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ISBN : 2742708057
Éditeur : Actes Sud (04/06/1999)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 16 notes)
Résumé :

" Il était tard ; je me demandais si je ne devais pas m'en aller de ce café bruyant, sombre. Seul devant une table, je regardais autour de moi les groupes qui bavardaient et fumaient sans relâche.

Au fond d'une atmosphère obscurcie, les joueurs battaient leurs dominos avec des claquements de fouet qui, à la longue, portaient sur les nerfs.

" Un homme simple, un chômeur, qu'une rencontre fortuite dans un café jette hors des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Malaura
  08 janvier 2013
Les sept nouvelles qui composent le recueil de « Au café » ont été écrites en 1955 à une époque particulièrement troublée, celle des « Evènements » comme on dit pour parler de la guerre d'Algérie.
Du chaos et de la violence de ce conflit insurrectionnel est miraculeusement née une littérature extrêmement riche dont Mohammed Dib fut l'un des pères fondateurs, celle des écrivains maghrébins prenant le français pour support artistique.
Il fut, avec Kateb Yacine, l'un des écrivains algériens contemporains les plus prolifiques de cette génération d'auteurs qui ont permis l'émergence de la littérature maghrébine s'exprimant en langue française.

Bien que les nouvelles de « Au café » aient été rédigées dans un climat particulièrement lourd et tendu, aucune d'entre elles ne désigne explicitement le conflit qui se joue.
C'est ce qui fait sans doute la force de ces histoires, cette façon de ne jamais nommer mais plutôt de suggérer, de laisser deviner et se borner à décrire sobrement les conditions de vie des algériens dans ces années-là.
Pourtant, dans chacune, on sent bien toute l'âpreté, la misère et la pauvreté de la terre d'Algérie sous le joug des colonisateurs.
C'est notamment la faim qui tenaille les ventres, le chômage et la pauvreté, qui transparaissent dans les récits de Mohammed Dib.
Une misère qui mène inexorablement à l'insoumission, à la révolte et à « l'insurrection des fellaghas ».
« Ce n'est pas toi qui est pourri, c'est le monde. On dirait un abcès qui n'arrive pas à crever », « quand nous aurons assez bu de cette lie, c'est nous qui vous supprimerons » dit l'un des deux personnages de « au café » la nouvelle qui donne son titre au recueil.
Qu'il prenne pour cadre un bistrot enfumé de la ville, un coin perdu de montagne, une cour de ferme ou un hôpital, Mohammed Dib s'emploie à montrer toute la tragédie d'un peuple qui peine à vivre et dont le sentiment, entre soumission et désir de révolte, se teinte d'amertume et de désolation.
« Pourquoi me prive-t-on de pain ? » s'interroge le petit Omar dans « Un beau mariage » tandis que dans « La petite cousine », la vieille Mansouria voit en l'hôpital où elle a pu manger et dormir le paradis sur terre…
C'est cette réalité des gens ordinaires d'Algérie que nous donne à voir Mohammed Dib, la réalité d'un pays qui voit des groupes de noirs policiers faire régner la terreur.

