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Mette Ivers (Illustrateur)Bruno Pilorget (Illustrateur)
EAN : 9782070513499
154 pages
Gallimard Jeunesse (26/05/1997)
3.62/5   102 notes
Résumé :
Bulle est un coquillage rare des mers du Sud. Elle n'a d'autres soucis que de faire bon ménage avec son locataire, un mollusque paresseux. Mais elle rêve de voyager. Un beau jour, bulle se retrouve sur un vaisseau pirate!
Pour son plus grand plaisir, elle devient alors l'objet de toutes les convoitises, passant des mains du capitaine à celles d'un matelot. Puis elle est vendue à un marchand, avant de rencontrer Marie-Fraise, Anicet-la-Violette, et enfin Petit... >Voir plus
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J'ai retrouvé dans mes livres d'enfants cette étonnante petite histoire de René Fallet et je me suis dit qu'elle plairait sûrement à mes élèves, amateurs de poésie et de belles phrases.

Cette histoire est donnée à lire à partir de 9 ans.
Le texte, particulièrement riche, avec des tournures de phrases certes très jolies, mais soutenues, fait que je le conseillerais à des enfants un peu plus âgés.
J'ai parfois dû adapter le texte, mais mes jeunes lecteurs ont aimé cette histoire qui commence comme un récit de pirate pour finir comme une merveilleuse histoire d'amitié.

*
C'est l'histoire de Bulle, un coquillage rare de l'océan indien, qui, après avoir apprécié la beauté des fonds marins, rêve de découvrir la terre et le monde des hommes. Elle va vivre des aventures mouvementées et rencontrer toute une galerie de personnages étonnants. Flibustiers, tenanciers de taverne, gens de la noblesse, et enfin Petit-Pierre, un petit orphelin.

*
C'est la mer qui se présente la première, impressionnante, majestueuse, mélodieuse, effrayante, monstrueuse.

« Je suis la mer. On me connaît. Je suis salée. Je suis bleue quand le ciel est bleu, verte quand le ciel est… vert. Si vous me préférez rouge, je suis la mer Rouge. Noire, je suis la mer Noire. Jaune. de corail. ...
Je suis la mer ! Je bats les rochers. Je m'amuse à jongler avec les bateaux. Je suis la mer, qui recouvre les trois quarts du globe, qui dit mieux ? Les vagues de dix-huit mètres de haut, c'est moi, la mer ! Je casse tout, je fracasse tout !
Je sais aussi caresser, être calme et limpide, remarquez. Je suis même capable de jolis sentiments. Bulle, tenez, je l'aimais beaucoup. Parfois, mes vagues l'écoutaient au passage. Bulle faisait « bip bip ! » comme vous le savez, j'ouvrais bien grandes mes oreilles de mer et moi, la mer, j'aimais entendre Bulle me dire et me redire la profonde chanson de la mer. »

Et puis Bulle fait son entrée au milieu d'un jardin de corail.

« J'étais une bulle comme toutes les bulles de l'Océan Indien, ornée de mille couleurs de perroquets, peinte avec un arc-en-ciel. Les bulles de Méditerranée sont vilaines à côté de nous autres, bulles des tropiques, c'est vrai.
Quand je dis bulles, je parle du coquillage, notez bien. le mollusque qui est dedans, ce n'est pas lui, la bulle. »

Son destin bascule le jour où, à sa plus grande surprise, elle se retrouve sur un bateau pirate. Objet de toutes les convoitises, elle va voyager à travers le royaume de France de Louis XIV, passant de main en main jusqu'à ce qu'elle rencontre finalement Petit-Pierre.

