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ISBN : 2283031486
Éditeur : Buchet-Chastel (16/08/2018)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 62 notes)
Résumé :
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante...

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  27 août 2018
GUÈRE PLUS O.K. QUE K.O.
Être un jeune homme de vingt-quatre ans, "sortir" de la banlieue (sous-entendue : parisienne, puisqu'il est connu que, définitivement, il n'est de bon bec que de Paris et de "vraie" banlieue, sans avoir à citer laquelle, que d'Île de France), avoir été parolier et écrire du rap mais croire, encore, en la force du livre, sans pour autant crier au "courage", comme il est habituel de le faire, souvent par facilité, souvent parce qu'on a rien d'autre à dire (comme si l'expression d'un art devait absolument ressortir et avant tout de cette qualité-là), on peut tout de même estimer cela méritoire. D'autant qu'il y croit, Hector Mathis, à la pérennité de l'oeuvre écrite, à sa primordialité, quand bien même la musique est de tous ses environs, qu'elle aussi est affaire de style et, bien plus encore, de rythme ; il y met du sien pour nous montrer, nous rappeler comme cet acte lui est essentiel, viscéral, inhérent et constitutif de tout son être. Urgent. Rien moins. Et à condition de prendre ce texte pour ce qu'il est en large part, quoi que jamais totalement : un roman intensément intime sans être forcément auto-biographique. du moins, jamais tout à fait.
Mais reprenons.
K.O., c'est, avant toute autre chose, l'histoire de Sitam, un jeune un peu pommé, un peu artiste (dans l'âme), un peu sans le sous et qui, son désir de littérature mis à part, se fiche éperdument des représentations et obligations de notre monde "post-moderne", conchie ses poses et ses rêves bourgeois, aime rien moins que l'errance, la gratuité des relations - et son corollaire : l'absence d'attachement total, définitif, du moins en apparence -, la liberté - jusqu'à un certain point -.
Mais K.O., c'est aussi le roman d'une - longue - fuite. Fuite devant les remous que vivent nombres de pays d'Europe (on nage dans une vague ambiance d'apocalypse mal définie quoi que, semble-t-il, générale), sans qu'on en sache beaucoup plus ; fuite du coeur de Paris dont on apprendra au détour d'une phrase que les bombes y ont fait entendre leur souffle de mort et que les forces de l'ordre y pullulent ; fuite de la banlieue - "La Grisâtre " - devant les risques de poursuites judiciaires inopportunes, après que son ami barman ait pris une balle des mains de sa maîtresse oublieuse et alcoolisée ; fuite dans un autre pays, un lieu dont on ne connait pas la langue (la Hollande), une capitale dont il ne sait aucune règle, où il ne connait personne en dehors de sa "môme" qui l'a accompagné-là ; fuite de soi-même et de ce que les éventuelles racines peuvent dire de vous (à commencer par les mots, inéchangeables désormais) et vous renvoyer à la trogne. Fuite de l'autre, l'aimée, l'aimante, "la môme", comme on disait "la môme Piaf" au temps jadis, en ces temps si lointains où une môme, c'était déjà plus qu'un flirt mais moins qu'une épouse, avec toute la tendresse (un rien paternaliste et sexiste) en dedans, mais qu'il va abandonner par peur de lui, de ce qui vient de lui tomber dessus, oui, c'est vachard, un truc dont on sait qu'on ne guérira jamais, à quelques vingt piges. D'ailleurs, ce coup de semonce médical (un rien ridicule, hors contexte. Et d'ailleurs assez maladroitement, naïvement conté, derrière le besoin de s'essayer à du Kafka hospitalier, comme s'il s'agissait d'un nouveau Château en blouses blanches - l'hommage est visible. Trop -), ça va être le point de départ de son ultime fuite : celle au cours de laquelle il abandonne môme, ami blessé retrouvé, relation de travail forte d'avec un imprimeur libertaire, intellectuel et apôtre résolut du jeu de mot et de la charade à tiroirs (avec, en prime, une plongée dans les classiques du genre dont l'auteur aurait pu se passer sans dommage : "Vic tue Ail", et compagnie). Cependant, cette fuite terminale lui permet aussi de se retrouver en compagnie d'Archibald, un de ces derniers "mange-poussière" que l'embourgeoisement généralisé n'a pas encore atteint - n'atteindra jamais -, un "détraqué" comme Sitam, saxophoniste cacochyme ayant loupé sa carrière (et sa fille) mais pas totalement aveugle puisqu'il sait comme la place du jeune littérateur en herbe n'est pas ici, perdu dans le parc d'un château aux fausses et baroques féeries en ruines et que le jeune homme surnomme de manière générique "le domaine" (une autre interprétation de l'Extension du domaine de la lutte ? La filiation ne plairait peut-être pas à son auteur mais, à une génération d'intervalle, les points communs sont évidents).
