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Le Cycle de Dune tome 6 sur 6

Guy Abadia (Traducteur)
EAN : 9782221270004
624 pages
Robert Laffont (29/06/2023)
  Existe en édition audio
4.01/5   1057 notes
Résumé :
Dune est détruite, vitrifiée, atomisée. Sur tout l'Empire déferlent les hordes furieuses des Honorées Matriarches, masacrant tout sur leur passage. Les planètes tombent l'une après l'autre. Le Bene Gesserit reste la seule force organisée.

Que faire ? Darwi Odrade, la Mère Supérieure, compte beaucoup sur Miles Teg, l'enfant-ghola, issu d'un célèbre guerrier, mais dont l'éveil s'annonce délicat. Au demeurant, la solution n'est peut être pas dans les arm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
4,01

sur 1057 notes
Quelques années après le tome précédent : les Honorées Matriarches pourchassent les soeurs du Bene Gesserit dans tout l'univers connu, vitrifiant des planètes entières dans leur recherche effrénée du siège des Révérendes Mères que nous ne connaissons que sous le surnom de Chapitre (titre du tome en anglais). Sous la férule d'Odrade, nouvelle Mère Supérieure, le Bene Gesserit s'est engagé dans la transformation du Chapitre en un nouveau Dune : le ver emporté d'Arrakis a engendré des truites sauvages, le désert grignote les vergers, le climat se métamorphose, et tout le monde attend l'arrivée des nouveaux vers et ses promesses d'épice naturelle.

Le Bene Gesserit vit des heures sombres et sa survie est menacée. Alors qu'elles n'avaient plus de vrais contre-pouvoirs, elles sont confrontées à des ennemies impitoyables et doivent s'adapter pour ne pas mourir. Quant à Scytale, dernier survivant du Bene Tleilax, il garde caché en lui une capsule contenant les cellules des membres de sa communauté et d'autres éminents personnages, espérant les faire revivre grâce aux cuves axlotl : il ne peut pas imaginer être le dernier des siens, le dernier de son espèce et de sa religion.

Frank Herbert nous parle toujours de pouvoir et de manipulation de la religion, mais ce tome est axé sur la nécessité de l'adaptation pour survivre dans un contexte de crise. La menace de l'extinction est réelle face à des hordes meurtrières. Adaptation du Bene Gesserit, mais aussi adaptation des personnages : Duncan, Murbella et Sheeana évoluent en profondeur dans un environnement en mutation et doivent dépasser ce qu'ils sont pour trouver leur destin. Les Honorées Matriarches, quant à elles, semblent figées dans leur folie sanglante et leur hubris.

La tension est omniprésente, avec la nostalgie d'un passé qui ne reviendra pas. Nous apprenons mieux d'où sont nées les Honorées Matriarches, ce qui les caractérise, et pénétrons dans leur antre. Toujours la question demeure : que fuient-elles ?

Ce roman est dense, très dense, parfois touffu. Franck Herbert n'est pas un auteur « facile », et son histoire est au service d'une réflexion sur les mécanismes du pouvoir et les travers violents de l'humanité. Il nous livre parfois, au détour d'un paragraphe, tout un monde de démesure, comme quand une simple phrase suffit pour dire que les Honorées Matriarches ont tué des milliards d'êtres humains. On retrouvait déjà ce procédé dans le Messie de Dune pour les agissements du Jihad des Fremens sur l'Univers Connu : cette seule phrase, laissée isolée au milieu d'un long chapitre, fait froid dans le dos et souligne le dédain pour la vie humaine.

Et à la fin ?

On dit que l'auteur envisageait une saga en 7 tomes, mais il est mort peu après l'écriture de celui-ci. Et même si on a une fin ici, on sent bien qu'il pourrait y avoir une conclusion supplémentaire, pour le devenir de certains personnages qui reste en suspens, pour le destin du Bene Gesserit et pour l'humanité dans son ensemble. le fils de l'auteur a prétendu avoir retrouvé 20 ans plus tard des notes de son père, affirmation à laquelle personne ne croit mais qui lui a permis de publier deux romans « concluant » la saga des Atréides. Cette suite semble moins bonne si j'en crois les commentaires, aussi je ne sais pas si je les lirai (je ne parle même pas du site internet des fans francophones qui exécutent littéralement les romans du fiston qui exploitent l'univers de papa en multipliant les préquelles et les séquelles).

