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ISBN : 284990550X
Éditeur : Editions des Equateurs (26/04/2018)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 101 notes)
Résumé :
"Au long de l'Iliade et de l'Odyssée chatoient la lumière, l'adhésion au monde, la tendresse pour les bêtes, les forêts - en un mot, la douceur de la vie. N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres ? Certes, le choc des armes la recouvre parfois. Mais elle revient toujours, cette chanson d'amour adressée à notre part de vie sur la terre. Homère est le musicien. Nous vivons dans l'écho de sa symphonie."

Homère continue de nou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
oran
  13 mai 2018
Quel merveilleux petit livre ! plein de poésie, de charme, de finesse, d'humour ...
Avant de quitter le rivage, de larguer les amarres et de voyager en compagnie d'Homère et de Sylvain Tesson qui tient la barre, il faut ronger notre impatience en lisant son avant-propos.
Nous découvrons, ravis ce que ce voyage dans le temps nous réserve ! Voguer, rêver, nous instruire, côtoyer les dieux, partager leurs agapes, perdre volontairement le temps, le retrouver, nous ressourcer en nous plongeant dans les eaux bleues mais tumultueuses de la Méditerranée, en étant, quelques fois happés dans les tourbillons de l'histoire, de la vie… Un voyage chimérique mais si réel, si actuel, une expérience spirituelle …
Une lecture festive qui m'a permis de revisiter avec grand plaisir ces narrations épiques, magiques, mythiques que j'étudiais au lycée, de celles qui m'ont fait aimer avec passion l'Histoire.

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Archie
  16 août 2018
Entre deux romans, un bref arrêt sur Homère. Cet été, l'auteur mythique de l'Iliade et l'Odyssée est à l'honneur dans deux ouvrages. J'ai lu Un été avec Homère de Sylvain Tesson, puis Une odyssée de Daniel Mendelsohn. J'en publie mes critiques en même temps.
Après Montaigne, Proust et d'autres, Un été avec Homère s'inscrit dans une série annuelle d'émissions de radio, publiées ensuite en librairie. le livre est la transcription d'émissions préparées et présentées pendant l'été 2017 par Sylvain Tesson. Pour relire et commenter l'Iliade et l'Odyssée, cet homme de défis, arpenteur de la planète, chantre impénitent de la nature et intellectuel inclassable, s'était cloîtré pendant plusieurs semaines dans une minuscule île grecque, afin, explique-t-il, de capter les couleurs, la musique et les vibrations de l'univers d'Homère – un nom qui recouvre lui-même un mystère.
L'Iliade et l'Odyssée s'intègrent parfaitement dans l'ordinaire de l'amateur de romans que je suis. L'histoire de la guerre de Troie, tout comme celle du retour d'Ulysse en ses terres, constituent de longues sagas littéraires on ne peut plus romanesques. Une difficulté, toutefois : ces oeuvres se présentent sous la forme de poèmes totalisant à elles deux, près de trente mille vers ! En lire l'intégralité, même en français, reste inaccessible au lecteur moyen, même si des traductions en vers reproduisent fidèlement la poésie de l'original, même si je me suis délecté des nombreux vers insérés par Tesson pour émailler son propos. Je lui sais surtout infiniment gré de m'avoir rappelé clairement les péripéties de l'Iliade et de l'Odyssée
Je ne m'y étais plus vraiment intéressé depuis la classe de 6ème, mais j'avais gardé en mémoire les tenants et aboutissants de la guerre de Troie. J'avoue toutefois avoir oublié que l'Iliade ne portait que sur un court épisode de ce long et sanglant conflit ; un épisode consacré essentiellement à Achille, depuis la bouderie où il s'était enfermé, offensé par Agamemnon, jusqu'aux funérailles d'Hector, après le combat suprême dont il était sorti vainqueur... Ah, Achille !... Son brio, ses combats, ses victoires avaient ébloui mes dix ans, comme ceux de mes fils l'ont été par les exploits de Musclor et autres héros d'animation super-vitaminés de la télé du dimanche matin... J'avais moins accroché avec l'Odyssée. J'étais un trop grand garçon pour croire aux enchanteresses, aux monstres et aux déguisements. J'étais un trop petit garçon pour être émoustillé par les aventures féminines du héros. J'avais même été choqué par une illustration où Ulysse apparaissait nu devant Nausicaa. En fait, la seule partie de l'Odyssée qui m'avait plu était la scène finale de la révélation et de la vengeance.
