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Laure Bataillon (Autre)Françoise Rosset (Autre)
ISBN : 2070291340
Éditeur : Gallimard (03/12/1979)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 147 notes)
Résumé :
"Marelle est une sorte de capitale, un de ces livres du XXe siècle auquel on retourne plus étonné encore que d'y être allé, comme à Venise. Ses personnages entre ciel et terre, exposés aux résonances des marées, ne labourent ni ne sèment ni ne vendangent : ils voyagent pour découvrir les extrémités du monde et ce monde étant notre vie c'est autour de nous qu'ils naviguent. Tout bouge dans son reflet romanesque, la fiction se change en quête, le roman en essai, un tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
ElPaquito
  07 novembre 2017
Cette critique est en fait deux critiques. La première se lit comme se lisent les critiques d'habitude et finit au segment 10, là où trois jolies petites étoiles équivalent au mot Fin.
Après quoi, le membre peut laisser tomber sans remords ce qui suit. La seconde critique se lit en suivant la lecture dans l'ordre indiqué en fin de segment. Ou alors dans le désordre.
I. de l'autre côté
Avant d'entrer dans Rayuela, cette expérience littéraire unique, il faut oublier les contes et nouvelles de son auteur, il faut oublier beaucoup de choses à vrai dire, à commencer par comment lire un roman. Mais avant ça encore, il faut accepter la déroutante expérimentation : pourquoi l'auteur n'a-t-il tout simplement pas écrit son livre comme il recommande de le lire? Bien, mais quel ordre adopter? En tant que lecteur, vais-je vraiment ignorer 99 chapitres, soit 226 pages sur 590? Parce qu'en tant que lecteur, nous ne sommes pas programmés à lire de cette façon et Cortázar nous invite à nous déprogrammer, à nous abandonner dans son labyrinthe dont seuls les Argentins semblent avoir le secret. (-21)
Loin de ses contes et nouvelles, Cortázar se fait érudit et essayiste, guérillero et antiromancier (contreromancier?). Un roman, c'est souvent une intrigue. Ici, il ne se passe pas grand-chose. Les personnages ne font pas grand-chose, mais qu'est-ce qu'ils en disent des choses. Des choses pompeuses, risquant de faire passer l'auteur pour un écrivain prétentieux, et surtout ennuyeux, parce qu'il nous ennuie et nous fait soupirer. Cortázar se moque-t-il du lecteur? Ou au contraire respecte-t-il son intelligence, en lui faisant confiance pour qu'il trouve le chemin entre les mots? Au final, peut-être que ce sont de ses personnages dont Cortázar rit le plus, et il nous invite à faire de même entre deux soupirs, à travers un certain apprentissage. On devient comme La Sybille, cette femme ignorante, objet de désir du personnage central Horacio Oliveira, qui a soif d'apprendre, même si elle ne comprend pas toujours. (-13)
La relation physique avec l'objet-livre est une part du périple : aller et venir, ne pas savoir se situer, perdre pied, ignorer le progrès, lever les yeux aux pieds d'un gratte-ciel et ne pas en voir le sommet jusqu'à nous donner le vertige depuis la terre, nager dans un lac au milieu d'une brume masquant les rivages, sous un ciel plein d'étoiles comme seuls repères, tels les numéros de chapitres. Cortázar ajoute des jeux de miroirs dans ses fragments. L'infini prend le pas sur l'idée de fin et le désordre devient l'ordre. (-26)
Rayuela, jeu de miroirs et des dualités : Paris/Buenos Aires — Roman/essai — Oliveira/Traveler — La Sybille/Talita — Morelli/Cortázar. À la croisée d'un chemin, choisir celui qui nous mènera au centre, entre nostalgie et espérance, inertie et quête. Parfois, il s'agit simplement de construire soi-même un pont, sans tenir compte des échecs récurrents. Horacio Oliveira, âme errante, cherche son kibboutz, poussant son caillou entre terre et ciel, les deux au même niveau du trottoir, se maintenant à flots contre vents et marées, contre la chute. Rayuela, roman surréaliste et existentialiste. (-24)
