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Joëlle Dublanchet (Traducteur)
ISBN : 2742752463
Éditeur : Actes Sud (01/10/2004)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 103 notes)
Résumé :
Constantin, dit Kostia, un jeune bidasse russe est revenu de son service militaire en Tchétchénie le visage monstrueusement brûlé après l'attaque de son tank par les boeiviki.
Pour oublier, Kostia, dont le visage terrorise les enfants, va se mettre à boire comme seuls les Russes savent le faire... à mort. Suivant ainsi l'enseignement d'un peintre raté, qui lui apprit deux choses : boire de la vodka sans simagrées (lui-même souffre d'une Soif inextinguible) et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  29 mars 2019
Comment parler de ce roman ? C'est un OVNI que j'ai lu sans m'arrêter une seconde, tellement j'étais assoiffée… comme sous perfusion de vodka ou d'autre chose…
Constantin, alias Kostia, est un rescapé. Il a été laissé pour mort lors de l'accident où le tank dans lequel il se trouvait a été attaqué en Tchétchénie. Donc, c'est lui qui a été sorti en dernier, quand on s'est aperçu qu'il vivait encore. Il a été gravement brûlé, son visage est déformé et on s'en sert pour faire peur aux enfants !
Il survit grâce à la vodka, et surtout grâce à Alexandre Stépanovitch, un professeur qui a été impressionné par ses dessins, et l'encourage à persévérer. le professeur boit comme un trou, il boit sa vodka dans des grands verres qu'il vide cul sec. Mais il transmet des conseils à Kostia, comment voir le monde, notamment. Il ne le ménage pas:
» Constantin? C'est un très beau nom. Tu dois être quelqu'un de persévérant.C'est bien. Tu es persévérant Constantin? Ou bien tu n'as de persévérant que le nom? »
C'est un peu un père de substitution, un mentor. Tellement peu d'hommes ont pu lui servir de modèle : son père est parti, il a refait sa vie ; le nouveau compagnon de sa mère le dénigre…
Il a gardé des liens avec ses camarades militaires et lorsque l'un d'eux, Serioja, disparaît, les trois autres vont se lancer dans un périple à travers les villes russes alentour. Kostia boit, roule en voiture avec eux mais dessine : un bras pour remplacer celui qu'un militaire a perdu, une famille imaginaire pour un qui est mort au combat. Il va peu à peu trouver un sens à sa vie.
L'accident en Tchétchénie aurait pu le détruire, l'anéantir, mais il a su conserver une amitié forte avec ses copains, transcender la souffrance physique et morale, dans cette Russie où la vie n'est pas simple, l'exprimer dans ses dessins, toujours en noir et blanc.
Je redoutais cette lecture, car j'avais peur de voir des hommes consommer de la vodka au litre, comme seuls les Russes savent le faire, un éloge de l'alcool. Ce livre a donc pris la poussière quelques temps avant que je ne l'ouvre car les histoires d'alcoolisme, d'alcoolisation me rebutent en général. Ce petit roman, 129 pages à peine, est d'une telle densité qu'il est un uppercut pour le lecteur, un voyage initiatique, une leçon de vie, très loin des « feel-good » à la mode aujourd'hui.
L'écriture est incisive, les phrases sont parfois lapidaires, et le style d'Andreï Guelassimov tellement percutant que j'ai envie de continuer à découvrir son oeuvre. J'ai un autre de ses romans, récupéré dans une corbeille, sorte de livre voyageur, en attente lui-aussi : « Fox Mulder a une tête de cochon », recueil de nouvelles. « L'année du mensonge » devrait être bien aussi…
Un auteur à découvrir absolument.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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nadejda
  04 décembre 2014
La Soif, ce pourrait n'être que la soif de vodka pour noyer dans l'alcool les souvenirs de son service militaire en Tchétchénie qui empoisonne Constantin, Kostia, mais c'est aussi la lente, douloureuse mais belle remontée vers la vie, la soif de vivre qui va lui être progressivement redonnée grâce à son envie de dessiner. 

