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Daniel Lemoine (Traducteur)
ISBN : 2702013759
Éditeur : Buchet-Chastel (01/04/1994)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 15 notes)
Résumé :

En octobre 1613, quatre samouraïs sont partis pour le Mexique dans un galion spécialement construit pour eux, accompagnés d'un franciscain espagnol qui devait être leur interprète. L'objectif avoué de cette mission sans précédent était d'établir des relations commerciales avec l'Occident en échange du droit des missionnaires européens de prêcher le christianisme au lapon. Se trouvant dans l'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
le_Bison
  03 octobre 2012
Extraordinaire.
Je vais vous raconter le destin du samouraï Hasekura.
Il n'est pas un samouraï de haut rang, juste un simple brigadier au service de sa Seigneurie, le Daimyo d'une province japonaise. le Conseil des Anciens lui ordonne de partir pour la Nueva España (le Mexique actuel) pour établir des relations commerciales avec les espagnols. Nous sommes dans les années 1670 et le Japon veut s'ouvrir sur le Monde. le Japon, cette minuscule île, qui ne connait rien ou presque du Monde, qui n'a que de rares échanges commerciaux avec Manille et quelques comptoirs indonésiens.
En parallèle, il y a le padre Velasco, un moine top ambitieux, qui veut évangéliser le Japon, qui en veut aux Jésuites colonisateurs, qui veut devenir humblement l'ambassadeur du Vatican, le super évêque venu prêcher la bonne parole et apporter la voix du Seigneur Jésus sur cette île qui vénère tout un tas de dieux pour des raisons bassement matérielles.
Samouraï Hasekura et padre Velasco (en tant que traducteur) vont se retrouver dans une même galère, un grand navire et traverser les océans vers un immense inconnu. Trois autres samouraïs – d'un rang tout aussi inférieur - accompagneront Hasekura ainsi que quelques centaines de marchands japonais flairant les bonnes et futures affaires avec ce pays lointain.
Dans ce roman ‘historique' de Shusaku Endo, il est question d'un long voyage en mer vers l'inconnu, de découvertes d'un nouveau monde, d'une nouvelle culture, d'apprendre à s'ouvrir sur les autres, de les comprendre. Mais il est aussi question de sonder l'âme humaine, de découvrir les ambitions de chacun. Les mensonges, les non-dits, les trahisons sont multiples comme si l'âme humaine semble pourrie de l'intérieur. En fait, j'ai l'impression que seuls ces miséreux samouraïs semblent honnêtes envers les autres, mais surtout envers eux-mêmes. le padre me parait douteux, et peut-être que sa foi est un peu trop forte pour les hommes, peut-être que son ambition est démesurée et en disproportion avec ce que devrait être les espérances d'un prêtre… D'ailleurs, je n'apprendrai à le connaître réellement que sur les dernières pages. Car ce livre, une fois commencé, ne vous lâchera plus tant vous avez envie de découvrir le terminus de cet extraordinaire voyage du samouraï Hasekura.
[...]
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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litolff
  28 mars 2011
Endô utilise dans ce roman curieux un fait historique mais assez oublié d'une époque agitée pour le Japon.
En 1613, année où commence le livre, Tokugawa Ieyasu, nouveau souverain du Japon sous le titre de Shogun engage deux stratégies politiques. Sur le plan intérieur, il cherche à unifier le Japon et à centraliser le pouvoir, donc à mettre au pas les seigneurs locaux, les daimyos, en décrétant un remembrement des terres, redistribuant les domaines de ces vassaux et de leurs samouraïs. Par ce jeu, de nombreuses familles de samouraïs modestes, mais néanmoins détenteurs de terres se voient attribué des terres bien plus pauvres ou ingrates que celles qu'ils possédaient auparavant.
Dans le même temps, Ieyasu cherche à doter le Japon d'une capacité maritime, militaire et commerciale, capable de rivaliser avec celles des Occidentaux, en étudiant et en intégrant au pas de charge leurs techniques de construction de grands navires capables de traverser les océans.
