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EAN : 9782709663915
Éditeur : J.-C. Lattès (06/03/2019)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Barracoon désigne les bâtiments utilisés pour le confinement des Africains destinés à être vendus et exportés vers l’Europe et les Amériques. Ces bâtiments allaient du modeste « abri à esclaves » aux imposantes « maisons d’esclaves » ou « châteaux d’esclaves ». Les captifs y restaient souvent confinés pendant des mois entiers.
En 1927, la jeune anthropologue Zora Neale Hurston, qui va devenir l’une des plus grandes écrivaines noires du XXe siècle part rencon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
KRYSALINE555
  29 novembre 2019
Zora Neale-Hurston est une anthropologue et une « folkloriste » afro-américaine aujourd'hui reconnue mondialement. L'essai qu'elle écrit en 1925 (qui donnera lieu dans un premier temps à une publication sous forme d'article en 1927), son premier ouvrage, est resté inédit pendant 90 ans, du fait du langage utilisé, peu commode à la compréhension et aussi, par peur d'accusations racistes : le fait que les africains aient participé activement à la traite négrière est un fait que les esclaves et globalement la population noire née en exil n'ont jamais pu comprendre et qu'à l'intérieur même du continent africain, la ségrégation existait elle aussi bel et bien du fait des guerres de clan et des dissensions tribales.
Pour cet ouvrage, il s'agit de la transcription des conversations qu'elle a eu avec Cudjo Lewis (de son nom africain, Oluale Kossola, il choisira « Cudjo » pour sa signification en yoruba qui veut dire « lundi ») considéré alors comme le dernier survivant de la traite transatlantique aux Etats-Unis (Redoshi fut « découverte » bien plus tard, en 2019) qui fut convoyé illégalement sur le « Clotilda », dernier navire négrier à aborder en terre américaine en 1860.
Pour conserver la véracité de ce témoignage, l'auteure choisit d'employer le langage dit « vernaculaire » (définition Larousse : Langue locale parlée à l'intérieur d'une communauté, par opposition au langage « véhiculaire » qui sert à communiquer dans le monde – Vernaculus = indigène et Verna = esclave).
Elle transcrit fidèlement ces entretiens pour en garantir l'authenticité en se défendant de toutes interprétations personnelles qui pourraient interférer avec les déclarations de Cudjo. Elle le présente comme un texte « brut », factuel et impartial pour ce qui la concerne.
De la parole directe de Kassola, il en ressort un récit puissant et parlant qui retrace le cauchemar collectif vécu par des millions d'Africains déracinés et déportés vers l'Europe ou l'Amérique. Tout y est dit de façon subtile mais sans détour. La simplicité de Kossola est touchante ; il « raconte » naturellement, avec fatalisme, sans haine ni rancoeur : il constate.
Alors âgé de 86 ans, Cudjo livre une histoire somme toute très parcellaire qui engendre des « raccourcis » sur des choses, soit dont il ne se rappelle pas bien, soit qu'il ne comprend pas (comme la mort de sa femme par exemple où l'on déduis qu'il n'en a pas saisi la raison, qu'il n'appréhende pas vraiment ce qu'il lui est arrivée – il évoque vaguement une « maladie »…) ; une mémoire hésitante qui laisse apparaitre des « trous » et des approximations.
Plus tard, il raconte que les esclaves libérés fonderont Africatown USA et Plateau (endroit nommé Magazine Point autour de Mobile, Alabama) lorsqu'ils comprendront que malgré toutes les « économies » qu'ils pourront rassembler ne suffiront pas pour retourner en Afrique. Cette ville constituera un dernier « rempart » contre les américains : les blancs, mais aussi les noirs de deuxième ou troisième générations qui considèrent leurs frères africains comme des « sauvages ». La ségrégation raciale bat alors son plein même après l'abolition de l'esclavage en 1865.
Le livre est non seulement composé du (court) témoignage livré par Zora Neal-Hurston mais il est étoffé par une préface d'Alice Walker (précieuse pour ses précisions et explications nécessaires à la compréhension du texte qui suit) et des notes en fin de récit écrites par son biographe Robert E. Hemenway.