Sylvain Tesson m'a fait découvrir l'Iliade et l'Odyssée dans toute leur profondeur, un monde manipulé par des dieux trop humains pour être respectables, un monde qui évolue entre réalisme et merveilleux. J'ai compris que le brio d'Achille n'est que folie meurtrière incontrôlée et suicidaire, alors que le problème d'Ulysse, cet homme tout en ruse et en maîtrise de soi, est qu'au fond de lui, il a bien du mal à choisir entre le frisson de l'aventure et la douceur du foyer familial…
Achille et Ulysse, deux hommes d'aujourd'hui, donc ! Et l'on en arrive à la thèse dont Tesson martèle l'argumentation. L'oeuvre d'Homère serait prémonitoire de notre actualité. L'homme contemporain serait habité de la même violence et de la même médiocrité que son ancêtre grec. Son aspiration à la tranquillité n'aurait d'égal que sa soif inextinguible de conquêtes, à commencer par la guerre qu'il mène contre la planète au nom d'un progrès illusoire. Des idées éminemment respectables à défaut d'être nouvelles. Mais l'obstination du discours m'a donné l'impression de tourner en rond dans la seconde partie du livre, un peu comme un Ulysse qui voguerait éternellement d'île en île, sans jamais parvenir à son port de destination.
La preuve, une fois de plus, que les thèses développées trop longuement et de façon trop insistante dans le souci fébrile d'emporter une conviction, finissent par donner une impression comminatoire lassante. Pour une argumentation persuasive, quelques pages suffisent souvent.
N'empêche que les larges extraits traduits des poèmes d'origine sont magnifiques – je l'ai déjà dit, mais ça ne fait rien ! – et que l'écriture lyrique et flamboyante de Sylvain Tesson est la marque d'un talent poétique accompli.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Jean-Daniel
  25 septembre 2018
En juillet et août 2017, France Inter a diffusé chaque semaine une chronique sur Homère, rédigée et enregistrée par l'aventurier et écrivain Philippe Tesson. Ces huit émissions viennent d'être réunies dans un recueil, intitulé "Un été avec Homère", qui permet au lecteur de plonger avec bonheur dans l'Iliade et l'Odyssée.
Organisé en courts chapitres, ce livre peut s'adresser à ceux qui souhaitent découvrir Homère mais surtout il invite à relire Homère et à accompagner Ulysse au cours de ses aventures pour retrouver son royaume. On connaît tous l'Iliade et l'Odyssée, écrits il y a 2 800 ans, qui font partie des premiers poèmes de l'humanité qui nous ont été transmis : Hélène, le cheval de Troie, Calypso, le chant des sirènes, Pénélope et sa tapisserie, le retour d'Ulysse à Ithaque… Sylvain Tesson voyage entre le monde mythologique et le monde actuel en faisant des rapprochements entre les évènements imaginés par Homère et ceux réels de notre temps.
Quelques années auront suffi « pour qu'une meute d'idéologues en charge de réformer l'école saigne les études antiques », s'insurge Sylvain Tesson. Les langues mortes seraient devenues élitistes et par ricochet source d'injustice… Heureusement, Sylvain Tesson a le grand talent de rendre accessibles à tous des textes mythiques, en mettant en évidence tout ce qui fait écho avec notre époque.
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GeorgesSmiley
  15 juillet 2018
Un été avec Homère…Chouette ! Un ciel d'azur, des murs blancs immaculés, une mer bleue cobalt et les histoires grandioses qui me faisaient rêver quand j'étais petit garçon. Achille, Hector, Priam, les deux Ajax, Agamemnon sacrifiant Iphigénie, Cassandre, Ulysse se glissant hors du cheval et la belle Hélène, si belle dans les péplums des années 60 que nous regardions émerveillés, assis sur les tabourets de la MJC. Zeus, Aphrodite élue de Pâris, Poséidon vengeant le Cyclope son fils, Héra, Hermès et, protégeant Ulysse, Athéna. Chouette, je vous dis.
Sylvain Tesson réussit dans cet ouvrage court, agréable et pertinent à nous promener dans les grands thèmes d'Homère qui nous le rendent finalement aussi proche que fabuleux. La thèse principale est que rien n'a changé depuis Homère, «l'homme (serait) toujours le même personnage, mêmement misérable ou grandiose, mêmement médiocre ou sublime, casque sur la plaine de Troie ou attendant l'autobus sur les lignes du siècle XXI ».