À travers l'écrivain Morelli et ses morelliennes, le livre parle de lui-même, de sa volonté d'ordre et de désordre. La partie essai évoque ce que Rayuela tente d'accomplir au sein de la littérature. Cela donne une double impression : celle d'avoir droit à des commentaires comme sur un Blu-ray, ou de voir le livre se construire magiquement entre nos mains, de la théorie à la pratique fictive d'abord (quand les personnages découvrent le livre de Morelli) puis réelle (lecteur avec Rayuela entre les mains), chapitre après chapitre, brique après brique, érigeant cette tour de Babel labyrinthique, avec quelques hiéroglyphes pour éclairer l'audacieux visiteur, entre jeu et folie. Ne passons-nous pas d'un cirque à un asile psychiatrique dans la seconde partie ? (-22)
II. de ce côté-ci
Cette conscience que l'on pourrait qualifier de méta (con)centre la littérature au coeur de l'oeuvre : il n'y a qu'à voir ces citations d'Artaud, Musil, Lowry, Bataille, etc. comme si ces auteurs venaient s'insérer dans Rayuela pour l'agrandir encore et encore, comme une bibliothèque de Babel, un livre en amenant toujours un autre. Les citations côtoient des bribes d'Almanach, de coupures de presse et d'études, extraits de plaidoiries, de discours et de chansons… Fragments inutiles ou potentielles clés, comme nos existences d'individu/lecteur en regorgent. (-25)
« L'explication est une erreur bien habillée. » dit Oliveira, pourtant, Rayuela est une armée de perches tendues pour analyse, une vraie fashion week d'erreurs possibles. Inutile de s'étendre, une tentative d'analyse serait un risque de passer à côté… Restons en survol ici et affirmons l'évidence : la prose de Cortázar est divine. En lisant ses nouvelles, je ne soupçonnais pas qu'il était capable d'une telle puissance stylistique, à tomber. Rayuela possède une force poétique renversante, rappelant celle de Lautréamont (d'ailleurs, Cortázar a lui-même traduit Lautréamont en espagnol, et le personnage de la Sybille est une Uruguayenne de Montevideo, lieu de naissance de Ducasse). le spectre de Lautréamont semble planer sur la marelle. (-18)
Cortázar s'amuse follement formellement, presque joycement pourrait-on dire, allant jusqu'à élaborer une langue créée par les amants (chapitre 68), et il y a le fameux chapitre 34 qui se lit une ligne sur deux, une lecture étant le livre lu par le personnage, l'autre ses pensées. Quant au motif de la marelle, il revient sous plusieurs formes, caractérisant tantôt l'enfance tantôt la folie. Un apprentissage ou une lutte de territoire. Ainsi, Oliveira se retrouve sans cesse tiraillé, jamais satisfait, sur un pont qui surplombe « des fleuves métaphysiques » où nage La Sybille, celle qu'il aime tout en se le niant. (-23)
À l'instar de William Gaddis, Julio Cortázar ne nourrit pas un lecteur passif, mais mise bien sur son entière collaboration. Aussi, comme Morelli, cet écrivain fictif, double de l'auteur, Cortázar veut transgresser le livre, le mot, « parfois dans ce que le mot transmet ». Alors il y va avec ses armes secrètes pour tout exploser, mettre le désordre, un désordre qui deviendra ordre, avant qu'un autre homme de lettres y sème à son tour le chaos : « Morelli veut sauver quelque chose qui est en train de mourir mais pour le sauver il faut le tuer d'abord ou du moins lui faire subir une telle transfusion de sang que ce soit comme une résurrection. » (-16)
Rayuela montre de quoi est capable la littérature en la niant pour mieux la glorifier. L'auteur comme ses personnages comme le lecteur y pousse son caillou, de la vie bohème de Paris à la chaleur gelée de Buenos Aires : des ponts, des fleuves métaphysiques, du jazz, et surtout du maté. On erre dans cette marelle à la recherche de quelque chose, d'un centre, d'un « kibboutz du désir », d'amour, tout cela au son des grands jazzmen ou des Amoureux du Havre, éternelle chanson de la Sybille. Quant à l'avenir, le lecteur, lui, sait qu'il devra replacer la pointe du saphir sur les sillons du disque pour découvrir si la musique sera la même ou non, si les notes résonneront de la même façon, et si lui, le lecteur-voyageur, raisonnera comme la première fois. (-20)