En conclusion, cette saga monumentale a tout pour être hors-norme : une réinvention du space opera à l'époque, de nombreuses réflexions profondes (mais parfois absconses) sur le pouvoir et la religion, une histoire qui enjambe les millénaires, une profondeur dans la vision des forces qui font avancer l'humanité, un texte littéraire soigné, et des personnages mémorables.

À lire absolument !

Lien : https://feygirl.home.blog/20..
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Je vais être sévère avec cet ultime volume écrit par Frank Herbert avant sa mort, des suites existent sous la plume de son fils qui a repris alors les notes de ce dernier pour un tome 7. Pourquoi vais-je être sévère ? Parce que malgré la qualité d'écriture de l'auteur, l'inventivité et la richesse de son univers, il a perdu l'atmosphère si particulière de son oeuvre.

Dans cet ultime volume, l'auteur prend résolument un tournant très très politique autour des femmes du Bene Geserit, seules survivantes en quelques sortes des grandes instances qui régissaient le monde et elles vont essayer à la fois de lutter contre les rebelles qui se dressent sur leur chemin et de rassembler les différents camps disséminés. Sur le papier, c'est fort intéressant et prometteur. Dans la réalité, cela se traîne et se traîne sur des centaines de pages sans qu'il se passe grand-chose.

Dans les précédents diptyques rythmant l'oeuvre, l'auteur nous faisait suivre des membres de la famille Atréides. Il y avait ainsi un attachement important des lecteurs pour les personnages. Ici, le choix de nous transporter dans un futur très lointain, sans la moindre marque, avec juste le ghola de Duncan Idaho comme marque repère, ne fut pas un choix judicieux pour moi. J'ai ressenti un total manque d'attachement envers celui-ci ainsi qu'envers les nouveaux personnages, résultat : je me fichais un peu de ce qui pouvait leur arriver et sans cela ma lecture fut bien fade par rapport aux quatre premiers tomes.

Ces tomes 5 et 6 qui peuvent se lire comme un tout forment en plus une vraie rupture dans l'oeuvre. Non seulement, ils ne forment pas un diptyque puisqu'à la fin du tome 6, il reste encore bien des choses à raconter. Mais en plus, ils nous transportent au final loin de Dune/Arakis dans un univers ultra politique où se sont plus les ambitions des uns et des autres qui portent l'histoire, plutôt que la fascination pour l'épice et les visions qu'elle apportait dans la première partie. Ce changement plaira ou non, je n'en suis pas vraiment fan, je préférais le côté mystique des débuts, mais on ne peut nier que c'est bien écrit et logique.

Ainsi, dans ce tome nous suivons des Bene Gesserit en proie aux attaques des Honorées Matriarches, qui jouent leur dernier atout avec le projet de transformation de la planète du Chapitre en nouvelle Dune, afin de relancer la production de l'Épice. Ainsi la Révérende Mère, Odrade espère que son ghola du légendaire Miles Teg va pouvoir les aider à vaincre les Matriarches avec l'aide de Duncan Idaho qu'elles ont capturé. En parallèle, Scytale, le dernier Maître Tleilaxu, reste le seul à posséder la connaissance pour produire artificiellement l'Épice mais refuse de dévoiler son secret. Il possède aussi une « capsule anentropique » qui recèle des cellules prêtes à régénérer des Danseurs-Visage de la nouvelle génération ainsi que tous les principaux héros de la saga (dont Paul Atréides et dame Jessica), ce qu'il espère monnayer auprès des Soeurs.

L'auteur ajoute aussi des petites nouveautés entremêlées avec le coeur de la saga. Ainsi la Révérende Mère Lucille avec son fardeau des Mémoires Secondes d'autres Bene Gesserit est capturée  sur Gammu et fait la rencontre de Rebecca, une Révérende Mère sauvage juive de l'Israël Secret, à qui elle confie son fardeau. Il y a également, même si c'est précipité, de belles batailles et entourloupes politiques bien dynamiques en fin de tome avec Miles Teg, qu'il faut imaginer dans un corps de petit garçon, qui attaque les Honorées Matriarches sur Gammu, puis sur Jonction mais avec un revirement final bien senti des Honorables Matriarches. Il y a également l'Honorée Matriarche Murbella, compagne de Duncan en captivité, qui après avoir suivi l'enseignement Bene Gesserit va jouer un double jeu auprès de ses anciennes soeurs. Elle réussira à assurer le contrôle sur ses anciennes soeurs en démontrant la supériorité de son héritage mixte. Enfin, Duncan réserve une ultime surprise dans les dernières pages de tome que je n'avais pas vu venir, s'échappant de la planète du Chapitre vers l'inconnu.

