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ISBN : 2363158946
Éditeur : Iggy Book (20/06/2018)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 32 notes)
Résumé :
« Mon père pensait qu’on “naissait musulman” et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’Islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion ; il était de ceux pour lesquels l’Islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Souri7
  27 février 2019
🌗Une nuit à Aden se caractérise par une approche assez nouvelle en ce qui me concerne. Roman sans vraiment l'être, essai sans vraiment s'y prêter, l'auteur nous propose de plongé dans un récit fascinant où le héros, Palestinien de père musulman, de mère catholique, ayant eu une éducation occidentale, s'interroge sur les traditions qui lui ont été enseignées. Le tout est adouci par une romance comme fil conducteur qui apporte un élan de fraîcheur au texte.

Sincèrement, après avoir lu le petit message envoyé par l'auteur avec les deux tomes, j'ai eu quelques craintes quant au fait de l'achever. Le livre se présente grosso modo avec une première partie "essai" qui revient sur le monde musulman, la religion, les interdits, la société. C'est passionnant, mais le lecteur se retrouve complètement repu d'informations parce qu'elles sont nombreuses. Sans parler des notes en fin de livre qui complète les non-dits de l'auteur. Une fois cette partie lue et le lecteur informés de l'environnement dans lequel le personnage a été élevé, voilà que le roman en lui-même débute. Au final, cette première partie permet au lecteur de comprendre les sentiments, les attitudes du personnage principal, ses interrogations face à sa polyculture tant religieuse que sociétale. Par contre, soyons francs... ces éléments d'informations auraient été distillés dans le texte de manière plus équilibré et non en un seul bloc, cela aurait rendu la lecture plus agréable.

Le roman en lui-même est plutôt sympathique et addictif et permet surtout à l'auteur d'aborder des thématiques plus complexes de la société musulmane comme la relation aux femmes, l'amour, les sentiments. L'auteur nous propose une autre version plus humaniste, plus douce de cette culture au travers d'un regard moins sectaire. La romance avec Adèle, celle de son amie avec une jeune femme juive permet d'aborder des sujets épineux qui clivent la société et engendre de la violence. L'auteur nous offre une vision plus pacifique et plus harmonieuse d'une société qui pourrait se comprendre et s'entendre si certains préjugés étaient mis de côté.

Le texte est superbement écrit en dégage une douceur, une simplicité alors que les thèmes abordés sont parfois difficiles. J'ai apprécié les nombreuses citations tant religieuses que littéraires jalonnant le récit. Par moment, le lecteur peut se demander si une partie de ce qui est relaté ne serait pas autobiographique tant c'est fort, réaliste et juste.

Au final, une lecture ardue, mais plaisante. D'ailleurs, un grand merci à l'auteur pour l'envoi du tome 2 en plus du premier et du petit mot accompagnant l'envoi. La fin du tome 1 s'achève de manière telle, que le tome 2 s'impose pour y répondre. 😊
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lyoko
  21 mars 2019
J'avoue que si j'avais pu me rendre compte que ce livre , du moins le tome un était plus un essai qu'un roman , je n'aurais sans doute pas postulé a cette masse critique privilégiée ( merci a Babelio, a Iggy Book et a l'auteur). Parce que en général c'est un style de lecture qui m'ennuie .
Par ma vie personnelle : française de conviction catholique (agnostique en fait), mariée a un français d'origine maghrébine , musulman et fils d'Imam. Mère de 3 enfants, que l'on élève dans le respect des religions, sans leur donner d'obligation d'en suivre, je pense maitriser une partie de ce que représente l'Islam.
Je sais que l'interprétation des textes peut toujours porter matière a interprétation. Et on le voit encore aujourd'hui avec l'actualité.
Mais au final j'ai trouvé ce livre très intéressant, même si la façon dont l'auteur a amené les choses (beaucoup de notes, de références). La lecture a été compliquée pour moi.
Mais il faut quand même que je reconnaisse l'énorme travail de l'auteur et son érudition. D'un autre côté avec la méfiance que certains peuvent avoir sur cette religion, je comprends parfaitement que l'auteur ai étayé par de nombreuses sourates et autres références ses propos.
