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Laure Bataillon (Traducteur)
ISBN : 207035864X
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Dans un vieil hôtel de Montevideo, Petrone est réveillé toutes les nuits par les pleurs d'un enfant qu'il entend à travers la porte qui communiquait jadis avec la chambre voisine. Pourtant le gérant lui assure qu'il n'y a pas d'enfant à l'étage, ni même dans l'hôtel... Lorsque la banalité du quotidien prend soudain une dimension aussi inattendue qu'inquiétante, Julio Gortazar nous fait basculer dans son étonnant univers.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  15 novembre 2017
Etoiles Notabénistes : ******
La Puerta Condanada
Traduction : Laure Bataillon pour Gallimard
ISBN Inconnu pour la nouvelle mais 9782070358649 pour l'édition "La Porte Condamnée et Autres Nouvelles Fantastiques" chez Gallimard/Folio
ATTENTION : RISQUES DE SPOILERS
Julio Cortázar, c'est un personnage. Né à Bruxelles, où son père occupait les fonctions d'ambassadeur d'Argentine, le 26 août 1914, il est de ces écrivains du Nouveau-Monde qui n'ont jamais renié ce qu'ils devaient à l'Ancien. Si vous voulez en savoir un petit peu plus sur cet auteur qui, trois ans avant sa mort et en guise de protestation contre la dictature argentine, se fit naturaliser français, voyez ici. Mais c'est très sommaire et l'homme, comme l'écrivain, méritent mieux que cette microbiographie.
Si ce fut un roman, "marelles", qui lui apporta la célébrité, Cortázar reste, sur le plan littéraire mondial, un maître de la nouvelle. Si son style se réfère en droite ligne aux grands écrivains européens et nord-américains comme Edgar Poe, pour ne citer que celui dont le nom revenait souvent dans ses préférences, sa technique, en tout cas dans la nouvelle fantastique, rappelle indéniablement Richard Matheson dont vous trouverez d'ailleurs sur cette rubrique la nouvelle sans doute la plus célèbre, "Born of Man and Woman", que les traducteurs français ont eu l'idiotie de rebaptiser "Journal d'Un Monstre.." :O (
En tous cas, au coeur de l'oeuvre de Cortázar, l'onirisme est roi, qu'il fasse son entrée en scène dès le début ou s'installe peu à peu dans le texte. C'est dire que nous sommes loin du gothique très réaliste et, de façon générale, du genre fantastique qui, sauf peut-être chez les Symbolistes à la Jean Lorrain, dominèrent le XIXème siècle. (Et cela explique en partie la prédilection de l'Argentin pour Poe à qui sa nature de poète alcoolique, qui ne dédaignait pas d'autres drogues de temps à autre, ouvrit très tôt cette "Porte de l'Enfer" que le grand Rodin imagina pour l'Enfer de Dante.)
Très souvent, Cortázar part d'un fait tout ce qu'il y a de plus banal pour nous développer une nouvelle souvent brève et qui, à la première lecture, risque de laisser beaucoup sur leur faim. Avec cet auteur atypique, il faut chercher, il faut plonger dans son rêve, l'y suivre et s'y abandonner. Il faut avant tout en imaginer la nature en ne perdant pas de vue que nos propres rêves ou, à tout le moins, des bribes personnelles peuvent s'y mêler. Il en est ainsi avec cette "Porte Condamnée" qui, au premier abord, ne débouche sur rien.
Plus exactement, elle peut déboucher sur ce que vous voulez - ou sur ce que vous rêvez, vous.
Au point de départ, un homme d'affaires qui descend à Buenos Aires, dans un hôtel correct mais qui n'est pas un palace. On apprendra par la suite que la tradition immobilière de la ville veut que beaucoup de vieille maisons familiales, devenues trop chères à entretenir, ont été transformées en hôtels. Et cet hôtel-là, le narrateur-héros ne s'en rend pas compte sur le champ, mais uniquement le second soir qu'il passe dans sa chambre, appartient à cette catégorie. Ce qui, d'ailleurs, ne le dérange en rien.
