, et son errance à travers l'Europe, la solitude ne le quittant jamais d'une semelle, quelque soit les circonstances.
L'humour est fin, l'autodérision assassine, bref malgré le tragique, il nous fait bien rire.
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TerrainsVagues
  18 février 2018
Quand j'entends « migrant », je pense automatiquement Afrique, faim, guerre, désespoir, misère, survie et tant de termes que ma condition d'européen privilégié m'empêche (quelle chance) de connaitre, de ressentir dans l'absolu…
Quand j'entends « génocide », je pense tout de suite à juif, Arménien, Rwanda, Tutsi, Amerindien, Ukraine (depuis le poignant billet d'Iboo : https://www.babelio.com/livres/Naumiak-Ukraine-1933-Holodomor--Itineraire-dune-famille-/1007576/critiques/1494841).
Dans les deux cas, combien sommes-nous à penser Yougoslavie? Moi, jamais je l'avoue et pourtant… Ca se passait à notre porte il n'y a pas 25 ans…
Manuel d'exil n'est pas un livre sur la guerre en ex Yougoslavie mais sur un destin qui fera partie des dommages collatéraux, comme on dit.
Velibor Colic, raconte quelques fragments de son parcours.
Quelques débris d'avant AK47 au fond des poches pour toute richesse, il arrive à Rennes comme aujourd'hui tant de gens arrivent quelque part sur une cote Méditerranéenne. Un migrant, perdu. Un sinistré hagard qui erre dans les ruines d'un passé pourtant plein de promesses. La vie continue, accompagnée de quelques fantômes. La vie continue malgré cette sensation ne plus y participer, malgré cette impression d'être devenu spectateur voir de subir le temps qui passe. Entre apnée et amnésie, c'est toute une rééducation qui reste à faire.
Difficile de se souvenir qu'on est un homme quand le regard de l'autre vous renvoie au rang de parasite, de gêneur, de sous homme. Difficile de garder un zest d'estime de soi quand les rares paroles qui vous sont adressées vous donnent l'impression d'être, dans le meilleur des cas, une brave bête à qui il ne manque plus que la parole.
Velibor Colic va passer de chambres en foyers, de bancs en bancs, de bars en bars, de villes en villes. Il va faire le chemin, presque caricatural et malheureusement si réel, tracé par notre « civilisation » qui accordera ou non le droit de vivre (le droit d'asile comme on dit…) aux hommes de rien.
Fin de la première partie parce qu'après…
Après, le début de la deuxième moitié du manuel d'exil ressemble plus à une immersion chez les bobos qu'à une véritable galère. Attention, quand je dis « immersion chez », je ne dis pas que Colic embrasse la « cause », il y est plus en observateur et par intérêt. Un intérêt commun avec des gens plus ou moins condescendants qui se servent de lui à des fins financières ou « philosophico-humanitaires ». Un échange de « bons » procédés en somme.
Les dernières « leçons » (chapitres), nous font voyager de Budapest à Milan en passant par Paris, Prague ou Venise mais plus en tant que migrant. En tant qu'écrivain bohème, une voie qu'il draguait avant l'an kalachnikov.
J'avoue que ce que j'appelle « deuxième partie » m'a beaucoup moins intéressé même si malgré la vie qui se simplifie, qui reprend un cours moins incertain, Velibor Colic reste un déraciné, un meurtri.
Son écriture est parsemée de lambeaux d'espoirs qui ouvrent la porte à quelques moments de poésie dans une période de sa vie pas vraiment propice au « beau ». L'exil est une encre indélébile, un tatouage à l'âme. C'est un mal insidieux qui guette et surgit à n'importe quel instant pour un mot, un visage, une odeur qui rappelle… La « guérison » n'est qu'apparente car si tout quitter est difficile, les causes du départ, elles, sont gravées dans l'inconscient.
Je ne sais pas trop comment définir le ton du bouquin. La quatrième de couverture nous promet une langue pleine de fantaisie et d'humour avec une ironie féroce et tendre. J'ai trouvé que ça oscillait aussi beaucoup entre désabusement et fatalisme. Un mélange de tout ça qui en fait une lecture qui n'appelle pas l'oeil à s'humecter mais qui laisse parfois la gorge un peu sèche…
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Annette55
  14 juillet 2019
«  Je suis une tache gênante et sale, une gifle sur le visage de l'humanité, je suis un migrant . »
«  Des cendres. Rien que des cendres. J'ai échangé la fin du communisme pour le crépuscule du capitalisme » .
« Mon corps inutile commence à rouiller . Je suis robotisé par la misère. Je suis un long spectre faible et transparent posé sur le trottoir , un insecte nocturne qui brûle à petit feu , trahi par le halo des lampadaires . »
Quelques extraits de ce livre lu d'une traite , que l'on pourrait qualifier de « Chronique des OUBLIÉS » où l'auteur , après avoir déserté l'armée bosniaque, se retrouve à Rennes , dans un foyer de demandeurs d'asile à la fin de l'été 1992, je me suis demandée :
ET SI le lecteur se posait la question.