Emma Langdon Roche, Zora y fait brièvement allusion lorsqu'elle cite ses sources. Emma est une écrivaine et artiste américaine qui a été en fait la première à interviewer les habitants d'Africatown et à avoir rencontré Kazoola (Kossola, bref, Cudjo ). Elle fut la première à écrire sur l'Histoire de ces anciens esclaves. Son livre « Historic Sketches of the South » n'a à ce jour, pas été traduit en français. Zora rencontrera elle aussi Cudjo par la suite ainsi que différents habitants de la région de Mobile.

Pour ma part, j'ai beaucoup aimé le récit de Kossola en lui-même avec son langage particulier par contre les commentaires après beaucoup moins. Si comme le présente la couverture, il s'agit bien du témoignage de Cudjo Lewis, « Barracoon » écrit par Zora Neale-Hurston, les commentaires de fin de livre sont tout à fait superflus. Il aurait eu sa place dans un autre livre consacré exclusivement à la biographie de l'anthropologue [Il existe je crois]. La préface d'Alice Walker suffit largement.
Cependant comme le travail d'Emma Langdon Roche n'est pas encore parvenu en France, celui de Zora Neale-Hurston reste très précieux et n'enlève rien à l'authenticité du témoignage de Cudjo. C'est cela qui me semble important.
Je remercie infiniment les Editions J.C. Lattès pour avoir fait traduire et éditer l'ouvrage ainsi que la plateforme NetGalley pour m'avoir permis de découvrir l'histoire de Kossola et de m'avoir interpellée sur le parcours de Zora Neale-Hurston.
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Pat0212
  22 mai 2020
En 1927, l'anthropologue Zora Neale Hurston a recueilli le témoignage de Kossoula, renommé Cudjo par son maître américain. Cet homme était le dernier survivant du dernier navire négrier. Il vivait en Afrique, dans un peuple d'agriculteurs pacifiques, mais le roi du Dahomey gagnait gros à vendre ses compatriotes aux trafiquants d'êtres humains. La traite était interdite depuis 1802, mais continuait grâce de nombreux contrebandiers. le roi du Dahomey était constamment en guerre avec ses voisins, à la fois pour fournir des esclaves aux négriers, mais aussi pour trouver des victimes pour les très nombreux sacrifices humains qu'il pratiquait lors des fêtes. Cudjo sera capturé en 1859 à l'âge de dix-neuf ans, emprisonné quelques semaines dans un barracoon (une prison où étaient enfermés les victimes en attendant l'arrivée des navires). Après septante jours de mer, il arrive en Alabama où il sera esclave durant cinq ans et demi, avant d'être libéré par les Yankees en août 1865. La vie d'après est loin d'être facile et les Africains comprennent qu'ils n'arriveront jamais à retourner chez eux. Cudjo raconte sa vie à Zora, il parle un peu de sa jeunesse en Afrique, pratiquement pas de sa période d'esclavage, la majeure partie de son témoignage concerne les années qui ont suivi sa libération où la vie ne l'a pas ménagé, sa famille a été durement frappée par le sort.
Il s'agit bien entendu d'un document de premier plan au niveau historique. L'auteur a choisi de retranscrire littéralement et sans intervention le témoignage de Cudjo. D'un point de vue ethnologique et scientifique, ce choix est vraiment justifié, mais pas d'un point de vue littéraire. Comme le livre comprend une grande quantité de notes et d'annexes, sans oublier une longue préface, je trouve qu'il aurait été préférable de mettre le texte dans une annexe supplémentaire et de le retranscrire en anglais. le témoignage de Cudjo est rédigé dans sa langue vernaculaire, ce qui donne un sabir vraiment très très indigeste qui m'a enlevé tout plaisir de lecture. J'ai eu l'impression de me retrouver devant un morceau d'archive qui n'aurait pas dû être publié tel quel. Peut-être qu'un récit « récrit » par Zora aurait pu paraître moins authentique, mais nettement plus lisible. J'ai lu un jour un polar marseillais où l'auteur voulait retranscrire le parler local avec le vocabulaire et surtout l'accent, j'ai complètement oublié l'histoire, mais je me souviens d'un texte particulièrement illisible et désagréable. Je sais bien qu'on ne peut pas comparer un document historique et un polar, mais je pense que les scientifiques ont à retransmettre leur connaissance dans une langue claire et agréable, du moins s'ils écrivent un livre grand public. Malgré le grand intérêt historique du texte, j'avoue que cette lecture s'est apparentée pour moi à une corvée, heureusement que le texte est court.