« Bulle, tu ne peux pas me parler. Mais moi, si tu veux, je te parlerai. Je te parlerai d'amitié. Je t'apprendrai l'amitié. Tous les hommes courent après l'amitié par égoïsme, pour être moins seuls. Si je dois t'aimer, Bulle, ce sera pour ton bonheur à toi. Si je te sais heureuse, et je le saurai à tes couleurs, je serai heureux. Je lis sur les lèvres des hommes, mais les tiennes ne bougent pas. Garde tes chansons, Bulle, je te dirai les miennes. »

*
L'écriture, qui s'accompagne de dessins très simples en noir et blanc, est très belle.
Comme pour « Tistou les pouces verts » de Maurice Druon, ce que j'apprécie tout particulièrement dans ce récit, c'est la façon dont l'auteur s'adresse à son jeune public, ne prenant pas un ton enfantin et puéril pour leur parler.

« L'hiver a une âme, qui est le squelette de l'été. Les larmes ont une âme, elles sont le squelette de la joie. Les hommes ont une âme, qui n'est que le squelette de leur enfance. »

René Fallet épouse la variété des niveaux de langue de ses personnages avec une remarquable puissance d'évocation. Il ajoute à la poésie de son texte, une douce mélancolie, une tendre naïveté, une perspicacité empreint d'innocence, faisant ressortir des images qui prêtent à sourire, à s'attrister, à se révolter.

« Tu vois, Bulle, c'est ma maison à moi. Papa me disait toujours qu'un petit garçon doit avoir une maison à lui, n'importe où, dans un trou, sous un arbre ou sous une roche, pour y faire pousser des souvenirs. Tu m'entends, Bulle ? »

Ainsi, l'auteur joue avec les mots, mêlant l'humour au drame, la poésie aux propos injurieux, l'empathie à la défiance et la ruse, la générosité à l'envie, la bonté à l'égoïsme.

*
« Bulle ou la voix de l'océan » est une histoire surprenante qui véhicule de belles valeurs auprès des enfants par ses messages forts sur l'acceptation de l'autre dans sa différence, sur l'amitié, sur les apparences et les illusions, sur les relations entre les hommes et la mer.
Il permet aussi de réfléchir sur les notions de qualité et défaut, de vérité et de mensonge, de vie et de mort, et de possession.

« C'est le propre de l'amitié que d'avoir tantôt une bouche pour parler, tantôt une oreille pour entendre. »

*
Magique, cette petite bulle aux couleurs arc-en-ciel.
Merveilleux, ce petit roman pour enfants plein de charme, de douceur et de poésie dans la profonde humanité qu'il distille.
« Bulle ou la voix de l'océan » est une histoire savoureuse, émouvante, drôle et triste. Il fallait tout le talent de René Fallet pour que les enfants et leur maîtresse s'attachent à cette belle bulle au chant magique.

Une histoire pour petits et grands, pour rêver et écouter la voix de l'océan.