Roman du désenchantement, roman de la fuite face au temps présent, invariablement moche et violent, face aux engagements pour soi-même ou pour les autres, roman d'une révolte sans révolution possible, ou l'aigreur le cède souvent à une forme de politiquement correct de l'incorrect qui refuse de se voir tel : les envolées contre les bourgeois, contre nos souffreteuses démocraties, contre la vulgarité et la médiocrité ambiantes, la "modernitude" technologique, l'idée que nous en sommes à la fin d'un monde - DU monde ? - dont il ne resterait plus qu'à rédiger l'épitaphe (je reprends les propres mots de Sitam/Mathis en verlan) sont très certainement sincères et, pour une large part, nous les partageons... Mais elles sont exprimées avec une telle naïveté - niaiserie ? - qu'elle finissent souvent à plat ou, pire encore, parfaitement hors contexte et sans grande profondeur car donnant généralement dans l'expectoration malhabile, dans l'expression un rien convenue d'un mal être qui peine à se définir pour ce qu'il est réellement : l'impossibilité fondamentale à être dans cet univers désenchanté. Roman du Je (du moi-je) comme ultime fin - même terne, déprimé et sombre - de tout, O.K. pourrait presque passer pour une auto-fiction, n'était que cela se déroule dans des temps qui ne sont pas tout à fait les nôtres - voire ! Car en étirant un peu le propos, l'Europe qu'Hector Mathis décrit, sans détail précis, ce pourrait-être celle de l'après Charlie Hebdo, cette Europe qui oscille entre peur horrifique à l'égard du terrorisme, réel ou "ressenti", et reprise en main liberticides des gouvernants sous prétexte, véridique et fallacieux à la fois, de la lutte contre les précédents cités -, un texte dans lequel les proches, supposés ou de passage, de Sitam n'en sont, finalement, que les faire-valoir très flous, aux visages et aux psychologies très peu définis, quasiment interchangeables, comme si ce soleil terne qu'est le narrateur n'avait plus assez de force pour éclairer les reliefs de ses semblables avec la force d'une lumière intérieure en sursis, tellement pâlichonne et auto-centrée.
Certes, il ne se passe pas grand chose au cours de ces quelques deux cents pages tenant autant du road-movie sans cheminement réel (puisque notre narrateur finit par tourner globalement en rond) que du roman grisâtre - à l'instar de cette banlieue elle-même très floue - à défaut d'être noir. Mais, en soi, cela n'est aucunement la marque d'un mauvais ouvrage. On peut exprimer une foultitude de choses, être passionnant, bouleversant parfois, avec un personnage totalement immobile, par le biais d'une oeuvre contemplative, onirique, dense ou en ne décrivant qu'une seule et même action jusqu'à en atteindre l'acmé. La littérature contemporaine est pleine de chef-d’œuvres de ce type-là. Pour cela, il faut aussi du style. Mieux : un style. De fait, Hector Mathis mise beaucoup - tout ? - sur le sien, sur cette langue mi-verte, mi-blette (parce que cherchant absolument ses racines dans un argot antédiluvien) qui, il est vrai, surprend plutôt agréablement au cours des trente premières pages mais qui finit par devenir trop évidente, trop attendue, redondante, systématique au fur et à mesure où l'on avance dans cette absence d'avancée. C'est vrai, cette langue est très travaillée, très construite derrière ses perceptibles et, souvent, intelligentes déconstructions. Tout cela est très référencées et l'on y sent de manière permanente l'hommage à quelques grands anciens - tellement. Trop. - à quelques uns des auteurs de son Panthéon intime : Céline, bien évidemment. Mais aussi le méconnu (bien qu'en vogue dans certains milieux depuis une petite dizaine d'année) Jehan Rictus, poète des miséreux et du parler populaire. On pourrait aussi déceler, mais c'est une simple hypothèse, une certaine connaissance du cinéma réaliste et populaire de l'entre deux guerres, au moins en ce qui concerne les passages dialogués. Il faudrait, nous explique la presse, y reconnaître la violence sensuelle et lumineuse d'un Louis Calaferte, mais nous n'avons pu nous y résoudre, tant il est difficile de retrouver ici les fulgurances de l'auteur de Septentrion ou de la mécanique des femmes. Quant à Louis-Ferdinand Céline, cité plus haut et, indubitablement, le premier des inspirateurs d'Hector Mathis... Il écrase tant le jeune écrivain de son génie atrabilaire et aigre que cela en devient parfois gênant. Il y le jazz, enfin, dont il est question presque page après page, à la manière d'une litanie destinée à faire venir sur le texte sa force brute, sauvage et sa poésie endiablée, dont on peine pourtant à ressentir l'intensité élémentaire, car ce n'est pas tout d'invoquer sempiternellement les Mannes, encore faut-il savoir leur donner un visage... Et c'est un long chemin pour y parvenir vraiment.