L'Iliade et l'Odyssée balaient des problématiques toujours d'actualité : la guerre est toujours présente, la paix n'est qu'un intermède qu'il est gravissime de considérer comme définitif ; la fureur d'Achille après la mort de Patrocle finit par émouvoir même les dieux. Sa violence est excessive et l'auteur fait le parallèle avec la façon dont nous traitons la planète : « le tombereau de déchets sous lequel nous ensevelissons la planète ne ressemble-t-il pas à ces charretées de corps versées par Achille dans le fleuve ? »
Et puis, au détour d'un vers, d'un commentaire, on découvre un Sylvain Tesson surprenant, bien loin du conformisme ambiant, celui qui est plus que majoritaire dans les medias qui l'ont accueilli pour ces émissions de radio dont est tiré ce livre.
Certains diraient réactionnaire. Est-ce une insulte ? Je ne le crois pas, je suis même persuadé du contraire. Ca commence avec, je cite : « Une meute d'idéologues en charge de réformer l'école est parvenue en cinq décennies à saigner les études antiques. Selon eux, il serait élitiste d'apprendre les langues mortes. » Gageons qu'ils soient plus efficaces à l'abri de leur ministère qu'ils ne l'auraient été trente siècles plus tôt sur la plaine de Troie. Il ne faut pas grand courage pour assassiner des langues mortes. Qu'Homère aurait-il bien pu faire de ces pâles figurants ?
On poursuit avec le filtre de la vision socio-marxiste de la société actuelle en totale opposition avec l'héroïsme grec où prince et manants peuvent être grands ou vils selon leurs caractères et leurs actions. On continue avec les féministes outrancières, « bien mal inspirées de vouloir être les égales des mâles alors qu'elles lui sont supérieures » car « L'Odyssée n'aura été qu'une série d'aventures vécues par des hommes mais fomentées par des femmes ». Les multimilliardaires de l'économie digitale ne sont pas non plus épargnés, puis vient le tour des « prétendants de Pénélope » et comme on dit vulgairement, là ça fait mal. Si vous croyez reconnaître dans les prétendants du XXIème siècle nos politiciens actuels, vous avez sans doute gagné. « Par prétendants, il faut entendre courtisans. Ce sont ces tartuffes, marquis poudrés et brigueurs de cour dont L Histoire connaîtra tant d'avatars. Ils se presseront toujours au seuil du pouvoir de la même manière qu'ils grouillaient aux pieds de Pénélope, vulgaires, insolents. Ils rampaient au pied du trône d'Ithaque. Leurs réincarnations se disputent aujourd'hui les mânes des républiques ».
Et pour finir en beauté, « Dans l'Iliade, le mur symbolise la protection et la souveraineté en même temps que la limite assignée à la société. Un mur, comme une frontière est un trésor précieux et le malheur menace quand la brèche est ouverte. Deux mille cinq cents ans après Homère, les promoteurs d'une planète aplatie, sans nations ni frontières, devraient un jour s'asseoir à l'ombre paisible d'un rempart et méditer l'Iliade ». Non, vous ne rêvez pas, un intellectuel ose dire que les frontières peuvent encore être utiles et protectrices. Homère serait-il, lui aussi, réactionnaire ? Il ne risque plus grand-chose mis à part d'être mis de côté, puis lentement oublié. On en revient à « la meute d'idéologues » du début et on se dit que ces sapeurs sournois et silencieux n'ont pas encore tout à fait mis à bas la muraille de culture et d'héritage que l'oeuvre fabuleuse d'Homère représente. Résistez comme les combattants de Troie ou comme Pénélope, lisez et faites lire Homère !
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zenzibar
  03 septembre 2018
« Est-il possible qu'Homere aye voulu dire tout ce qu'on luy fait dire : et qu'il se soit presté à tant et si diverses figures, que les theologiens, legislateurs, capitaines, philosophes, toute sorte de gents, qui traittent sciences, pour diversement et contrairement qu'ils les traittent, s'appuyent de luy, s'en rapportent à luy : Maistre general à toutes offices, ouvrages, et artisans : General Conseiller à toutes entreprises ? Quiconque a eu besoing d'oracles et de predictions, en y a trouvé pour son faict. » (Montaigne Essais p.622 et 623)
Ainsi, Montaigne soulignait dans ses « Essais » en 1593 combien les textes d'Homère avaient suscité un nombre de lectures, interprétations, d'une grande diversité.
Sylvain Tesson, adepte d'un certain style de hors-piste, emprunte au cas présent un chemin largement labouré, défriché, à défaut d'avoir été déchiffré.
