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EAN : 9782072777974
112 pages
Éditeur : Gallimard (03/01/2019)

Note moyenne : 2.9/5 (sur 52 notes)
Résumé :
«Vive, légère, alerte, elle était comme un courant d’air dans la maison. Elle arrivait pour repartir une seconde plus tard. La nuit, elle filait sans prévenir. Puis soudain elle était dans sa chambre, dans son lit. Félix l’entendait respirer dans son sommeil. Il imaginait sa poitrine en train de se gonfler sous la chemise de nuit. Il faisait jour c’était dimanche.»

Félix, quatorze ans, en apprentissage dans un bourg poussiéreux et écrasé de chaleur, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  16 juillet 2019
Pour «Court vêtue» Marie Gauthier a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman. Un choix judicieux pour cette quête amoureuse mettant aux prises un garçon de quatorze et une fille un peu plus âgée, mais bien plus expérimentée.
Pour son premier roman Marie Gauthier a choisi une belle histoire d'amour. Belle, parce qu'il s'agit de la première, belle parce qu'elle marquera à vie les amoureux. Encore que je n'en sois pas sûr en ce qui concerne Gil. Car la romancière a réussi pour son premier roman le tour de force de marier l'eau et le feu, l'innocence et la perversité, le rêve et le cauchemar.
Dans le rôle de l'innocent pur et sensible, on trouve cette fois Félix, 14 ans. du côté de celle qui a déjà perdu cette innocence, on trouve Gil, de quelques ans son aînée. Gil, diminutif de Gilberte, est la fille d'un cantonnier qui a accepté d'héberger le jeune homme pour lui apprendre les rudiments de son métier. Cette première expérience hors du cocon familial lui insuffle un vent de liberté. C'est avec les yeux gourmands de celui qui a tout à apprendre qu'il s'engage dans cette nouvelle aventure. Il voit Gil comme une sorte de paradis inaccessible, comme l'incarnation de LA femme, comme un mystère à explorer. Avec passion, il va épier Gil, tenter de l'approcher, de la comprendre. Et voir au fil des jours, sa passion croître.
Marie Gauthier réussit fort bien à décrire cette sorte d'état second qui donne aux yeux énamourés une sorte de myopie particulière transformant le réel, une sorte d'amnésie particulière qui fait disparaître tous les obstacles et nie ce qui pourrait entraver la quête de l'être cher.
Car Gil est d'un tout autre calibre. Elle veut savoir ce que cela fait de faire l'amour et choisit la première occasion en suivant un employé dans une chambre d'hôtel. «Ce qui devait se passer avait eu lieu. Elle n'avait pas vraiment le souvenir des mains sur son corps, son corps entier s'était donné. Quelque chose d'elle avait été pris, elle ne savait pas trop ce que c'était mais elle en était allégée, débarrassée. Il avait suffi de s'en remettre aux mains propres d'un employé de passage pour être allégée de sa condition. Pour trouver la légèreté. Les mains de l'homme, son corps, avaient réussi ce prodige-là.»
Elle a alors compris que sa fraîcheur, sa beauté, son corps excitaient la convoitise, que tous ces hommes qui se retournaient sur elles voulaient tous lui faire l'amour, à commencer par le patron de la supérette où elle travaille:  «Pendant les heures creuses, dans la réserve à marchandises, le gérant prend Gil. C'est mieux quand la supérette est fermée, mais alors ils manquent de temps, lui à cause de sa femme, Gil parce qu'elle doit préparer le repas.»
Mais entendons- nous bien, si elle s'offre ainsi, ce n'est pas par amour, c'est pour le satisfaire, éventuellement pour ajouter une expérience supplémentaire à sa connaissance des hommes, à la manière dont les mâles de différents âges et conditions se comportent. du coup, elle ne comprend pas – au moins au début – que Félix brûle pour elle d'un amour sincère, entier, exclusif. Car si elle fait l'amour, elle n'est pas amoureuse. Mais va finir pas être troublée par l'innocence de ce garçon.