« Bip bip ! fit Bulle une dernière fois. Petit-Pierre, ceux qui s'aiment ne se disent jamais adieu. Ils se disent à bientôt, à demain, à un de ces jours, au plaisir, à un de ces quatre matins. Voilà ce qu'ils se disent, quand ils s'aiment. »
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Aujourd'hui c'est mercredi et mercredi, c'est... ?
« Les histoires à Berni ! »
De nouveau, les enfants ont crié à l'unisson ces quelques mots comme un cri de ralliement.
Une fois n'est pas coutume, pour illustrer le thème que j'avais choisi, nous sommes allés au bord de la mer, au grand air. Hé oui, par moins trois degrés en cet hiver déjà précoce, quelle cruauté me direz-vous d'infliger un tel sort à de si adorables chérubins ! Et vous aurez raison ! Mais n'y voyez-là aucun esprit taquin ou revanchard de ma part, certes cette classe admirable d'attention et d'écoute me fait voir de toutes les couleurs depuis maintenant plusieurs mercredis, mais j'ai fini par les adorer et cette idée de planter mon histoire dans un décor réel est une façon, je l'espère, qui leur permettra de mieux se souvenir du conte que je vais leur raconter ce mercredi.
Chaudement vêtus, ils ont couru vers la plage, tandis que Sandrine la maîtresse d'école m'aidait à disposer, sur un immense rocher en escalier qui servirait tout à l'heure d'amphithéâtre, quelques accessoires, ici un gros coquillage, là un vieux casier de pêche et aussi des coussins pour qu'ils n'attrapent pas un rhume...
Sur l'épaule du petit Paulo, son caméléon prenait les couleurs d'un magnifique bleu d'hiver. C'était la couleur de la mer ce jour-là.
J'avais décidé de leur raconter un merveilleux conte, Bulle ou la Voix de l'océan, écrit par René Fallet, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui n'est pas spécialement connu pour écrire des contes pour enfants, jugez-en plutôt par quelques titres : le beaujolais nouveau est arrivé, Comment fais-tu l'amour, Cerise ? Ou bien encore La soupe aux choux, quoique ce dernier récit aurait bien pu susciter l'hilarité de la classe de manière sonore et odorante, on allait cependant éviter de tenter une telle expérience...
Sandrine la maîtresse d'école a invité les élèves à venir s'asseoir sur le grand rocher. Puis je me suis avancé vers eux en leur montrant la couverture du livre qui illustrait un magnifique dessin de fond marin.
« Aujourd'hui, je vais vous raconter l'histoire d'un coquillage rare. Mais le personnage principal est tout d'abord la mer, c'est elle qui s'exprime dans les premières pages du récit. Elle dit avec poésie et expression les différentes formes, les différentes couleurs qu'elle peut prendre. Aujourd'hui elle est bleue, parfois elle peut être verte et lorsqu'elle est en furie, elle peut devenir noire de rage. »
J'ai tenté de dessiner avec mes gestes quelque chose qui ressemblait au mouvement des vagues, mais je sentais qu'il en fallait bien plus pour capter l'attention de mon auditoire qui avait plutôt les yeux rivés au-dessus d'eux, sur les goélands qui tournoyaient dans le ciel en jacassant...
L'histoire se passe au temps des flibustiers, en 1696. Nous sommes dans les mers du Sud, dans l'Océan Indien précisément, un endroit où il fait un peu plus chaud qu'ici.
« C'est vrai, ça caille, a crié le petit Jean-Michel en se frottant les mains contre son pantalon.
- Oh celui-là je vous dis, fit la petite Chrystèle en haussant les épaules, écoute plutôt l'histoire, tu auras moins froid.
Mais la mer est dangereuse. Parfois des pirates attaquent d'autres navires pour leur livrer bataille et les piller. C'est le cas de la Désillusion, un voilier avec à son bord des corsaires du roi Louis XIV qui décident d'aborder un navire anglais. Les combats font rage sur le pont du navire, au corps à corps et à coup d'épées et de sabres. Alors la petite Doriane et la petite Nico ont pris chacune un vieux bâton et ont fait mine de ferrailler en criant des jurons que j'aurai la décence de ne pas répéter ici. « Tu vas me la rendre cette tablette de chocolat, nom de ... ! » ; « Jamais, elle est destinée au butin du roi, espèce de... ! »
Pendant qu'à la surface de l'eau, des marins se battaient, tout était apparemment tranquille dans le fond marin où Bulle, un très joli coquillage, vivait avec un locataire en elle, un mollusque paresseux, qui s'appelait Gluc. J'ai pris le joli coquillage que j'avais déposé sur un rocher pour le leur montrer.
« Oh ! Gluc ! Quel drôle de nom ! » s'est exclamé le petit Pat en riant aux éclats. Il a répété plusieurs fois le nom en faisant des grimaces devant sa petite camarade Anna qui lui a répliqué : « Glop ! Glop ! Glop ! » On a alors entendu jaillir de l'assistance plein d'autres étranges onomatopées qui venaient affoler les goélands au-dessus de nous et se mêler à leurs cris.
« Gloups ! », « Glurb ! », « Gling ! ».