La préface est tout aussi intéressante que le texte lui-même, on y apprend l'histoire du manuscrit, proposé à de nombreux éditeurs et refusés durant presque un siècle, d'une part à cause de la langue utilisée (je ne pas la seule à ne pas l'apprécier apparemment !) mais surtout parce qu'il révèle que les Africains n'ont pas été seulement opprimés par les Blancs mais que leurs compatriotes avaient une part très actives dans la traite humaine, et cela la population afro-américaine ne pouvait pas l'entendre. Cudjo souligne d'ailleurs que les Noirs américains, à l'exception d'un seul de sa connaissance se montraient particulièrement racistes envers Les Noirs venus directement d'Afrique et les qualifiaient de sauvages.
Pour moi ce livre a une grande valeur historique mais il n'est pas agréable à lire. Un grand merci à Netgalley et aux Editions JC Lattes de m'avoir permis de le découvrir.
#BarracoonLhistoireDuDernierEsclaveAméricain #NetGalleyFrance
Lien : https://patpolar48361071.wor..
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kathel
  21 mars 2019
Vous avez peut-être entendu parler de Zora Neal Hurston, écrivaine et anthropologue afro-américaine, née en 1891. Un de ses romans, écrit en 1937, titré Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, est paru récemment chez Zulma, dans une nouvelle traduction.
Dans le présent livre, elle recueille un témoignage, celui de Cudjo Lewis, qui fut capturé en 1859 au Dahomey et conduit en Amérique par ce qui s'avérera être le dernier bateau négrier. Lorsque Zora Neale Hurston l'interroge en 1927, il a 86 ans, et est le dernier à vivre encore parmi tous ceux qui ont effectué cette traversée. Ils deviennent amis, Zora lui rend de nombreuses visites, partage des pèches et des pastèques avec lui et note scrupuleusement ce qu'il raconte, les jours où il a envie de parler.
Kossoula, de son nom africain, a des souvenirs encore très vifs de sa capture, de son voyage dans les cales du Clotilda, de sa liberté retrouvée. La vie qu'il mène ensuite est tout aussi passionnante, tristement passionnante toutefois, et m'a rappelé Les moissons funèbres de Jesmyn Ward. À un siècle d'intervalle, les temps sont restés tout aussi meurtriers pour les jeunes noirs du Sud, parmi lesquels les enfants de Cudjo Lewis.
J'ai été touchée par la manière de raconter de cet homme qui a vécu des expériences terribles, et n'a jamais pu retourner en Afrique. Ses paroles, retranscrites sans déformation ou interprétation ne peuvent qu'émouvoir. Le travail de la jeune anthropologue consiste à noter, sans presque parler d'elle-même. La langue très chantante de Cudjo a été magnifiquement traduite. (Il est aussi intéressant de trouver des extraits en anglais pour pouvoir apprécier l'aspect linguistique.)
Il faut toutefois savoir que, entre l'avant-propos, les différentes introductions et notes, le récit lui-même va de la page 57 à la page 145. Ce sera mon seul bémol, car même si les annexes ne manquent pas d'intérêt, cela reste assez court.
À noter pour la sincérité et l'aspect unique du témoignage !
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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sofy4
  04 mai 2019
C'est l'histoire d'une anthropologue, Zora Neale Hurston, qui veut rendre témoignage du parcours de Cudjo Lewis, connu sous le nom de Kossoula.
Cudjo a plus de 80 ans quand Zora recueille les propos de cet esclave américain. Ce témoignage a cela d'original que l'anthropologie a décidé de garder tels quels les propos de Cudjo rendant ainsi le témoignage plus authentique, plus poignant. C'est un sacré défi car les éditeurs ont longtemps boudé son travail.
Le fait qu'il ait été publié rend justice à cet énorme travail car il ne s'agit pas seulement de retranscrire patiemment le témoignage de Cudjo mais c'est aussi, avec la préface et la postface, des informations sur l'histoire de l'esclavage.
