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Nestor Ibarra (Préfacier, etc.)Paul Verdevoye (Traducteur)
EAN : 9782070366149
185 pages
Gallimard (25/10/1974)
4.07/5   1198 notes
Résumé :
Date de publication originale : 1944

Sans doute y a-t-il du dilettantisme dans ces Fictions, jeux de l'esprit et exercices de style fort ingénieux. Pourtant, le pluriel signale d'emblée qu'il s'agit d'une réflexion sur la richesse foisonnante de l'imagination. Au nombre de dix-huit, ces contes fantastiques révèlent, chacun à sa manière, une ambition totalisante qui s'exprime à travers de nombreux personnages au projet démiurgique ou encore à travers L... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
4,07

sur 1198 notes

Nastasia-B
  14 janvier 2013
Je suis assez perplexe quant à ce que je pense de ce recueil de nouvelles. Mon impression est très mitigée : au coeur, des idées philosophiques captivantes, mais autour, du bla-bla parfois soporifique.
Tout d'abord, les points qui me sont apparus plutôt négatifs : des nouvelles tantôt bizarres, tantôt ésotériques, tantôt limpides, tantôt policières, bref une sorte de fatras hétérogène. Ensuite, j'ai été assez déçue par le style dont la lecture ne m'a procuré aucun plaisir purement littéraire (certes j'ai lu une traduction, mais tout de même), au sens de la jubilation d'une formule ou de la beauté du verbe. En effet, les nouvelles ne couvrent, bien souvent, que quelques pages et pourtant, Jorge Luis Borges trouve parfois le moyen d'être barbant, verbeux ou pédant, voire, les trois à la fois. Pour étayer mes dires, je vais donner un exemple de ce que j'avance à l'aide d'un court extrait de deux phrases, pris au hasard (j'aurais pu en choisir bien d'autres) :
"En Asie mineure ou à Alexandrie, au second siècle de notre foi, quand Basilide proclamait que le cosmos était une improvisation téméraire ou mal intentionnée d'anges déficients, Nils Runeberg aurait dirigé avec une singulière passion intellectuelle un des petits couvents gnostiques. Dante lui aurait destiné, peut-être, un sépulcre de feu; son nom grossirait les catalogues des hérésiarques mineurs, entre Satornile et Carpocrate; quelque fragment de ses prédications, agrémenté d'injures, resterait dans l'apocryphe Liber adversus omnes haeres ou aurait péri quand l'incendie d'une bibliothèque monastique dévora le dernier exemplaire du Syntagma."
Je ne sais pas si je vous ai convaincu, mais pour moi, ces phrases aussi facile à hâler que des trente-huit tonnes furent un ressenti très dommageable car j'aurais aimé me pencher avec plus de plaisir et d'entrain sur ce qui constitue le fond des nouvelles, à savoir, des réflexions philosophiques ou des amorces d'essai de très grand intérêt.
Ainsi, le recueil est organisé en deux ensembles intitulés "Le jardin aux sentiers qui bifurquent" et "Artifices" et compte 17 nouvelles. de mon point de vue, certaines nouvelles sortent vraiment du lot et ont su impressionner mon esprit de manière positive, non pas par le plaisir qu'elles procurent à la lecture, mais par ce qu'elles impriment de durable chez le lecteur. N'oublions pas que notre cerveau a tendance à ne retenir que les meilleures parts d'un souvenir composite.
Dans "Pierre Ménard, auteur du Quichotte", Borges aborde avec humour et ironie le cas des écrivains qui se font des noeuds au cerveau et qui essaient, par des processus alambiqués de réinventer la poudre coûte que coûte. Cette réflexion pourrait être élargie à bien d'autres corps de métiers qui comptent en leurs rangs de pleines bordées de magnifiques phraseurs, qui se révèlent être d'authentiques branleurs de mouches dès qu'on creuse un peu dans leur spécialité.