Le regard de Sandrine a croisé le mien, j'ai cru lire un léger soupir d'agacement sur son visage. Il est vrai que Sandrine m'avait prévenu d'éviter de leur offrir la moindre occasion qu'ils sauraient saisir à bon escient pour que cela dérape dans une cacophonie totale et qu'il y avait en cela des mots à éviter. Mais là, vraiment, je ne pouvais pas déformer l'histoire. Il s'appelait vraiment Gluc, ce mollusque paresseux, et cela n'aurait pas rendu le même effet s'il s'était appelé au hasard Patrice par exemple... Je n'ai rien contre les Patrice, hein ?
Pour revenir à notre affaire, je suis admiratif des conseils pédagogiques que la maîtresse d'école, Sandrine, sait me prodiguer chaque mercredi. C'est vraiment un métier ! Puis dans sa bienveillance coutumière, Sandrine a dit « Vous mourrez d'envie de connaître la suite, n'est-ce pas Bernard qu'ils meurent d'envie de connaître la suite... ? »
La classe s'est aussitôt assagie. Il faut que je retienne cette astuce pour la prochaine fois. J'ai saisi la balle au bond. « Mais voilà que le pauvre Gluc a mangé trop de laitue de mer et qu'il meure d'une indigestion. » J'ai vu alors tout autour de moi des mines s'attrister. Ils avaient l'air de trouver ce petit compagnon bien sympathique et rigolo. Bulle se retrouve désormais toute seule, sans locataire. Aussitôt, profitant de la situation, arrive un petite crustacé qu'on appelle le Bernard-l'hermite, qui s'est décrété être le nouveau locataire de Bulle sans lui demander la permission. Bulle ne voit pas cela d'un bon oeil.
Les enfants ont bien entendu ri au nom évocateur de Bernard-l'hermite, certains m'ont désigné en tendant vers moi un bras accusateur, je ne dirai pas qui, je ne suis pas cafteur, voyons !
La petite Anne-Sophie a demandé : « c'est quoi un Bernard-l'hermite ? » C'est un petit crustacé de la forme d'un crabe qui est obligé de vivre dans une coquille pour se protéger et parfois il déloge l'occupant qui s'y trouvait. « Ah ouais ! C'est un squatter, quoi ! » s'est alors exclamé la petit Sylvie, fière d'avoir trouvé cette ingénieuse comparaison.
« Mais voilà que sur la mer, on continue de se battre. Un marin, puis deux, puis trois tombent à l'eau, tous transpercés d'un coup de sabre, leurs corps échouent tout près de Bulle. Son destin va alors basculer et ce sera pour elle l'occasion de quitter l'océan, de se retrouver à bord d'un navire de corsaire, en route pour le port De Nantes...
Bulle devient alors l'objet de toute les convoitises, passant des mains de capitaine à celle d'un matelot. Puis elle est vendue à un marchand, avant de rencontrer des lieux plus calmes, où on va la laisser tranquille durant plusieurs décennies, trônant sur un coin de cheminée...
Parfois on se bat, on se chamaille pour tendre l'oreille, entendre devant l'entrée de sa cavité le bruit de la mer et des vagues. Certains ont même entendu le bruit de pièces d'or que l'on fait glisser entre les doigts avides de pirates ou de marchands, car Bulle sait imiter tous les bruits... »
Les enfants ont voulu à leur tour entendre ce que pouvait bien dire un coquillage de cette espère et ont tendu leurs bras vers moi. J'ai déposé délicatement le coquillage dans les mains de la petite Fanny qui le porta avec précaution vers son oreille, puis elle passa à sa voisine la petite Domm. J'ai repris alors le cours de mon histoire, tandis que le coquillage passait de main en main, avec des gestes doux, comme si c'était un objet précieux.
« Mais Bulle sait se taire aussi... Elle sait se faire oublier, pour mieux se protéger des maux de la terre, car elle est très fragile...
Enfin, un jour elle atterrit par hasard dans les mains du Petit-Pierre, un enfant qui habite la campagne. Il est sourd, il est rejeté par les autres enfants du village à cause de cela et pourtant ils vont se comprendre, lui et Bulle... Petit-Pierre est le seul qui, comme elle, aime vraiment la mer. Et il sera le seul à entendre ce que Bulle peut lui dire, lui délivrer comme un secret...
« Je suis sûr que Petit-Pierre perçoit des choses que d'autres n'entendent pas, a alors dit la petite Gaëlle. Elle me plaît bien ton histoire de coquillage, camarade ! »
Alors, je leur ai raconté la fin de l'histoire, une jolie fin comme savent les écrire les écrivains qui veulent enchanter le coeur des enfants ou de ceux qui ont gardé une âme d'enfant à leur manière...
Sandrine est revenue vers les élèves, évoquant qu'en 1696, la mer était peuplée de dangers, de pirates, de flibustiers... mais qu'aujourd'hui d'autres dangers menacent directement les océans, les fonds marins, évoquant la pollution, les déchets, les espèces aquatiques qui sont touchées ou disparaissent à cause de cela... Pour la maîtresse d'école, c'était aussi une manière d'illustrer un thème d'actualité qu'elle avait décidé d'engager sous forme de petits travaux avec ses élèves dans le cadre de la COP15 biodiversité qui démarrait aujourd'hui. Elle voulait commencer à sensibiliser ses élèves sur ce sujet essentiel et qui lui était cher aussi.
La mer en était le plus bel exemple.... Que penserait Bulle si elle retrouvait son océan natal aujourd'hui dans cet état ?
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« Bonjour les Babélionautes ! Aujourd'hui, je vais vous parler d'un livre qui semble tombé en désuétude, Bulle ou la voix de l'océan, de René Fallet.