Ce n'est donc pas un tome dépourvu d'intérêt. Il a juste fallu attendre les 100 dernières pages pour qu'il se passe vraiment quelque chose, le reste n'étant que de longues palabres souvent pseudo philosophiques et religieuses lourdes et présentant peu d'intérêt pour moi. Cette absence de rythme qui leur est dû fut vraiment dur à vivre. Il y avait vraiment énormément à écrémer pour retrouver au milieu de tout ça les fils d'intrigues intéressants. le tome aurait largement pu être réduit de moitié vu toutes les redites qu'il contient en lui-même et avec le tome précédent. J'ai eu le sentiment que l'auteur se perdait souvent et peinait à retrouver son chemin alors que c'était beaucoup plus vif et incisif dans les premiers tomes et ici il n'a pas l'excuse de développer un univers, c'est déjà fait.

Malgré une lecture en demi-teinte sur cet ultime volume signé Frank Herbert, j'ai adoré replonger dans l'univers de Dune 20 ans plus tard et je reste très curieuse de la voie que vont emprunter Duncan d'un côté, et la fusion Bene Gesserit - Honorées Matriarches de l'autre. Je lirai donc probablement les suites écrites par son fils à l'aide de ses notes. Ayant cependant préféré l'ambiance du début de la saga avec les Atréides et les Harkonnen, je suis plus curieuse des cycles antérieurs mais j'avoue que face à la diarrhée livresque de Brian Herbert et Kevin J. Anderson, j'ai quelques appréhensions et je peine à voir par quoi commencer. Avis à ceux qui les ont lu et auraient des avis/recommandations ;)
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Enfin j'ai terminé le cinquième et sixième tome de la saga Dune : le dernier écrit par Franck Herbert. Cela a été un beau voyage à pied, pour en montrer l'effort nécessaire, essentiellement passé sous la pluie. Herbert est un auteur qui ne se laisse pas simplement comprendre. Il faut le lire puis le méditer. Moi c'était au cours de mes 30 minutes de marche quotidienne entre chez moi et mon bureau. Je ressassais les chapitres lus la veille pour en tirer les messages.


Ce tome ne fait pas exception : je n'ai pas tout compris. le propos et l'intention de certains chapitres restent encore complètement nébuleux. Heureusement j'en ai compris certains et je pense avoir dégagé une compréhension voire une théorie du pouvoir.

_____


Pour moi, Dune est avant tout une saga du pouvoir, en particulier le pouvoir exercé par certaines institutions et leurs dirigeants. Ces institutions sont souvent, si ce n'est systématiquement, en concurrence les unes avec les autres. Cependant le schéma de fonctionnement est toujours le même. C'est un cycle que j'appellerai le « cycle de la voix dans sa tête ».


Avant d'expliquer ce titre un peu étrange, commençons par décrire ce cycle. Il est constitué de quatre phases :
1) « la certitude de l'avenir » : chaque institution est convaincu que l'avenir se déroulera de la manière qu'il projette. Par exemple, l'empereur-Dieu de Dune est convaincu de la véracité et de l'effectivité du « sentier d'or »
2) Cette certitude de l'avenir amène à la « certitude de la légitimité de sa mission » : de fait les protagonistes se semblent investit de la tâche qui leur permettra de faire advenir cet avenir. Par exemple le Bene-Tleilax trouve légitime de vouloir imposer une vision religieuse spécifique.
3) Ce qui amène à la « certitude de l'emploi des moyens », car pour faire advenir cet avenir il faut agir sur cet univers. Par exemple le Bene-Gesserit, pour améliorer la qualité politique des dirigeants, cherche à améliorer les lignées aristocratiques par un contrôle génétique, en particulier ceux des Atréides.
4) Ce qui les amène à leur « certitude de la légitimité de leur dirigisme », car les « bonnes » intentions et les « bonnes » méthodes, ne peuvent produire que de « bonnes » actions. Par exemple la transformation de Dune en un jardin par Paul Atréides.