"La bibliothèque de Babel" est plus symboliste et plus complexe. L'auteur se penche sur plusieurs notions imbriquées. D'une part notre position de maillon anonyme dans une chaîne sans fin, au sein de laquelle nous puisons nos influences (chaînons antérieurs) et dans laquelle nous injectons la nôtre aux chaînons à venir. De la sorte, il évoque le fait que tout peut faire sens, pas nécessairement consciemment, ni partout, ni tout le temps, mais que rien n'est à négliger. D'autre part, il milite, ce qui n'est pas si fréquent, dans le sens de minimiser l'impact des grandes catastrophes culturelles que sont les autodafés, où les pertes sont souvent, après coup, élevées au rang des merveilles du monde englouties. Il raisonne de par leur nombre (faible par rapport à ce qui reste) et de par leur genèse (les oeuvres détruites ont bénéficié des mêmes influences que celles qui demeurent) et de par leur position dans la chaîne, à savoir que même si elles ont aujourd'hui disparu, elles (les oeuvres) ont tout de même exercé leur influence sur d'autres oeuvres, qui elles continuent d'exister et d'apporter leur richesse au reste de l'édifice. On peut lire encore bien d'autres considérations dans cette nouvelle (la ruche avec ses hexagones, l'aspect visionnaire de Borges quand il décrit avant l'heure l'analogie entre la somme d'écrits apparemment inutiles d'une bibliothèque et notre ADN non codant pouvant s'exprimer un jour ou l'autre, etc.) mais qu'il serait long de développer ici.
"La loterie de Babylone" est probablement celle qui m'a le plus intéressée. Jorge Luis Borges, avec un sens mathématique indéniable (comme dans plusieurs autres nouvelles), bâtit une sorte de modèle humain théorique et probabiliste qu'il laisse tourner pour en chercher le développement ultime. Ainsi, en introduisant dans son modèle une variable a priori anodine, il en vient à donner une forme d'explication théorique à la mainmise du pouvoir et de l'économie, aux rapports de force sociaux, et en somme, à comment une société quelle qu'elle soit s'auto-organise en combinant hasard et nécessité. le plus stupéfiant, c'est que l'auteur, avec sa façon de nous présenter les choses nous invite fatalement à comparer l'organisation sociale réelle à sa petite machinerie théorique et à y trouver force points communs.
"Le jardin aux sentiers qui bifurquent", de part son personnage principal asiatique, mais surtout par son tour particulier, sa lenteur étudiée m'a rappelé de grands écrivains esthètes extrême-orientaux comme Kawabata.
Enfin, il n'est probablement pas inutile de mentionner que les nouvelles "La bibliothèque de Babel" et "Le miracle secret" inspirèrent à Umberto Eco son fameux roman le Nom de la rose (peut-être bien aussi le nom d'un site internet que vous fréquentez régulièrement...).
Voilà, à vous de voir maintenant, je vous ai livré la mienne, à vous de conFICTIONner votre propre conFICTION sur cette oeuvre.
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JacobBenayoune
  07 novembre 2013
C'est avec ce petit livre que j'ai fait ma première rencontre avec Borges. J'ai commencé par son livre le plus connu (classé parmi les 100 meilleurs livres de tous les temps).
J'y ai trouvé tout l'art de l'écrivain argentin. Sa ruse littéraire en essayant de se faire passer pour un simple novice de la littérature et de nous décrire comme réel, un imaginaire; son savoir encyclopédique qui nous donne l'impression que Borges a tout lu, son imagination féconde nourrie de ses lectures abondantes de tout ce qui lui tombe entre les mains (Littérature occidentale, orientale ...), ses métaphores et son symbolisme ouverts à toutes les interprétations, sa manière originale à nous pousser à réfléchir, à imaginer, à examiner, à chercher pour découvrir, à nous ouvrir de nouvelles voies.
J'y ai trouvé également, l'homme labyrinthique qu'est Borges, qui mène le lecteur là où il n'aurait jamais pu entrer! Pour lire ce tout petit livre, il faut une référence riche, il faut s'adapter au style de Borges, à toutes ces informations historiques (plutôt mythologique), scientifiques (mathématiques). En plus, Borges est l'homme au miroir, un monde a son double. Et cela à l'infini; le monde bibliothèque, l'homme et son double rêvé, le réel et l'imaginaire, le destin et le hasard...Borges est aussi l'homme bibliothèque, son livre est un mélange savant de tous les écrits universels mais aussi des encyclopédies qu'il a consultées.