Ce goût du dessin qui vient de l'enfance, développé à l'école, grâce au directeur qui s'est rendu compte de son don et le favorise, va renaître au contact des enfants de son père qu'ils retrouvent à Moscou lorsqu'il se lance avec ses amis Pacha et Guena à la recherche de Sérioja celui qui les a tirés de leur blindé en flammes. 

Par étape, après s'être amusé avec ses demi-frère et soeurs, émerveillés qu'ils donnent naissance sur le papier à tous leurs désirs, il va continuer à extraire de lui-même et faire surgir sur le papier les souvenirs obsédants et cauchemardesques de Tchétchénie. le Directeur de l'école, lui avait d'ailleurs fait don d'un livre « les Caprichos de Goya » composé de gravures satiriques sur la société espagnole et aussi de gravures fantastiques où s'agitent des êtres étranges. Les visages, les corps y apparaissent déformés. Dans « La Soif » il y a aussi la vision du visage de la Russie actuelle mais tout est de l'ordre du constat, Kostia ne prononce aucun réquisitoire, ne se plaint pas, il montre, raconte par bribes, se souvient et le lecteur le suit sans l'interrompre car ce livre on le lit d'une traite et la fin soulage et redonne espoir.
Le récit de Kostia débutait sur l'appel au secours de sa voisine Olga lui demandant de venir faire peur à son petit garçon Nikita : « Excuse-moi de toujours t'embêter, me dit-elle alors. C'est que… il n'a peur que de toi… Moi, il ne m'obéit plus du tout. » et il se termine par le retour vers ce même petit garçon qui lui dit malicieusement après qu'il l'ait mis au lit :
— Moi je sais.
— Qu'est-ce que tu sais ?
— Je sais bien.
— Mais qu'est-ce que tu sais ?
— Que tu n'es pas méchant. C'est juste ta figure qui est comme ça.
Kostia, grâce à ces enfants placés sur sa route rejoint sa propre enfance et va retrouver son visage en retrouvant la capacité de le dessiner après que Nikita se soit endormi.
un livre parfois éprouvant mais au final émouvant et beau
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gavarneur
  04 septembre 2019
Comment font ces russes pour rester lucides après des litres de vodka ? Comment font ces russes pour rester amis après une trahison ? Comment font ces russes pour ne pas sombrer dans la folie civile au sortir de celle de la guerre ?
La réponse à la troisième question est dans l'amitié et la vodka, au moins dans ce court roman, absolument formidable, et tant pis si les non-russes ne peuvent pas tout comprendre. Outre la construction complexe où les histoires s'entremêlent et finissent par s'éclairer mutuellement, j'ai aimé ces morceaux d'enfance recréés, cette possible rédemption par l'amour de l'enfance et le dessin, malgré les trahisons et les mesquineries.
Tous les destins ne sont pas tragiques dans ce récit, certains sont seulement désespérants, et banals comme les douleurs de la vie ordinaire. Mais le narrateur Kostia (Constantin), blessé irrécupérable de la vie et de la guerre, m'a donné une sacrée leçon d'espoir. Il finit par comprendre la leçon reçue dans son enfance : oui il sait voir le monde, ses dessins le prouvent. Et pareillement Andreï Guelassimov nous donne sur le papier une vision du monde, complexe, perturbante, mais prenante et utile.
J'admire le geste de la collection Babel, offrant ce petit livre jaune pour deux autres volumes achetés, quel belle idée pour faire connaître Guelassimov, qui se rend indispensable en 120 pages. Merci.
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krzysvanco
  25 mai 2017
Un court roman comme je les aime !
Les blessures physiques, morales et esthétiques de la guerre, la guerre elle-même, l'amitié forte qui réunit ces rescapés, la vodka bien entendu qui étanche difficilement la soif - il en faut des quantités et enfin le salut par le dessin.
Le protagoniste principal est attachant, fortement défiguré par une grenade lors de la guerre de Tchétchénie, il permet à sa voisine de l'utiliser pour se faire obéir de son enfant. Son don du dessin a été découvert par son directeur d'école qui lui apprendra à "voir" ce qui l'entoure
C'est le dessin qui lui donnera un but alors que tout aurait pu être ravagé par son handicap.
C'est le dessin qui lui permettra de vivre.
J'ai beaucoup aimé !
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ninamarijo
  03 mars 2017
« La soif ». Ici, nous ne sommes pas dans le désert et ce n'est pas d'eau dont il s'agit. Ici, c'est la vodka qui coule à flots, mais, ils ont une excuse, ils reviennent de Tchétchénie amochés dans l'âme et meurtris dans le corps : « Il regarde le tank qui est tombé en embuscade dans une ruelle étroite, et qui sera pulvérisé une minute plus tard. Et comment on extirpe d'un blindé un soldat qui a la poitrine fracassée. Plus loin, on recoud le ventre d'un soldat à même le sol. Il regarde un corps projeté en l'air dans l'explosion d'une mine. Et nos gars, courbés, qui courent vers un abri : l'un d'eux agite les bras et ploie, comme un oiseau, au moment où une balle l'atteint, mais il n'a pas encore compris ce qui lui arrive ».
Kostia raconte sa vie après la Tchétchénie, il revient, blessé, son visage est ravagé, méconnaissable, terrifiant pour les enfants et intrigant pour les adultes. Pour tenter d'oublier, Kostia trouve refuge dans la vodka et auprès de ses trois amis de combat. Ces trois là sont soudés par leurs souvenirs, et, partent à la recherche de Sérioja celui qui les a sauvés, extirpés du tank en feu.
Kostia dessine, aussi, et rudement bien, de façon mécanique il raconte son enfer dans ses dessins : « Comment dessiner l'attente ? La ligne droite se brise, fait des zigzags et forme un réseau de pluie. Puis elle fait émerger des arbres, une route, des nuages bas et nous trois enfin. Nous planons au-dessus de la route comme trois ombres noires. Il n'y a personne devant. Seul un corbeau s'envole d'un arbre en croassant. Nous nous dissolvons dans la brume. La feuille de papier devient grise ».
Dans ce récit, un peu déroutant au début, Guélassimov mêle passé et présent, il nous perd volontairement entre la guerre et la vie d'après… normal car l'après, est aussi un enfer.
L'écriture est rude, c'est une histoire d'hommes comme la guerre, mais il y a cette belle amitié qui unit ces quatre compagnons de guerre, elle est leur port, leur roc qui les ancre dans la réalité. Il y a aussi les dessins sublimes de Kostia qui ouvre un espoir, une reconstruction et finalement ils peuvent vivre à nouveau.