/ * / * / * /
III. de tous les côtés (fragments dont on peut se passer)
« Ce que j'écris en ce moment, ce sera (si je le termine un jour) quelque chose comme un antiroman, une tentative de casser les moules où se pétrifie le genre. Je crois que le roman « psychologique » touche à sa fin, et que si nous devons continuer à écrire des choses qui vaillent la peine, il faudra changer de cap. le surréalisme en sont temps a balisé quelques chemins, mais en est resté à un stade pittoresque. Il est certain que nous ne pouvons plus nous passer de psychologie, de personnages minutieusement explorés ; mais la technique de Michel Butor et des Nathalie Sarraute m'ennuie profondément. Ils se contentent d'une psychologie extérieure, même s'ils croient aller au plus profond. le fond d'un homme, c'est ce qu'il fait de sa liberté. C'est par là qu'on arrive à l'action et à la vision, au héros et au mystique. Je ne veux pas dire que le roman doive poursuivre ce genre de personnages, car les seuls héros et mystiques intéressants sont les vivants et non ceux qu'invente un romancier. Ce que je crois, c'est que la réalité quotidienne dans laquelle nous pensons vivre n'est que la lisière d'une fabuleuse réalité à reconquérir, et que le roman, comme la poésie, l'amour et l'action, doivent essayer de pénétrer dans cette réalité-là. Toutefois, et voilà l'important : pour casser la coquille d'habitudes et de quotidien, les outils littéraires usuels ne servent plus. Pensez au langage qu'a dû employer Rimbaud pour se frayer le chemin de son aventure spirituelle. Pensez à certains vers des Chimères de Nerval. Pensez à certains chapitres de Ulysses. Comment écrire un roman alors qu'il faudrait d'abord dés-écrire, désapprendre, part « à neuf », de zéro, être un préadamite, pour ainsi dire? Mon problème, aujourd'hui, est un problème d'écriture, parce que les outils qui m'ont permis d'écrire mes contes ne me servent plus à rien pour réaliser ce que je voudrais faire avant de mourir. » (Cortázar, lettre du 27 juin 1959 à Jean Barnabé) (-2)
Une chose est certaine, il faut saluer la prouesse de traduction de Laure Guille-Bataillon. Si Infinite Jest avait été en espagnol, elle aurait été la femme de la situation. (-4)
Je repensais souvent à cette scène aquatique de L'Atalante en pensant à Horacio et La Sybille. (-3)
« Ce qui donne, je crois, son efficacité à Rayuela, l'impact parfois terrible qu'elle a sur beaucoup de lecteurs, c'est autre chose : c'est ce qui vient du dessous, les épisodes irrationnels, les hissements à des dimensions où l'intelligence est comme un nageur sans eau. […] En réalité, sans ces sous-jacences, qui sont pour moi la seule chose qui compte vraiment dans le livre, j'aurais écrit un roman « intelligent » de plus.» (Cortázar, lettre du 7 janvier 1964 à Graciela de Sola) (-6)
Cette semaine, le 26 août 2015, c'était le 101e anniversaire de Julio Cortázar: ¡feliz cumpleaños, señor Cortázar! (Accessoirement le jour où j'ai terminé de lire Rayuela). (-20)
« Les mots, qui s'en soucie? Ce ne sont que des bruits appris par coeur, pour franchir la barrière des os dans la mémoire des acteurs. C'est dans cette tête qu'est la réalité. Dans ma tête. Je suis le projecteur dans le planétarium, avec tout ce petit univers fermé visible dans le cercle de cette scène qui jaillit de ma bouche, de mes yeux et, parfois, d'autres orifices également. » — Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49, 1966 (-19)
Rayuela, compagnon d'errance et de pèlerinage, de Montréal à Paris... le commencement. (-5)
Compagnon de pèlerinage étape 1 : 4, rue Martel, 10e arrondissement. (-8)