Le cumul des bonnes actions amène alors à confirmer la « certitude de l'avenir » : la boucle est bouclée.


Mais ce que nous apprend le récit de Dune c'est que toutes ces « certitudes » ne sont que des « illusions ».
4) Que dire des bonnes actions lorsque la transformation de Dune en jardin provoque, in fine, la disparition du fier peuple fremen ?
3) Que dire de l'adéquation des moyens lorsque le Kwisatz Haderach, le dirigeant ultime, échappe au contrôle et au plan du Bene Gesserit ?
2) Que dire de la légitimité de la mission, alors que le culte de la dissimulation du Bene-Tleilax font de ce peuple l'ennemi ultime ? Car pour être légitime, faut-il que l'on connaisse et que l'on consente aux buts et objectifs.
1) Que dire de l'illusion de l'avenir imposé par le sentier d'or ? Soit l'avenir est malléable et le « sentier d'or » n'a aucun sens, soit il est figé et alors il n'y a pas d'avenir.


Ce qui nous amène à l'explication du titre de ce cycle de la « voix dans la tête ». Car tous ces protagonistes sont convaincus de leur légitimité parcequ'ils entendent des voix dans leur tête. le Bene-Tleilax pense communiquer avec Dieu. le Bene Gesserit pense pousser aux ultimes conclusions l'usage de la raison sur une base finalement subjective. Paul Atréide et son fils, empereur-Dieu, voient l'avenir. Finalement, le Bene-Tleilax à la foi, le Bene-Gesserit raisonne comme des cloches et les Atréides sont hypnotisés.


Mention spéciale pour les « honorés matriarches » qui sont une abomination du pouvoir : la destination ultime de la dérive du pouvoir par le cynisme. C'est sur cette voix que s'engage par exemple le Bene-Gesserit. Car malgré l'échec du Kwisatz Haderach, les mères ne se remettent pas en question, ne se dissolvent pas, en fait elles essaient de maintenir à bout de bras leur pouvoir en tentant de perdurer par tous les moyens. Les tomes 5 & 6 sont le récit de cette perte de sens, de cette chute dans le cynisme, sous couvert de lutter contre pire qu'elles. le Chapitre, la planète mère de l'ordre, est à l'image de leur déliquescence, elle transforme leur planète-jardin en planète-désert afin de pouvoir pérenniser la production de leur drogue de divination : l'épice.


Il y a ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés. L'univers de Dune est très riche, il y a beaucoup d'acteurs mais tous ne sont pas explorés aussi bien que les gouverneurs. Je vais en faire deux catégories.


La première sont les peuples. Ils sont assez peu visibles. Lorsqu'ils le sont c'est soit comme chair à canon, soit en curiosité anthropologique que les aristocrates ne comprennent pas ou méprisent. Il y a une scène dans le tome 5, où Lucille (je crois) du Bene Gesserit observe sans comprendre une danse dans rituelle dans une rue à peine perturbée par l'escorte armée de Sheena (ce chapitre me hante). Dans d'autres chapitres les descendant Atréides méprisent aux plus au point les derniers rejetons des fremens que leur ancêtre a détruit.


Mais l'acteur qui représente toute la fluidité et la droiture des peuples est Duncan Idaho. C'est l'homme révolté et qui se révolte contre les pouvoirs en place. Il ne cherche jamais le pouvoir, mais la liberté contre tous les pouvoirs. Son fardeau est de lutter contre son conditionnement à se soumettre aux pouvoirs : soumission certes par la contrainte mais aussi par l'estime et les sentiments.


La seconde catégorie, et qui est certainement le rattage de Franck Herbert, sont les acteurs logistiques : la CHOM (les marchands), les Ixiens (les techniciens), la Guilde des navigateurs (les transporteurs). Ce sont des acteurs mineurs dans la saga Dune. Et pourtant si nous prenons l'image de notre monde actuel qui détient et façonne le pouvoir : les techniciens qui innovent pour innover, les marchands qui en font des biens lucratifs et les transporteurs qui les disséminent partout. Ils forment un écosystème consumériste. Dans Dune c'est le pouvoir qui détruit l'écologie des planètes, dans la réalité c'est le culte consumériste qui détruit notre écosystème. Notre pouvoir est inféodé au consumérisme. C'est là le grand rattage de Franck Herbert, ce qu'il n'a pas vue.