Pourtant... Oui, pourtant, il y a de l'envie, du désir de bien faire (et de le faire sincèrement, avec le cœur et la tripaille), de l'intention pure et, ne le dénions pas, les prémices d'une voix dans ce premier roman, dont nous remercions au passage les éditions Buchet-Chastel, via une Masse Critique spéciale - et visiblement d'importance pour l'éditeur, vu le nombre de contributeurs - à l'initiative de Babelio, de nous l'avoir fait découvrir. Malgré des mots sans doute invariablement durs d'une critique plutôt à charge, il y a ce sentiment d'avoir - peut-être- découvert un romancier en devenir, à l'oeuvre première pétrie de bonnes intentions quoi que gâchée, presque de bout en bout, par toutes les erreurs de jeunesse possibles, les chausse-trapes dans lesquelles il s'agit pourtant de ne pas se fouler l'encrier. Ni K.O debout, ni "OK c'est génial", sans doute pour ce texte au chaos bien raisonnable une fois passée la surprise du style et de la forme ; un chaos thématique tellement fourre-tout dans lequel Hector Mathis essaie de (dé)ranger presque tout, tellement, tellement : l'amour, le désenchantement, l'art, le sexe, la musique, l'écriture et la littérature, la mort, la misère, l'amitié, l'égotisme, la maladie, l'errance, l'absence d'avenir sur fond d'apocalypse, de fiction moderne, d'auto-fiction, de roman crépusculaire, d'apprentissage... Certains des plus grands y ont mis l'entièreté de leur existence à traiter tout ce que ce jeune écrivain tente de résoudre en deux cent pages. Maladresse ou prétention, le résultat est à l'image de notre avis : en demi-teinte, et c'est, réellement, bien dommage car il y a du désir vrai chez cet Hector Mathis. Pour plagier Julien Gracq, on a ici de la littérature, sans nul doute, mais on n'a pas encore l'estomac. Espérons pour lui comme pour nous autres, humbles lecteurs, que cela lui viendra !
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Tandarica
  17 août 2018
O.K ! J'ai envie d'être ce qu'on appelle bon public. Ce livre me semble toutefois déconcertant de par son style. Comme le dit Sitam, le narrateur, plutôt que d'un roman il s'agit d'un soliloque que caractérise fort bien la citation suivante : « Coup dur sur coup dur, je m'en vais me noyer dans le langage. [...] Le presque cabé gratte encore. Les ongles remplacent la plume. La jouissance ? Un judas sur un cercueil ! La littérature c'est l'antichambre de la mort. La mort celle de l'absolu. L'écrivain cherche à griller les étapes en trompant l'ordre des choses pour aller chatouiller l'infini. C'est la seule ambition qui se respecte. Parler d'absolu avant de mourir. Des centaines de pages et parfois plus pour échouer lamentablement. Voici ma tentative… » (p. 152-153).