Le réalisme éloquent de sa plume s'enrichit de surcroît d'une poésie lumineuse et intense dans la description des lieux et particulièrement des cadres naturels.
Poète, Mohammed Dib sait parfaitement, en quelques mots puissants, en traits évocateurs, chanter la beauté des montagnes, la félicité des bois, l'éclat de la lumière ou le sentiment mystérieux qui pénètre l'âme au contact des choses de la nature.
L'inspiration de cet homme exilé, qui quitta sa terre en 1959 pour n'y jamais revenir, puise sa source dans les souvenirs d'enfance, dans la grande ville d'Alger aussi bien que dans les campagnes arides du relief algérien.
Pressenti pour le Prix Nobel de littérature en 2003, Mohammed Dib mourut cette même année, laissant une oeuvre réfléchie et pure, empreinte d'humanisme.
Une bien jolie découverte.
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dido600
  26 août 2016
Ces sept admirables nouvelles racontent l'histoire d'une rencontre. Une rencontre simple, fortuite, produite au hasard et/ou produit du hasard, entre deux hommes ; entre un algérien et un français, dans un café. Comme le hasard fait bien les choses, surtout dans les lettres, cette rencontre révèle à quel point l'humanité simple peut s'accorder sur les choses de la vie, sans préjugés et sans rancoeurs. Cela voudrait-il dire que la rencontre de l'Algérie et de la France, si jamais elle survienne, serait-elle comme Dib la laisse entendre dans le sens et la moralité de la nouvelle ? Ce hasard est surprenant car la rencontre de deux hommes, de deux existences humaines, aux destins fondamentalement opposés et différents, restent cependant semblables et identiques ! Les deux hommes qui se rencontrent dans ce café, au hasard encore, parviennent à la même conclusion : «"Voilà un homme qui a réfléchit ! Il est arrivé à une conclusion que je ne peux pas réfuter sans me contredire" Je resterai muet. Lui, comme s'il ne le remarquait pas, déclara encore une fois tout haut : "- Chienne de vie…"»
Au café est l'histoire d'un homme en mal de vivre qui se retrouve dans un café surpris par la nuit, comme replié sur lui-même, arrache «quelques heures» à la durée pesante du temps, «prolonge» un moment de répit, rien qu'une nuit. Au bout d'un certain moment, il est interpellé par un «inconnu», fraichement sorti de prison. Il s'en méfie, s'en éloigne. Puis, l'inconnu le surprend et le laisse écouter son histoire pour arriver enfin à une même conclusion. le café, le lieu d'une halte, de refuge pour le narrateur qui s'y trouve par contrainte, alors que l'autre vient savourer une joie ! L'humanité simple n'est-elle pas justement, comme dans cette rencontre fortuite, faite de contrainte et de joie ? L'écriture dépouillée d'Au café, non seulement pour les besoins du genre, puise dans cet humus semblable à ces strates primitives de l'humanité commune ; commune aux deux itinéraires qui se croisent cette nuit, dans ce café ; humanité simple au point de nous laisser croire qu'un monde possible peut exister, à l'abri de préjugés, rien qu'une nuit, quelque part ; un monde fait de contraintes et de joies !
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VACHARDTUAPIED
  15 avril 2013
On le connaît père de Omar et Aouicha. On l'a rencontré avec Solh et Faïna, on a déambulé avec lui dans Tlemcen et la veille médina. On a également erré avec lui sur les sentiers poétiques… et là nous le découvrons nouvelliste dans un recueil Au café. le talisman. C'est toujours avec un réel plaisir que de lire ou relire Mohamed Dib depuis l'incontournable trilogie faisant désormais corps avec la culture algérienne et la littérature universelle. Et cette publication en question, découverte, un peu tard certes, au gré des passages dans les librairies, bien que remontant à 1955 et 1966, a immédiatement fait amitié avec nous.
Le premier récit qui a donné son titre à la première partie du recueil Au Café, est la rencontre entre un père de famille au chômage depuis trois ans et un homme à peine sorti de prison. Il pleut et il fait froid dehors. A l'intérieur du café, l'atmosphère est plus réconfortante, il y règne « une sensation de chaleur ». Deux pauvres hères, l'un fuyant le regard de ses enfants affamés, l'autre à la recherche d'une écoute voulant échapper au remords. Deux hommes dans cette Algérie des années coloniales, dans un arrière-pays malade de misère. Cinq ans de taule pour avoir tué sans intention de donner la mort, un pécule en poche, une liberté dont il ne sait que faire, notre inconnu s'impose afin de se délester de son lourd fardeau : « tu penses que j'ai tué vieux frère ? Que je suis un être sauvage ? Non je ne suis pas ce que tu crois. » D'emblée l'étranger met à nu sa blessure, raconte son désarroi d'homme seul. C'est une suite de confessions avec un homme « normal », pas comme ces êtres de misère pétris par l'enfermement et l'isolement qu'il a côtoyé cinq ans durant. Se tissent alors, des liens éphémères autour de théières remplies de breuvage chaud et bienvenu en cet hiver. L'un se confie, l'autre tend une oreille attentive non sans ressentir de la crainte face à un compagnon d'une nuit au bord de la folie. Sinon déjà fou.
Terres interdites, deuxième texte, est l'histoire d'un bourg perdu quelque part dans cette Algérie profonde. La « dechra » avec ses paysans et paysannes est entrée dans le militantisme nationaliste par le biais d'hommes de bonne volonté. Il flotte un mystère, il y a un secret que l'on ne doit pas trahir : les élections prochaines et un élu musulman pour défendre les intérêts de ses frères pour ne plus « courber l'échine ». Sadak le lion, l'intègre, intègre, l'incorruptible a fait un travail de pénitent pour sensibiliser les hommes de sa terre, ceux qui arrosent leurs maigres champs avec la sueur de leur front. La mission de porter la nouvelle est échue aux messagers de la belle parole. Ils partent de hameau en hameau, un homme est prêt à parler en leur nom, au nom de leur liberté.