Compagnon de pèlerinage étape 2 : Au cimetière Montparnasse. (-10)
Le maté (en espagnol, mate) ou chimarrão est une infusion traditionnelle issue de la culture des Amérindiens Guaranis consommée en Argentine, au Chili, au Paraguay, en Uruguay, au Brésil méridional et en Bolivie (Amérique du Sud). (-15)
« Un écrivain argentin a même déclaré que c'était une folie d'écrire des livres. Mieux vaut faire semblant que ces livres existent déjà. Il faut juste en offrir un résumé, un commentaire... Est-ce qu'un sourire idiot vient de l'idiot ou est-ce qu'il a été inventé pour l'idiot ou alors contre lui. Si l'idiot sourit c'est qu'il garde espoir... Il se souvient qu'autrefois dans le vide, l'acte le plus humble d'héroïsme ou d'amour n'était pas moins mystérieux que le supplice. Dans le vide, la moindre création devient miracle. » – Jean-Luc Godard, Soigne ta Droite, 1987 (-11)
La Lectrice soumise, René Magritte, 1928 (-14)
Rayuela fait partie de ces romans devant être domptés à l'instar des oeuvres de Joyce ou Gaddis. Plus exigeant qu'un Perec, il se révèle vite aussi joueur. Cortázar brise le miroir que représente souvent un livre pour le lecteur, et ce lecteur verra dans chaque éclat, quelque chose de différent s'y réfléchir. (-9)
Jouons à la marelle. Oui, jouons au jeu de la marelle. (-17)
En élaborant cette critique basée sur le même concept que Rayuela, au-delà de vous donner une idée du concept, je tente d'appréhender le processus de l'autre côté du miroir, pour mieux comprendre le livre, et peut-être l'écrivain. (-7)
« le désordre triomphait et courait à travers la maison, les cheveux emmêlés et pendants, les yeux vitreux, les mains pleines de jeux de cartes incomplets, de messages sans en-tête et sans signature et, sur les tables, des assiettes de soupe refroidissaient, le sol était jonché de pantalons, de pommes pourries, de bandes tachées. Et tout cela soudain grandissait et c'était une musique atroce, plus atroce encore que le silence feutré des maisons bien cirées de ses irréprochables parents, et alors, au milieu d'une grande confusion où le passé était incapable de retrouver un bouton de chemise et où le présent se rasait avec des morceaux de verre faute de pouvoir retrouver un rasoir enterré dans un pot à fleurs, au milieu d'un temps qui s'ouvrait comme une girouette au premier vent venu, un homme respirait à perdre haleine, se sentait vivre jusqu'au délire dans cet acte même de contempler la confusion qui l'entourait et de se demander si tout cela avait un sens. Tout désordre se justifiait s'il cherchait à sortir de lui-même, par le chemin de la folie on pouvait peut-être atteindre une raison autre que celle dont l'absence est la folie. « Aller du désordre à l'ordre, pensa Oliveira. Oui, mais quel ordre peut bien être celui qui ne ressemble pas au plus néfaste, au plus terrible, au plus incurable des désordres? L'ordre des dieux s'appelle cyclone ou leucémie, l'ordre du poète s'appelle antimatière, espace dur, fleur de lèvres tremblantes, mamma mia, quelle snorbia j'ai, il faut que j'aille au lit tout de suite. » La Sybille pleurait, Guy avait disparu, Étienne discutait avec Perico, Gregorovius, Wong et Ronald regardaient un disque qui tournait lentement, trente-trois tours et demi par minute, ni un de plus ni un de moins, et dans ces tours-là, Oscar's Blues, par Oscar lui-même au piano, un certain Oscar Peterson, un certain pianiste triste et gros, un type au piano et la pluie sur les vitres, de la littérature, quoi. » (-12)
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Leraut
  24 mai 2014
Marelle
Julio Cortàzar
Traduit de l'Espagnol par Laure Guille Bataillon pour la partie roman
Traduit de l'Espagnol par Françoise Rosset pour la partie essai
Voici, un chef d'oeuvre littéraire incontournable, classique, purement splendide, achevé. Une marelle se jouant du ciel et de la terre, du paradis et de l'enfer.