Le sentiment d'urgence devant la fatalité de la maladie impose l'écriture comme une évidence (« La maladie avait tout bouleversé, les choses ne suivraient plus jamais la même logique. », p. 147) pour rester « aux prises avec le réel, lui tordant le cou jusqu'à la fiction... » (p. 189) et évoquer entre autres ces détraqués dont la vie n'est que « déception sur déception. Clope sur clope. Demi sur demi jusqu'à plus RSA. » (p. 184)
Sitam entend aussi rendre hommage à des confrères dans la galère, ce qui est tout à son honneur.
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gill
  15 août 2018
Ce livre, comme une peinture contemporaine, est plein d'images et de couleurs audacieuses.
Et, il résonne effectivement comme un endiablé morceau de jazz au rythme saccadé.
Il est original, riche et rapide.
Pourtant, en quelques chapitres, il m'a mis K.O., K.O. debout !
Décidément, je ne suis vraiment pas taillé pour ce genre de lecture, moi qui aime les longues phrases et les points virgules.
Et finalement, irrémédiablement, je n'ai pas réussi à me faufiler dans l'univers d'Hector Mathis.
Je suis resté en dehors du récit.
Le livre s'ouvre sur une rencontre saugrenue, dans le décor intrigant d'une vieille cabane de garde-chasse où résonne le saxophone d'Archibald, vieux vicomte de la campagne parisienne.
Un narrateur, à la première personne, entame son histoire ...
Mais le rythme est saccadé, l'accumulation de phrases courtes, trop souvent sans verbes, est étourdissante, donne le vertige et finit par nuire au récit.
De beaux petits morceaux de style y sont enchâssés mais semblent comme perdus dans trop de richesse et de rapidité.
Parfois même le mot donne l'impression d'avoir été artificiellement enrichi.
Hector Mathis ne donne pas à son lecteur le droit de respirer.
Il s'enfonce dans sa narration à marche forcée.
La mise en forme du texte n'arrange rien.
Et ce rythme endiâblé ne m'a pas semblé permettre aux personnages et aux décors de prendre toute leur épaisseur.
Au final, "k.o." est certainement un bon premier livre mais certainement pas un livre pour moi.
Je vais donc, à notre prochaine rencontre, le faire circuler au club Babelio des lectrices et des lecteurs de Vannes.
Il y trouvera peut-être un "bouquineur" plus avisé ...
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nadejda
  17 août 2018
Je n'ai pas été mise K.O. par cette lecture car je suis restée en dehors. C'est le principal reproche que l'on peut faire à Hector Mathis.
Il nous donne à voir ou à entendre mais on n'est pas pris aux tripes, embarqués ; comme avec Calaferte par exemple, qui, dès la première phrase, vous ferre et ne vous lâche plus que cela vous plaise ou non. Et alors vous émergez de votre lecture complètement déboussolés, transformés et le monde n'est plus comme avant. Il vous a contraint à le suivre et vous le détestez et l'adorez pour cela.
C'est un peu ce que j'espérais en entamant ce livre.
J'ai toutefois aimé cette lecture qui comporte de beaux passages comme
« Qu'est-ce que c'est beau l'horizon quand il bave ses couleurs jusqu'au délire. On commettait comme une indiscrétion à ce moment précis. Ce ciel-là on n'étaient pas censés le voir. On était entrés sans frapper, au moment le plus délicat.(…) On ne parlait pas, on laissait résonner les couleurs… »
Je dirais peut faire mieux, plus percutant, plus charnel, laissant des traces, réveillant de vieilles blessures mal cicatrisées. J'attends le prochain…
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berni_29
  14 juillet 2018
K.O. est une forme de chaos, un chant écrit dans l'urgence. Si ce livre était une musique, ce serait du jazz. Mais je ne sais pas pourquoi je vous parle au conditionnel, car ce livre a une musicalité. C'est du jazz, c'est peut-être cela ma première porte d'entrée dans ce roman, parce que j'aime le jazz. À d'autres moments du récit, le phrasé m'a fait penser aussi à du slam. Si j'étais Hector Mathis, son auteur, je proposerais à Grand Corps Malade de slamer son texte au hasard des rues, d'un café, d'une place au milieu de nulle part, sur le quai d'une gare, ici ou là, ou bien ailleurs sans doute, entre l'urgence de vivre et le rêve de partir toujours plus loin.
Sitam, le personnage principal, est fou de jazz et de littérature, il tombe amoureux d'une fille que l'on nomme la môme Capu. Elle dispose d'un toit provisoire, prêté par une connaissance. Tout semble provisoire ici. L'éphémère est leur quotidien, une joie folle et merveilleuse de la vie les anime...