Ce même soir, il constate également que sa chambre est séparée d'une pièce voisine par une porte condamnée, dissimulée plus ou moins par une vieille armoire-à-glace. Rien de mystérieux ni dans le mur, ni dans la porte, qui dépasse encore le toit de l'armoire, ni dans le meuble lui-même. Rien de mystérieux dans la chambre d'ailleurs. Avant de se coucher, le narrateur s'observe un bref moment dans la glace, songe distraitement à cette porte, désormais condamnée et qui a peut-être conservé dans son bois vieilli la vie que les habitants du passé - un passé peut-être proche après tout, pourquoi pas ? - lui conféraient en l'ouvrant, la refermant, la claquant parfois, etc ... Et puis, il se couche. Et il s'endort. Pourtant, il n'est pas fatigué. Mais le silence de l'hôtel et celui d'une rue qui n'est guère passante la nuit encouragent à l'assoupissement.
Au milieu de la nuit, un sentiment bizarre, celui qu'il s'est passé dans son sommeil quelque chose de désagréable, le pousse à se réveiller. Il tend l'oreille et l'impression qu'il avait eue le matin précédent, lorsque, sortant du sommeil, il s'était vaguement rappelé avoir rêvé des pleurs d'un bébé, se confirme. Oui, dans la pièce voisine, très faible et pourtant bien audible, derrière l'armoire et la porte condamnée, il y a bel et bien un enfant, assez jeune, pense notre héros et probablement un garçon - pourquoi un garçon ? Rappelons que le père de l'écrivain abandonna sa famille et voulut s'opposer par la suite, lui qui se prénommait aussi Julio, à ce que son fils signât ses livres de son nom : la réponse est peut-être là, ou pas très loin - qui pleure. Malade sans doute ou victime d'un cauchemar.
Sur le moment, notre héros est assez satisfait de constater que, la nuit précédente, il n'avait pas rêvé. Puis, bien sûr, il s'agace un peu. D'autant qu'il entend la mère de l'enfant se déplacer tout doucement pour venir calmer l'enfant. Or, le gérant de l'hôtel lui avait assuré que l'occupante de la chambre voisine, qui vivait en cet hôtel depuis longtemps, était célibataire. le lendemain-matin d'ailleurs, après avoir été réveillé deux fois dans la nuit, le narrateur - j'ai oublié de vous préciser qu'il se nomme Petrone - ne se gêne pas pour faire la réflexion qui s'impose au gérant. Mais celui-ci s'étonne et jure ses grands dieux que la voisine de la chambre de Petrone n'a pas d'enfant.
La journée se passe en rendez-vous d'affaires et, évidemment, le troisième soir, à nouveau le réveil dans les ténèbres, les pleurs de l'enfant et la voix anxieuse, que Pétrone juge "théâtrale", de la mère cherchant à le consoler. Un moment, Petrone est tenté de faire constater la chose par le veilleur de nuit et puis, il abandonne cette idée qu'il juge finalement aussi inutile que peu flatteuse pour son amour propre, et se laisse aller à un sommeil périodiquement interrompu.
Le lendemain, c'est un gérant un peu étonné - cela faisait tout de même vraiment longtemps que la dame vivait à l'hôtel - qui lui annonce que, la nuit suivante, il n'aura plus de problème de sommeil. Et il montre du doigt la grosse malle et les deux grandes valises déposées dans le hall : la voisine de Petrone, cette célibataire sans enfant qui en a pourtant un - sinon comment expliquer ces pleurs puérils dans la nuit ? - s'en va à midi. Comme ça. Elle n'a donné aucun motif et s'est contentée de payer sa note ...
La quatrième nuit, et la dernière que l'homme d'affaires doit passer à l'hôtel, arrive donc. Dans la chambre voisine, plus personne. Petrone est certes plutôt satisfait mais sa satisfaction a un goût quelque peu amer. Il se sent un peu lâche de s'être plaint ainsi ... Après tout, il eût été plus simple, et beaucoup plus logique, que ce fût lui, et non cette cliente installée depuis longtemps dans la place, qui quittât l'hôtel ...
Maintenant, allez-y et dites ce que vous pensez qu'il se passa cette dernière nuit ... ;o)
Je le répète, plusieurs explications logiques aux faits sont à votre disposition, face à une seule qui relève vraiment du fantastique. Laquelle choisirez-vous ?