À l'image de l'été caniculaire, la passion va monter en température jusqu'à l'explosion.
Ce court roman, à la lecture très plaisante, est idéal pour les vacances. Sous des airs de romance, il cache une analyse fort intéressante des perceptions très différentes qui peuvent exister au sein du couple. Quand le fragment du discours amoureux rencontre L'Été meurtrier !

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Jean-Daniel
  30 janvier 2020
Pour « Court vêtue » Marie Gauthier a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman en 2019. Un choix surprenant pour ce court roman mettant aux prises Félix, quatorze ans, en apprentissage quelques semaines, et hébergé par son patron cantonnier, et Gilberte, la fille de ce dernier. Celui-ci, veuf, vit seul avec sa fille, qui à seize ans est au coeur de l'histoire. Elle travaille dans une supérette, s'occupe des tâches ménagères et aborde la vie très librement, en couchant avec des hommes plus âgés qu'elle prêts à lui octroyer quelques instants d'attention. Gil (surnom de Gilberte) fascine très vite Félix et se rend rapidement compte de l'intérêt qu'elle suscite chez lui, avant d'être elle-même troublée par l'innocence du garçon.
Le thème est classique et souvent exploré, l'éveil des sens chez des adolescents, mais il ne se passe pas grand-chose. A travers de courts chapitres (paragraphes ?) Marie Gauthier peine à développer une intrigue dont le développement reste presque invisible et qui laisse un goût d'inachevé. L'auteure se concentre essentiellement sur le rythme des jours qui passent, sur la vie au quotidien d'une grande banalité et le lecteur se demande où on veut le mener.
Reconnaissons toutefois une certaine qualité de style et que le thème est abordé avec tact et pudeur, mais la fin est décevante car trop escamotée, presque bâclée, ce qui peut engendrer une certaine frustration chez le lecteur.
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Cigale17
  25 juillet 2019
Je suis complètement passée à côté de ce bref roman qui a reçu en mars le Goncourt du premier roman. Il se lit vite : 104 pages, des phrases courtes ou très courtes, pas vraiment d'intrigue, peu de personnages, des descriptions minimalistes. On sait peu de choses de l'endroit où le roman se déroule, qualifié de bourg ou de gros bourg, assez gros pour qu'on y trouve un cinéma et une piscine. Et c'est l'été. La chaleur, la moiteur, l'écrasement ressenti par les corps sont particulièrement bien rendus.
Félix, 14 ans, se retrouve brusquement, brutalement presque, laissé par sa mère chez son maître d'apprentissage : « le père au mégot », cantonnier dans le bourg, père en effet d'une jolie fille de 16 ans, Gilberte, Gil pour tout le monde. Gil s'envoie en l'air, ni joyeusement, ni tristement, mais avec une grande indifférence et avec n'importe qui. Il lui suffit d'avoir le sentiment de plaire, d'être désirée et elle est d'accord. Avant même que Félix n'ait connaissance de ces ébats, Gil le fait fantasmer. Privilégiant le point de vue de Félix, mais donnant parfois accès aux pensées de Gil, Marie Gauthier nous présente deux adolescents dont la vie change au cours d'un été : Félix parce qu'il sort de l'enfance, en tout cas physiquement ; Gil parce qu'elle prend (peut-être) sa vie en main, mais est-ce bien sûr ?
Je reconnais évidemment toutes les qualités de ce premier roman : une écriture originale, la subversion des lieux communs attendus, les sentiments suggérés et rarement clairement énoncés, l'évolution subtile des relations des protagonistes, etc. J'ai de la difficulté à cerner ce qui m'a déplu hormis certains détails. Par exemple, j'ai trouvé vraiment agaçant la répétition de l'expression « père au mégot », comme s'il y avait une confusion possible, qui m'a donné l'impression tenace d'une fausse simplicité. Ou encore l'évidente volonté de se garder de tout jugement moral, qui disparaît avec l'emploi à plusieurs reprises du mot « légèreté », même en faisant jouer la polysémie... Bref, des détails. Peut-être est-ce parce que je sors d'un roman au style ample qui met en scène des personnages à la psychologie fouillée (Ton histoire mon histoire, de Connie Palmen), peut-être n'était-ce tout simplement pas le moment. Dommage pour moi.