Mais ce n'est pas pour moi, et pourtant j'étais curieuse de voir l'approche qu'allait donné l'auteur. Néanmoins pour tous les curieux et qui aime lire les essais je recommande quand même.
L'auteur m'a également envoyée le tome deux , qui apparemment ressemble plus a un roman. (un grand merci). Je le lirais bien évidemment , mais un peu plus tard, tout en sachant qu'ici je n'aurais pas d'échéance obligatoire.
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Erik35
  12 mars 2019
UN HOMME EN COLÈRE.
Indubitablement Emad Jarar, alias Emad Erraja, est un homme en colère : en colère contre une certaine manière de considérer (d'enfermer) l'islam par l'islam lui-même, en colère contre ceux qui n'ont de cesse de contraindre cette religion - SA religion - dans des carcans indépassables, contre la bêtise des uns et la violence des autres, au nom d'Allah, contre tous ces insolubles éthiques, religieux, politiques, sociaux, métaphysiques, humanistes, tolérants et intimes que l'histoire ainsi qu'une conception faite presque uniquement de commandements, d'asservissement et d'interdits finissant par nier toute liberté de l'homme face à son Dieu, rendent proprement insupportable à un individu souhaitant être de plain-pied dans son temps.
Avant de poursuivre plus avant, il me faut indubitablement remercier tout à la fois Babelio ainsi que M. Emad Jarar pour cette Masse Critique spéciale à laquelle j'ai répondue, je l'avoue et l'assume, un peu sans y croire et, surtout, en craignant recevoir un ouvrage en aucun cas pas fait pour moi, celui-ci semblant d'évidence évoquer l'islam, en tant que religion, bien avant l'Islam vu comme grande civilisation (ne serait-ce qu'en regard de sa désormais longue histoire et du nombre de pays ainsi que d'êtres humains s'en réclamant encore aujourd'hui). Etant, à tout le moins, agnostique - je n'ose écrire athée, l'athéisme relevant, trop souvent, de cette hystérie qu'elle désapprouve par ailleurs, à savoir celle d'une véritable religion, avec ses clercs et ses dévots, ses anathèmes et ses obligations : très peu pour votre humble lecteur ! L'agnosticisme est bien plus intime, ce me semble, et sans revendication particulière si ce n'est que l'on me fiche la paix avec ces histoires de divinités, qu'elle fût unique ou multiple ! Ce qui ne signifie pas, en outre, que ces question religieuses ne m'intéressent pas, mais sous un angle plus sociologique que spirituel. Par ailleurs, j'avais rapidement compris que l'ouvrage envoyé serait l'un de ces représentants de plus en plus nombreux de cette vogue auto-éditrice. Il me faut avouer que, sans donner de satisfecit aveugle à quelque maison d'édition que ce fut (là comme ailleurs, il s'en trouve de sérieuses et d'autres, tant d'autres, qui ne font pas consciencieusement le boulot pour lequel elles sont payées), j'éprouve encore plus de difficultés, expériences multiples et systématiquement déçues à l'appui, à faire confiance a priori à un ouvrage dont le seul vrai relecteur, le seul critique définitif, le seul vrai "regard extérieur" (sic !) est celui de son créateur, c'est à dire une situation où l'auteur, quelque intelligent fut-il, est à la fois juge et partie.
Il me faut cependant avouer que, contrairement à de nombreux contre-exemples passés, les deux volumes qui me furent envoyés par M. Jarar étaient de très belle facture : une qualité de papier très agréable, une police de caractère des plus lisibles, une couverture qui, sans être forcément dans mes goûts habituels (j'ai une préférence pour les jaquettes simples, voire minimalistes), n'en était pas moins joliment trouvée. Cela ne s'annonçait, finalement, pas si mal ! Encore fallait-il que le fond soit du même tonneau. Là, malgré une sympathique mise en garde de l'auteur lui-même, par courrier, quant au contenu du premier volume (celui pour lequel je m'étais engagé), j'avoue avoir été plutôt agréablement surpris. Dans un premier temps.