C'est tout l'art de Cortázar de mêler ainsi, à une réalité bien solide, qu'on ne peut contester, un fantastique tout aussi fortement campé sur ses pattes et prêt à résister à tous les assauts de la Raison. Ajoutons que la solution fantastique, tout aussi valable, celle qui ne fasse basculer ni Petrone, ni le lecteur, dans l'incohérence, voire la folie, est tout aussi vraisemblable que les solutions matérialistes.
A moins, bien sûr, que, dès le départ, Petrone ne soit fou ? ...
Lisez "La Porte Condamnée" et réfléchissez bien à toutes les hypothèses éventuelles. Cela vous introduira dans le monde étrange et labyrinthique de Julio Cortázar et de savoir si, réellement, vous vous sentez l'envie - et le courage - d'aborder le prochain tournant que vous apercevez au loin, dans la nouvelle qui suit. Ce tournant vous mènera-t-il à une autre porte condamnée ? Ou à ...
A quoi, ma foi ? ... ;o)
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Tatooa
  13 juin 2018
Pas totalement convaincue par ce premier contact avec Cortazar, à dire vrai.
J'ai apprécié la première et la dernière nouvelle, moins la seconde et la troisième, donc je donne la moyenne.
Le style est très sympa, même si, sans doute, la traduction lui enlève pas mal de saveur.
Les poisons est une jolie métaphore au ton enfantin mais au sujet très mature sur la jalousie et ses ramifications. Vraiment un bon moment, à la fois dans le style (c'est un jeune garçon qui est le narrateur), adapté et la matière.
La seconde, La porte condamnée, m'a plus laissée perplexe, sans doute est-ce le but, mais ce n'est pas franchement ma tasse de thé. Ni début ni vraie fin, c'est une tranche de vie bizarre sans beaucoup de suspens, en fait.
Les ménades, si j'ai bien aimé le traitement au début, m'a vite gonflée, parce que; contrairement à ce que laisse justement présager ce début, finalement il ne s'y passe rien de bien fantastique ni spectaculaire. Déception...
La dernière, "la nuit face au ciel", c'est la meilleure, à mon sens. Un très bon mélange entre les brumes du rêve qui devient réel et de la réalité qui s'estompe, avec un véritable enjeu, et un bon suspens !
Bref, j'ai entr'ouvert la porte condamnée, et si ce n'était pas aussi bien que je l'espérais, au moins j'ai découvert un auteur sud-américain que je ne connaissais pas !
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Pois0n
  27 juillet 2018
Si c'est du fantastique que vous venez chercher dans ce petit recueil de quatre nouvelles, repartez tout de suite car l'une n'en contient pas du tout et deux autres à peine. Et si, à l'exception du tout dernier texte, la lecture m'aura globalement laissé.e de marbre, chacun possède ses propres qualités...
Ainsi, si « Les poisons » s'avère en fin de compte assez soporifique, texte très tranche-de-vie axé à la fois sur l'éradication d'une colonie de fourmis, la visite du cousin Hugo et un béguin pour la voisine Lila, pendant lequel il ne se passe strictement rien, sa construction s'avère très intéressante. « Les poisons », car outre celui de la machine à fumigation, il y a aussi celui de la jalousie qui rampe en parallèle, petit à petit, tout au long du texte. L'autre point fort, c'est l'indéniable parfum d'enfance qui s'en dégage. Oui, on a parfois du mal à suivre les digressions du narrateur, mais la pensée enfantine est magnifiquement bien retranscrite. Les jeux dans le jardin, les premiers émois amoureux... Bref, ça a beau être longuet comme pas permis, le truc fleure bon la nostalgie et n'en demeure pas moins une réussite.
Difficile d'en dire autant sur « La porte condamnée », d'un classicisme affolant, et dont on devine déjà la chute à peine les premières lignes lues. Là encore, beaucoup de blabla pour rien, d'autant que le narrateur et ses préjugés agacent. Bref, dans cette seconde histoire, rien à sauver.
« Les ménades » laisse le même arrière-goût mitigé, l'histoire n'étant qu'une interminable description d'une soirée au théâtre où l'enthousiasme collectif vire mystérieusement à l'émeute et à la folie complète. A lire, c'est d'une longueur et d'une chiantitude sans nom ; par contre, on ne peut que louer le véritable talent de l'auteur pour dépeindre la ferveur ambiante, l'effet de groupe, l'hystérie fiévreuse et incompréhensible. Détailler de façon aussi précise un bordel justement indescriptible, c'est un tour de force qui sauve véritablement le texte. Encore heureux, puisque la conclusion n'apporte pas la moindre explication...