Les pièces (car on ne peut les nommer ou classer) que regroupe ce recueil sont variées et originales (au niveau de la forme et du fond). Borges qui prône la relecture, nous présente une oeuvre à relire à l'infini. Car ces pièces sont comme du verre pulvérisé qui montre à chaque fois un reflet différent; des perles chatoyantes.
Si Kafka a voulu (entre autre) représenter le monde en le transformant en rêve (ou cauchemar), Borges a voulu recréer le monde qu'il ne verra plus, à cause de sa cécité.
J'ai beaucoup aimé les "histoires" de cet homme dormant pour rêver quelqu'un qui est lui-même rêvé par un autre, de cet auteur de Don Quichotte et le changement du lecteur, de ce monde bizarre d'Uqbar, de cette bibliothèque universelle, de ce condamné à mort qui pense à toutes les possibilités qui peuvent lui arriver lors de son exécution (chose que moi aussi je fais), de cet écrivain fictif à l'oeuvre fictive qui est décrit comme réel à l'oeuvre singulière, et de cette recherche d'Almotasim...
Une fois lu, je me suis dit: je lirai Borges toujours, je n'étais plus le même; de nouveaux horizons étaient ouverts!
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Myriam3
  17 janvier 2017
Le temps a fait son oeuvre!
J'avais lu Fictions quand j'étais étudiante et il faut bien le dire, j'étais bien passée à côté. Je reconnaissais, en partie aux dires de ma prof, qu'il s'agissait d'un auteur important, mais je n'étais pas arrivée à rentrer dans les nouvelles de Borges, les jugeant trop érudites et obscures.
Plus ou moins 20 ans plus tard, je reprends enfin le livre, plein d'annotations de l'époque; j'ai trouvé la bonne focale du premier coup, la bonne distance pour apprécier l'humour qui se cache derrière cette érudition feinte et bref, j'ai adoré! Est-ce la maturité? le sérieux mis à mal par un gain d'expérience? Dans mon cas, sans doute!
Le recueil fait en tout et pour tout 180 pages, c'est peu et pourtant, il m'a fallu un mois pour le finir. Pour apprécier chaque nouvelle, pour ne pas en commencer une autre les yeux hagards, sans saisir le contexte de ce nouveau récit qui succède celui qui m'a été révélé juste avant.
Maintenant que j'ai fini, je tiens à dire que j'ai été soufflée par l'univers que chaque nouvelle (trois pages en moyenne) faisait naître en quelques mots: le passé, le présent et le futur, le monde, l'espace, l'infini, la vie et la mort, l'éternité toute cela apparaît dans une mise en abyme vertigineuse.
Borges est fasciné par le thème du labyrinthe parfait qui engloberait le Tout dans une sorte de répétition à l'infini, dans une infinité de variantes. Tout cela laisse le lecteur abasourdi et comme immobile dans l'oeil du cyclone, attendant la chute ultime.
Mais Fictions est aussi empreint d'une forte poésie mélancolique qui rend chaque nouvelle intemporelle. Après cette relecture, je comprends enfin pourquoi Borges est cité parmi les auteurs les plus importants du XXième siècle car comme Proust, mais une dizaine de milliers de pages en moins, il parvient à immobiliser le Temps dans ses mots.
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peloignon
  18 avril 2013
Existe-t-il des récits de fictions avec autant de portée philosophique quelque part dans l'ensemble de la littérature? Chez Lessing, chez Novalis, chez Kafka, chez Hesse, chez Kierkegaard, peut-être? En tout cas, on nage dans ces eaux là, en excellente compagnie!
Les récits surgissent à partir de toutes sortes d'horizons (mystique, fantastique, érudition, faits divers, etc.) pour s'étaler, avec autorité et confiance devant l'esprit fasciné du lecteur que je suis et les idées comme les perspectives employées m'ont entraîné à toutes sortes de profondeurs spirituelles et philosophiques tout en me divertissant avec beaucoup d'efficacité.
La Bibliothèque de Babel et Pierre Ménard, auteur de Don Quichotte se démarquent particulièrement pour moi parmi les nouvelles en présence dans Fictions. Les deux nouvelles présentent des caricatures ironiques symbolisant l'absurdité et la vanité absolue de la quête du savoir effrénée dans laquelle notre civilisation semble actuellement irréductiblement lancée.