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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
yoyo   19 novembre 2008
"Quand je suis arrivé à peu près à mes fins, on a sonné à la porte. Je n’ai pas voulu ouvrir tout de suite parce qu’il était tard, et puis j’ai ouvert quand même. Ca ne pouvait être qu’Olga. Même ma mère, ça faisait six mois qu’elle n’avait pas mis les pieds chez moi. On ne communiquait que par téléphone.
- Excuse-moi, qu’elle a fait, de te déranger à nouveau. J’ai mon Nikita qui fait encore des siennes. Viens me donner un coup de main. Je n’en viendrai pas à bout toute seule.
- Pas de problèmes ! ai-je répondu
J’ai jeté ma veste sur les épaules et je l’ai suivie. J’ai laissé ma porte ouverte.
- Alors comme ça, il y a quelqu’un qui ne veut pas dormir ici ?
Le gamin a sursauté et m’a fixé comme si j’étais un spectre. Ses cubes lui en sont tombés des mains.
- Qui est-ce qui n’écoute pas sa maman ?
Il me regarde sans broncher. Les yeux comme des soucoupes.
- Allez, prépare tes affaires. Puisque tu ne veux pas obéir à ta maman, tu vas venir habiter chez moi. Tu ne peux prendre qu’un seul jouet.
Il reste silencieux, la bouche grande ouverte.
- Lequel on va prendre avec nous ? La petite voiture, ou bien ce bonhomme ? C’est qui, celui-là ? Superman ? Allez, vas-y, prends Superman.
Son regard se reporte sur Olga et il murmure :
- Je vais dormir. Je vais aller au lit tout seul, maman.
- C’est parfait. Tu as vite compris. Si tu recommences encore une fois, je reviens et je te prends avec moi pour de bon.
Arrivé à la porte, Olga m’a retenu :
- Tu veux du thé ? Allons à la cuisine – je viens d’en faire.
- Ma porte est restée ouverte. On ne sait jamais ce qui peut arriver…
- Excuse-moi de toujours t’embêter, me dit-elle alors. C’est que… il n’a peur que de toi… Moi, il ne m’obéit plus du tout.
Je me suis mis à rire. "
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ninamarijoninamarijo   03 mars 2017
La jalousie – un sale truc qu’on n’arrive pas à vaincre. Jamais. Et quels que soient les efforts qu’on fait. Il y a des gens solides qui peuvent surmonter tout ce que vous voulez : ennemis, amis, solitude. Mais la jalousie c’est une autre histoire. A moins de tout simplement s’arracher le cœur de la poitrine. Parce que c’est là qu’elle vit. Sinon, chacun de vos mouvements s’exercera contre vous-même. C’est comme si on se noyait dans un marais. Plus on cherche à se dégager et plus vite on s’enfonce dans le bourbier. Bientôt il n’y a plus que les yeux qui restent à la surface. Ils vous brûlent. Toutes sortes de pourritures se sont déjà engouffrées dans vos narines. Vous pouvez inspirer si vous voulez. De toute façon, il ne vous reste pas plus d’une minute à vivre. Adieu, lumière du jour. Tout était si beau.
Avant que n’arrive cette créature.
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tamara29tamara29   14 avril 2019
- C’est à cause de toi qu’il ne veut pas partir. Il n’a jamais eu d’élèves comme toi.
Le lendemain, Alexandre Stépanovitch me demanda tout de suite le dessin. Je lui dis que je l’avais perdu, mais il s’est mis à crier qu’il allait me renvoyer à l’école. Alors, je le lui ai montré, et il est resté un long moment sans faire le moindre geste. Il a poussé un soupir et a dit :
- Boria ne m’avait pas raconté d’histoires. Je pensais qu’il disait ça pour me faire plaisir.
Puis il a levé les yeux :
- Donc, en fin de compte, tu sais voir. Tu faisais juste semblant de faire l’andouille.
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le_Bisonle_Bison   13 mars 2012
Après j’ai commencé à rêver et j’ai eu peur de mes rêves. Parce que les souvenirs me revenaient. Je revoyais tout.