Enfin, il est hostile à la tentative d'évangélisation que tentent les missionaires occidentaux. Les Jésuites avaient commencé à prêcher le christianisme au Japon à la fin du XVIème siècle, avec l'accord du souverain de l'époque, et avaient eu un temps le monopole de ce "droit" avant que d'autres ordres, dont les Franciscains, soient à leur tour autorisé à s'y consacrer, en 1600, par une encyclique du Pape Clément VIII. Cette aventure devenait donc aussi une guerre intestine entre les ordres catholiques missionaires, qui, en plus, voulaient empêcher les pays protestants de s'implanter au Japon.
Sur ce fond, Shusakû Endô romance les quatre années du voyage effectué par quatre samouraïs de basse extraction, flanqués chacun de trois serviteurs, et dirigé par un missionaire franciscain dévoré par l'ambition. Voyage qui les mène du Japon jusqu'au Mexique, du Mexique en Espagne et de l'Espagne à Rome.
Ces voyageurs partent avec un groupe de marchands japonais dans le but de tisser des liens commerciaux avec le Mexique. Officiellement, les samourais sont chargés (en échange, espèrent-ils, de la restitution de leurs anciennes terres) de rencontrer les seigneurs espagnols locaux et d'adresser par leur entremise au Pape une lettre du Shogun proposant l'ouverture de relations commerciales entre Japon et Mexique en échange de l'autorisation d'entrée au Japon pour les missionnaires franciscains (et franciscains seulement). Endô fait vite comprendre que les choses ne se passeront pas aussi facilement et que tout cela recouvre des conflits et des manoeuvres politiques autrement plus retorses...
Mais ce n'est pas ce qui intéresse le plus l'auteur, pas plus que le voyage en lui-même. Il n'évoque que rapidement les rebondissements et les péripéties du voyage (tempêtes, attaques par des indiens mexicains révoltés contre les espagnols...) et se concentre sur les questionnements des hommes, en s'attachant à deux personnages principaux: Velasco, le missionnaire exalté et manipulateur, et le samourai le plus modeste, Rokuemon Hasekura, un quasi-paysan très peu loquace, tout le contraire de l'espagnol.
Avec ce roman, Endô réussit à évoquer des images très fortes et à explorer de graves questions sans dévier pourtant d'une écriture très simple.
Il explore ainsi les raisonnements et le mode de pensée particulier qui pousse un prêtre à manipuler les textes chrétiens et ses contemporains pour servir ses ambitions, tout en restant convaincu d'agir pour ce qu'il pense être le bien. Il pose aussi la question de la validité de cette évangélisation : que vaut le baptême d'un Japonais quand celui-ci ne s'y soumet que par intérêt, pour favoriser son commerce ou sa mission, et sans la moindre sincérité ?
Pour le lecteur d'aujourd'hui, la lecture de ce livre rappelle aussi cette relativité du "bien", qui poussait des chrétiens plein d'assurance à vouloir convertir les autres peuples, contre leur gré et fréquemment au mépris de leurs propres cultures et religions. Pour Endô, et sans doute pour le Shogun, les japonais ne pouvaient comprendre l'adoration du Christ, cet "homme laid et émacié", ni le sens du message chrétien, les idées d'un au-delà et d'une rédemption leur étant, d'après l'auteur, totalement incompréhensibles.
Il confronte surtout, avec ces deux héros, deux conceptions radicalement différentes: celle, occidentale, de la foi et du prêche et celle, japonaise, de l'honneur et du devoir. le samouraï Hasekura, torturé à l'idée qu'il devrait se déclarer chrétien pour pouvoir faire progresser sa mission, explique ainsi à l'effigie sculptée d'un crucifix : "je ne peux même pas comprendre pourquoi les étrangers te respectent. Ils disent que tu es mort en portant les péchés de l'humanité, mais je ne trouve pas que notre vie soit plus facile pour autant. [...] Rien n'a changé à cause de ta mort".