Or donc Bulle est un coquillage… un peu comme un bulot, mais nettement plus grand, plus coloré et plus beau. Son mollusque l'ennuie. Un jour, il meurt et, grâce à un pirate, Bulle quitte l'océan. Elle va rencontrer différents humains et essuyer bien des déconvenues avant d'apprendre ce qu'est la réelle amitié.

Quelle adorable histoire ! Et très drôle ! J'aime beaucoup le personnage de la mer, joyeuse, tendre et cruelle. Et l'écriture, simple pour les enfants, ne l'est pas tant que ça : l'auteur sème de la poésie à tout va et joue sur les doubles sens. Un plaisir pour les enfants, un jeu pour les adultes. C'est un conte tout à fait ravissant. J'ai retrouvé l'innocence de mon enfance.

-Oui, alors, attends, non. Je le dis pour les adultes qui nous lisent : ce conte n'est pas si innocent que ça. D'ailleurs, quel conte l'est ?

-Meuh n'importe quoi. Les contes ne sont jamais que de mignonnes histoires pour amuser nos enfants, des récits pleins de pureté et de candeur.

-Rhôôôh, cette mauvaise foi. Comme si ton passage préféré dans Blanche-Neige n'était pas la punition de la marâtre. Bref, les contes sont des récits qui mettent en scène plein de représentations plus ou moins sexuelles, et Bulle n'échappe pas à la règle.

-Bulle ?! Mais pas du tout ! Pur, je te dis ! Des anges, des sirènes, une jeune fille, de l'amour…

-Et des combats, des meurtres... sans compter que Bulle est une femme. le narrateur en parle comme d'une femme. Plusieurs fois dans le roman, il se passe des trucs un peu bizarres. Quand elle est mise en vente, les gens lui « caressent les flancs ». Je suis désolée si ton enfance se barre, mais ce conte n'est pas du tout innocent.

-Naaan, maaaais si tu interprètes tout, aussi !

-J'interprète pas ! C'est le texte, j'y peux rien ! Prends-t'en à René Fallet si ça te plaît pas !