_____


Je crois qu'il est indéniable que les tomes 5 & 6 préparaient une nouvelle phase de la saga. Peut-être que les successeurs de Franck Herbert, s'en sont emparés. Pour ma part, je vais terminer l'exploration de la saga Dune ici avec les 6 premiers tomes originaux de l'auteur. Excepté le préquel concernant la guerre butlérienne, qui me semble un sujet intéressant à découvrir, je pense avoir fait le tour de cet univers (détrompez-moi !). J'avais commencé cette saga, il y 30 ans, j'avais détesté (je préférai le film de Lynch). Je l'ai redécouverte il y a 4-5 ans, j'ai adoré, malgré les migraines. J'aime toujours le film de Lynch, son étrangeté, et j'attends le second volet du film de Villeneuve, son esthétisme.
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Dans la vastitude des sables de Dune, l'âme s'immerge une treizième fois, sous ma plume critique, dans le cycle monumental de Frank Herbert. À chaque relecture, cette saga devient une nouvelle révélation, une méditation sur la nature humaine, la politique, la religion, et notre lutte incessante contre les prédestinations que nous nous créons.

Herbert, avec une finesse presque prophétique, tisse une épopée qui traverse le temps et l'espace, m'invitant à réfléchir sur les méandres de notre propre existence. Dans cette dernière lecture, je ne peux m'empêcher de voir l'écho de nos crises actuelles dans la lutte pour le pouvoir, le contrôle des ressources, et la quête incessante de l'humain pour une signification plus profonde.

Je trouve, au coeur de cette treizième lecture, un écho troublant avec les tourments de notre époque. Les conflits du monde de Dune résonnent d'une manière étrangement prophétique avec les tumultes de notre réalité actuelle.

Je ne peux ignorer la tragédie qui se déroule entre Israël et la Palestine, où chaque jour apporte son lot de désespoir et de mort. La terre sainte, loin de son idéal de paix, est devenue un champ de bataille où la vie humaine semble avoir perdu toute sacralité. Là-bas, les Palestiniens tombent sous des assauts impitoyables, victimes d'une lutte sans fin pour la terre et l'identité.

À l'Est, la Russie et l'Ukraine sont enfermées dans une guerre qui dévore non seulement les corps mais aussi l'âme des nations, un conflit où l'histoire, la fierté et la peur se mêlent pour créer un cycle apparemment infini de violence. Et il ne s'agit là que de l'un des nombreux affrontements qui déchirent notre monde, de l'Afrique à l'Asie, où d'innombrables vies sont prises dans le tourbillon de la guerre.

Mais la lutte ne se limite pas aux champs de bataille. Dans nos sociétés qui se targuent d'être des phares de lumière et de raison, nous assistons à une montée inquiétante des régimes fascistes nationaux et fascistes néolibéraux. Sous des bannières diverses, ces idéologies propagent une vision du monde où l'égoïsme, la peur de l'autre et l'avidité sont non seulement acceptés mais encouragés. Elles menacent de détruire les fondements de notre coexistence, semant la division et l'hostilité là où devraient régner la compréhension et la solidarité.

Dans "La Maison des Mères", la leçon ultime est celle de la mesure et de l'acceptation de vivre dans un monde incertain et toujours inattendu. Alors que je referme ce cycle, je suis frappé par la pertinence de cette leçon pour notre propre monde. En ces temps troublés, nous avons plus que jamais besoin de cette sagesse, de cette capacité à voir au-delà de nos différences et à reconnaître notre humanité commune. Nous avons besoin de la littérature, de la danse, de l'art, pour nous rappeler les vérités éternelles et pour nous guider vers un avenir où la paix et la compréhension prévaudront sur la haine et la division.

Les personnages, plus que de simples acteurs dans un drame de science-fiction, sont des reflets de nous-mêmes, avec nos ambitions, nos peurs et nos espoirs. Paul Atréides, avec sa vision prédestinée et son fardeau de messie, nous parle de la solitude du pouvoir et du danger des idéologies non contrôlées. Les Bene Gesserit, avec leur mélange de sagesse et de manipulation, rappellent les complexités du pouvoir féminin dans un monde dominé par les hommes.
La richesse thématique de Dune est un miroir de la complexité de l'âme humaine, un miroir dans lequel je me suis plongé à chaque période cruciale de ma vie.