Vient enfin « La nuit face au ciel », et là, enfin, on a affaire à quelque chose de vraiment, mais alors vraiment très bon. Aucun sentiment de longueur à déplorer ici, la narration est exemplaire. Difficile d'expliquer pourquoi sans trop en dévoiler, mais disons qu'un certain ressort scénaristique commence par dérouter le lecteur de par sa transition abrupte, avant que, familiarisé au phénomène, le suspense ne prenne le relais. C'est magnifiquement bien écrit, on ne sait pas comment tout ça va se terminer, ni où se trouve la réalité. le rythme s'accélère de plus en plus... Non, vraiment, il n'y a pas le moindre reproche à faire à ce texte. Un vrai coup de coeur.
Reste que sur quatre nouvelles, trois sont assez ennuyeuses, deux ne sont même pas des « histoires » à proprement parler mais simplement des tranches-de-vie, que le fantastique est quasiment aux abonnés absents... Il faut donc apprécier les exercices de style en eux-mêmes pour pouvoir y trouver un quelconque intérêt. Bref, si le contenu de ce recueil est tout sauf « mauvais », il n'en demeure pas moins très « spécial ». A aborder avec curiosité.
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zagzaguel
  20 août 2016
Voici un recueil de quatre nouvelles plus ou moins fantastiques. Et je trouve que l'ordre dans lequel ont été mises ces nouvelles est judicieux car on plonge de plus en plus dans l'étrange et le fantastique au fur et à mesure des lecture.
La première nouvelle nous présente un enfant qui a hâte de voir utiliser la machine qui déverse le poison dans les fourmilières et la relation qu'il entretient avec ses voisines. Ici pas de fantastique mais les méandre de l'amitié et de l'amour naissant et ses conséquence entre enfants.
La deuxième, qui donne son titre au livre est courte et étrange: un homme entend dans la chambre d'à côté des pleurs d'enfant mais cette chambre n'est occupée que par une femme. Alors s'ensuivent les réflexions de l'homme (a-t-il rêvé, est-il fou ou lui cache-t-on la vérité?)
La troisième nouvelle est pour la moi la plus étrange: à la fin d'un concert, le public ovationne le chef d'orchestre jusqu'à la folie. Que se passe-t-il? Et qui est cette dame en rouge qui semble avoir lancé cette effervescence et qui parait satisfaite? Ici je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien avec la scène finale du roman le parfum de Patrick Süskind.
Enfin la quatrième est celle qui m'a le plus plu. Ici le fantastique est bien installé et l'auteur joue avec son lecteur jusqu'au dernier moment, l'obligeant à douter...
Bref une très bonne lecture, qui m'a permis de connaitre l'écriture de Julio Cortázar.
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MarcBibliotheca
  18 août 2009
Ce petit recueil extrait de Fin de jeu, autre recueil précédemment publié dans la collection L'Imaginaire, fait découvrir au lecteur quatre belles nouvelles du célèbre auteur argentin Julio Cotázar, se situant quelque part entre rêve et réalité et où le glissement vers le fantastique se fait toujours en douceur, mais aussi de la façon la plus inattendue. Les quatre textes, rédigés entre 1956 et 1964, donnent un bel aperçu de l'oeuvre de l'auteur, son univers très ancré dans son passé mais qui peut déborder à tout moment.
...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   15 novembre 2017
[...] ... Il était plus de dix heures lorsqu'il passa devant la réception. Dans un demi-sommeil, vers huit heures, il avait entendu la voix du garçon d'étage et celle d'une femme. Quelqu'un avait marché dans la chambre d'à-côté, traînant des choses. Il vit une malle et deux grandes valises près de l'ascenseur. Petrone trouve au gérant l'air un peu dérouté.