Ces disputes infinies sont d'autant plus inévitables que, faut-il le rappeler, « L'illiade », et encore moins « L'Odyssée » ne sont pas des textes relatifs à des faits historiques, « l'Illiade » n'est pas le récit de dix années de combats mais porte seulement sur des péripéties de la dixième année de siège, avec les éclats d'Achille.
Des textes mythologiques retranscrits à partir vraisemblablement d'une tradition orale et inspirées par les ruines mycéniennes cyclopéennes.
Des points d'interrogation essentiels…à commencer par la figure d'Homère, qui pourrait être plurielle, une polyphonie créative, Sylvain Tesson le rappelle (p. 21 à 23).
La réalité historique de ce siège et de la prise de Troie telles que mises en scêne dans les textes homériques semblent pour le moins hypothétiques. Si les fouilles de Schliemann à la fin du XIXéme siècle ont bien permis de mettre à jour conjointement les sites en Turquie de Hissarlık et en Grêce de Mycènes, il demeure des redoutables problèmes de chronologie. Il apparait que la Troie, épisode VI, qui correspond à l'époque de domination de Mycènes qui aurait pu voir le rassemblement d'une imposante armada, n'était qu'une bourgade à des années lumières du royaume de Priam (cf. notamment les contributions de Claude Mossé ou de Moses Finley). Difficile d'imaginer la mobilisation du ban et de l'arrière ban achéen, de surcroit mis en échec pendant dix ans, pour une bourgade.
Le personnage même d'Ulysse et de son univers sont singulièrement énigmatiques. Les fouilles sur l'ile d'Ithaque n'ont pas permis d'exhumer l'ombre d'une pierre du palais du héros ou de tout autre vestige. Pour Paul Faure, grand spécialiste de la civilisation crétoise antique, Ulysse était crétois comme il l'argumente dans son passionnant essai « Ulysse le crétois » ; de plus le centre de gravité de l'Odyssée serait la Crète. Par exemple, Circé n'est autre que la soeur de Parsiphaé, l'épouse du roi mythique Minos. Dans l'Odyssée, par sept fois, Ulysse affirme ses origines crétoises.

Et que conclure de la reine Pénélope ? le texte lui confère manifestement le choix de choisir le roi…. s'agit il d'un avatar de matriarcat que l'on imagine mal dans l'univers mycénien ?
Naturellement, ces incohérences, mystères, n'enlèvent rien à l'importance, au rayonnement égéen des textes homériques sur lesquels Sylvain Tesson a disserté le temps d'un été, retiré sur la petite ile de Tinos. Ces textes constituent la première oeuvre profane connue par laquelle la poésie a pris corps. Les premiers mots gorgés de lumière et envahis d'obscurité aussi, la lumière et l'ombre étant inséparables ; on ne peut que rejoindre Sylvain Tesson dans cette évocation de paradis lyrique perdu :
« Lorsque nous embarquons sur les fleuves homériques, résonnent des mots étranges, beaux comme des fleurs oubliées : gloire, courage, bravoure, fougue, destinée, force et honneur. Ils ne sont pas encore interdits par les agents de la novlangue managériale. Cela ne saurait tarder. » (p. 121)
L'univers homérique est plein de sève, d'ardeur, de tourments mais aussi révèle l'homme dans toute sa dimension, sa démesure belliqueuse, sa fascination pour le néant et la destruction de la vie. Sylvain Tesson souligne combien cette ADN mutile aujourd'hui plus que jamais la nature, la communauté fraternelle, notamment sous le fouet de la toute-puissance de l'ordre financier mondial. (p. 168). du reste, dans l'Odyssée, l'éventration stupide de l'outre d'Eole, par l'équipage d'Ulysse à la recherche de trésor, met en relief cette avidité maladive de l'homme.
Universalité et intemporalité de ce tropisme mercantile…. L'auteur ne l'évoque pas expressément, mais comment ne pas mentionner les tourments de la Grèce actuelle garrottée dans cette logique mortifère et la novlangue de la Commission européenne si misérable confrontée à la richesse homérique ? L'Olympe a été transféré à Bruxelles et ces nouveaux dieux jouent toujours avec les hommes. Au moins dans la tragédie grecque, une fille de roi, la propre fille d'Agamemnon était sacrifiée pour apaiser Artémis afin que les vents fussent favorables pour la flotte à destination de la cité troyenne de Priam. Aujourd'hui, ce sont les plus modestes qui sont sacrifiés pour apaiser le courroux des nouveaux dieux des « marchés ».