Mais voilà que brusquement la ville explose de partout. Nous sommes à Paris, ce sont les attentats du 13 novembre 2015. Cela ressemble à une fin de monde. L'Europe bascule... Fuir, ailleurs, au loin. Alors ils décident de fuir vers Amsterdam, tandis que d'autres guerres mugissent plus loin encore, dans des paysages urbains dont la télévision délivre un écho virtuel. C'est une forme d'odyssée moderne qui commence.
Il y a donc la môme Capu, Archibald, clochard céleste, Benji. Et aussi plein d'autres personnages hauts en couleurs...
Sitam joue avec les mots, à moins que ce ne soit ceux d'Hector Mathis, son alter ego, son double. Faut-il une virtuosité de l'écriture, un sens de la musicalité des mots, pour rendre le chaos aussi beau ?
Ce texte est une fulgurance, portée par la misère et le jazz. Une étoile filante qui vient rayer la nuit de nos départs. Nous sommes toujours en partance. Lorsqu'on naît, lorsqu'on aime, lorsqu'on lit, lorsqu'on souffre, lorsqu'on meurt aussi. C'est toujours une furieuse fuite vers la nuit qui nous ressemble. Ce roman est ce voyage. Il nous le rappelle à chaque page, comme une caresse ou un coup de poing, parfois la différence n'est pas aussi flagrante, ou plutôt les deux se mélangent harmonieusement.
Il y a une beauté du monde, quelque chose de sauvage et de violent comme l'amour, de fidèle aussi. Mais la fidélité ressemble davantage à l'amitié. Alors, disons que ce roman nous parle d'amour et d'amitié à la fois. Pas facile de conjuguer ces deux sentiments parfois un peu contradictoires. Disons qu'il y a deux êtres qui s'aiment, qui brûlent, qui partent et sont merveilleusement entourés d'amis. La générosité slame dans les mots.
Il y a aussi une beauté de l'instant présent, de l'éphémère, du temps qui passe et accroche ses derniers gestes un peu comme les branches d'un arbre qui retiennent la lumière du soir avant qu'elle ne s'enfuie de l'autre côté du ciel qui brûle encore.
Parfois, le fantastique s'invite dans le texte et c'est excitant.
L'écriture d'Hector Mathis est généreuse. Les mots chantent à foison. Nous sommes dans l'errance et c'est merveilleux.
K.O. est un premier roman. Il y a forcément des failles, des maladresses, il y a aussi un embrasement qui saisit nos doigts, nos yeux, nos oreilles, notre coeur... Le corps tangue, vacille. Nous sommes habités par ce texte.
J'ai découvert que l'auteur a déjà écrit des chansons et les a écrites en banlieue. Donc, point de hasard.
Ce roman est abordé comme une partition, quelque chose qui se veut musical et qui tient à coeur l'auteur qui connaît la chanson, donc la musique. Les mots d'Hector Mathis ne doivent pas être lus dans la tranquillité, ils doivent être clamés.
Des thèmes sont abordées comme la maladie, la mort, l'amitié, la solidarité, l'époque dans laquelle nous vivons, une odyssée moderne, féroce, poétique. C'est vrai que le texte est furieusement poétique, c'est mon impression qui prédomine.
C'est un roman qui a du style, de la nervosité, de la musicalité, il est excessif, trop mais tant mieux, c'est écrit certainement dans l'urgence comme si l'auteur était pressé, non pas d'en finir mais de partir, achever une vie et passer déjà à autre chose, vous savez un peu comme Rimbaud qui annonçait déjà dans une Saison en Enfer, l'envie de passer à autre chose, ayant visité la poésie et s'en étant lassé au bout de trois ans, celle-ci n'ayant au bout du compte pas totalement répondu à son désir de partir. Il avait alors fui pour d'autres voyages. Ici, nous ne sentons pas l'auteur lassé des mots, bien au contraire. Pour autant, j'ai senti presque la même impatience...
Il y a aussi du lyrisme qui prend le temps de venir dans ce texte écrit dans l'urgence. J'aime !
Ici la nuit, la musique et la jeunesse se mêlent au chaos.