- "Vous avez bien dormi, cette nuit ?" lui demanda-t-il sur un ton professionnel qui cachait mal l'indifférence.

Petrone haussa les épaules. Il ne voulait pas revenir là-dessus puisqu'il ne lui restait plus qu'une nuit à passer à l'hôtel.

- "De toute façon, vous serez plus tranquille à présent," dit le gérant en regardant les valises. "La dame nous quitte à midi."

Il attendait un commentaire. Petrone l'encouragea d'un coup d'œil.

- "Il y avait longtemps qu'elle était là et elle s'en va comme ça, tout d'un coup. On ne peut jamais savoir avec les femmes.

- Non, en effet," répondit Petrone.

Dans la rue, il se sentit pris de nausées, de nausées qui n'étaient pas physiques. Il avala un café sans sucre et se mit à ruminer cette histoire, oubliant ses affaires, indifférent au soleil splendide. C'était sa faute si cette femme quittait l'hôtel, folle de peur, de honte et de rage. Il y avait longtemps qu'elle était là ... C'était une malade peut-être, mais inoffensive. Ce n'était pas elle mais lui qui eût dû quitter l'hôtel. Il était de son devoir de lui parler, de s'excuser et de lui demander de rester en lui jurant une entière discrétion. Il revint vers l'hôtel et à mi-chemin s'arrêta. Il avait peur de faire un faux pas, peur que la femme n'ait une réaction imprévue. Et puis, il était déjà l'heure de son rendez-vous, il ne voulait pas faire attendre ses deux associés. Qu'elle aille se faire fiche. Ce n'était qu'une hystérique, elle trouverait bien un autre hôtel où soigner son fils imaginaire. ... [...]
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TatooaTatooa   13 juin 2018
[...] Le seul ennui, dans ce rêve, c'est que je rêvais que j'étais éveillé et que je volais pour de vrai, je rêvais que j'avais déjà rêvé une chose pareille mais que cette fois c'était vrai, et quand je me réveillais c'était comme si je tombais du haut d'un mur, c'est si triste de marcher ou de courir en se sentant toujours tellement lourd, obligé de retomber à chaque pas.
(Dans "Les poisons")
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WolandWoland   15 novembre 2017
[...] ... Avant de se coucher, Petrone mit en ordre les papiers qu'il avait utilisés dans la journée et parcourut son journal sans grand intérêt. Le silence de l'hôtel était presque excessif et le bruit des rares tramways qui descendaient la rue Soriano ne l'interrompait que pour mieux le laisser retomber. Sans être inquiet, il se sentait un peu nerveux ; il jeta le journal à la corbeille et se déshabilla, tout en se regardant distraitement dans la glace de l'armoire. C'était une vieille armoire placée devant une porte qui communiquait avec la chambre voisine. Petrone fut surpris de découvrir cette porte qu'il n'avait pas remarquée le premier jour. Il avait cru au début qu'il était dans un immeuble conçu pour être un hôtel mais il s'apercevait à présent que, comme beaucoup d'hôtels modestes, celui-là avait été installé dans une vieille maison familiale. A y bien réfléchir, dans presque tous les hôtels qu'il avait fréquentés au cours de sa vie - et ils étaient nombreux -, les chambres avaient une porte condamnée, parfois de façon franche et visible mais le plus souvent dissimulée derrière une armoire, une table ou un portemanteau, ce qui leur donnait, comme à celle-là, une certaine ambiguïté, le désir honteux de se faire oublier, comme une femme qui croit se cacher en mettant ses mains sur son ventre ou sur ses seins. Quoi qu'il en soit, la porte était là, dépassant du haut de l'armoire. Autrefois, les gens avaient dû entrer et sortir par elle, la faisant claquer, l'entrebâillant, lui communiquant une vie qui était encore présente dans son bois, si différent du mur. Petrone se dit qu'il devait y avoir aussi une armoire de l'autre côté et que sa voisine devait penser la même chose de la porte.