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Aufildeslivres
  05 mars 2019
Il fait chaud et moite. le ciel plombe, l'air colle les poumons.  Dans la langueur de l'été, dans ce bourg figé sur le bitume, la vie s'étire dans la pesanteur des habitudes et de l'ennui.
Gil s'enlise. de la supérette où elle occupe un boulot de caissière à la maison de son père, le cantonnier, dans laquelle elle nourrit et entretient l'homme, il n'existe que peu d'échappatoires. Il faut qu'elle existe, qu'elle frissonne, qu'elle vive du haut de ses seize petits ans. Alors, elle baise. Les voisins, le patron, jeunes, vieux, tous ces hommes prêts à lui octroyer quelques instants d'attention, un ersatz d'amour, l'idée d'un semblant d'estime. Elle virevolte de l'un à l'autre, se donne, s'oublie dans ces bras qui la tiennent, elle qui n'est rien qu'une belle fille, peu instruite, peu respectée, sans avenir autre que celui de la vie qu'elle s'octroie. Elle est solaire, Gil, belle et lumineuse, empêtrée par ses formes et sa jeunesse, si naïve et si frêle, astre de la commune, que l'on tire et exploite, sans plus de considération qu'un pet sur une toile cirée.
À ses côtés, Félix, quatorze ans, grandit. Stagiaire du cantonnier, il habite la maison de Gil, proche de sa chambre, proche de cette vie qu'il regarde, les fugues, les découvertes, la liberté. Il se saoule de cette sensualité exacerbée, les sens retournés, lui qui rêve de celle dont il se repaît. Elle est si belle Gil. Si libre. Si femme. Si magnifique et vibrante.
Ce roman est celui de l'éveil à l'amour, puissant et sensuel dans le désert affectif de ces adolescents progressivement adultes, sous le soleil de ce torride été ; une perte de l'enfance, habile et douloureuse contée par les mots percutants et intensément vifs de Marie Gauthier
Ce premier roman est une belle découverte.
Lien : http://aufildeslivresblogetc..
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Wyoming
  23 août 2019
La brièveté de ce roman m'a paru en adéquation avec son thème, voire ses thèmes, les émois de l'adolescence, l'été, la chaleur, le désir.
Un jeune apprenti en stage d'été, Félix, découvre progressivement le corps de la fille de son patron, Gil, de deux ans son aînée. D'abord, simplement en l'entendant rentrer le soir, puis en la regardant accomplir les tâches ménagères, enfin dans sa salle de bain pour l'admirer totalement dévoilée.
Cependant, Gil se joue de Félix qu'elle considère encore comme un enfant, l'enfant qu'elle aimerait sans doute être aussi; mais elle a déjà brûlé trop de cartouches en couchant à droite, à gauche avec jeunes et vieux, sans vraiment savoir pourquoi.
Entre Gil et Félix, c'est donc une brève osmose de quiétude, de protection mutuelle qui, malheureusement ne peut durer car Gil souhaite partir, et, Félix, de son côté, s'en ira aussi à la fin de l'été.
Entre eux, le personnage du père, le cantonnier, qui laisse aller toute chose, surtout sa fille, ne s'interpose pas, ayant déjà tant de mal à assumer sa propre condition.
Ces trois protagonistes sont fort bien campés par l'auteur, le climat de ce huis clos, calme et torride, s'insinue peu à peu dans la pensée du lecteur qui suit ce trio en observateur ému et passionné.
Pour un premier roman, je le trouve très réussi même s'il reprend un peu trop de poncifs du genre mais, après tout, pourquoi pas?