-Mais ça me plaît, figure-toi ! J'adore cette histoire et j'adore ce texte ! Des décennies plus tard, je le trouve même encore mieux parce que j'en profite davantage !!!

-Ben alors pourquoi tu t'énerves ?!!

-Tiens, oui, pourquoi ? Hum-hum. Pardon. Donc je continue : Bulle… est un récit d'initiation à l'amour. C'est là le fil rouge de cette histoire, et il est intéressant de remarquer qu'elle ne le trouve pas du premier coup, elle doit tâtonner, se tromper avant de rencontrer la bonne personne et connaître le bonheur.

-Le perso de Samuel me met mal à l'aise, quand même…

-Pourquoi ? Un méchant très méchant, et puis voilà !

-Chais pas. Je le sens pas. Mais comme je ne suis pas certaine du tout du bien-fondé de mes impressions, je ne vais pas dire pourquoi. Juste je me sens pas super à l'aise.

-Bon, il n'en reste pas moins une belle histoire, racontée avec une prose fine et spirituelle !

-Et qui fait pleurer aussi.

-Oui. Et qui fait pleurer aussi. Je l'avais lu enfant, j'ai pris plaisir à retrouver certaines tournures qui m'avaient marquée et qui ont conservé tout leur effet.

-J'ajoute que je ne regrette pas de l'avoir relu adulte. Je n'aurais jamais vu les différents niveaux de texte sinon. Bulle ou la voix de l'océan ressemble à une histoire toute simple et facile à lire en apparence. Seulement en apparence : la mer elle-même vous prévient que la narration ne va pas être « trop simple ». En réalité, ce roman contient une mine de réflexions, à la fois tendres et misanthropes, sur les relations humaines. »
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J'ai découvert ce petit bijou de la littérature jeunesse en classe de sixième. C'était un livre imposé ( et en plus j'étais en pleine découverte de Harry Potter), alors je rechignais un peu... Mais dès les premières pages j'ai été complétement absorbée par l'histoire. Pour au final tout dévorer en une nuit. Par la suite, je ne compte même plus le nombre de fois que je l'ai relu (entre deux ou trois chapitres d'Harry Potter)

Aujourd'hui encore, j'en garde un excellent souvenir. Je me souviens avec exactitude certaines scènes pourtant anodines, mais qui m'ont marqué "visuellement". C'est une petite histoire vraiment très poétique, très attachante, qui (je pense) peut encore être relue une fois adulte.

Je suis encore jeune et je n'ai pas d'enfant mais... J'espère que mes futurs neveux/nièces aimeront autant que moi cette jolie histoire d'un coquillage qui rêve de voyager.
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Bulle, le coquillage, est vraiment la voix de l'océan. Quand René Fallet se frotte à l'écriture pour enfants, point n'est besoin de forcer son talent : le récit est très poétique, et tellement marin.
Bulle recherche l'humanité ? Il découvre que les hommes ne sont pas toujours à la hauteur de ses espérances. Heureusement il va croiser le chemin de Petit-Pierre... Un autre amoureux de la mer.
"Bulle ou la voix de l'océan" ? Une friandise ! A consommer sans modération, même par les adultes.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Je suis la mer. On me connaît. Je suis salée. Je suis bleue quand le ciel est bleu, verte quand le ciel est… vert. Si vous me préférez rouge, je suis la mer Rouge. Noire, je suis la mer Noire. Jaune. De corail. Etc.
Je vous ai tous vus sur mes plages, tous, avec vos pâtés de sable, vos cannes à lancer, vos huiles à bronzer, vos filets à crevettes.
Je suis la mer, la mère Noël, ah ah ! La mer !
Pendant que vous dormez, je cache dans les rochers les étoiles roses et les petits crabes que vous trouverez au matin. Je vous lèche les pieds de mes cent mille langues de teckel.
Mais je peux être le grand vent, j’emporte les chapeaux !
Mais je peux être la tempête, j’emporte les bateaux, fais claquer les drapeaux ! Il ne faut jamais oublier qui je suis. Je suis très vieille, et les marins se signent quand je frappe à la porte de tous les cafés du port. Je suis la mer, avec ses poissons, ses baleines, ses jardins engloutis, ses trésors volés au roi d’Espagne, la mer avec ses fleurs, ses nuits noires et ses soleils noyés, la mer avec ses hippocampes, la mer avec ses coquillages, LA MER.
Jadis, je recouvrais l’endroit qui s’appelle aujourd’hui Paris. Je me suis retirée pour vous laisser un peu de place. Mais attention, je n’ai qu’un mot à dire pour revenir. Ce serait drôle de voir les harengs nager dans les grands magasins, les langoustes traverser entre les clous, les huîtres bâiller dans les théâtres. Je recouvrais aussi les montagnes. Pour aller sur le Mont-Blanc, autrefois, il fallait plonger juste au-dessus. Celui qui le loupait, il tombait dans la vallée, où broutaient les veaux marins. C’était le bon temps.

