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Roger Caillois (Autre)René L. F. Durand (Autre)
ISBN : 2070296660
Éditeur : Gallimard (25/11/1977)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 356 notes)
Résumé :
« L'Aleph restera, je crois, comme le recueil de la maturité de Borges conteur. Ses récits précédents, le plus souvent, n'ont ni intrigue ni personnages. Ce sont des exposés quasi axiomatiques d'une situation abstraite qui, poussée à l'extrême en tout sens concevable, se révèle vertigineuse.
Les nouvelles de L'Aleph sont moins roides, plus concrètes. Certaines touchent au roman policier, sans d'ailleurs en être plus humaines. Toutes comportent l'élément de sy... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Bobby_The_Rasta_Lama
  08 juin 2018
"Il existe un fleuve dont les eaux donnent l'immortalité; il doit donc y avoir quelque part un autre fleuve dont les eaux l'effacent."
Ou encore, comme nous le rappelle Borges, en citant les livres hermétiques - "ce qu'il y a en bas est identique à ce qu'il y a en haut" - et vice versa.
Dans le musée d'art moderne au Centre Pompidou il y a un bien étrange objet. C'est une caisse métallique remplie de miroirs triangulaires, qui se renvoient votre reflet entre eux - c'est donc une image dans un miroir reflétée par la multitude d'autres miroirs; un labyrinthe fait des mêmes images, reflétées et entremêlées à l'infini...
Cela s'appelle "Mirror Vortex" - et c'est encore le meilleur exemple que j'ai trouvé pour vous décrire l'univers de "L'aleph".
Fidèle à ses thèmes de prédilection, Borges les aborde à nouveau dans ce recueil de contes philo-métaphysiques. La quête éternelle de l'immortalité, le multiple et l'unique, la recherche de l'absolu... le thème de "double", si présent dans son "Livre de sable", glisse ici vers "l'éternel" et "l'universel"; nous nous promenons dans les labyrinthes réels et psychiques à la fois.
Malheureusement (ou heureusement ?), l'homme se situe entre les deux "fleuves" mentionnés plus haut - d'où sa recherche perpétuelle de quelque chose d'impossible à attendre...
Comme dans l'histoire de ce noble aventurier de "L'immortel", qui part à la recherche de la cité perdue - pour, finalement, apercevoir une infime partie de la vérité... l'immortalité est un fardeau; il ne sert à rien de construire des cités qu'on abandonne par lassitude. La perspective fatigante de l'éternité devant, on abandonne toute action, on s'endort...
Etrange hasard - je lisais Lovecraft en même temps, et j'ai trouvé frappante la similitude entre son histoire "La cité sans nom" et "L'immortel". La "cité" est toujours là, abandonnée depuis... le temps est tellement relatif ! - ainsi que ses créateurs qui peuvent resurgir dans une heure... dans dix mille ans ? - pour eux, ça n'a aucune importance ! Même le mot "jamais" n'a peut-être plus le même sens...
Les notes en marge des histoires de Borges sont, comme toujours, un joyeux mélange de vrai et de faux, et en font une partie intégrante. (Encore une chose en commun avec Lovecraft, mais il suffit !)
On passe un moment avec le savant Averroës, qui peine avec la traduction d'Aristote et les mots "tragoedia" et "comoedia" - car le concept même de théâtre lui est inconnu. Il discute, à son insu, le théâtre avec ses amis - mais la réponse lui vient d'ailleurs - car le "theatrum mundi", même sans connaître l'expression, est un concept universel.
On suit une dispute érudite pour condamner au bûcher un homme qui est une "idée", une "somme", ou le "reflet" des autres hérétiques - " Si l'on réunissait ici tous les bûchers que j'ai été, ils ne tiendraient pas sur terre et les anges en seraient aveuglés." - une dispute dont le gagnant se rend compte qu'il utilise les phrases de son adversaire pour le contredire !
On trouve un "Zahir" - mais attention, c'est dangereux ! Ca vous fait réfléchir sur l'argent d'une façon dont vous ne le faites pas habituellement.
Et peut-être que sur la dix-neuvième marche de l'escalier qui mène dans votre cave, sous un angle bien précis, vous verrez "l'Aleph" - "le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l'univers, vus de tous les angles".
Alors, vous comprendrez TOUT - mais je ne sais pas si je vous le souhaite !


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Bookycooky
  23 janvier 2018
Ce billet concerne uniquement la nouvelle « La quête d'Averroés », de l'Aleph de Borges, nouvelles lues il y a trés longtemps. Suite au billet de Pecosa sur « Averroés ou le secrétaire du diable » et son commentaire sur cette nouvelle, j'ai repêché le livre du tréfonds de ma bibliothèque, n'en ayant plus aucun souvenir et son billet m'étant trop intrigant.
Averroés , médecin arabe, philosophe, vivant à Cordoue a l'époque de l'Andalousie musulmane ( XIIe siècle), se consacre dans son oeuvre Tahafut-ul-Tahafut ( Destruction de la Destruction) à la pensée d'un homme dont quatorze siècles le sépare, Aristote. Il est à la recherche du sens de deux mots tragoedia et comoedia de l'oeuvre du philosophe grec..... en faites il est en quête de l'évident, mais....