En ce qui concerne l'extension de l'univers par son fils, je demeure sceptique. Brian Herbert, bien que diligent dans sa continuation de l'univers, n'a pas saisi l'essence métaphysique et philosophique qui fait le coeur battant de l'oeuvre originale. Les machines, comme ennemis dans les suites, me semblent une interprétation superficielle et manquée du tabou profond laissé par la Jihad Butlerienne.

En conclusion, le cycle de Dune n'est pas simplement une série de livres à lire ; c'est une expérience à vivre, une quête de compréhension qui dépasse les frontières de l'imagination pour toucher les cordes profondes de notre être. C'est une oeuvre qui nous rappelle que, malgré nos ténèbres, il y a toujours un chemin vers la lumière, une danse avec l'incertitude qui peut nous mener vers une nouvelle aube.

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Critique de la 12ème lecture : 2019
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Et je referme le livre
Et je ferme le cycle de Dune pour la 12ème fois depuis 1980.
Comment être à la hauteur pour en discourir. Une oeuvre imprégné d'une spiritualité si sincère, si profonde, si discrète et si humble. Une spiritualité si douce qu'elle marche avec ses chausson sur la pointe des pieds, parce qu'elle ne veut pas encombrer, ni déranger, ni Dieu, ni les dieux et déesses. Et ces femmes sont des déesses.
Par contre Herbert ne se gène pas pour nous bousculer dans nos certitudes en matière politique. Il nous fait prendre conscience de ce qu'est l'amour profond, l'amour de ce qui aime et sont près à tout donner pour des descendants qui n'existe pas encore. Un amour Divin.
Un cycle a coté duquel, il ne faut pas passer, même et surtout aujourd'hui en ces temps trouble, en ces temps intéressant comme le dirais ce cher Miles Teg et cet adorable Duncan Idaho. Mais mon amour le plus profond va à Odrade qui a tout donné.
Lien : https://tsuvadra.blog/2023/1..
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J'ai été énormément déçue par ce dernier tome. Laborieusement, je me suis accrochée tout au long de l'histoire, j'ai tenté de m'intéresser à ce qu'il se passait, mais cette fois, la mayonnaise n'a pas pris. J'ai laissé tomber, parce qu'avant tout, la lecture doit rester un plaisir, non une contrainte.

Pourquoi est-ce que j'abandonne le dernier livre alors que je me suis farcie les six premiers tomes de cette saga ? Parce qu'il ne se passe définitivement rien. La série a perdu le privilège de la nouveauté et de la découverte. Au début, on découvre l'univers, la manière dont l'auteur crée son histoire et ses personnages. On découvre de nouvelles façons de penser (les Fremens, par exemple, pour qui l'eau est tellement précieuse que pleurer est le plus grand cadeau que l'on puisse faire aux morts, le Bene Gesserit est obsédé par l'idée de croiser les gènes pour obtenir des individus toujours plus performants et calcule chacune de ses actions sur les millénaires à venir, les mentats sont des sorte d'ordinateurs humains capables de calculer en deux secondes les infinies conséquences d'une action).

Je trouvais déjà l'auteur compliqué à lire, car les sorcières du Bene Gesserit et les mentats ont toujours une longueur d'avance sur le lecteur, on a donc souvent du mal à suivre leur raisonnement. Mais même si je ne saisissais pas toutes les nuances, je comprenais la trame principale. Et il y avait toujours un peu d'action pour épicer l'histoire.
Au fil des tomes, de nouveaux éléments se sont rajoutés. Paul est devenu empereur à la place de l'empereur. Il est devenu aveugle. Il a eu des jumeaux avec Chani. Sa soeur Alia est possédée par l'ignoble baron Harkonnen. Elle prend le pouvoir. Elle se suicide. Leto II devient un tyran mi-homme mi-ver pour le bien de l'humanité. Les vers, l'épice et le désert de la planète Dune disparaissent. Etc, etc. Ces rebondissements m'ont permis de continuer la série vaille que vaille. Mais dans La Maison des Mères, au bout de 200 pages, il n'y a eu absolument aucun événement. Quelques fois, à la fin de deux ou trois chapitres, j'ai refermé le bouquin et je me suis demandé : « Concrètement, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Rien. Odrade a marché pendant plus de dix pages, perdue dans ses pensées. Ou alors elle discutait avec ses conseillères pendant quinze pages (avec une petite phrase de dialogue toutes les 20 lignes, entre deux paragraphes de description). Aucune décision importante qui permette de mettre le lecteur en suspense. Chaque chapitre est un fléau d'ennui, et je comptais le nombre de pages qu'il me restait avant de pouvoir fait une pause (j'ai horreur de m'arrêter en plein milieu d'un chapitre).