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   09 mai 2019
Le premier roman de Marie Gauthier raconte les premiers émois, l’éveil des sens, la transformation d’un garçon qui va devenir un jeune homme.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   13 janvier 2019
Marie Gauthier revisite le roman de jeunesse et d’apprentissage, entre la supérette et le café.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   16 juillet 2019
Pendant les heures creuses, dans la réserve à marchandises, le gérant prend Gil. C’est mieux quand la supérette est fermée, mais alors ils manquent de temps, lui à cause de sa femme, Gil parce qu’elle doit préparer le repas. À certains moments seules quelques mémés font leurs courses. C’est lent les mémés, c’est un peu sourd. Du fond du magasin après le bruit de la porte, on surprend leurs Chuchotements. Puis elles cherchent à voix haute dans les rayons, demandent s’il y a quelqu’un. En attendant qu’elles choisissent, qu’elles s’agitent, on a bien le temps. Elles ne s’impatientent pas. Il y a aussi des instants où personne ne vient. C’est comme un lieu fantôme, la musique dans les allées, la sensation de froid. 
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hcdahlemhcdahlem   16 juillet 2019
INCIPIT
Lors de son arrivée, la maison était vide. Félix était entré en vitesse avec son sac. Il allait manger, dormir, habiter ici alors qu’il n’y connaissait personne. Il avait monté ses affaires à l’étage, comme le type le lui avait demandé, et en descendant il s’était arrêté au milieu de l’escalier. Les murs, les bruits lui étaient étrangers. Pourtant le moteur de la voiture tournait encore dans la cour. Sa mère, sur le point de partir, parlait avec l’homme. Dehors rien d’essentiel n’était en jeu. Juste des serrements de main. La chose importante c’était que la voiture allait redémarrer. Félix et sa mère ne s’étaient pas vraiment dit au revoir. Elle ne lui courait plus après pour l’embrasser. Ils ne faisaient plus ça. Elle ne le cherchait même plus des yeux. Du moment qu’il était arrivé à bon port, tout était bien. Elle avait prolongé encore un peu la conversation puis Félix avait entendu claquer la portière. Il se sentait un peu perdu parce qu’il n’était jamais venu dans ce bourg. Si on l’avait déposé là, quelqu’un viendrait le chercher. Quelques jours auparavant on lui avait demandé de remplir des formulaires et fait miroiter un avenir. En tout cas finis les courses avec sa mère, les jours de pluie, les temps longs à l’attendre dans la voiture sur le parking des grandes surfaces.
 
Ce genre de malaise allait disparaître. Il ne le gênerait plus. Le départ de sa mère en coup de vent avait balayé la maison familiale remplie d’enfants. Il allait pouvoir respirer. L’homme de la cour, après avoir écrasé son mégot avec le pied, lui avait dit qu’il reviendrait s’occuper de lui. Une grande fille aux cheveux clairs et ébouriffés était passée sans dire un mot. Revenue sur ses pas, elle lui avait montré la cuisine, le séjour avec son buffet sombre, sa table de ferme, son canapé en velours râpé. À l’étage, des chambres et encore des chambres, la salle de bain et les w.-c. Dans le couloir du haut elle lui avait dit Je m’appelle Gil et s’était sauvée. Félix sentait qu’il pourrait vivre sous ce nouveau toit, se plaire dans cette maison étrangère, oublier la sienne, oublier les parents. Il serait un visiteur sans identité, venant de nulle part avec seulement un sac et un bout de papier dans la poche. Il allait profiter de n’avoir plus de passé. Sa vie commencerait maintenant. Il voulait sortir de l’enfance, se détacher de ceux qu’il avait connus jusque-là, défaire les liens.
 
Même après quelques jours, l’homme, qui déjà n’avait eu que peu d’échanges avec sa mère, ne lui avait guère posé de questions. Il avait une tête ronde, des cheveux abondants et des yeux clairs. Debout dans la cuisine, sa grosse ceinture de cuir lui collait le polo au ventre. Pantalon marron, veste épaisse brun roux en toile. Musclé, un peu lourd, il avait un regard embrumé et doux. Il souriait volontiers. Après le déjeuner il fumait une Gitane maïs, le mégot faisait des va-et-vient sur sa lèvre inférieure tandis qu’il bafouillait des bouts de phrases entre les bouffées. Il se servait volontiers un coup de blanc qu’il buvait en deux lampées, avant de rincer le verre d’un revers de doigt et de le reposer sur l’égouttoir. Félix se concentrait au niveau du mégot, parce qu’il attendait une indication sur le travail à faire. Il fallait peut-être qu’il saisisse des instructions dans les bredouillis. Appuyé au mur, le père au mégot rejetait la fumée en faisant des ronds. Finalement il écrasait sa cigarette dans le cendrier en verre sur le coin du buffet.