Comment survivre et s'adapter dans un pays inconnu , dont on ignore la langue, sans argent , sans amis , dans un dénuement physique et intellectuel ?
AVEC pour tout bagage et pas des moindres : Jean - Paul Sartre, , Émilie Dickinson, Raymond Carver, Ernest Hemingway, , Modigliani , Dostojevski, après avoir traversé l'Europe endormie: Croatie, Slovénie , Autriche et Allemagne réunifiée? .
L'auteur nous conte avec superbe, ironie, poésie, immense dérision , tendresse , à la mesure de ce qu'il vit , ses rêves , la ville de ses songes, insolite maelström de son bourg natal, curieux mélange de Sarajevo et Dubrovnik jusqu'à son réveil douloureux : surtout vivre une vie sans EXIL ...
Il nous décrit sans apitoiement la condition des réfugiés ....sujet d'actualité.
Sa France est faite d'un espace très réduit :
Cultivé et démuni, ironique et désabusé, une ombre parmi les ombres, il attendra un signe au fond d'une Église, habité par un froid métaphysique , entre désespoir et ironie féroces, il errera entre Prague, Venise, Strasbourg et Paris....
La langue est imagée, colorée, riante, triste ou désespérée , pétrie de portraits chaleureux , fins , fouillés , réalistes , de femmes, d'hommes, cette gente humaine cruelle ou lumineuse....
Parfois il se sent immensément grand , en d'autres temps , minable et le corps douloureux . ..
.. Un très bel opus prêté par ma médiathèque.
Elle m'a demandé de le lire avant la rencontre avec Velibor Čolic en novembre .
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fanfanouche24
  18 décembre 2018
"La misère du monde s'est donnée rendez-vous à Rennes en cette fin d'été 1992. L'Irak et la Bosnie, la Somalie et l'Ethiopie, plusieurs pays de l'ex-bloc soviétique. Quelques vagabonds professionnels en plus, des hommes
perdus depuis longtemps, peut-être depuis toujours, entre les diverses administrations et les frontières, entre le vrai monde et ce sous-monde des citoyens de seconde classe, sans papiers, sans visage et sans espoir. "(p. 23)
Une lecture qui prend aux tripes ! *
Découvert cet écrivain bosniaque en surfant sur le site Babelio, et en prenant connaissance des impressions de lectures des uns et des autres... J'avais noté dans mes préférences ce "Manuel d'exil"... que j'ai trouvé à
la médiathèque...
Une plume ironique, poétique, tendre, qui dit pourtant les douleurs intolérables de la guerre, des barbaries humaines, et puis la survie dans la fuite et l'exil !!...
Je fais donc connaissance avec cet écrivain, qui arrivant en France, comme réfugié politique, avait déjà écrit et publié dans son pays. Ensuite, s'étant acharné à apprendre la français, il écrira directement en français... Quel courage et quel mérite !... Une phrase m'a particulièrement interpellée : "--------
"Je ne suis pas prêt, le chemin est encore long. Je sais que ma nouvelle vie en France exige un esprit fort et une mémoire blanche. (...) Je sais que mon salut, ma Thérapie d'approche cognito-comportementale,ne doit être qu'une seule chose : l'écriture.
Il me faut apprendre le plus rapidement possible le français. Ainsi ma douleur restera à jamais dans ma langue maternelle. (p. 34)"
Emue et bouleversée par cette lecture, avec une nette préférence pour la première partie concernant son séjour en France entre Rennes, Strasbourg et Paris... la seconde partie, concerne les pérégrinations de notre écrivain apatride entre Budapest, Milan et l'Allemagne... les séances de signatures de ses livres, ses difficultés et impossibilités face à l'écriture; la solitude d'un homme , rempli de désillusions et de solitude au milieu de la société des hommes..!
"Comme on le sait, comme on l'a répété depuis longtemps, le poète est inéluctablement parmi les hommes, afin de parler de l'amour et de la politique, de la solitude et du sang qui coule, de l'angoisse et de la mort, de la mer et des vents. Pour écrire après une guerre, il faut croire en la littérature. (...)
Qu'elle peut ramener l'horreur, incompréhensible et inexplicable, à la mesure humaine. (p. 105)
"Je n'arrive pas à oublier que cet écrivain [Salman Rushdie] est menacé de mort, que ses ennemis sont urbi et orbi, dans le monde et dans la ville, au ciel comme sur la terre. Qu'ils sont prêts à verser un million de dollars pour tuer un écrivain, rien d'autre et rien de plus qu'un écrivain.