- Putain, il est vivant ! Il est vivant ! criait Guéna. Tire-le de là ! Il va cramer !
- Y a toute une grappe de ces putains de snipers autour ! C’était la voix de Sériola. Je vais plus pouvoir y aller !
- Rampe […]
- Kostia ! Kostia ! crie-t-il. Tu es vivant ? Tu m’entends ?

J’ouvre la bouche. Sur le visage de Pacha – une expression d’horreur. Il éteint le feu sur moi à mains nues. Je veux fermer les yeux, mais je n’ai plus de paupières. Elles ont brûlé.

- On va te sortir de là tout de suite !

Le capitaine court chercher les nôtres. L’adjudant Démidov a été tué. Nom de Dieu ! Tu es complètement brûlé ! Je croyais que tu étais mort ! Kostia, pardonne-moi ! Kostia ! Je croyais que tu étais mort !
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gavarneurgavarneur   06 septembre 2019
-Alors, écoute. Attendre – ça veut dire éprouver de la reconnaissance. Simplement être heureux d'avoir quelque chose à attendre. Tu regardes par la fenêtre et tu te dis : « Merci, mon Dieu. Et à tous les autres, merci. Merci au pigeon d'avoir volé. Au chien, d'avoir couru. » Tu as compris ?
-Non.
-Imbécile ! Si tu as de la chance, tu comprendras un jour. Mais, derrière la reconnaissance que tu éprouveras, tu ne te rendras même pas compte qu'il a fallu attendre.
Page 123
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