Malédiction de l'homme cristallisée par les dérèglements d'Achille : « nous sommes comme Achille, poursuivis par les eaux. Nous ne comprenons pas encore qu'il faut ralentir notre course vers ce gouffre que nous continuons sottement à appeler le progrès » (p.69) « L'homme est une créature frappée de malédiction. Ce n'est ni l'amour, ni la bonté qui mènent le monde mais la colère » (p.71 et 72)
Dans sa (re)lecture des textes homériques Sylvain Tesson attribue à ces textes un message qui semble porter un souffle stoïcien voire du Tao en ce sens qu'il les crédite d'une référence à un équilibre, un ordre cosmique (p.146, 212 et 213), ordre qu'il serait vain pour l'homme de remettre en question, d'orienter à ses propres fins.
Or, pour le stoïcisme il s'agit, selon la belle formule de Christelle Veillard, d' « un monde entièrement nécessaire, intelligible et prédictible » (« Les stoïciens » p. 52). Dans le manuel d'Epitecte il peut être lu « Ne cherche pas à faire que les évènements arrivent comme tu veux mais veuille les événements comme ils arrivent et le cours de ta vie sera heureux » (VIII) ou encore Cicéron « la vie doit être conduite non d'une façon quelconque mais d'une façon déterminée, celle dont nous disons qu'elle est accordée et harmonieuse ».
Dans cette sagesse, les dieux sont bienveillants et surtout n'interviennent pas dans la vie des humains, il appartient à l'homme d'accepter sa destinée et de s'y adapter, c'est aussi l'esprit du « wuwei » du taoïsme, le non agir, à ne pas confondre avec l'inaction.
Il ne s'agit pas, par conséquent, tant d'un problème d'anachronisme qui ferait d'Homère une sorte de précurseur mais simplement de décalage par rapport à l‘esprit et au contenu du texte. La mythologie grecque classique est tout sauf création et recherche de l'équilibre, nous sommes à des années lumière de l'ordre de Maat de l'Egypte ou du Tao.
C'est plutôt le chaos permanent (Jean-Pierre Vernant « l'Univers les dieux les hommes »). L'Illiade et l'Odyssée constituent le parfaite illustration de cet ordre/désordre divin : les dieux sont à l'origine de la guerre et de la vendetta des Achéens ; ils n'ont de cesse d'intervenir non pour faire fonction de « casques bleus » (nous sommes en mer Egée…) mais pour favoriser ou punir les belligérants, les acteurs (p.50 et 51 p.168). Que le calme finisse par l'emporter signifie juste que les dieux se lassent du spectacle et c'est bien le chaos qui règne après les péripéties, y compris dans les rangs des vainqueurs.
On peut donc ne pas suivre Sylvain Tesson sur ce terrain. Mais quoiqu'il en soit, ce livre est une initiative heureuse et une très belle réussite, un lumineux appel d'air à la réflexion.
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critiques presse (5)
NonFiction   14 septembre 2018
L’essentiel d’Homère est qu’il est le fondateur de la littérature, descriptive ici par son rapport au paysage. L’auteur traverse le texte au rythme du voyage d’Ulysse. Il y trouve des clés pour notre modernité et toute l’aventure humaine.
Lire la critique sur le site : NonFiction
NonFiction   27 août 2018
Un été avec Homère n’a rien d’un fade résumé du texte homérique. D’abord, Sylvain Tesson nous offre une lecture choisie de L’Iliade et de L’Odyssée, qu’il relit à travers le prisme d’oppositions structurantes, mais jamais réductrices, révélatrices, au contraire, du chatoiement des rapports humains .
Lire la critique sur le site : NonFiction
LeMonde   29 juin 2018
L’écrivain et voyageur français signe « Un été avec Homère » et revient sur la fascination universelle qu’exerce l’auteur antique.

Lire la critique sur le site : LeMonde
Lexpress   04 juin 2018
Assurément plus nietzschéen que hégélien, l'écrivain donnerait toutes les sciences humaines pour une page d'Arendt : il fait le choix de Homère contre Zuckerberg, sans perdre l'espoir que le premier l'emporte, dans un retour de balancier. Il y travaille avec génie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint   25 avril 2018
Avec « Un été avec Homère », Sylvain Tesson plonge dans « L'Iliade » et « L'Odysée » et nous donne très envie d'aller voir chez les Grecs.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (99) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   28 juillet 2018
Il faut séjourner sur un caillou pour comprendre l'inspiration d'un artiste aveugle, vieux nourrisson allaité de lumière, d'écume, de vent. Le génie des lieux nourrit les hommes. Je crois à la perfusion de la géographie dans nos âmes. "Nous sommes les enfants de notre paysage.", disait Lawrence Durrell.