Décrire ce puissant livre sans rien laisser au hasard. Ne serait-ce que le bruissement du caillou touchant la case noire ou blanche. L'histoire merveilleusement écrite d'Horacio Oliveira et Sibylle et de son petit trésor Rocamadour. Partie blanche, sérieuse, risquée d'un amour en piste d'étoiles. Ne rien dévoiler pour ne pas risquer de dénaturer le sublime : les paroles riches et porteuses de ces deux êtres. L'intelligence de la prose subjugue le lecteur. Ce livre devient un pilier Argentin du patrimoine culturel et philosophique. Les conversations sont toutes à surligner. Les confidences de Julio Cortàzar sont si grandes que l'on entend les murmures les pages qui tournent plus vite les unes que les autres. Où l'on se dit qu'il existe des auteurs qui savent converser autour d'un maté avec le lecteur. Ce partage renforce l'idée d'une Argentine puissamment littéraire et brillante.
Page 76 : « Je sais bien qu'on n'y gagne rien. »dit Grégorovius. « Les souvenirs ne peuvent changer que le passé le moins intéressant. »
Page 97 : « le maté…..rapporté de Rosario : « La Croix du Sud » poumon de secours argentin pour les solitaires et les tristes ».
Page 119 : « Etre seul en définitive, c'est être seul sur un certain plan où d'autres solitudes pourraient à la rigueur établir un contact avec nous. »
Cette partie linéaire (partie roman) jusqu'au chapitre 56 est le tapis rouge d'Art avec un A majuscule.
La deuxième partie (essai) dont la lecture originale est perspicace. On passe d'un chapitre, à un autre, en arrière, en avant. C'est une tournure habile de Cortàzar de déjouer ainsi la dualité. Morelli l'écrivain double de Cortàzar transforme la trame en habits d'Arlequin. Lorsque les couches d'habits tomberont au fur et à mesure des chapitres, le noir et le blanc, ensemble toucheront le ciel. Ce livre, pavé d'Or aux 651 pages est l'emblème de l'Argentine. Traveler double d'Horacio emporte cette partie vers le rire, la légèreté. Mais les perspectives de lire « La Marelle » sont nombreuses. C'est un livre qui mène le lecteur vers des pistes immenses de compréhension et de degrés. Il est inépuisable. C'est une gorgée de maté bue dans un pot passant d'une main à une autre indéfiniment. Un regard grave et contemporain sur le genre humain .Il est pénétré de la grandeur cosmopolite des sentiments vrais.
Les Argentins ont leur « Victor Hugo » en Julio Cortàzar. Et le lecteur devient riche du verbe Argentin.
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Ingannmic
  08 octobre 2014
Je ne sais pas ce qui est le plus aventureux, entre lire "Marelle", ou en parler.
"Marelle" contient en réalité deux livres : le premier se lit, banalement, du chapitre 1 à 56. S'y déroule la singulière histoire d'amour qui unit l'argentin Horacio Oliveira à Sybille, l'uruguayenne au passé trouble, tous deux exilés dans le Paris des années 50, où l'on boit en écoutant du jazz, où l'on disserte des heures durant, entre membres du "Club", sur l'oeuvre de l'écrivain Morelli, consacrée à la quête d'un langage dont les mots cesseraient de trahir la réalité.
Le deuxième livre contenu dans "Marelle", se parcourt comme un labyrinthe dont Julio Cortázar vous donne le plan : vous y suivez les 155 chapitres dans un ordre non linéaire qu'il vous indique en début d'ouvrage, navigant entre intrigue et ... et quoi, d'ailleurs ? Et bien vous y trouverez pêle-mêle des articles de journaux, des extraits d'autres livres, des aphorismes parfois absurdement drôles -ou le contraire-, des transcriptions des analyses de Morelli sur sa quête littéraire -ou non littéraire, puisqu'il veut sortir de tout ce que la littérature a produit jusqu'à présent-, "troubler les habitudes mentales du lecteur (...), véritable et unique personnage qui l'intéresse, dans la mesure où un peu de ce qu'il écrit devrait contribuer à le modifier, à le faire changer de position, à le dépayser, à l'aliéner."
