AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782072626159
288 pages
Gallimard (20/08/2015)
3.18/5   1182 notes
Résumé :
L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête su... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (266) Voir plus Ajouter une critique
3,18

sur 1182 notes

Titania
  12 octobre 2015
Il arrive très souvent que le flot de mots qui submerge une oeuvre de compliments plus proches de la publicité que de l'analyse me laisse perplexe une fois que j'ai lu le livre.
Et me voilà en présence d'un problème avec ce "2084 - la fin du monde" de Boualem Sansal. La plume est belle, l'argument séduisant , un texte qui fait penser à Jonathan Swift, Orwell ou Bradbury, une dystopie qui nous parle d'une dictature religieuse implacable qui aurait fait son nid de guerre sainte en guerre sainte sur toute la surface de la terre....comme s'il prophétisait la réussite de DAECH.
on a tous les ingrédients du genre, bourrage de crâne et hypocrisie savamment mise en scène, slogan, pèlerinage pour occuper les foules miséreuses, police politique, et répression. Se profilent en creux les éléments d'un avenir meilleur et d'une opposition possible, l'idée de la liberté .

On a un héros, un modeste employé de mairie tuberculeux qui tente de décrypter son monde. Il observe que des choses ne collent pas avec les discours officiels.
Seulement, la narration est trop à l'extérieur de ce monde, elle reste dans sa description. L'auteur promène son héros, il ne le fait pas vivre. On a très peu d'échanges, on ne le voit pas ressentir et dire ses émotions.
Je m'attendais à quelque chose d'aussi vivant et humoristique qu'un conte philosophique, avec des situations ubuesques, de la dénonciation par des exemples et des dialogues incisifs.
je suis déçue de ce texte qui est comme une thèse pas drôle du tout de sciences politiques sur un pays imaginaire, même si je partage le point de vue de l'auteur qui décrypte remarquablement bien comment on manipule et comment on contrôle des foules...
Lien : https://notesbleuespournuits..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          22422
andman
  16 octobre 2015
Le 11 septembre 2001 le monde découvrait avec effroi un barbarisme d'un genre nouveau : l'islamisme radical.
Quatorze ans plus tard, les pays civilisés assistent impuissants à la propagation d'une nébuleuse extrémiste se réclamant d'un dieu dont elle galvaude chaque jour les préceptes. Son fanatisme et son pouvoir de nuisance sont tels que personne ne se risque aujourd'hui à prédire sa fin prochaine.
Depuis deux décennies, l'écrivain algérien Boualem Sansal dénonce avec constance l'omniprésence religieuse qui insidieusement imprègne les esprits d'une intolérance que l'on croyait d'un autre âge. Déjà en 1999, “Le serment des barbares” montrait combien le cancer intégriste altérait la beauté de son pays.
Le roman dystopique “2084-La fin du monde”, publié en cette rentrée littéraire, est dans la continuité de ce combat mené sans relâche contre l'obscurantisme. Ce titre orwellien retranscrit toute la malice et l'abnégation d'un auteur atypique.
Dans un style chatoyant, Boualem Sansal se garde pourtant de tout blasphème. Le monde qu'il décrit pourrait être le fruit d'une extrapolation, dans un futur indéfini, de la sinistre organisation État islamique dont les exactions dépassent aujourd'hui l'entendement.
Plongé au coeur de l'immense Abistan, un empire théocratique sans frontières né probablement en l'an 2084, le lecteur suit les tribulations d'un petit fonctionnaire de la capitale Qodsabad qui, contrairement à l'énorme majorité de ses semblables, ose encore penser hors les oeillères d'un pouvoir omnipotent et sanguinaire.
Plusieurs lectures s'avéreraient nécessaires pour comprendre dans le détail la complexité des rouages de cette dictature se réclamant d'un dieu cruel du nom de Yölah et de son prophète Abi.
Malgré quelques passages manquant de clarté, “2084-La fin du monde” pourrait bien faire date dans l'oeuvre de Boualem Sansal. Ce roman particulièrement effrayant sur le fond n'est toutefois pas le meilleur vecteur pour découvrir cet auteur courageux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          15910