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armand7000armand7000   24 juin 2019
Lors de son arrivée, la maison était vide. Félix était entré en vitesse avec son sac. Il allait manger, dormir, habiter ici alors qu’il n’y connaissait personne. Il avait monté ses affaires à l’étage, comme le type le lui avait demandé, et en descendant il s’était arrêté au milieu de l’escalier. Les murs, les bruits lui étaient étrangers. Pourtant le moteur de la voiture tournait encore dans la cour. Sa mère, sur le point de partir, parlait avec l’homme. Dehors rien d’essentiel n’était en jeu. Juste des serrements de main. La chose importante c’était que la voiture allait redémarrer. Félix et sa mère ne s’étaient pas vraiment dit au revoir. Elle ne lui courait plus après pour l’embrasser. Ils ne faisaient plus ça. Elle ne le cherchait même plus des yeux. Du moment qu’il était arrivé à bon port, tout était bien. Elle avait prolongé encore un peu la conversation puis Félix avait entendu claquer la portière. Il se sentait un peu perdu parce qu’il n’était jamais venu dans ce bourg. Si on l’avait déposé là, quelqu’un viendrait le chercher. Quelques jours auparavant on lui avait demandé de remplir des formulaires et fait miroiter un avenir. En tout cas finis les courses avec sa mère, les jours de pluie, les temps longs à l’attendre dans la voiture sur le parking des grandes surfaces.

Ce genre de malaise allait disparaître. Il ne le gênerait plus. Le départ de sa mère en coup de vent avait balayé la maison familiale remplie d’enfants. Il allait pouvoir respirer. L’homme de la cour, après avoir écrasé son mégot avec le pied, lui avait dit qu’il reviendrait s’occuper de lui. Une grande fille aux cheveux clairs et ébouriffés était passée sans dire un mot. Revenue sur ses pas, elle lui avait montré la cuisine, le séjour avec son buffet sombre, sa table de ferme, son canapé en velours râpé. À l’étage, des chambres et encore des chambres, la salle de bain et les w-c. Dans le couloir du haut elle lui avait dit Je m’appelle Gil et s’était sauvée. Félix sentait qu’il pourrait vivre sous ce nouveau toit, se plaire dans cette maison étrangère, oublier la sienne, oublier les parents. Il serait un visiteur sans identité, venant de nulle part avec seulement un sac et un bout de papier dans la poche. Il allait profiter de n’avoir plus de passé. Sa vie commencerait maintenant. Il voulait sortir de l’enfance, se détacher de ceux qu’il avait connus jusque-là, défaire les liens.