Cette approche originale est intéressante mais j'ai trouvé bien trop court l'histoire de Cudjo en tant qu'esclave. Il obtient, en effet, très rapidement la liberté même si ses souffrances ne se terminent pas pour autant.
Merci à Netgalley et aux éditions JCLattés pour cette découverte.
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KrisPy
  15 mars 2019
Barracoon , l'histoire du dernier esclave américain, raconte le parcours incroyable et terrible de Cudjo Lewis, connu aussi sous le nom de Kossoula, son nom d'Affriki, le dernier homme noir d'Afrique vivant a avoir été enlevé à son village pour être vendu sur une plage d'Ethiopie, au Dahomey.
Mais ce livre raconte aussi l'histoire en filigrane de Zora Neale Hurston, jeune anthropologue afro-américaine qui tente de se faire une place et un nom dans l'Amérique raciste de 1927.
Un témoignage intense et prenant, qui souffre un peu des trop nombreuses notes et références parfois obscures pour le lecteur profane.
Merci aux Masses critiques de Babelio qui nous permettent de découvrir de tels livres.
Merci aux éditions Jean-Claude Lattès pour leur envoi.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Pat0212Pat0212   21 mai 2020
Tu lui diras que Cudjo aime lui faire plaisir. Elle est gentille pour moi et Cudjo est tellement seul.
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HarioutzHarioutz   17 février 2020
En lisant Barracoon, on comprend immédiatement le problème que cet ouvrage a pu poser des années en arrière à de nombreux Noirs, tout particulièrement aux intellectuels et leaders politiques de notre communauté.
Ce livre évoque résolument les atrocités que les peuples africains se sont infligés entre eux, bien avant que des Africains enchaînés, traumatisés, malades, déroutés et affamés de deviennent cette "cargaison noire" acheminée par bateau vers l'enfer du monde occidental.
Qui pouvait supporter cette vision du comportement violent et cruel de ces "frères" et ces "sœurs" qui avaient d'abord capturé nos ancêtres ?
Qui voulait savoir, par le biais d'un récit extrêmement détaillé, comment des chefs africains partaient capturer, délibérément, des Africains appartenant aux tribus voisines, comment il se lançaient dans des guerres de conquête dans le seul but de livrer aux négriers des hommes, des femmes et des enfants qui appartenaient à la terre d'Afrique ?
Et faisaient tout cela d'une manière si atroce que le fait d'en lire le récit deux siècles plus tard vous plonge dans des affres d'horreur et de désarroi. Qu'on ne s'y trompe pas : la lecture de ce livre est une épreuve.
.../...
Alice Walker, mars 2018
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kathelkathel   21 mars 2019
C’est le 12 avril 1865. Les soldats yankees descendent près du bateau pour ramasser des mûres, tu comprends. Ils nous voient dedans et ils font : « Vous avez plus à rester là, vous autres ! Vous êtes libres, vous êtes plus à personne. » Bondieu-oh ! Je suis si content. On de mande aux soldats quel côté s’en aller. Eux ils savent pas. Ils disent d’aller là où ça chante, qu’on est plus des esclaves.
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kathelkathel   21 mars 2019
En montant les marches qui menaient à sa véranda, je l’ai appelé par son nom africain et il a levé les yeux vers moi, surpris de me voir sur son seuil. Il prenait son petit-déjeuner dans une gamelle émaillée, avec les doigts, comme on le fait dans son pays natal.
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Videos de Zora Neale Hurston (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Zora Neale Hurston
Ruby Dee reads from "Their Eyes Were Watching God" by Zora Neale Hurston.
After 75 years, Zora Neale Hurston's novel, "Their Eyes Were Watching God," still resonates in the hearts and minds of contemporary audiences, but it had particular significance for black women writers and artists who were working at the time of its rediscovery. The Greene Space convened three luminaries who are all intimately connected to the novel -- Alice Walker, Sonia Sanchez and Ruby Dee -- to share their stories and describe how they saw Janie and Zora's horizons on their own journeys. Zora Neale Hurston's niece Lucy Anne Hurston, author of Speak, So You Can Speak Again: The Life of Zora Neale Hurston, served as the evening's moderator.
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