michemuche
  19 janvier 2016
J'appréhendais "2084 " de Boualem Sansal, après les évènements tragiques survenus en France.
C'est en traînant les pieds que j'ai ouvert ce livre et un " ouf "de soulagement en le fermant.
Pendant la lecture j'avais l'impression de regarder un reportage télé, une suite sans fin d'événements sur un mouvement sectaire.
En préambule l'auteur écrit ceci " le lecteur se gardera de penser que cette histoire est vraie ou qu'elle emprunte à une quelconque réalité connue " ou encore " c'est une oeuvre de pure invention, le monde de bigaye que je décris dans ces pages n'existe pas et n'a aucune raison d'exister à l'avenir..."
L'histoire se passe en Abistan, après la première guerre sainte, un régime autocratique a été mis en place avec à sa tête Abi une sorte de prophète, délégué de yola sur terre.
A travers la réflexion d'Ati le personnage central du roman on découvre une doctrine religieuse. Même si cette religion n'est pas nommée explicitement elle ressemble étrangement à l'islam radical, l'état islamique bref à daech.
J'ai eu du mal à suivre Ati, je l'ai trouvé un peu mou dans son questionnement, dans sa recherche de la vérité.
Rien à voir avec Winston le personnage de George Orwell dans son magnifique roman "1984 " un livre qui m'avait remué et que je relirais, une sorte de piqûre de rappel.
Pour ce qui est de " 2084 " la quatrième de couverture dit " au fil d'un récit débridé, plein d'innocence guoguenarde, d'inventions cocasses ou inquiétantes, il s'inscrit dans la filiation d'Orwell ".
Je vous laisserais juge, pour moi ce roman est une grosse déception.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1108
traversay
  15 novembre 2015
Terminer la lecture de 2084 au moment même où Paris est victime d'actes de barbarie inimaginables est d'une coïncidence glaçante. Voulu par son auteur comme un avertissement pour les sociétés occidentales et pour les démocraties laïques en général, le livre se présente comme une dystopie clairement dans la veine d'Orwell. La dictature religieuse qui y est décrite s'appuie sur le mensonge, l'endoctrinement et la soumission d'un peuple auquel le droit de penser est même dénié. L'on souhaiterait ne dire que du bien de ce roman qui, si l'on fait abstraction de sa composante religieuse, pourrait se rapprocher d'un état des lieux actuel dans certains pays, la Corée du Nord, en particulier. Oui, si l'on se doit de saluer le style de Boualem Sansal et la cohérence de son propos, le récit, qui prend la forme d'une fable terrifiante, est pour le moins cahoteux, perclus d'explications détaillées et parfois fastidieuses de ce pire des mondes. Son héros, Ati, manque de substance, englué comme le lecteur dans les rouages d'une machine monstrueuse. Digressif, dénué de rythme, peu satisfaisant dans sa conclusion, 2084 possède certes un pouvoir d'évocation indéniable mais pas dans sa continuité. C'est une semi-déception dont on peut malgré tout conseiller la lecture en ces temps chaotiques. Peut-être que le monde imaginé par Sansal est celui dont rêvent certains fous. En ce sens, le livre est un acte de résistance.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          980
alainmartinez
  15 octobre 2015
Après « Gouverner au nom d’Allah » le romancier algérien Boualem Sansal poursuit sa réflexion sur l’expansion de l’islamisme. Dans "2084 - la fin du monde", Boualem Sansal revisite le roman de George Orwell « 1984 » en mettant en scène un monde totalitaire gouverné par le fondamentalisme religieux. A chaque époque ses démons, si le nazisme et le stalinisme ont largement inspiré Orwell en1949, date de la sortie de son livre, l’inquiétude d’aujourd’hui s’appelle fanatisme, obscurantisme religieux, terrorisme, le tout personnifié par DAECH et l'islamisme radical.
Le livre bien écrit est d’une bonne qualité littéraire malgré certains passages et descriptions un peu longues et d’une intrigue qui manque de rebondissement. Le personnage principal, Ati, manque un peu d’épaisseur et est peu attachant, trop naïf. Mais le résultat reste un livre agréable à lire qui nous laisse réfléchir sur notre démocratie et sur le radicalisme religieux.
Commenter  J’apprécie          831