En effet, bien loin d'être un simple roman, les deux premiers tiers de ce livre, pour aller vite et malgré quelques passages relevant du récit que l'on pressent d'ailleurs très autobiographique, sont avant tout une longue et passionnante description historique des premiers temps de l'islam, entremêlée d'une historiographie assez complète du Coran, de la Sunna et de tous les autres textes fondateurs et sacrés de la seconde religion monothéiste de la planète (en nombre de croyant recensés) - ce qui implique, par ailleurs, nombre de référents occidentaux, souvent chrétiens, puisque le sujet est très peu abordé au sein de l'Islam, le Coran étant, pour aller vite, incréé, cela règle le problème de son histoire propre -, sur laquelle se greffent toutes sortes de considérations relevant de la théologie, de la philologie, de la philosophie des religions (bien que l'Islam semble refuser toute forme de philosophie depuis le XIème siècle), ainsi que de théologie comparée (pour la raison que le narrateur de cette histoire est le fruit d'une double culture religieuse : musulman "de naissance" par son père mais sensibilisé à la culture chrétienne via le rite grec-melkite de sa mère et grâce à un prêtre très versé en toutes ces matières, mais avec grande délicatesse ainsi qu'un sens inné de la diplomatie, cette double formation religieuse du jeune Emad se déroulant en... Egypte !). le moins qu'on puisse en dire c'est que ces deux cent premières pages sont, malgré la foi affichée et sincère du narrateur - auteur ? -, il n'a à dire pis que pendre contre presque tout ce qui constitue la religion instillée par son prophète Muhammad (Mahomet pour nous autres, "associateurs" ou, pire, mécréants occidentaux !). Tout y passe, ou peu s'en faut : la violence presque sans concession de la seconde partie de l'existence du prophète, après la fuite de la Mecque pour Médine, et la subrogation des sourates plus anciennes au plus récentes ; le rôle quasi nul laissé aux femmes dans sa religion ("la musulmane" n'étant cité, selon ses affirmations, qu'une seule fois dans tout le Coran, alors qu'il y est sans cesse question du musulman au masculin) ; mais plus encore, c'est à la Sunna et aux traditions qui vont s'imposer au XIè et XIIè siècle qu'il s'en prend, frontalement. le narrateur va ainsi expliquer, sans détour, à quel point y sont dénié la liberté individuelle, la liberté de conscience, les rapports conscientisés du croyant à son dieu, etc. de la même manière nous est dépeint une religion qui, par son absence chronique d'auto-critique où, pour le moins, de redéfinition quasi permanente de ce qu'elle est, en conséquence de l'évolution du monde dans laquelle elle interagit - ce que concernant le catholicisme, par exemple, on va désigner par Théologie, dont on peut affirmer qu'elle est une matière très limitée dans l'Islam - est demeurée presque telle qu'en l'état où elle se trouvait il y a douze siècles, le Coran, ses enseignements et ses lois ne pouvant, par essence, jamais être remis en question. Il rappelle comme il est difficile, pour ne pas dire impossible, de séparer l'islam religieux de l'islam politique ; il redit à quel point c'est une foi objectivement conquérante (et pas seulement prosélyte) en définissant avec attention ce qu'est le Jihad, qui peut être "intérieur" ou "militaire", selon les sourates où il est décrit, mais en rappelant expressément qu'il n'y a pas un "type" de Jihad inférieur à l'autre, contrairement à ce que, selon le narrateur, nombre de savant religieux "rusés" (un des préceptes de l'Islam serait de savoir se faire malin, voire délibérément faux, pour montrer l'islam sous son meilleur jour auprès des non-musulmans) affirmeraient pour des motifs d'ordre quasi politique, en terre non islamisée.
Il serait vain de vouloir, en quelques lignes, résumer l'intégralité de ce tour d'horizon religieux que l'on peut, sans l'ombre d'un doute, qualifier de "à charge". On y sent cependant le dépit d'un homme fondamentalement croyant mais que la religion dans laquelle sa foi s'exprime ne satisfait pas pleinement, surtout à l'aune de son évolution personnelle, qui le fait s'envoler des rives méditerranéennes de l'Egypte vers les rives atlantiques des USA où il fera ses études supérieures ainsi que le début de sa carrière professionnelle dans les quartiers plutôt aisés du New-York des années 80.