c'est déplorable et révoltant, je réalise que la littérature est une courageuse sentinelle, une sorte de papier de tournesol pour examiner le taux d'acidité et de folie dans ce bas monde. "(p. 126)
De beaux passages retenus ; ceux qui rendent hommage aux valeurs essentielles de l'Ecriture : outil de réflexion, compréhension, de résistance...de conjuration de l'exil, de la solitude dans un pays
étranger. L'auteur nous fait part de ses lectures et de ses auteurs de prédilection...qui l'aident au quotidien... à vivre et à oublier la guerre
"J'ai vingt-huit ans et j'ai déjà servi dans l'Armée populaire yougoslave, puis dans la défunte armée bosniaque. J'en ai plein le dos des armes et des drapeaux, des nuits sans fin qui mordent les mains et les aubes violettes qui commencent avec les obus ennemis. Je ne veux plus entendre aucun commandement d'aucun capitaine, aucun cri d'aucun blessé. (...)
Nom de dieu, je suis un poète ! Je ferme mon carnet et tire la couverture jusqu'au menton. tout baigne, tout est en ordre. Mes alliés, mes saints patrons, Prévert, Camus, Celan, Pound sont de nouveaux là. Rien à craindre." (p. 30)
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mosaique92
  24 juillet 2018
« Je ne peux plus m'imaginer commencer un roman autrement qu'en français, devenu mon refuge et mon pays » a dit l'auteur dans un interview… Mais que de chemin pour en arriver là ! C'est le début de ce chemin que Velibor Colic relate dans ‘'Manuel d'exil''.
« J'étais parti pour me cacher, pas en exil ; je me sentais comme un animal effrayé » (interview). C'est une vie de migrant que va trouver ce déserteur de l'armée bosniaque (il avait été enrôlé de force) à son arrivée à Rennes, dans un foyer d'accueil ; il ne parle pas français. « Je sais que je ne représente plus rien pour personne. Je ne suis même plus un être humain. Je suis juste une ombre parmi les ombres ».
« J'ai dû retrouver la verticalité de l'homme. » (interview)
La première étape est d'intégrer cette réalité : « Avaler et digérer l'idée que je ne retournerai plus jamais dans mon pays ». « Je réalise peu à peu que je suis le réfugié. L'homme sans papiers et sans visage, sans présent et sans avenir ».
Ensuite il comprend que cette nouvelle vie « exige un esprit fort et une mémoire blanche ». Intellectuel et écrivain dans son pays avant la guerre, il apprend le français (« Il me faut apprendre le plus rapidement possible le français. Ainsi ma douleur restera à jamais dans ma langue maternelle ») et consacre à écrire la part de ses journées non occupée par les nécessités de base (démarches administratives, se loger, se nourrir, etc...).
C'est là où son parcours diffère de celui de tous ces migrants dont on parle à longueur de journaux depuis quelques années, ceux de la jungle de Calais ou des camps régulièrement évacués par la police ; ces migrants dont il a dit dans un interview : « Regarder un réfugié comme un homme, c'est retrouver en soi la noblesse de l'humanité ».
Ses rencontres sont souvent des personnes en marge, des ombres, que la plume de l'auteur rend pittoresques et/ou attachants. Son premier livre édité (pas encore en français), il ne sort pas vraiment de la misère ni de la déprime d'exilé. Commence alors toute une série de voyages dont le but n'est pas toujours clair : Paris, Budapest et Prague (nostalgie des pays slaves ?), Italie. Ces errances sans but m'ont paru un peu longues par moment d'autant qu'elles sont accompagnées d'alternances d'euphorie et de mélancolie, voire de déprime allant jusqu'à des idées suicidaires... l'âme slave ?
Cet exil, il ne s'en remettra jamais vraiment : « Trop d'automnes, laids et froids, ai-je perdus en errant vers mon pays qui n'existe que dans le miroir déformé de mes souvenirs. Trop de chemins qui ne mènent nulle part, trop de faux panneaux de signalisation. Beaucoup trop de frontières et de rivières me séparent de la mer Adriatique. Parfois j'ai l'impression que je suis né sur la route et que je voyage depuis, accompagné par mes frères slaves. (…) Trop de valises, trop de froid, trop d'exil pour un seul homme. »