J'ai aussi beaucoup apprécié la lutte pour la liberté qu'expriment plusieurs nouvelles dont Tlön, Orbis Tertius et surtout La Loterie à Babylone.
Combien de fois, je suis tombé sur une évocation de nouvelles issues de ce recueil? Je ne saurais dire! Probablement au moins aussi souvent que sur des évocations de Fables d'Ésope ou des Contes d'Andersen!
Un lecteur a besoin de savoir certaines informations précises, histoire de saisir le sens de ce qui est exprimé et l'impression qui doit s'en dégager et c'est au mot près que Borges lui livre toujours la juste mesure. Il est évidemment possible que le message ne passe pas chez certains, mais toutes les chances auront été mises à sa disposition afin de garder son attention et son intérêt à leurs niveaux maximums.
Oui, pour moi, Borges écrit exactement ce qu'il veut, avec une élégance sans compromis.
Ce sont carrément devenues des incontournables dans l'histoire de la pensée occidentale et il aura eu la chance de le savoir de son vivant. Quel merveilleux recueil de nouvelles philosophiques!
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Isidoreinthedark
  04 août 2022
« Fictions », publié en 1944 et traduit en français sous la direction de Roger Caillois en 1951 est sans doute le recueil de nouvelles le plus célèbre de Jorge Luis Borges. Il comporte deux parties, « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » et « Artifices ».
Ce recueil de l'un des concepteurs du « réalisme magique » latino-américain est fortement marqué par l'inclination pour l'abstraction et la pensée spéculative de son auteur argentin, qui lui confère une dimension quasi métaphysique.
Si les multiples labyrinthes, les jeux de miroirs et les bifurcations sans fin qui hantent « Fictions » dessinent l'empreinte de l'écriture borgésienne, le statut de chef d'oeuvre du recueil doit à l'inventivité étonnante, à la profondeur vertigineuse et au style empreint de poésie des textes qui le composent.
***
Le texte qui suit propose une analyse de l'une des nouvelles de la première partie du recueil, « Les ruines circulaires ».
« Nul ne le vit débarquer dans la nuit unanime, nul ne vit le canot de bambou s'enfoncer dans la fange sacrée, mais peu de jours après nul n'ignorait que l'homme taciturne venait du Sud et qu'il avait pour patrie un des villages infinis qui sont en amont, sur le flanc violent de la montagne, où la langue zende n'est pas contaminée par le grec et où la lèpre est rare ».
En quelques mots, le décor est posé. le style borgésien frappe telle une flèche empoisonnée et emporte son lecteur sur les rives du « réalisme magique » cher à l'auteur argentin.
Dans « Les ruines circulaires », Borges nous narre la destinée d'une sorte de mage, qui s'astreint à enfanter un homme en le rêvant. « Le dessein qui le guidait n'était pas impossible bien que surnaturel. Il voulait rêver un homme : il voulait le rêver avec une intégrité minutieuse et l'imposer à la réalité. »
Pour réaliser son projet, le mage s'impose de longues heures de sommeil sur l'île sur laquelle il vient d'accoster. Pendant ces interminables heures de rêve, il construit organe après organe un homme tel un démiurge tout puissant. Las, malgré le temps et les efforts surhumains consacrés à la genèse de l'homme qu'il souhaite engendrer, ce dernier ne s'éveille pas. Saisi par le désespoir, le mage détruit une partie de son oeuvre. Pris de repentir, il implore l'aide d'une statue aux multiples facettes, qui se révèle être le dieu Feu.
Ce dieu lui indique être en mesure d'animer l'homme rêvé, « de sorte que toutes les créatures, excepté le Feu lui-même et le rêveur, croiraient que c'est un homme en chair et en os ». le mage obéit aux consignes données par le dieu Feu et envoie son enfant dans un temple situé en aval. le miracle tant désiré advient : le rêvé s'éveille.
L'homme débarqué dans « une nuit unanime » accomplit son destin et jouit enfin de sa paternité inespérée.