Peu à peu, le récit - dont on peine vraiment à croire qu'il n'est autre qu'essentiellement autobiographique, malgré l'intitulé "Roman" sur la couverture, ainsi qu'un nom d'emprunt donné à son narrateur "Emad Erraja" (traduire : "Emad Espoir") qui partage un même prénom d'avec son concepteur ainsi qu'une sonorité patronymique vraiment proche, relevant presque de l'anagramme - prend le pas sur l'essai. Soyons honnête : c'est à partir de ce second gros tiers que notre lecture a sérieusement commencé à moins nous captiver. En premier lieu en raison même du style employé par l'auteur. Partant du principe qu'Erraja et Jarar sont les deux facettes d'un même Emad, celui-ci a été élevé par une mère dans l'admiration inconditionnelle de la France et de sa littérature, et, d'évidence, celle de notre grand XIXème. C'est au point que cette femme de caractère s'arrangea pour accoucher à Paris sans jamais y avoir vécu ; que le fiston fit ses études au lycée français d'Alexandrie et qu'il lui fut imposé, tout au long de son enfance, la lecture d'au moins un classique français (parfois un classique russe) chaque mois. Bien évidemment, sans remettre en cause le génie de nos Balzac, Hugo, Zola, Flaubert et autres Maupassant, ni le caractère formateur de leur lecture, il n'en demeure pas moins que plus personne n'écrit aujourd'hui comme ces prédécesseurs illustres ni même ne tente de le faire... Or, souvent, au détour d'une phrase, d'une explication, d'une description et, pire encore, d'un supposé dialogue, ce sont des expressions, des tournures totalement passées, vieillies, démodées qui surgissent sous la plume de Messieurs Jarar/Erraja ; Bien que personnellement fervent amateur de l'imparfait du subjonctif ainsi que de toutes ces conjugaisons bientôt disparues, ici comme ailleurs, selon l'expression consacrée, le trop est très rapidement l'ennemi du bien, ce dont l'auteur semble ne pas toujours prendre conscience ; lorsque ce ne sont pas des accumulations de doubles négations - parfois totalement injustifiées -, de tournures maladroites, mal employées ou surabondantes : en un mot comme en cent, tandis que l'on sent tout l'amour, sincère, débordant, de l'auteur pour la langue française (du moins, pour un certain français littéraire), cette accumulation interminable de verbiage, de phrases mal construites ou trop rigides (c'est particulièrement frappant dans la retranscription de supposés dialogues qui semblent rien moins que surréalistes) donnent à la partie "romanesque" d'Une nuit à Aden un caractère pompeux, alambiqué, grandiloquent et, pour tout dire : lassant. N'évoquons que très rapidement les quelques personnages du récit : en dehors, peut-être, des parents du narrateur, les autres entrent dans des schémas narratifs tellement fermés, tellement attendus et dans le même temps abstraits qu'on finit par ne pas y croire vraiment, quand bien même on songe sans cesse qu'ils sont très certainement les portraits de personnages réels !
Certes, il faut parfois s'accrocher dans cette première partie historiographique et théologique, mais le contenu, s'il est dense, n'est n'est pas moins lisible et aisément compréhensible - d'autant qu'il est complété par un appareil de note très complet. -. On pourra toutefois reprocher à l'auteur nombre de répétitions, de redites qui n'apportent pas grand chose à sa thèse. Gageons que ce fut par soucis de se bien faire comprendre d'un public pas forcément aussi averti que lui dans ces matières (précisons toutefois que M. Jarar est plus un amateur éclairé et passionné de ces matières religieuses qu'un spécialiste à proprement parler). Qu'il défend des thèses trop peu fréquentes, sans aucun doute, au sein de l'Islam. On songera entre autre à l'écrivain algérien Boualem Sansal, de l'intellectuel tunisien Mohammed Talbi ou encore de la critique définitive de l'islam par la psychologue américaine d'origine syrienne Wafa Sultan, se définissant comme une musulmane ne croyant pas à l'Islam et qui exprima ceci à l'occasion d'un entretien : « J'ai décidé de combattre l'islam ; s'il vous plaît comprenez ma déclaration : combattre l'islam, pas l'islam politique, pas l'islam militant, pas l'islam radical, pas l'islam wahhabite, mais l'islam en lui-même... L'islam n'a jamais été incompris, l'islam est le problème... (les musulmans) doivent comprendre qu'ils n'ont que deux choix : changer ou être écrasés. » Ce qu'en dit dans ce texte Emad Jarar n'est parfois pas si éloigné de cette virulente assertion...