critiques presse (6)
LaPresse   30 octobre 2015
Sansal nous transporte dans un monde post-apocalyptique où un régime religieux totalitaire occupe tout l'espace, après avoir aboli le passé. Bienvenue en Abistan, aussi bien dire en enfer.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama   30 septembre 2015
La fable est puissante, l'humour, ­ravageur, le propos, glaçant. 2084 est un livre hors du commun, une mise en garde adressée par l'auteur à ceux qui, selon lui, sous-estiment le danger islamiste.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro   21 septembre 2015
Un choc aussi fascinant que Philippe Druillet adaptant Salammbô.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   21 août 2015
L'écrivain algérien Boualem Sansal publie ce jeudi 2084, roman inspiré du 1984 de George Orwell, imaginant le totalitarisme islamique l'emporter en Europe.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaPresse   20 août 2015
La mondialisation va conduire l'islamisme au pouvoir dans une cinquantaine d'années, notamment en Europe, prédit l'écrivain algérien Boualem Sansal qui publie 2084, un roman terrifiant inspiré du chef d'oeuvre de George Orwell 1984.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LePoint   11 août 2015
Dans cet enfer religieux, dont Sansal nous fait visiter méthodiquement, didactiquement, tous les cercles, avec un sens de l'horreur aussi aiguisé que son sens de l'humour, un homme a décidé de ne pas faire comme les autres.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (292) Voir plus Ajouter une citation
JeanDouxJeanDoux   19 août 2022
BOUALEM SANSAL : « LA FATWA DE L’IRAN CONTRE SALMAN RUSDIE ATTENTE À TOUTE L’HUMANITÉ »

ENTRETIEN DU FIGARO du 19 Aout 2022
Réputé pour son indépendance d’esprit, l’écrivain algérien - dont l’œuvre connaît un grand succès dans plusieurs pays européens, et qui vit en Algérie malgré les menaces dont il est l’objet - analyse l’état du danger islamiste après la tentative d’assassinat perpétrée contre Salman rushdie.
PROPOS RECUEILLIS PAR Alexandre Devecchio

LE FIGARO. Plus de trente ans après avoir été visé par la fatwa de l’ayatollah Khomeyni, Rushdie a donc été rattrapé par l’islamisme. Cela vous étonne-t-il ?

BOUALEM SANSAL. Rien ne m’étonne, les islamistes ne se connaissent aucune limite. Égorger un journaliste naïf dans une ambassade sur ordre du palais et le dissoudre dans l’acide dans une baignoire livrée à cet effet par valise diplomatique, c’est banal ; tuer toute la rédaction d’un journal pour des caricatures, c’est une amusette ; condamner, égorger, lapider,
brûler, pendre, violer, torturer, défenestrer, c’est viril. Voilà ce que l’islam/isme offre au monde. S’il y a autre chose, je ne l’ai pas vu, désolé. Si quelque chose peut m’étonner chez eux, ce serait qu’ils restent une semaine entière sans ennuyer leur monde avec leurs fatwas, leurs débordements, leurs vociférations, et, pis que tout, avec leurs envolées lyriques
à la télé sur la meilleure religion qui soit pour la meilleure des communautés.

LE FIGARO. Qu’est-ce que cela nous dit sur l’islamisme ?