Tout le génie de Borges est condensé dans cette nouvelle. Il réussit à créer un attachement immédiat pour ce mage démiurge qui rêve d'enfanter, nous fait partager ses échecs, ses doutes, ainsi que l'amour qu'il porte à son enfant comme en témoigne sa crainte que celui-ci ne découvre qu'il n'est qu'un rêve. La poésie et la finesse de l'écriture lui confèrent une véritable épaisseur narrative et donnent tout son sens à l'expression parfois galvaudée de « réalisme magique ». Et pourtant, c'est évidemment le dénouement final, la fameuse circularité qui donne son titre à la nouvelle, qui nous emporte dans une autre dimension, en nous plongeant dans une forme de vertige purement spéculatif dont Borges est si friand.
Tel un démiurge littéraire, ce dernier distille les indices (« Parfois, il était troublé par l'impression que tout cela était déjà arrivé ... »), et en ouvrant une réflexion sur la frontière ténue en l'illusion et la réalité, entre le rêve et l'existence, construit une sorte de puits métaphysique dans lequel le lecteur plonge, inconscient.
Borges manie également avec une certaine ironie le renversement de paradigme du feu qui épargne, car le feu ne détruit que ce qui existe. C'est en épargnant la « vie » du mage que le feu lui révèle que celle-ci n'est qu'illusion. le feu borgésien brûle les illusions, dévore les rêves et agit comme un révélateur.
L'immortalité est un leurre qui ne concerne que ceux qui n'existent pas, « Les ruines circulaires » sont un poème métaphysique, et une profondeur insoupçonnée se dissimule derrière la rigueur formelle et le goût pour les jeux de l'esprit de l'auteur.
Le rêvé qui s'éveille n'est pas le seul fruit de la volonté du mage, il est aussi et surtout l'oeuvre du dieu Feu. La fin de la nouvelle donne le vertige en ce sens qu'elle multiplie les questions : la vie est-elle un songe ? Notre existence n'est-elle que le rêve d'un dieu ? Sommes-nous des fantômes errant sur terre dont seul ce dieu connaît la « non-existence » ?
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Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
AmesheuresperduesAmesheuresperdues   24 septembre 2022
Judas, le seul parmi les apôtres, pressentit la secrète divinité et le terrible dessein de Jésus. Le Verbe s’était abaissé à être délateur (la délation étant le comble de l’infamie) et à être l’hôte du feu qui ne s’éteint pas.
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Nastasia-BNastasia-B   06 octobre 2013
Mon père me rapportait qu'autrefois — parlait-il d'années ou de siècles ? — la loterie était à Babylone un jeu de caractère plébéien. Il racontait, mais je ne sais s'il disait vrai, que les barbiers débitaient alors contre quelques monnaies de cuivre des rectangles d'os ou de parchemin ornés de symboles. Un tirage au sort s'effectuait en plein jour, et les favorisés recevaient, sans autre corroboration du hasard, des pièces d'argent frappées. Le procédé était rudimentaire, comme vous le voyez.
Naturellement, ces " loteries " échouèrent. Leur vertu morale était nulle. Elles ne s'adressaient pas à l'ensemble des facultés de l'homme, mais seulement à l'espoir.

LA LOTERIE À BABYLONE.
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El_Camaleon_BarbudoEl_Camaleon_Barbudo   27 juillet 2022
Le peloton se forma et se mit au garde-à-vous. Hladik, debout contre le mur de la caserne, attendit la décharge. Quelqu'un craignit que le mur ne fût tâché de sang ; alors on ordonna au condamné d'avancer de quelques pas. Hladik, absurdement, se rappela les hésitations préliminaires des photographes. Une lourde goutte de pluie frôla une des tempes de Hladik et roula lentement sur sa joue ; le sergent vociféra l'ordre final.
L'univers physique s'arrêta.