Quant à la partie romanesque, véritablement navré de ne pas y avoir accroché. C'est là, une fois encore, que m'est revenue cette prudence quant à ces textes auto-édités : aussi sincères peuvent-ils être, aussi essentiels à leurs auteurs sont-ils bien souvent, cela n'en fait que bien rarement de bons objets littéraires. Impossible de dire si un éditeur ayant pignon sur rue a ou aurait refusé ce texte. Nul doute que le recul d'un œil exercé, responsable (et ouvert) aurait corrigé nombre d'imperfections irrémédiables, de redites et autres lourdeurs inutiles, en commençant par diviser d'une moitié cette somme, biffant ici, supprimant là, puisque le second volume qui est, semble-t-il, exclusivement narratif, compte autant de pages que le premier. Ou bien aurait-il tout simplement conseillé à notre auteur débutant de composer un essai sur l'islam d'un côté et un récit - autobiographique ou non - de l'autre, sans ce mélange des genres difficile à réaliser sans risque de lasser (on songe, par exemple, au génialissime L'insoutenable légèreté de l'être qui est un exemple parfait de roman philosophique intégrant nombre de références autobiographiques. N'est pas Milan Kundera qui veut).
Nous n'irons pas plus loin dans notre lecture, cette écriture amphigourique et verbeuse est par trop impossible. Dommage : il y avait beaucoup à prendre dans cette totale découverte littéraire et documentaire.
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si-bemol
  01 mars 2019
[Lu dans le cadre d'une Masse critique Privilège Babelio]
Par la voix de son narrateur, Emad, musulman palestinien né d'une mère chrétienne, l'auteur d'« Une nuit à Aden » interroge l'islam, son histoire, ses différents courants et leurs pratiques et pose la question du bien-fondé et de la valeur spirituelle d'une voie religieuse qui – au moins dans son approche fondamentaliste – refuse toute interprétation et toute analyse de son texte sacré à des croyants condamnés à une éternelle récitation privée de réflexion et de conscience : « A l'approche du XXIe siècle, qu'en est-il de ce culte dont l'ostracisme et la rigidité transforment ses fidèles en fervents sectateurs, et de ses adeptes, en font de simples spectateurs, à défaut de les laisser être les acteurs de leur propre vie ? »
Emad se remémore les très nombreuses discussions théologiques qu'il a eues pendant huit ans avec Khalil, son ami d'enfance – un érudit, comme lui musulman palestinien - , confronte les points de vue, relit les sourates et la sunna, explore les différents piliers de l'islam et démontre à quel point peuvent être fragiles et théologiquement sujets à caution les dogmes (le djihad, le voile…) sur lesquels s'appuient les fondamentalistes pour faire de l'islam une religion carcérale – surtout pour les femmes – ouverte à tous les excès et à leurs conséquences.
Ce faisant, Emad Jarar adopte une attitude courageuse et peu répandue – qui n'est peut-être pas d'ailleurs, pour lui, sans danger : celle d'un musulman qui est également un intellectuel et qui s'efforce de « porter un regard sans indulgence sur son histoire, sur les livres qui gouvernent et son âme et sa vie (…) pour éviter que seules les passions et les émotions l'emportent sur la réflexion. » Et il nous livre un récit brillant, intelligent, extrêmement érudit et bourré d'informations encore enrichies de nombreuses notes… toutes qualités qui, au moins pour moi, sont également le principal défaut de cet ouvrage par ailleurs passionnant.
Alors que, pourtant, je porte un intérêt très vif aux questions (et questionnements) spirituels et théologiques et que, pour cette raison, « Une nuit à Aden » aurait dû d'emblée capter mon attention, j'ai eu au contraire beaucoup de mal à pénétrer dans ce récit dont j'ai d'ailleurs (je l'avoue) survolé certains passages. La forme de « l'essai fictionnel » choisie par l'auteur rend en effet la lecture particulièrement ardue et malaisée : car, à la fois essai et fiction, « Une nuit à Aden » n'est en réalité ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre.