Borges prenant la parole à la fin de la nouvelle que je vous laisse découvrir, s'identifie à Averroés, « Je compris qu'Avarroés s'efforçant d'imaginer ce qu'est un drame, sans soupçonner ce qu'est un théâtre, n'était pas plus absurde que moi, m'efforçant d'imaginer Averroés sans autre document que quelques miettes de Renan, de Lane et d'Asin Palacios..... ».
Brillant !
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JacobBenayoune
  15 mars 2015
Il est toujours un plaisir pour moi de lire Borges. J'ai lu avec délectation chacune des nouvelles composant ce recueil.
Borges, toujours fidèle à son style et à sa magie, transporte son lecteur dans des lieux extraordinaires à la découverte de choses et d'histoires fabuleuses. Il le mène avec sa ruse borgésienne multipliant les références et les noms. Il ne raconte pas, Borges construit des labyrinthes.
De la nouvelle métaphysique (si l'on veut) à la nouvelle policière, au conte philosophique mais aussi mythologique, on se perd pour se retrouver, comme disait Claude Mauriac, plus intelligent.
Pour Borges, qui a toujours beaucoup lu, tout est imprégné de littérature universelle. Chaque acte s'explique par la littérature et trouve un écho en elle, chaque être a un double littéraire ou mythologique. Dans les nouvelles de Borges rien n'est écrit au hasard, chaque phrase a son importance dans la construction. Assoiffé de savoir et de découverte, Borges poursuit sa recherche de l'absolu, de l'ultime, du tout qui réunit toutes les connaissances de l'univers, tous les lieux, tous les objets, de la phrase qui résume tout le mystère de l'existence. Pour lui ; le monde est un vrai labyrinthe insondable, qui garde ses secrets, et tout homme représente tous les hommes dans un jeu de symétries.
L'une des nouvelles, "La Demeure d'Astérion" m'a rappelé curieusement un chapitre d'"Eloge de la marâtre" de Vargas Llosa où le narrateur est un monstre qui est la "Tête I" peinte par Francis Bacon. Les deux personnages sont des monstres inspirés de tableaux et de la mythologie, sont naïfs, sympathiques et pathétiques.
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book-en-stock
  02 avril 2017
«Toute destinée, pour longue et compliquée qu'elle soit, comprend en réalité «un seul moment»: celui où l'homme sait à jamais qui il est.» p. 51
Une lecture exigeante que ce recueil de nouvelles souvent qualifiées de contes métaphysiques. Pour ma part, j'ai surtout vu un jeu de piste formidable au milieu d'une multitude de références littéraires et religieuses. Nombreuses citations et allusions entre lesquelles l'auteur tisse des liens.
L'auteur s'interroge sur ce qu'est la vie, ce qu'est l'homme, comment se connaître soi-même. Il nous peint des destins singuliers où sonne la vengeance parfois, où règne la mort souvent.
Les lieux, d'une façon générale, semblent oniriques. C'est un paysage fascinant, enchanteur, facilitant la méditation et les pensées métaphysiques. Les villes semblent vides, même si très ouvragées, et restent minérales et dépeuplées.
J'ai beaucoup aimé certaines nouvelles, d'autres me sont restées hermétiques. C'est un auteur que l'on n'aborde pas aisément, simplement. Je pense qu'il faut y revenir, approfondir peu à peu et creuser les innombrables références données.
Mais un auteur à lire, c'est certain!
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meyeleb
  10 mai 2012
Voici une lecture dont il faut mériter le plaisir. Je veux dire par là qu'elle n'est pas des plus simples, qu'elle requiert parfois quelque support culturel philosophique ou théologique. Ces nouvelles, en tout cas, permettent d'entrer dans l'univers littéraire de Borgès. Ainsi nous retrouvons-nous comme Ariane dans un dédale dont il nous faut trouver l'issue. Dédale de mots, de référérences mythologiques et de légendes sud-américaines. La nouvelle dont je me souviens après 20 ans, et qui remplit parfois encore mes songes tant elle m'a frappée, c'est "L'écriture du Dieu". Tzicacan est emprisonné depuis des années à côté d'une cage où se tient un jaguar. Il voue tout son temps à la recherche du symbole que Dieu a choisi pour divulguer la formule magique qui sauvera les hommes de la fin des temps. Il comprend alors que ce symbole se trouve dans les taches du pelage des jaguars. Nous oscillons entre le rêve et la réalité, la conscience de soi et la perte de l'identité. C'est un texte à la fois simple et puissant, qui ouvre de multiples perspectives de réflexion, à l'instar de ces autres nouvelles "La demeure d'Astérion", "l'Aleph" ou encore "L'immortel". Cette lecture nous enrichit, véritablement!