Les armes convergeaient sur Hladik, mais les hommes qui allaient le tuer étaient immobiles. Le bras du sergent éternisait un geste inachevé. Sur une dalle de la cour une abeille projetait une ombre fixe. Le vent avait cessé, comme dans un tableau. Hladik essaya un cri, une syllabe, la torsion d'une main. Il comprit qu'il était paralysé. Il ne recevait pas la plus légère rumeur du monde figé. Il pensa je suis en enfer, je suis mort. Il pensa je suis fou. Il pensa le temps s'est arrêté. Puis il réfléchit : dans ce cas, sa pensée se serait arrêtée. Il voulut la mettre à l'épreuve : il récita (sans remuer les lèvres) la mystérieuse quatrième églogue de Virgile. Il imagina que les soldats déjà lointains partageaient son angoisse ; il désira communiquer avec eux. Il s'étonna de n'éprouver aucune fatigue, pas même le vertige de sa longue immobilité. Il s'endormit, au bout d'un temps indéterminé. Quand il s'éveilla, le monde était toujours immobile et sourd. La goutte d'eau était toujours sur sa joue ; dans la cour, l'ombre de l'abeille ; la fumée de la cigarette qu'il avait jetée n'en finissait pas de se dissiper. Un autre "jour" passa avant que Hladik eût comprit.

p.155-156
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LuniverLuniver   07 août 2015
[Un] penseur observa que tous les livres, quelque divers qu'ils soient, comportent des éléments égaux : l'espace, le point, la virgule, les vingt-deux lettres de l'alphabet. Il fit également état d'un fait que tous les voyageurs ont confirmé : il n'y a pas, dans la vaste Bibliothèque, deux livres identiques. De ces prémisses incontroversables il déduisit que la Bibliothèque est totale, et que ses étagères consignent toutes les combinaisons possibles des vingt et quelques symboles orthographiques (nombre, quoique très vaste, non infini), c'est-à-dire tout ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues. Tout : l'histoire minutieuse de l'avenir, les autobiographies des archanges, le catalogue fidèle de la Bibliothèque, des milliers et des milliers de catalogues mensongers, la démonstration de la fausseté de ces catalogues, la démonstration de la fausseté du catalogue véritable, l'évangile gnostique de Basilide, le commentaire de cet évangile, le commentaire du commentaire de cet évangile, le récit véridique de ta mort, la traduction de chaque livre en toutes les langues, les interpolations de chaque livre dans tous les livres.

(La Bibliothèque de Babel)
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peloignonpeloignon   25 mars 2013
Une doctrine philosophique est au début une description vraisemblable de l'univers; les années tournent et c'est un pur chapitre - sinon un paragraphe ou un nom - de l'histoire de la philosophie.
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Videos de Jorge Luis Borges (41) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jorge Luis Borges
Luc Courchesne est un pionnier de la création numérique. Des portraits interactifs aux expériences immersives, il crée des oeuvres innovantes et engageantes qui lui ont mérité des récompenses prestigieuses comme le Prix du Gouverneur Général en arts médiatiques (2021), le Prix Paul-Émile Borduas 2019 (Prix du Québec), le Grand Prix de la Biennale de l'ICC à Tokyo en 1997 ainsi qu'un Award of Distinction d'Ars Electronica (1999) à Linz en Autriche. Ses oeuvres font partie de grandes collections et ont fait l'objet d'environ 180 expositions à travers le monde. Diplômé du Nova Scotia College of Art and Design en 1974, puis du Massachusetts Institute of Technology en 1984, il a été l'élève d'Anthony Mann, de Michael Snow et d'Otto Piene. Il est un membre fondateur de Société des arts technologiques (SAT), professeur honoraire à l'Université de Montréal, chargé de studio à l'Université McGill et membre de l'Académie royale des arts du Canada. C'est la Galerie Pierre-François Ouellette art contemporain qui le représente.
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Imaginez que le travail de mise relation et en espace des données d'un corpus est pris en charge par des algorithmes capables de structurer, d'organiser et de disposer un grand nombre d'éléments, que ces scénographies d'éléments peuvent être évolutives, qu'elles se réorganisent en temps réel sous vos yeux… Imaginez le plaisir d'observer de l'intérieur ce qui se passe. Ça serait comme si on venait à nouveau au monde, qu'on migrait vers des territoires non cartographiés, dans des théâtres de mémoire et de connaissances inédits, au coeur de modèles ontologiques émergents, où tisser de nouveaux récits identitaires. Imaginez enfin un croisement entre la Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges et le Mertzbau de Kurt Schwitters. le projet Ontologies éphémères : génération algorithmiques de mondes explorables ambitionne de faire apparaître des formes nouvelles de mise en espace et d'expériences immersives rétroactives qui informent, inspirent et transforment le rapport à soi et au monde.
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