(...) La lumiére du ciel, le vent dans les arbres, les îles dans la brume, les ombres sur la mer, les tempêtes : je perçus les échos de l'héraldique antique. Chaque espace possède son écusson. En Grèce, il est frappé de vent, traversé de lumière, caparaçonné d'affleurement. Ulysse avait reçu ces mêmes signaux à bord. de son bateau de peine. Les soldats de Priam et d'Agammemnon les avaient perçus sur la plaine de Troie. Vivre dans la géographie, c'est franchir la distance entre la chair du lecteur et l'abstraction du texte. p 29-30
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oranoran   13 mai 2018
Je crois à la perfusion de la géographie dans nos âmes (...)
Après ce séjour dans mon poste de garde, j'approchai la substance physique de l'Odyssée et de l'Iliade (...)
La lumière du ciel, le vent dans les arbres, les îles dans la brune, les ombres sur la mer, les tempêtes : je perçus les échos de l'héraldique antique. Chaque espace possède son écusson. En Grèce, il est frappé de vent, traversé de lumière, caparaçonné d'affleurements. Ulysse avait reçu ces mêmes signaux à bord de son bateau de peine. Les soldats de Priam et d'Agamemnon les avaient perçus sur la plaine de Troie. Vivre dans la géographie, c'est franchir la distance entre la chair du lecteur et l'abstraction du texte.
(Avant -propos)
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   19 juillet 2018
Et si les dieux n'étaient que la transposition de nos sentiments, l'incarnation de nos expressions, ou en termes cuistres, l'objectivation dans une présence symbolique de nos états intérieurs ?
Ces reflets psychologiques auraient nom Aphrodite quand il s'agirait de la séduction, Arès quand nous serions en rage, Athéna quand l'heure viendrait à la ruse, Apollon quand la fièvre martiale nous envahirait. Et quand Athéna retient Achille de tuer Agamemnon, n'est-ce pas la métaphore du débat intérieur ? Cette théorie de la personnification divine de nos humeurs a servi de combustible à la théorie psychanalytique dont Henry Miller disait avec son sens habituel de la nuance, qu'elle n'était que l'application des mythes grecs sur les parties génitales.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   16 juillet 2018
On lira Homère dans mille ans et aujourd'hui, on trouvera dans le poème de quoi comprendre les mutations qui ébranlent notre monde en ce début de XXIème siècle. Ce que disent Achille, Hector et Ulysse nous éclaire davantage que les analyses des experts, ces techniciens de l'incompréhensible qui masquent leur ignorance dans le brouillard de la complexité.
Homère, lui, se contente d'exhumer les invariants de l'âme. L'amour et la haine, le pouvoir et la soumission, l'envie de rentrer chez soi, l'affirmation et l'oubli, la tentation et la constance, la curiosité et le courage. Et tous, nous sommes menacés par de nouveaux assauts sur la plaine de Troie. La lecture d'Homère devrait nous inciter à maintenir à tout prix le "durable traité" de la fin de l'Odyssée afin que ne se réveille point la colère d'Achille.
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jimpeejimpee   23 septembre 2018
Un poème, surgi de la mémoire, explose dans l’éternité. Comment expliquer qu’un récit vieux de plus de 2500 ans, jailli de la mer éternelle, résonne à nos oreilles avec tant de jeunesse, avec un pétillement aussi vivace que celui du ressac sur une côte de marbre. Pourquoi ces vers paraissent-ils avoir été écrits ce matin par un très vieux frère immortel pour nous apprendre de quoi seront faits nos lendemains ?

Je vois deux hypothèses à cela :
– Soit les dieux dont Homère se fait le chantre ont existé et ils ont inspiré leur hagiographe. Ces vers étaient donc faits pour rencontrer notre époque.
– Soit rien n’a changé sous le soleil de Zeus et les thèmes qui traversent les poèmes ; la guerre, la gloire, la grandeur, la mort, sont le combustible impérissable de l’éternel retour. Mais dans les deux cas, le poème homérique est un poème éternel car l’homme, s’il a changé d’habits, est exactement le même personnage misérable et grandiose, qu’il soit casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus dans la France de 2017…

Homère est notre très vieux compagnon d’aujourd’hui, demandons-lui ce qu’il a encore à nous dire…
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