Un roman dans lequel Endo, écrivain japonais catholique, exprime ses interrogation sur l'accès du peuple japonais à la parole d'un Dieu qui ne lui ressemble pas.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   04 octobre 2012
Je m’aperçus, honteux, que j’avais fait un rêve sexuel. Je m’attachais étroitement les poignets, précisément pour ne pas commettre de péché en une période comme celle-ci. C’est ainsi que je dus lutter toute la nuit contre les désirs puissants de ma chair, bien qu’ils ne soient plus aussi violents que lorsque j’étais jeune. Je m’agenouillai et priai. Comme ce corps physique est haïssable. Tout en priant, je fus soudain envahi par un terrible sentiment de désespoir. Goutte après goutte, je bus le poison qui filtrait dans mon âme et j’eus l’impression que je venais de découvrir mon visage repoussant dans un miroir. Les désirs de ma chair, ma haine des Jésuites, ma confiance presque arrogante dans l’œuvre que j’accomplissais au Japon, ma soif de conquête… toutes ces choses jaillirent successivement de mon âme si bien que je cessais de croire que le Seigneur accepterait encore d’écouter mes prières et mes requêtes.
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le_Bisonle_Bison   24 septembre 2012
Au matin du cinquième jour, le samouraï sortit pour la première fois de la cabine, qui empestait la laque et l’huile de poisson, et monta sur le pont. Lorsqu’il arriva sur le pont désert, il se trouva soudain exposé à un vent violent. Il retint son souffle et, tout d’un coup, devant ses yeux, les vagues bondissantes, s’étendirent dans toutes les directions.
C’était la première fois qu’il voyait l’océan immense. Il n’y avait pas la moindre trace de terre, pas même la silhouette d’une île. Les vagues se heurtaient, se bousculaient et poussaient des cris comme une mêlées de guerriers innombrables. La proue du navire se dressait, lance dans le ciel gris, et la coque, faisant jaillir de hauts jets d’écume, semblait sur le point de plonger dans une vallée de l’océan, puis remontait.
Le samouraï fut pris de vertige. A peine pouvait-il respirer dans les rafales de vent qui lui fouettaient le visage. A l’est, un océan de vagues bouillonnantes. A l’ouest, un océan de vagues rugissantes. Au sud et au nord, l’océan, aussi loin que portait son regard. Pour la première fois de sa vie, le samouraï prit conscience de l’immensité de la mer.
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le_Bisonle_Bison   21 septembre 2012
Il mit pied à terre et essuya son visage couvert de sueur. "Plus un peuple est inférieur, plus ses représentants ont tendance à se suicider."
" Les Japonais estiment que c'est une vertu de choisir la mort pour ne pas supporter la honte ", répondis-je, le regardant fixement. "Cet émissaire japonais était convaincu qu'il lui fallait mourir pour accomplir sa mission."
"Je ne comprends pas, malheureusement. " Le commandant haussa les épaules d'un air ébahi. "Mais on dirait, padre, que vous approuvez le suicide, que l'Église interdit."
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le_Bisonle_Bison   25 septembre 2012
Tandis que je m’efforce de contenir la colère qui monte en moi, une tristesse indescriptible consume mon cœur. Bien que nous croyions au même Dieu, adorions le même Seigneur Jésus et partagions le même désir de transformer le Japon en une nation de Dieu, nous nous opposons et nous combattons. Pourquoi faut-il que les hommes soient toujours laids et égoïstes ? Au lieu de devenir plus purs au sein de la structure de nos institutions religieuses, nous nous montrons parfois plus bas que les laïcs. Nous sommes, dans ces moments-là, très éloignés de l’obéissance, des souffrances interminables et de l’humilité sans limite que possédaient les saints.
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le_Bisonle_Bison   20 septembre 2012
Chaque jour, l’océan change de couleur… ou, plutôt, il prend des teintes diverses entre le matin, midi et soir de la même journée. Les formes subtiles des nuages, la lumière étincelante du soleil et les variations de la pression atmosphérique confèrent à la mer des nuances profondes, joyeuses ou plaintives, qui émerveilleraient un peintre.
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Video de Shûsaku Endô (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Shûsaku Endô
Silence (film, 2016), réalisé par Martin Scorsese, d'après Silence de Shūsaku Endō, avec Liam Neeson, Andrew Garfield. Bande annonce.
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