J'ai quand même lu les dernières pages pour connaître la fin (parce que ce serait malheureux de ne pas savoir quand on s'est tapé six tomes), ce que je ne fais jamais habituellement. Cas exceptionnel. Mais de toute manière, je n'ai rien compris.

La série reste quand même à lire pour tous les fans de science-fiction (en particulier les trois premiers tomes). Elle est intéressante, innovante, même s'il faut s'accrocher pour lire Herbert. Mais n'attendez rien du dernier tome, qui est pire que le cinquième (j'ai cru comprendre que c'était le moins aimé).
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
En vous confinant dans un simple rôle d'observateur, vous passez systématiquement à côté du sens même de votre vie. L'idéal pourrait être ainsi défini : vivez de votre mieux. La vie est un jeu dont les règles s'apprennent en y sautant à pieds joints pour être immergé jusqu'au cou, sous peine d'être toujours pris au dépourvu, toujours surpris par le moindre changement de décor. Les spectateurs passifs se plaignent en gémissant que la chance est passé juste à côté d'eux. Ils refusent de voir qu'une bonne part de cette chance, c'est à eux qu'il revenait de la créer.
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Ainsi vous savez obtenir d'une démocratie qu'elle fasse exactement ce que vous voulez (....) Il suffit de créer un système ou la plupart des gens soient mécontents, de manière confuse ou en profondeur (...). Cela contribue, reprit-elle, à l'accumulation de sentiments de haine et de vengeance. Il vous reste alors à fournir des cibles à cette fureur et à mesure que le besoin s'en fait sentir (...) Je préfère parler de distraction. Ne pas leur laisser le temps de se poser des questions. Enfouir vos erreurs sous de nouvelles lois. Trafic d'illusions. Tactique de matador (...). Agitez la belle petite cape. Ils chargent et ils sont tout désorientés quand il n'y a plus de matador derrière. L'électorat est dupé tout comme le taureau. Aux élections suivantes il y aura encore un peu moins de gens à utiliser leur vote intelligemment (...). A ce moment-là, vous commencez à ironiser sur l'apathie électorale. Vous faites en sortes qu'ils se sentent coupables. Vous les maintenez dans un état d'abrutissement permanent. Vous les nourrissez. Vous les amusez. Mais n'en faites pas trop ! (...) Qu"ils sachent que la faim les attend s'ils ne sont pas docilement en rang. Faites-leur entrevoir les désagréments qui attendent ceux qui font des vagues en remuant trop le bateau ...
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Je n’avais jamais entendu parler de ce… comment dites-vous? Piano? Est-ce que ça ressemble à la balisette?
- Des cousins éloignés. Le piano ne pouvait être accordé que selon une tonalité approximative. Une idiosyncrasie de l’instrument.
- Pourquoi prenez vous ce… piano comme exemple?
- Parce qu’il m’arrive de déplorer sa disparition. Produire la perfection à partir de l’imperfection, n’est-ce pas, tout compte fait, la meilleure des formes d’art?
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- A mes réactions viscérales. Ce sont elles que je cherche à déchiffrer, et pas la personne que j'ai devant moi. Je sais quand quelqu'un me ment parce que j'ai envie de lui tourner le dos.
- C'est donc ça ton secret ! En lui tambourinant l'épaule que le drap découvrait.
"D'autres procèdent différentes. J'ai connu une fille, elle disait qu'elle reconnaissait un menteur à ce qu'elle avait envie de le prendre par le bras et de faire un bout de chemin avec lui pour le consoler.
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Beaucoup de choses que nous faisons tout naturellement nous deviennent difficiles dès l'instant où nous cherchons à les intellectualiser. Il arrive qu'à force d'accumuler les connaissances sur un sujet donné, nous devenions ignares.
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Vidéo de Frank Herbert
Revivez la soirée d'Escape Game dans l'univers de la saga Dune de Frank Herbert, organisée en partenariat avec les éditions Pocket ! Un grand merci à tous les participants et participantes pour ce voyage en Arrakis !
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