BOUALEM SANSAL. L’islamisme comme système de gouvernement par la charia et les châtiments corporels et comme instrument de conquête territoriale est encore dans l’enfance, il ne sait pas exploiter la pleine puissance de l’islam, la magie infinie de ses djinns et la geste exaltante de ses héros légendaires.
Il y a deux raisons à cela. La première est que le monde musulman est très arriéré à tous les niveaux de la hiérarchie sociale, il n’a pas réussi à se constituer une élite autonome capable de penser et de repenser le monde. Les plus avancés en sont encore à la récitation, à l’incantation, au blabla sur les mystères du Coran pour épater des publics déjà drogués, ou
atteints de wokisme aigu. On est loin des Averroès, Avicenne, Omar Khayyam,
Khwarezmi, Ibn Khaldoun, qui disputaient avec les géants grecs Thalès, Platon, Aristote, Pythagore, Hippocrate, Démocrite, Ératosthène, Hypatie. En France, ils sont en dessous de tout. Ne les comparons pas aux penseurs musulmans précités, des aigles de la stratosphère, on aurait le vertige. À part occuper des sinécures royales et se repaître de fromages bien gras, président de ceci, grand imam de cela, avion en “First”, rond de serviette dans les meilleures tables, pantoufles de soie dans les palais de la République,
et répéter jusqu’à plus soif l’antienne « l’islam religion de paix et d’amour », nationaux », "islamisme n’est pas l’islam » et rivaliser de pédantisme scolaire, que font-ils de plus ? À quoi occupent-ils leurs journées ? Les Français aimeraient savoir où vont leurs impôts. Il n’est pas normal qu’en France, en 2022, dans beaucoup de mosquées, on enseigne l’islam aux petits Français comme on l’enseigne dans les madrasas de Kaboul, qu’on désenvoûte les fillettes tous les 21 jours comme on le faisait au Moyen Âge et qu’ils viennent nous parler d’islam des Lumières à la télé comme leurs aïeux le faisaient à la cour du calife. Qu’on ne vienne pas après coup se plaindre qu’il y a des radicalisés dans la couvée.
La deuxième raison est qu’il n’a pas réussi à réaliser son unité et reconstituer le califat, la seule organisation politicoreligieuse à même d’exploiter la pleine puissance de l’islam et de l’imposer au monde conformément au plan divin. C’est le grand projet de l’islamisme.

LE FIGARO. « Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : islamophobie », a écrit Rushdie dans son autobiographie, Joseph Anton.
Avons-nous été aveugles depuis trente ans ?

BOUALEM SANSAL. Oui, l’Occident n’a rien vu venir. Sa toute puissance planétaire l’avait aveuglé. Il avait en particulier sous-estimé deux peuples dans sa conquête réussie du monde, tant ils paraissaient soumis, chétifs, les musulmans et les Chinois ; aujourd’hui il en paie le prix. Il n’a pas senti l’énergie potentielle du nombre,
compris les soubresauts de l’histoire qu’il a provoqués, ni les mouvements indépendantistes, ni le formidable espoir levé par la création des Frères musulmans et
d’autres confréries aussi pernicieuses, la gigantesque Jamaat e-tabligh (des dizaines de millions d’adeptes dans le monde) ou la petite Ahmadiya (qui n’en compte que 5 millions dans une centaine de pays) et celles très discrètes mais plus pernicieuses qui se disent au service de l’islam des Lumières, généralement fondées par des États musulmans et des
organisations islamiques, l’Organisation de la coopération islamique (l’OCI), la Ligue islamique mondiale (LIM), et bien dotées en fonds inépuisables venus de richissimes donateurs.

LE FIGARO. Rétrospectivement, la fatwa semble avoir ouvert la voie au 11 Septembre, aux massacres perpétrés à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher ou au Bataclan…

BOUALEM SANSAL. Les meurtres de masse en islam sont vieux comme l’islam et ne sont pas près de disparaître. Le massacre des tribus juives de Médine et les guerres dites de l’apostasie ont été des monuments historiques dans la tuerie de masse. On en a des récits hallucinants. La chose s’est perpétuée et perdurera tant que l’islamisme n’aura pas réalisé son but, la domination mondiale.
Avec sa fatwa, Khomeyni a cassé un verrou fondamental. En tant que religieux de haut rang, il avait autorité pour émettre une fatwa pour blasphème, mais en tant que chef d’État, il n’avait le droit de condamner personne, encore moins pour blasphème, la chose relevant de la justice seule. Khomeyni passe outre ces considérations, il émet la fatwa et charge l’État
dont il est le chef de l’exécuter. Il va plus loin, il enrôle tous les musulmans du monde comme exécuteurs du plan divin, moyennant une prime et la promesse d’aller au paradis. Ça c’était nouveau, ça c’était révolutionnaire, c’était le début de la révolution universelle. Il a ouvert la voie au pire, la sortie de l’ordre juridique consacré (la charia) et l’entrée dans l’ère
de l’absolutisme. Partout dans le monde musulman, les chefs d’État se sont engouffrés dans la voie ouverte par Khomeyni, ils condamnent maintenant pour blasphème, pour sacrilège mais en les appelant atteinte à la religion, en s’appuyant sur le fait que les Constitutions de ces pays disposent que l’islam est religion d’État.