Était-ce également le but de Julio Cortázar, en nous invitant à cet étonnant jeu de piste, qui nous mène de la fiction à la réflexion métaphysique, du rire à la poésie, qui annihile la frontière entre les genres ?
Ce que je peux dire, c'est qu'il s'est agi pour moi d'une expérience de lecture prégnante et singulière, qui m'a donné dans un premier temps le sentiment de m'y noyer. Marelle est un long roman, parfois difficilement abordable, et le fait d'y progresser à l'aveugle était déstabilisant. Puis, à un certain moment, cette sensation s'est transformée. Plutôt que d'une noyade, j'avais l'impression d'une promenade étrange, qui durerait indéfiniment, mais dans laquelle j'avais accepté de m'installer sans me poser trop de question, observant avec curiosité le défilement apparemment chaotique des chapitres, rassurée et intéressée par le fil conducteur constitué par l'histoire d'Horacio.
Que me restera-t-il de cette lecture ? le souvenir de certaines scènes que l'écriture de Julio Cortázar, précise, profuse, et si belle, rend presque palpables. La mélancolie qui émane du personnage d'Horacio, qui semble se perdre dans une quête dont il ignore le but. Et surtout, j'aurais le souvenir de l'état dans lequel m'a plongée cette lecture, cette sorte de lâcher prise consistant à se laisser mener au coeur du livre, en acceptant de ne pas savoir combien de temps cela va durer, cette impression à la fois de subir et d'interagir...
Nul doute que "Marelle" fait partie de ces livres que je rouvrirais souvent, pour en relire certains passages au hasard.
Surtout, je réalise ma maladresse, et à quel point parler de "Marelle" n'est pas lui rendre justice. "Marelle" se vit, s'ingère, se découvre sans fin...
Lien : http://bookin-ingannmic.blog..
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dbacquet
  24 mars 2014
Marelle est d'abord un jeu, un roman ludique, en forme de labyrinthe et de cercle − certains chapitres, dont la lecture peut ne pas être linéaire, finissent par revenir sur eux-mêmes… Un roman sur la quête existentielle, un roman souvent sensuel, voire animal, et révolutionnaire, au foisonnement baroque et surréaliste, un roman parfois tendre et grave aussi, qui, autour d'Horacio et de la Sybille et de leurs amis du Club, grands amateurs de blues et de jazz, d'alcools, de littérature et de peinture, arpente les rues de Paris ou bien de Buenos Aires, quand Horacio, exilé argentin, retrouva Traveler, un vieil ami, et Talita.
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deslivresetdesfilms
  09 mars 2016
« Marelle » est le premier roman de l'écrivain argentin Julio Cortazar que je lis. Ainsi, ce livre construit de manière labyrinthique exige toute l'attention du lecteur. Effectivement, l'histoire n'est absolument pas linéaire et il faut être concentré pour ne pas perdre le fil… Divisé en trois grandes parties composées de petits chapitres mélangés, le texte de Julio Cortazar narre l'histoire de différents personnages nihilistes, hédonistes…
Horacio Oliveira et La Sibylle font partie d'un groupe d'amis qui vagabondent, le plus souvent à Paris. Ainsi, ces derniers se retrouvent et philosophent sur la littérature, la peinture, le jazz et sur tout ce qui fait la vie, mais aussi la mort. Aussi, nos bohémiens (bobos) vivent des moments de joie, de peine, d'amour… Et nous sommes touchés par ce qui leur arrive. Une ambiance de liberté règne, mais aussi d'insouciance, de légèreté. J'aime ce genre de livre dans lequel plane une atmosphère étrange qui vous prend aux tripes. Avec ses histoires envoûtantes, il m'arrive souvent de repenser aux personnages que j'ai quittés, avec nostalgie.