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Citations et extraits (79) Voir plus Ajouter une citation
Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   29 mai 2018
Ne pouvant dormir, possédé, presque heureux, je me disais qu'il n'y a rien de moins matériel que l'argent, puisque toute monnaie (disons par exemple une pièce de vingt centimes) est, rigoureusement, un répertoire des futures possibilités. L'argent est abstrait, répétais-je, l'argent est du temps à venir. Ce peut être un après-midi dans la banlieue, ce peut être de la musique de Brahms, des cartes, un jeu d'échecs, du café, les paroles d'Epictète qui enseignent le mépris de l'or; c'est un Protée plus versatile que celui de l'île de Pharos. C'est du temps imprévisible, temps de Bergson, non temps dur de l'Islam ou du Portique. Les déterministes nient qu'il y ait au monde un seul fait possible, id est un fait qui a pu se produire; une pièce de monnaie symbolise notre libre arbitre.
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   23 mai 2018
Être immortel est insignifiant; à part l'homme, il n'est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, le terrible, l'incompréhensible, c'est de se savoir immortel. J'ai noté que malgré les religions, pareille conviction est extrêmement rare. Juifs, chrétiens, musulmans confessent l'immortalité, mais la vénération qu'ils portent au premier âge prouve qu'ils n'ont fois qu'en lui, puisqu'ils destinent tous les autres, en nombre infini, à le récompenser ou à le punir. J'estime plus raisonnable la roue de certaines religions de l'Inde, qui n'a ni commencement ni fin, chaque vie est la conséquence d'une vie antérieure et elle engendre la suivante, sans qu'aucune ne détermine l'ensemble...
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lanardlanard   20 février 2012
La veille, deux mots douteux l'avaient arrêté au seuil de la Poétique. Ces mots étaient tragoedia et comoedia. Il les avait déjà rencontré, des années auparavant, au livre troisième de la Rhétorique; personne dans l'Islam n'entrevoyait ce qu'ils voulaient dire. En vain, il avait fatigué les traités d'Alexandre d'Aphrodisie. En vain, compulsé les versions du nestorien Hunain ibn-Ishaq et Abu Basher Meta. Les deux mots arcanes pullulaient dans le texte de la Poétique; impossible de les éluder.
Averroës laissa la plume. Il se dit (sans trop y croire) que ce que nous cherchons est souvent à notre portée, rangean le manuscrit de Tahafut et se dirigea vers le rayon où étaient alignés, copiés par des calligraphes persans, les nombreux volumes de Mohkam de l'aveugle Abensida. C'était ridicule d'imaginer qu'il ne les avait pas consulté, mais il était tenté par le vain plaisir d'en tourner les pages. Il fut tiré de cette distraction studieuse par une espèce de mélodie. Il regarda à travers les grilles du balcon: des enfants demi-nus s'amusaient en bas, dans l'étroite cour de terre. L'un, debout sur les épaules de l'autre, jouait évidemment le rôle du muezzin. Les yeux bien fermés, il psalmodiait; "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu". Celui qui le portait, immobile, représentait le minaret; un autre, prosterné dans la poussière et agenouillé, l'assemblé des fidèles. Le jeu s'interrompit vite; tous voulaient être le muezzin, personne la tour ou les fidèles. Averroës les entendit discuter en dialecte grossier, c'est-à-dire dans l'espagnol naissant de la plèbe musulmane de la Péninsule.
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chartelchartel   01 septembre 2007
Parmi les commentaires que suscita la publication du texte qui précède, le plus curieux, sinon le plus aimable, est intitulé bibliquement "A coat of many colours" (Manchester, 1948). C'est l'oeuvre de la plume très obstinée du docteur Nahum Cordovero. Il s'étend sur une centaine de pages. Il parle de centons grecs, de centons de la basse latinité, de Ben Johnson, qui définissait ses contemporains avec des extraits de Sénèque, du "Virgilius Evangelizans" d'Alexander Ross, des artifices de George Moore et d'Eliot, et, finalement, de "la narration attribuée à l'antiquaire Joseph Cartaphilus". Il dénonce, dans le premier chapitre, de courtes interpolations de Pline (Historia Naturalis, V, 8); dans le second, de Thomas de Quincey (Writings, III, 439); dans le troisième, d'une lettre de Descartes à l'ambassadeur Pierre Chanut; dans le quatrième, de Bernard Shaw (Back to Methuselah, V). Il infère de ces intrusions, ou de ces larcins, que le texte entier est apocryphe.
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Corboland78Corboland78   13 avril 2014
Etre immortel est insignifiant ; à part l’homme, il n’est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, le terrible, l’incompréhensible, c’est de se savoir immortel. J’ai noté que malgré les religions, pareille conviction est extrêmement rare. Juifs, chrétiens, musulmans, confessent l’immortalité, mais la vénération qu’ils portent au premier âge prouve qu’ils n’ont foi qu’en lui, puisqu’ils destinent tous les autres, en nombre infini, à le récompenser ou à le punir. J’estime plus raisonnable la roue de certaines religions de l’Inde ; dans cette roue, qui n’a ni commencement ni fin, chaque vie est la conséquence d’une vie antérieure et elle engendre la suivante, sans qu’aucune ne détermine l’ensemble…
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Jorge Luis Borges (1899-1986) : Une vie, une œuvre [2007 / France Culture]
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