(Incipit)
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Bulle, d’où viens-tu ? Noiraud n’a pas été te chercher dans la mer, elle est trop loin, la mer. Je me demande où il a pu te rencontrer. C’est peut-être un ange qui t’envoie, Bulle. Les chiens comprennent ce que disent les anges, tu sais. Quand un chien est couché devant le feu, le nez entre les pattes, tu peux être sûre qu’il écoute un ange. On le voit passer dans ses yeux. C’est par Noiraud que j’ai appris cela. Je vois clair en Noiraud comme dans de l’eau.
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Je suis la mer ! Je bats les rochers. Je m’amuse à jongler avec les bateaux. Je suis la mer, qui recouvre les trois quarts du globe, qui dit mieux ? Les vagues de dix-huit mètres de haut, c’est moi, la mer ! Je casse tout, je fracasse tout !
Je sais aussi caresser, être calme et limpide, remarquez. Je suis même capable de jolis sentiments. Bulle, tenez, je l’aimais beaucoup. Parfois, mes vagues l’écoutaient au passage. Bulle faisait « bip bip ! » comme vous le savez, j’ouvrais bien grandes mes oreilles de mer et moi, la mer, j’aimais entendre Bulle me dire et me redire la profonde chanson de la mer.
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Bulle, soufflait le garçon, tu ne peux pas me parler. mais moi, si tu veux, je te parlerai. Je te parlerai d'amitié. Je t'apprendrai l'amitié. Tous les hommes courent après l'amitié par égoïsme, pour être moins seuls. Si je dois t'aimer, Bulle, ce sera pour ton bonheur à toi. si je te sais heureuse, et je le saurai à tes couleurs, je serai heureux. Je lis sur les lèvres des hommes mais les tiennes ne bougent pas. Garde tes chansons, Bulle, je te dirai les miennes. Je m'appelle Pierre. Les grandes personnes m'appellent Petit-Pierre, mais je sais qu'au moins jamais tu ne deviendras une grande personne.
Et Bulle s'endormit entre le chien et Petit-Pierre.
Elle était arrivée au bout du chemin.
Elle avait fini par trouver ce fameux corail de la terre, et ce corail si rouge était celui du cœur.
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On rêve !
Et l'antisémitisme qui affleure de ce petit bijou ça n'a effleuré personne ?
Je ne fabule pas. Relisez-le en vous mettant à la place de n’importe quel enfant de samuel, vous savez ? celui qui est décrit dans le livre avec un calot noir, un nez crochu et qui meure d’avarice en avalant ses pièces d’or, celui qui a derrière lui des millions de samuels partis en cendres au nom de la belle utopie nazie. Je vous assure que ça tue un peu la poésie ambiante du bouquin.
Mais que ce passe- t'il côté sensibilité à l’autre dans ce beau pays de France ?
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