Parce que, pour la partie « essai », l'auteur a choisi de recourir au procédé narratif d'une remémoration, au fil de la plume, de conversations anciennes, le corpus théorique, théologique et philosophique souffre d'un manque d'organisation et de classement – tels qu'on pourrait les trouver dans un véritable essai. de ce fait, il emporte le lecteur dans un flot ininterrompu d'informations certes intéressantes mais à la présentation décousue qui donne le sentiment d'un labyrinthe touffu dans lequel il est malaisé de s'orienter.
Quant à la partie « fiction », qui vient fluidifier le propos en y introduisant une dimension d'émotions et d'humanité bienvenue, nous ne sommes pas là non plus dans un registre réellement romanesque dans la mesure où, dans ce premier tome, les éléments biographiques des différents personnages, comme les sentiments, les liens et la romance qui les unissent servent surtout – c'est du moins ce que j'ai ressenti – de toile de fond et de prétexte à cette exploration théologique.
Au final, « Une nuit à Aden » est une lecture exigeante et relativement ardue, mais néanmoins enrichissante et pleine d'intérêt qui nécessite de prendre son temps et « se mérite » mais qui risque fort – pour les raisons exposées plus haut – de déconcerter autant les amateurs d'essais que de fiction. Tous y trouveront, néanmoins, quantité d'informations de première main sur l'islam, sa diversité, sa foi et ses pratiques, ainsi que la matière nécessaire à une meilleure compréhension de l'islam radical, de son argumentaire et de ce qui peut nourrir ses possibles dérives.
Une belle et riche découverte, donc, pour laquelle je remercie Babelio et surtout Emad Jarar qui m'a de surcroît également et très gentiment envoyé le tome 2 de cet ouvrage.
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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Eve-Yeshe
  18 mars 2019
Ce livre est un OVNI ! il est d'ailleurs classé « Essai fictionnel »
Le narrateur, Emad nous raconte une histoire d'amour, tout en expliquant au lecteur tous les principes de l'Islam.
Emad parle de son enfance avec son père Palestinien, musulman pratiquant, sa mère chrétienne, dont la famille est d'origine grecque (en fait c'est plus compliqué car il y a des exils). Il est donc musulman d'office puisque son père l'est, mais celui-ci accepte la volonté maternelle qu'il aille au catéchisme. Des parents tolérants, donc car ils s'aiment et forment un couple uni.
Emad est né à Paris car sa mère souhaitait qu'il en soit ainsi, car elle tenait une librairie française à Alexandrie, librairie tenue depuis longtemps par sa famille. Elle lui faisait lire des auteurs français régulièrement. Il a fait ses études au lycée français. Mais les guerres, l'exil ont provoqué des changements.
Durant ses études supérieures aux USA il rencontre Adèle, jeune Française venue y travailler dont il tombe amoureux. Il échange régulièrement avec son ami Khalil.
Emad Jarar (Erraja) dans le livre prend le prétexte de ces rencontres pour évoquer, le Coran, message reçu par Muhammad de la part de l'archange Gabriel durant vingt-trois années, puis traduit en arabe et interprété quelque siècle plus tard pour l'ériger en « loi » : la Sunna ou le dogme.
Ensuite, il reprend la notion de libre arbitre inexistante, car on doit craindre Dieu, accepter que tout vienne de lui, donc forcément le fatalisme, puisque l'homme n'a aucune prise sur son destin et ne peut rien modifier. Il évoque, la femme dans l'Islam, le devoir de conquérir le monde entier en tuant les mécréants, le jihad, le jeune, l'importance de la récitation (psalmodie) les piliers de l'Islam, le rejet de la laïcité, la légitimité du crime pour convaincre …
Emad Jarar est précis, mais entre beaucoup dans les détails pour nous faire comprendre toutes les notions, en nous donnant chaque fois des notes en fin de livre.