LE FIGARO. Cet attentat peut-il être synonyme de réveil aussi bien pour les sociétés occidentales que pour leurs dirigeants ?

BOUALEM SANSAL. La fatwa court depuis trente ans. Avezvous vu du nouveau durant ce temps ? Quand le pouvoir iranien a porté la prime du bourreau de 2,6 à 3,3 millions de dollars, l’Occident a-t-il réagi ? Il faut regarder la réalité, c’est le retour du chacun pour soi, l’affaire Salman Rushdie est l’affaire de Salman Rushdie et du gouvernement américain. En Europe, on compatit, mais on ne va pas refaire le cinéma « Je suis Charlie », nous mettre à mal avec l’Iran et le monde musulman travaillé par un salafisme aigu et des dictatures vieillissantes qui jouent la haine de l’Occident coupable de tout. L’Occident fait le dos rond en attendant des jours meilleurs. La guerre d’Ukraine a apporté un semblant de répit. Le monde musulman qui importe tout a peur de mourir de faim. En ce moment, tout le monde caresse tout le monde dans le sens du poil. C’est gaz contre blé, visas contre OQTF (obligation de quitter le territoire français, NDLR), etc.
Sur le long terme, l’Occident n’a que la diplomatie ou la guerre pour s’en sortir. La guerre, il ne sait plus, il ne peut pas, ne veut pas, et la diplomatie, c’est un sport de riches, les pauvres n’en ont pas les moyens et les salafistes égorgent les diplomates. Comment forcer le destin,
telle est la question à ce stade. Si tu ne fais pas la guerre, la guerre viendra à toi !

LE FIGARO. Et concernant le monde musulman ? Cet attentat semble trouver des partisans parmi des chiites et des sunnites. Seraient-ils réconciliés ?

BOUALEM SANSAL. Il ne faut pas y croire une seconde, il n’y aura jamais entre eux que des arrangements tactiques sur des cibles politiques ponctuelles. Sur le plan doctrinal, tout les oppose. La haine entre eux est totale et éternelle. Les sunnites sont 1,81 milliard dans le monde et les chiites 150 à 200 millions. La loi du nombre a tranché, mais la guerre n’est pas finie, l’Iran travaille à la bombe atomique contre Israël et « ses complices » les sunnites.

LE FIGARO. Votre liberté d’expression au sujet de l’islamisme, et même de l’islam, semble totale. Vous arrive-t-ild’avoir peur, d’avoir la tentation de vous censurer ? L’écriture est-elle votre résistance ?