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hcdahlemhcdahlem   16 juillet 2019
Il y avait eu un premier épisode en plein après-midi dans une chambre d’hôtel toute claire malgré les rideaux tirés. Elle donnait sur une rue où on entendait le grondement des camions. Le type s’était lavé, avait plié son pantalon avec soin. Gil était restée debout bras ballants sans trop savoir quoi faire en attendant qu’il ait fini. Ensuite il l’avait déshabillée, avec ordre. Méticuleusement. Il sentait le savon. Il avait ôté doucement le tee-shirt et la jupe. Gil s’était retrouvée en sous-vêtements. Elle n’oublierait pas ce que ça lui avait fait de se retrouver en sous-vêtements dans une chambre d’hôtel en plein après-midi avec un inconnu. La forte impression de nudité qu’elle avait eue. Ensuite il avait dégrafé le soutien-gorge, fait glisser la culotte le long des jambes et dit Maintenant tu peux aller te laver. Il l’avait regardée gentiment pendant qu’elle s’essuyait devant le lavabo. Puis il lui avait ordonné de se laisser faire. C’était comme si elle avait quitté son corps, comme si elle l’abandonnait, qu’elle en cédait l’usage, la propriété. Elle n’avait pas résisté parce qu’elle avait accepté de venir dans la chambre. Elle ne savait pas comment s’y prendre. Personne ne le lui avait appris. Elle n’avait pas fait semblant. Il lui avait embrassé tout doucement les seins, le ventre plusieurs fois. Elle n’avait pas bronché. Il avait été soigneux, propre. Elle se demandait si ça serait toujours comme ça, s’il voudrait recommencer avec elle, si elle-même recommencerait avec d’autres, si elle aurait toujours cette agréable sensation de nudité, si elle se sentirait toujours aussi nouvelle après. Elle avait décidé de réveiller son corps, un type le lui avait révélé. Elle était venue vers lui lentement et ça s’était passé. Une fois la chose faite elle n’était pas partie tout de suite. Seule, elle était restée assise nue sur le lit à écouter les bruits qui venaient de la fenêtre, à ne ressentir que ça. Ce qui devait se passer avait eu lieu. Elle n’avait pas vraiment le souvenir des mains sur son corps, son corps entier s’était donné. Quelque chose d’elle avait été pris, elle ne savait pas trop ce que c’était mais elle en était allégée, débarrassée. Il avait suffi de s’en remettre aux mains propres d’un employé de passage pour être allégée de sa condition. Pour trouver la légèreté. Les mains de l’homme, son corps, avaient réussi ce prodige-là.
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rkhettaouirkhettaoui   19 mai 2019
Elle se réinventait. Elle aimait éprouver la tenue des vêtements, voir un visage neuf, un corps différent. Est-ce que cette robe plus sombre avec ce rouge-là était possible. Lorsqu’elle pirouettait au milieu de la chambre, le plancher grinçait sous la moquette. Dans le miroir de l’armoire elle ne reconnaissait pas la femme qui apparaissait tout à coup. Pourtant c’était encore elle, la toute jeune fille. Elle voulait savoir ce qu’amenait sa nouvelle tenue. Maquillée, avec un sac à main, des talons hauts, elle était prête. Fin de la séance. Elle rangeait tout. Plus rien ne traînait. Rien n’avait bougé. Il ne restait que des effluves d’eau de toilette.   Le temps coulait lentement dans la salle de bain où le soleil étourdissant n’entrait pas. Un petit courant d’air passait sous la fenêtre. Ça sentait le frais, l’humide, les produits de toilette. Deux ou trois flacons colorés bouchons ouverts exhalaient une odeur de pomme. Des serviettes séchaient sur le radiateur éteint, un tapis de bain bleu était posé sur le rebord de la baignoire. C’était peut-être les serviettes-éponges de toutes les couleurs qui attiraient Félix. Le calme aussi. Cet endroit lui faisait penser à Gil. Elle avait grandi nue devant ce miroir qui maintenant reflétait une jeune fille. Il l’imaginait ici avec plaisir. Les odeurs, le frais c’était elle. Elle était omniprésente dans les savons, les brosses, les peignes, entassés ici et là et qui débordaient de la tablette en verre du lavabo. Ça sentait bon tous ces mélanges : les onguents, les poudres, l’eau qui coule, la vapeur.   Gil avait commencé à coucher. C’était clair pour Félix qu’elle avait cet avantage. Elle en devenait toute légère, ne pesait plus rien, à peine le poids d’une mouche. Mais il aurait été bien incapable de s’en saisir. Le corps de Gil se serait froissé comme du papier dans sa main. Elle avait commencé dès la fin de l’école. Elle avait des fossés d’avance, des bus scolaires, des promenades au bord de la rivière. Elle engrangeait jeunes et vieux, hommes mariés, moustachus, barbus, poilus.
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Vidéo de Marie Gauthier
Philippe Claudel remet le Goncourt du premier roman 2019 à Marie Gauthier pour "Court vêtue".
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