Je me suis accrochée, j'ai failli abandonner, page 88 je pensais : « nous sommes à la P 88 et il y a déjà 25 pages de notes, il faut lire avec deux marque-pages et on fait le va-et-vient entre les deux parfois cinq fois par page ! je m'engage à lire les deux premières parties, (jusqu'à la P 101) avant de lâcher car j'ai lu deux critiques admiratives »
Dans les années quatre-vingts on disait que l'Islam était une religion tolérante, mais le terrorisme est passé par là et on a vu un autre visage, ce qui a rendu ma lecture difficile au départ, car j'avais la peur au ventre en lisant certaines notes, certains extraits du « Livre » en tant que femme ce n'est pas facile…
Je suis contente d'être arrivée au bout, il m'aura fallu 25 jours quand même, car c'est vrai il y a une belle histoire d'amour, et Emad est tout aussi prolixe, coupeur de cheveux en quatre, ou même dix, lorsqu'il parle avec Adèle que lorsqu'il parle de religion ! je retiens notamment l'auto-dérision dont il fait preuve en expliquant la position de l'Islam par rapport au vin :
« Ô ciel ! une bouillie, voilà ce à quoi toutes mes litanies, ma manie stupide de creuser inutilement les mots et mon interminable jactance me donnaient à penser. Je me demandais par quelle sournoiserie de l'âme, aussi peu de la chaleur de toute la passion que je ressentais se pouvait retrouver dans mon discours à effet, ma parlerie sans fin et ennuyeuse, fait plus pour l'esprit que pour le coeur, substituant à l'amour le plus tendre les mots les plus plats. »
Emad Jarar écrit magnifiquement bien, les phrases sont belles, les termes sont précis, affutés, il manie l'imparfait du subjonctif de façon magistrale… Son écriture, à elle seule, mérite que l'on aille jusqu'au bout de la lecture et la suite du récit est passionnante car on se promène : Moscou, le Caire, New-York, Sanaa et la perception intime de la religion de l'auteur est très fine. Il emploie un français littéraire, riche, de la veine De Balzac ou Proust, comme souvent les exilés (cf. par exemple, George Semprun)
Il cite souvent Pascal, Gide, Camus, Voltaire et même Sade ou Chateaubriand
Un exemple lorsque l'auteur parle du voile :
« … Je me retenais toutefois de penser que l'archange Gabriel eût pu s'attarder sur des tenues vestimentaires ou des effets d'élégance féminine, dans ses révélations au Prophète. N'était-ce même grotesque de concéder à Dieu un thème aussi futile ? Comment pouvait-on croire que Dieu eût pu s'éterniser sur un problème aussi frivole pour jauger la valeur de la vertu de l'homme sur terre. »
J'ai découvert cet essai fictionnel grâce à une opération masse critique spéciale pour laquelle je remercie Babelio et l'éditeur Iggy Book qui a eu la gentillesse de m'envoyer les deux tomes.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   27 février 2019
Un hadith prétendait même que le Prophète avait jugé que "La prière est interrompue par l'âne, le mécréant, le chien et la femme". Songez-y ! Mais en quoi une présence féminine pouvait-elle bien annuler une prière ? Surtout, par quel extravagant sortilège le Prophète en était-il venu à associer dans un même hadith la femme à un chien et à un âne ? Allons donc ! [...]

Quant au statut de la femme, je vous laisse juge ! Voyez ce que c'est que l'effet de certains écrits sur les esprits les moins préparés ! Mais qui pouvait être responsable ? Qui devait assumer l'étrangeté de tels dires : son auteur ou celui qui feignait de le croire ? Moi qui adorais les bêtes, je n'en pouvais être convaincu et je décidais de continuer d'aimer les femmes, tout en priant, naturellement ; à défauts d'avoir des principes faits sur une partie aussi saugrenue, je lui préférais mon incrédulité. Ne pouvant le comprendre, encore moins l'expliquer je décidais de m'en contenter, et, pour faire comme tout le monde, de me complaire dans cette ignorance. S'il est vrai que celle-ci me faisait toujours un peu peur, car on ne savait jamais ce qu'elle pouvait occulter, de plus grave. Les gens se méprennent par ignorance, ils combattent, condamnent, parfois même tuent parce qu'ils ne savaient pas, et plus souvent, puisqu'ils crurent n'en rien savoir. Responsables mais pas coupable, comme l'on dit. Pauvres innocents certes, mais par ignorance ! Averroès (Ibn Rochd, philosophe, médecin, juriste andalou du XIIe siècle,sans doute le plus grand savant de la civilisation islamique) disait déjà que l'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation. Une critique voilée de la Sunna, si ce n'est de l'Islam, déjà au XIIe siècle.