BOUALEM SANSAL. Évidemment que j’ai peur, et tout naturellement je me censure. Je ruse avec les mots. Je tiens compte de l’état des lieux : à part les islamistes, qui ont tous les droits, personne au monde ne peut s’exprimer librement. Ma peur ne vient pas que des islamistes, il y a le gouvernement algérien qui est toutpuissant. Le pire pour moi, ce sont les commissaires politiques. C’est incroyable comme la culture FLN a pu produire tant de chiens de garde dans ce pays, tous bien dressés, forts, très acharnés contre ceux qui contestent le régime comme moi. Ici, il y a des lois pour condamner les « anti-nationaux », mais pas pour condamner ceux qui appellent à leur lynchage public. À qui vais-je me plaindre, ici ?
Ma philosophie est d’écrire comme on fonce sur l’autoroute, mais dans les faits, je fais tout à pied.
...
...
( VOIR SUITE 2)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          165
PiatkaPiatka   14 septembre 2015
Si d'aucuns avaient pensé qu'avec le temps et le mûrissement des civilisations les langues s'allongeraient, gagneraient en signification et en syllabes, voilà tout le contraire : elles avaient raccourci, rapetissé, s'étaient réduites à des collections d'onomatopées et d'exclamations, au demeurant peu fournies, qui sonnaient comme cris et râles primitifs, ce qui ne permettait aucunement de développer des pensées complexes et d'accéder par ce chemin à des univers supérieurs. À la fin des fins régnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n'auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          811
SachenkaSachenka   13 mai 2017
Il n'y avait jamais pensé, mais si on lui avait posé la question il aurait aurait répondu que les Abistani se ressemblaient tous, qu'ils étaient comme lui, comme les gens de son quartier à Qodsabad, les seuls êtres humains qu'il ait jamais vus. Or voilà qu'ils étaient infiniment pluriels et si différents qu'au bout du compte chacun était un monde en soi, unique, insondable, ce qui d'une certaine façon révoquait la notion de peuple, unique et vaillant, fait de frères et de soeurs jumeaux. Le peuple serait donc une théorie, une de plus, contraire au principe d'humanité, tout entière cristallisée dans l'individu, en chaque individu. C'était passionnant et troublant. C'est quoi alors un peuple?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          270
FortunaFortuna   26 novembre 2015
Ils convinrent honnêtement que le grand malheur de l'Abistan était le Gkabul : il offrait à l'humanité la soumission à l'ignorance sanctifiée comme réponse à la violence intrinsèque du vide, et, poussant la servitude jusqu'à la négation de soi, l'autodestruction pure et simple, il lui refusait la révolte comme moyen de s'inventer un monde à sa mesure, qui à tout le moins viendrait la préserver de la folie ambiante.
La religion, c'est vraiment le remède qui tue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          393
spleenspleen   12 août 2016
Ce que son esprit rejetait n'était pas tant la religion que l'écrasement de l'homme par la religion . Il ne se souvenait plus par quel cheminement d'idées il s'était convaincu que l'homme n'existait et ne se découvrait que dans la révolte et par la révolte et que celle ci n'était vraie que si elle se tournait en premier contre la religion et ses troupes . Peut être même avait-il pensé que la vérité , divine ou humaine, sacrée ou profane, n'était pas la véritable obsession de l'homme , mais que son rêve, trop grand pour qu'il l'appréhendât dans toute sa folie, était d'inventer l'humanité et de l'habiter comme le souverain habite son palais .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220

Videos de Boualem Sansal (63) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Boualem Sansal
utter contre les discriminations ? Si elles sont souvent réelles, parfois fantasmées, nous voilà aujourd'hui sommés d'adopter un idiome artificiel jugé conforme aux droits des uns et des autres. Pourquoi ? Afin de manifester notre adhésion sans réserve à la cause sacrée de l'« inclusion ». Or, la langue inclusive cristallise tensions et incompréhensions. Seulement, qui oserait la contester tant elle apparaît relever du progrès ?
Les systèmes autoritaires ont toujours voulu contrôler la parole et l'écriture. L'actualité montre qu'il est urgent de protéger la langue française des assauts qu'elle subit. C'est la conviction des douze écrivains et penseurs de premier plan et de tous bords que réunit ce livre. Ils y analysent et combattent ce phénomène de société paradoxal, défendant ensemble l'universalisme républicain. Un ouvrage salutaire.
Préfacé par Annie Genevard, dirigé par Sami Biasoni, cet ouvrage réunit Mathieu Bock-Côté, Jean-François Braunstein, Jean-Michel Delacomptée, Yana Grinshpun, Nathalie Heinich, Anne-Marie le Pourhiet, Bérénice Levet, Mazarine M. Pingeot, François Rastier, Xavier-Laurent Salvador, Boualem Sansal et Jean Szlamowicz.
+ Lire la suite
autres livres classés : littérature algérienneVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus






Quiz Voir plus

Jésus qui est-il ?

Jésus était-il vraiment Juif ?

Oui
Non
Plutôt Zen
Catholique

10 questions
1633 lecteurs ont répondu
Thèmes : christianisme , religion , bibleCréer un quiz sur ce livre