Nous en ressortons K.O.
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critiques presse (3)
Telerama   16 octobre 2018
Rien de futile dans K.O. Un texte sans nombrilisme qui décrit le froid et la solitude, les morts parisiens et la fuite en avant.
Lire la critique sur le site : Telerama
Culturebox   06 septembre 2018
"K.O." est un roman dans lequel il faut entrer à petit pas, pour se laisser apprivoiser par le style. Une langue qui tient autant de la gouaille d'Arletty –ici on dit 'oseille', 'la môme', la 'gnôle' et le 'palpitant'- que d'un beat de rap bien scandé. Phrases courtes, raccourcis audacieux, images inattendues, un sens aigu de la formule avec des accents de slogans…
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox   31 août 2018
Hector Mathis, 25 ans, publie "K.O." (Buchet-Chastel) un roman singulier écrit dans une langue musicale, avec des accents de gouaille des films des années 40. Il y raconte la cavale d'un garçon de 20 ans et de son amoureuse, dans un pays en guerre. Une jeune voix engagée, et prometteuse.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
gromit33gromit33   10 décembre 2018
La littérature, c'est l'antichambre de la mort. La mort celle de l'absolu. L'écrivain cherche à griller les étapes en trompant l'ordre des choses pour aller chatouiller l'infini. C'est la seule ambition qui se respecte. Parler d'absolu avant de mourir. (p153)
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gromit33gromit33   10 décembre 2018
La télévision se reprenait au jeu du direct. Répétition des images en permanence, tous spécialistes, toujours. La moindre image, la moindre indiscrétion, la petite tâche de sang sur la nappe, tout monstrueux, tout voyeur, tout fascinant, tout bandant, tout commenté, encore sous un autre angle, encore un, et celui d'un autre, vite les spécialistes, venez vite. (p32)
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Erik35Erik35   28 août 2018
L'époque, cette époque où tout flotte, où les croque-poussière vont vers la mort à n'importe quel prix et où les autres ne veulent que s'amuser. Ils ont encore tous le spleen du vingtième siècle, encore tout brusqués qu'ils sont. Metro ! Démocratie ! Internet ! Carte à puce ! Le vingt et unième c'est l'épitaphe de l'Histoire entière, on est enfin arrivés au bout. C'est à celui qu'aura l'ultime formule. Tout le monde a compris que c'était terminé, on balbutie juste pour trouver le bon mot. Des dizaines d'années pour trouver de quoi occuper le tailleur de pierre? L'épitaphe ! C'est ça qu'il faut que j'écrive, juste une épitaphe.
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nadejdanadejda   17 août 2018
Un roman c'est un ballet, la musique emporte tout et la musique c'est les mots ! On y croise des visages et des silhouettes. Des personnges dansent une chorégraphie qu'ils pensent être la leur, mais en vérité il n'y a que la musique, tout le reste est en fonction, rien n'existe en dehors d'elle. Ils obéissent, voilà tout ! Pour faire résonner la mélodie j'avaisdes tonnes de mots à faire valser, chuter dans les variations, escalader les clés, les triolets, en percutant les accords jusqu'à la dissonance. Comme le jazz. Tout pareil !
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hcdahlemhcdahlem   20 août 2018
Ça n’avait rien d’un roman, ça relevait plus du soliloque. Je m’en étais fait une idée de mon écriture! Une idée qui avait pris trop de place dans mon imagination. Me sauver de la mort avec ce pauvre torchon que je baladais dans un sac plastique ! Quel fou j’étais devenu. Je ne savais pas tenir une narration plus de deux pages. Je philosophais comme une espadrille et je voulais devenir romain ! Repeindre le ciel ce n’était pas pour moi. La musique c’était pour les autres. Les types du conservatoire. Moi je poussais la chansonnette, à peine. Je fredonnais. « C’est moi l’imposture. »
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Videos de Hector Mathis (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hector Mathis
À l'occasion de la sortie de son premier roman "k.o." aux éditions Buchet Chastel, Hector Mathis lit un extrait du livre.
Retrouvez le roman en librairie dès le 16 août 2018.
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d?ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante...
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone - « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C?est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l?Europe et la précarité...
Nerveux, incisif, musical, "k.o." est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d?un sentiment d?urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l?amitié et l?errance. Il s?y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.
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