p.28
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gouelangouelan   27 février 2019
— Oui ! Maeva, chez ce personnage inculte, pour ces gens de cette espèce, la dialectique islamiste, ce qu'ils en peuvent comprendre, est l'arme de leur foi. Mon père me disait fort justement qu'un bonhomme qui n'a pas de jugement n'est jamais plus dangereux que lorsqu'il fait appel à des principes. Et de ces individus, celui qui en a pour les autres est souvent le même dont on ne saurait attendre ni indulgence ni sincérité. Et il y a que pour nous, musulmans, la religion n'est jamais bien loin des principes. Pour le fanatique ou le frère musulman, l'entretien de sa foi consiste alors à bafouiller son fiel à coups de versets allégoriques, souvent du reste, sans qu'il comprenne le sens même de ses propos qu'il annonce en arabe classique. Et il le fait, avec toute la certitude de sa foi, souvent su un ton menaçant, d'un air ombrageux, et toujours prompt à gloser sur le reste de l'humanité. Car c'est bien cela dont il s'agit : mimer, si ce n'est contrefaire, voir singer le Prophète, dans sa guerre universelle contre les infidèles ; je veux dire par là, contre ceux-là même qui se refuseraient à son autorité. C'est que ces gens-là sont passés maîtres dans l'art de détourner le message coranique à leur profit. Face à de tels désordres de l'esprit, souvent on se sent impuissant à comprendre une pensée étrangère à notre monde, on ne sait comment réagir.

p.242
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gouelangouelan   01 mars 2019
Depuis dix siècles, le musulman sunnite semble ainsi avoir aliéné son libre arbitre (itijab) au profit de la Communauté. Celle-ci conditionne la manière dont il doit croire en Dieu, façonne sa capacité individuelle de se rapprocher de Dieu ou d’interpréter les textes de manière rationnelle. Car en vertu de la théorie selon laquelle le Coran est incréé, celui-ci est pour la Sunna actuelle la substance même de Dieu et en est indissociable, intemporel ; par conséquent, il ne saurait exister de libre arbitre, du moment que la puissance de Dieu est inaccessible à la raison humaine. Parce que l’essence même du Coran, son origine divine, se manifesterait dans ses versets, dès lors une simple récitation est suffisante pour s’imprégner de sa nature divine : nul besoin pour le croyant de tenter de comprendre le Texte. De là, les partisans de la Tradition sunnite jugèrent que la raison humaine était inutile à la foi, que l’intelligibilité des versets ne peut être un vecteur de dévotion en raison de la nature du Coran incréé.

p.83
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Souri7Souri7   26 février 2019
[...] un bonhomme qui n'a pas de jugement n'est jamais plus dangereux que lorsqu'il fait appel à des principes. Et, de ces individus, celui qui en a pour les autres est souvent le même dont on ne saurait attendre ni indulgence, ni sincérité.[...]
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Erik35Erik35   10 mars 2019
Depuis dix siècles, le musulman sunnite semble ainsi avoir aliéné son libre arbitre (itijab) au profit de la Communauté. Celle-ci conditionne la manière dont il doit croire en Dieu, façonne sa capacité individuelle de se rapprocher de Dieu ou d'interpréter les textes de manière rationnelle. Car en vertu de la théorie selon laquelle le Coran est incréé, celui-ci est pour la Sunna actuelle la substance même de Dieu et en est indissociable, intemporel ; par conséquent, il ne saurait exister de libre arbitre, du moment que la puissance de Dieu est inaccessible à la raison humaine. Parce que l'essence même du Coran, son origine divine, se manifesterait dans ses versets, dès lors une simple récitation est suffisante pour s’imprégner de sa nature divine : nul besoin pour le croyant de tenter de comprendre le texte. De là, les partisans de la Tradition sunnite jugèrent que la raison humaine était inutile à la foi, que l'intelligibilité des versets ne peut être un vecteur de dévotion en raison de la nature d'un Coran incréé.
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