Il n'était pas fatigué mais il s'endormit avec plaisir. Il devait dormir depuis trois ou quatre heures lorsqu'une sensation de malaise le réveilla, comme s'il venait de se passer quelque chose, quelque chose de gênant et irritant. Il alluma sa lampe, vit qu'il était deux heures et demie et éteignit. C'est alors qu'il entendit pleurer un enfant dans la chambre d'à-côté. ... [...]
+ Lire la suite
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gorjussgorjuss   30 juillet 2013
L'enfant cédait par moments au bercement, à la prière,
puis il reprenait avec un petit gémissement entrecoupé
son inconsolable peine.

Et la femme, à nouveau, murmurait des mots incompréhensibles,
l'incantation des mères pour calmer l'enfant tourmenté par son corps ou par son âme,
par la menace de la mort
ou la menace de la vie.
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gorjussgorjuss   31 juillet 2013
//----Notes : ----//

Nouvelles extraites du recueil « Fin d'un jeu » (L'Imaginaire n°508)

//---- Structure et titres originaux ----//

-- [Les poisons : Los venenos] --
-- [La porte condamnée : La puerta condenada] --
-- [Les ménades : Las Ménades] --
-- [La nuit face au ciel : La noche boca arriba] –

//---- Citation d'ouverture de « La nuit face au ciel » ----//

Et, à certaines époques, ils allaient chasser
l'ennemi : on appelait cela la guerre fleurie.
+ Lire la suite
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Videos de Julio Cortázar (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Julio Cortázar
Treize personnages en quête de sens tentent de trouver leur place dans l?univers désincarné des nouvelles technologies. Un équivalent littéraire de la série Black Mirror, en forme de mise en garde contre les dérives les plus cauchemardesques de notre époque. ? ? ? Le livre : In future we believe ! Tels sont à la fois le nom et la philosophie de leur start-up. Ils sont une dizaine de collaborateurs, jeunes, dynamiques et soudés autour de Pandore, leur bienveillante « Happiness manager ». Dans ce microcosme idéal, ils parlent franglais, font du coworking en openspace, croient du fond du c?ur à l?économie du partage et à la société collaborative. Mais alors pourquoi sont-ils tous aussi malheureux ? Qu?il s?agisse de Farid, qui passe ses nuits à rédiger des courriers de soutien psychologique aux accrocs à Netflix ; d?Esther, partie à la recherche de son « vrai moi » dans un temple en Corée ; de Gaspard tombé amoureux d?un arbre ; de Saphir, dont le visage n?apparaît plus sur ses selfies depuis qu?elle a vendu son image à une mystérieuse corporation, ou encore d?Areski, traqueur impénitent de fake news, tous semblent avoir perdu leurs repères. Pandore aura beau repeindre les murs de leur bureau en rose, leur acheter une table de ping-pong ou proposer un karaoké, il leur en faudra davantage pour retrouver un peu d?espérance? À l?instar de la société atomisée qu?il dénonce, Un monde nouveau se compose d?une série de micro-fictions formant un vaste roman choral, ronde dans laquelle chaque personnage passe le relais au suivant. Avec beaucoup d?humour, Anne Akrich y sonde les pensées inavouées d?individus dysfonctionnels, dont les liens, réduits à de simples connexions, trahissent une solitude criante. En nous plongeant avec eux dans un univers d?une inquiétante étrangeté, elle signe une brillante anticipation sociale, autant qu?une satire féroce de la culture d?entreprise.
? ? ? A retenir : ? Entre humour absurde, réalisme magique et fantaisie poétique, un univers qui s?inscrit dans le sillage de grands noms de la littérature fantastique, tels que Cortázar, Kafka, Vian ou Murakami. ? ? ? Auteur(s) : Née à Paris en 1986, Anne Akrich a passé toute son adolescence à Tahiti avant de poursuivre des études de littérature à la Sorbonne, a vécu quelque temps à New York, puis, à Paris, où elle se consacre pleinement à l?écriture. Après Un mot sur Irène (2015), Il faut se méfier des hommes nus (2017), et Traité de savoir-rire à l?usage des embryons (2018), Un monde nouveau est son quatrième livre publié chez Julliard.
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