Dans la seconde partie du livre Horacio Oliveira, à la suite d'un malheureux événement, quitte La Sibylle et ses amis parisiens pour en retrouver d'autres à Buenos Aires. Ces derniers ressemblent à l'ancien couple parisien. Nous voilà plongés dans une autre histoire, un autre monde... On repense à Paris et l'on voudrait savoir ce que deviennent nos amis intimes de l'autre côté de l'océan. le personnage de la Sibylle, auquel je me suis attaché, me manquait, je voulais la retrouver. Horacio Oliveira aussi y pense à ses amis de Paris, à ce qui se passe là-bas. Certes, il ne dit rien, mais c'est ce que l'on ressent au fur et à mesure de notre lecture. Forcément, il ne peut en être autrement. Qui n'a pas connu ce moment où l'on se retrouve éloigné de ses amis ? Dans ce genre de situation, on se sent à la fois mélancolique et heureux de vivre de nouvelles aventures. Effectivement, la vie à Buenos Aires est intéressante, on s'attache aussi aux nouveaux personnages. Cependant, malgré tout un manque persiste…
« La plus grande qualité de mes ancêtres est d'être morts ; j'attends modestement mais orgueilleusement le moment d'hériter d'eux cette vertu. J'ai des amis qui ne manqueront pas de m'élever une statue où ils me représenteront penché bouche bée sur une mare où il y aura de petites grenouilles authentiques ».
Dans la troisième partie du livre, la plus courte, mais aussi la plus déstructurée, on retrouve enfin Horacio Oliveira et La Sibylle. Les chapitres sont concis, ils ne font parfois que quelques lignes, on y retrouve des citations d'articles de presse ou bien d'auteurs comme Antonin Artaud, Georges Bataille, Malcolm Lowry, Anaïs Nin ainsi que beaucoup d'autres. Pour la plupart, les écrivains cités sont aussi ceux que j'aime et qui me parlent.
La structure et les nombreuses références font de « Marelle » un roman difficile à lire, mais il n'en reste pas moins que l'histoire est charmeuse. Ce que je dis peut sembler paradoxal, cependant c'est exactement ce que j'ai ressenti. J'ai été subjugué par les personnages et désarçonné par la construction du livre. Enfin, « Marelle » n'est pas un simple roman qui raconte une histoire, il s'agit aussi d'un essai sur les différentes formes d'art, mais aussi sur la vie. Lorsque je dis cela forcément on pense au livre « À rebours » dans lequel Joris-Karl Huysmans fait une critique de ses oeuvres et courants artistiques préférés. Cependant, les deux romans ne se ressemblent absolument pas.
Qui a déjà connu ce type de sensations après la lecture d'un livre ? Qui a déjà lu Marelle ? Qu'en avez-vous pensé ? Et pour ce qui est de l'auteur, Julio Cortazar ?
Lien : http://deslivresetdesfilms.c..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
nattanatta   21 novembre 2015
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres, je touche d'un doigt le bord de tes lèvres. Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s'entrouvrait pour la première fois et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer. Je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu'elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement à ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s'enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvement vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l'eau.
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gavarneurgavarneur   13 juin 2018
-Au fond, dit Gregovorius, Paris est une énorme métaphore.