La troisième nouvelle qui a retenu notre attention à savoir L'héritier enchanté, fait parler un trentenaire, père de famille. Un maître de domaine. L'écrit est à la première personne et nous pouvons écouter le narrateur raconter, se raconter. La maison familiale qui l'a vu naître et grandir est située au centre d'espaces boisés. Il ne peut se délier d'avec la demeure ancestrale, celle qui est pavée de souvenirs, d'odeurs et de voix du passé. C'est alors que nous entrons dans un univers fantastique et invraisemblable. C'est un être humain, un fantôme, une conscience errant entre le visible et l'invisible. La mort est en lui, le maître ne peut échapper à sa voix intérieure « mes ancêtres m'appellent… ». Un récit étrange, un voeu de résurrection des ancêtres qui viendront faire renaître, revivifier les murs de la vieille bâtisse qui ne veut pas disparaître dans l'oubli du temps.
Tandis que les oiseaux, encore un texte existentialiste. La vie n'est qu'amertume pour le maître tisserand. L'angoisse face à l'existence, face au lendemain et cet éloignement du souffle de vie qui s'éloigne du corps. La mort est perceptible. Puis vient le feu destructeur. Les flammes qui détruisent l'atelier, sont sa propre liberté. Les liens matériels nocifs à la sagesse, philosophie se réduisent en cendres.
Naéma disparue, un texte né de la guerre d'Algérie. Une mère absente, un climat de terreur et des enfants à qui il faut «panser» l'âme juvénile pour qu'ils ne sombrent pas dans les angoisses de la guerre : « des affiches collées partout montrent des hommes abattus. Les tribunaux proclament tous les jours des condamnations à mort. Les exécutions sommaires se multiplient et chaque matin s'accompagne de la découverte de corps mutilés… ». Un épisode de la guerre de Libération, le danger permanent et presque aucune possibilité d'y échapper si ce n'est que les personnes mortes ne sont pas parties en vain. Elles, seules savent « pourquoi elles sont mortes. » le talisman, nouvelle qui couronne le recueil est également un texte sur la guerre d'Algérie. Des hommes face à l'armée coloniale. Les premiers, compagnons d'infortune, faits prisonniers, les mains vides, les dernières armes au poing et comportement arbitraire. le prisonnier rebrousse chemin en pensée, non il ne regrette rien. Il a embrassé la cause de ses frères. Dans cette horreur personnifiée par la torture, il revient à un jeu qu'il avait inventé autrefois. Un autrefois heureux, peut-être bien celui de l'enfance. « …Graver certaines formules sur des objets… galets feuilles, morceaux de bois, os. » le corps disloqué, la chair meurtrie par la torture, voici qu'il fait appel avec tout ce qu'il a de force intérieure au fameux jeu du talisman. Son porte-espoir.
Lien : http://www.elmoudjahid.com/f..
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Kawane
  01 février 2015
Pour tous ceux ou cellesqui aiment la poésie ,précipitez vous ce
sur ce petit bijou ............un rayon de soleil illuminera votre jounée ou votre nuit!
Une découverte à faire!
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   13 octobre 2016
Attablés dans la cour d'un ancien fondouck, nous dégustions un excellent thé. Novembre finissant était encore doux. Des quatre coins de ce bâtiment entièrement occupé par des artisans parvenaient les chants et les dhikr des babouches, les cris d'hirondelle que faisaient les navettes des tisserands, les offres nasilles des marchands de peaux qui passaient et repassaient. Des oiseaux pépiaient dans les cages ; d'autres, qui étaient libres, leur donnaient la réplique du haut d'un grenadier qui poussait là. Tout de suite, je m'abandonnai à l'apaisement qu'entretenait autour de nous cette rumeur de ruche industrieuse.
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brigetounbrigetoun   14 février 2011
Moi de même, je me souviens d'une existence avare et terrible. On s'y ennuyait, une lassitude qui étreignait l'âme en émanait comme une brume somnolente. On s'ennuyait tellement qu'on se sentait étouffer : c'était une coulée de plomb qui vous remplissait la poitrine. Quand j'évoque ce passé proche, j'ai peine à croire que tout était vraiment ainsi. L'homme, c'est sûr, était enveloppé dans un linceul d'ignorance et de crainte. Il marchait la tête basse ; plein de timidité, il n'osait se montrer au monde
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tamara29tamara29   24 janvier 2014
Avez-vous constaté comme à certains moments nous mourrons d'envie de marquer notre reconnaissance à autrui, à cause d'une joie qui nous fait le coeur léger comme une bulle ?
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samir_t7samir_t7   19 février 2019
Pour cela, je dis : les avocats, c’est de la bagatelle ; défends-moi quand j’en ai encore besoin, défends-moi avant mon crime, et ne me laisse pas en arriver là… Après, il est trop tard !… Une fois que je suis lancé, personne ne me rattrapera, j’irai jusqu’au bout, je courrai jusqu’à ce que je tombe. Vous pouvez me ligoter, mais c’est le monde qu’il faudrait changer, imbéciles ! Et surtout ne m’enseignez pas comment il faut vivre ; peut-être serais-je capable, tel que je suis, de vous donner des leçons là-dessus. Donnez-moi plutôt la possibilité de vivre ! Comment ne comprenez-vous pas cela ? Condamnez-moi sévèrement, condamnez-moi à mort ; cela vaudrait mieux… C’est votre monde qui me dégoûte. Les hommes en souffrent trop. Il vaudrait mieux nous supprimer.
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brigetounbrigetoun   14 février 2011
Ils s'en furent réveiller les paysans dans toute la campagne. Ceux-ci s'étaient enfermés dans leurs cabanes ; les messagers frappaient aux portes. La flamme vacillante d'une torche illuminait d'un éclat soudain les faces des fellahs. Ils s'étaient déjà reconnus au son de la voix. De l'opaque noirceur, il n'y avait que les visages qui se détachaient, caressés par le doux toucher de la lumière. Les visiteurs remettaient les papiers et puis s'enfonçaient de nouveau au coeur de la nuit
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Mohammed Dib parle de Kateb Yacine.
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