La 4e de couv parle de « langue poétique, pleine de fantaisie et d'humour ». J'ai apprécié la langue poétique, remarquable pour un écrivain qui ne parlait pas un mot de français il y a vingt ans ; mais, pour moi, l'humour est celui d'un clown triste qui certes fait sourire mais qui, souvent, serre le coeur.
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critiques presse (2)
Actualitte   04 décembre 2017
Très certainement autobiographique, l’histoire que raconte, en français, l’écrivain bosniaque Velibor Čolić dans ce nouveau roman, s’apprécie dès les premiers mots et ne se laisse ensuite interrompre une seule fois.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   26 mai 2016
Un récit picaresque d'un réfugié bosniaque dans la France des années 1990.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
HardivillerHardiviller   26 octobre 2018
CROIRE EN LA LITTÉRATURE :

Dieu crée ex-nihilo et nous à partir de ruines , a dit en substance Jorge Luis Borges . Toujours selon Borges , l'écrivain est une sorte de témoin . De conscience de l'humanité .

On a écrit des livres après le goulag , après Hiroshima , après Auschwitz , Monthausen .....

Peut-on écrire après Sarajevo ?

Pour décrire cette destruction qui relève de l'irréel , pour évoquer le caractère lumineux et sacré du sacrifice des victimes ?

Comme on le sait , comme on l'a répété depuis longtemps , le poète est inéluctablement parmi les hommes , afin de parler de l'amour et de la politique , de la solitude et du sang qui coule , de l'angoisse et de la mort , de la mer et des vents .

Pour écrire après une guerre , il faut croire en la littérature .

Croire que l'écriture peut remettre en branle des mécanismes qu'on a mis au rebut lors su recours des armes .

Qu'elle peut ramener l'horreur , incompréhensible zt inexplicable , à la mesure humaine .
+ Lire la suite
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nadejdanadejda   08 juin 2016
Plus que jamais je suis perdu dans une Europe aveugle, indifférente au sort des nouveaux apatrides. Mes rêves de capitalisme et de monde libre, de voyage et de villes des arts et des lettres sont devenus des mouchoirs en papier usagés, utiles pendant un bref instant mais gênants après l’utilisation. Rien que des cendres. J’ai échangé la fin du communisme pour le crépuscule du capitalisme.
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nadejdanadejda   08 juin 2016
Je suis assis sur ce banc public à Rennes. Il pleut de l'eau tiède et bénite sur la ville. Je réalise peu à peu que je suis le réfugié. L'homme sans papiers et sans visage, sans présent et sans avenir. L'homme au pas lourd et au corps brisé. La fleur du mal, aussi éthéré et dispersé que du pollen. Je n'ai plus de nom, je ne suis plus ni grand ni petit, je ne suis plus fils ou frère. Je suis un chien mouillé d'oubli, dans une longue nuit sans aube, une petite cicatrice sur le visage du monde.
Je suis le réfugié.
+ Lire la suite
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Annette55Annette55   13 juillet 2019
«  Je suis assis sur ce banc public à Rennes. Il pleut de l’eau tiède et bénite sur la ville.
Je réalise peu à peu que je suis le réfugié. L’homme sans papiers et sans visage, sans présent et sans avenir. L’homme au pas lourd et au corps brisé , la fleur du mal, aussi éthéré et dispersé que du pollen. Je n’ai plus de nom,......je ne suis plus fils ou frère ...
Je suis un chien mouillé d’oubli, dans une longue nuit sans aube, une petite cicatrice sur le visage du monde.
Je suis le réfugié.

Maintenant et demain.
Ici ou ailleurs.
Sous la pluie ou au soleil, été comme hiver....
Je suis le réfugié .

Sur la terre comme au ciel .... »
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annelyonannelyon   19 juillet 2016
Je prends sa main et je l'examine longuement. Il y a quelque chose de désolant, d'inexplicablement touchant, d'enfantin dans sa petite main blanche. Une couche fine de la poussière de mon enfance : le visage de ma grand mère sur son lit de mort, le corps d'un jeune soldat massacré avant qu'on le couvre de notre drapeau glorieux. Je vois le ventre humide d'un poisson mort, je vois les cicatrices livides et blêmes.
Je tiens betement la main de Krisztina et je pleure, lourdement et sans retenue.
Je pleure avec l'impression que mes larmes pathétiques versées sur sa paume font vieillir le monde, que celui- ci a perdu sa pureté, son innocence. J'ai une gout âpre et désagréable dans la bouche. Chaque pore de sa peau, ses lignes de vie, d'amour et de mort, sa bague, tout est insupportable, petit et blessant.
Krisztina est belle et nue et moi je suis un âne.
Vexée, elle ôte sa main. Elle me fixe longuement tel un serpent qui examine sa proie. Sa respiration a retrouvé son rythme habituel. Un masque, blanc et sans expression, du théâtre japonais nô est posé sur son visage.
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