Il tapa sur sa pipe, tassa un peu le tabac. La Sybille avait allumé une autre Gauloise et chantonnait. Elle était si fatiguée que cela ne la vexa même pas de ne pas comprendre la phrase. Comme elle ne posait pas précipitamment une question, selon son habitude, Gregovorius se décida à expliquer. La Sybille écoutait comme de loin, protégée par l'obscurité de la pièce et la cigarette. Elle entendait des choses isolées, le nom d'Horacio qui revenait, le désarroi d'Horacio, le vagabondage stérile des amis du Club, les bonnes raisons qu'ils se donnaient pour croire que tout cela pouvait avoir un sens. De temps en temps, une phrase de Gregovorius se dessinait dans l'ombre, verte ou blanche, parfois c'était un Atlan, parfois un Estève, puis un son, au hasard, tournait sur lui-même, s'épaississait, enflait comme un Manessier, comme un Wilfredo Lam, comme un Étienne, comme un Max Ernst. C'était amusant, Gregovorius disait : « Ils sont tous occupés à regarder ces routes babyloniennes, si je puis dire, et ... » et la Sibille voyait naître un Deyrolles resplendissant, un Bissière, mais déjà Gregovorius parlait de l'inutilité d'une ontologie empirique et soudain c'était un Friedlander, un Villon délicat qui réticulait la pénombre et la faisait vibrer, ontologie empirique, des bleus de fumée, des roses, empirique, un jaune clair, un creux où tremblaient des étoiles blanc pâle.
Page 158
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gavarneurgavarneur   06 juin 2018
[…] et toute cette franc-maçonnerie du samedi soir dans la chambre d'étudiant ou les caves, avec des filles qui préfèrent danser en écoutant Star Dust ou When your man is going to put you down et qui exhalent une odeur douce et lente de parfum, de peau et de chaleur, elles se laissent embrasser vers la fin de la soirée, quelqu'un a mis The blues with a feeling et l'on danse presque immobile en se balançant seulement, et tout est trouble, sale et canaille, et tous les garçons ont envie d'arracher ces corsages tièdes tandis que les mains caressent une épaule, et toutes les filles ont la bouche entrouverte et elles s'abandonnent à la peur délicieuse et à la nuit et alors se dresse une trompette qui les possède toutes pour tous les hommes qui sont là, qui les prend d'une seule phrase chaude et les laisse retomber comme de l'herbe fauchée entre les bras de leur compagnon, et il y a une course immobile, un saut dans l'air de la nuit au-dessus de la ville, jusqu'à ce qu'un piano minutieux les rende à elles-mêmes, épuisées, réconciliées et toujours vierges, jusqu'au samedi suivant, tout cela en une musique qui effraie les bonnes gens des places d'orchestre pour qui il ne saurait y avoir de vérité sans programme imprimé et ouvreuse, et ainsi va le monde et le jazz est comme un oiseau qui émigre ou immigre ou transmigre, saute-barrière, moque-douanes, quelque chose qui court et se répond […]
Page 88
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gavarneurgavarneur   21 juin 2018
Comme rien ne les amusait plus que de jouer avec les mots, ils inventèrent, en ces jours-là, le jeu du cimetière. Ils ouvraient le dictionnaire, page 558, par exemple, et ils jouaient avec le hackery, la haquétie, le haquebute, l'hadrotome, l'haceldama, le hadru et le hadur. Mais au fond, ils étaient un peu tristes en pensant à toutes les possibilités perdues à cause du caractère argentin et de la fuite-implacable-du-temps. A propos de pharmacienne, Traveler soutenait que c'était la classe noble d'une nation profondément mérovingienne, et lui et Oliveira composèrent en l'honneur de Talita un poème épique où les hordes pharmaciennes envahissaient la Catalogne en semant la terreur, le piperin et l'ellébore. La nation pharmacienne aux superbes chevaux. Méditation dans la steppe pharmaceutique. Ô impératrice des pharmaciens, aie pitié des talochés, des talonnés, des talamasques et des taillables qui se taillent.
Page 268
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fredhofredho   27 avril 2016
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s'enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvements vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l'eau.
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Le vendredi 25 mai 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr) avait la grande joie d'accueillir André Rougier en qualité de libraire d'un soir.
Il évoquait pour nous :
1. Pierre Michon, "Rimbaud le fils" (08:21) 2. Jakuta Alikavazovic, "La blonde et le bunker" (16:00) 3. Julien Gracq, "La presqu'île" (27:55) 4. Cees Nooteboom, "Le jour des morts" (38:15) 5. Claudio Magris, "Danube" (44:38) 6. Julio Cortazar, "Heures indues" (50:55) 7. Javier Cercas, "Le point aveugle" (1:08:10)
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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