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Münevver Andaç (Traducteur)
EAN : 9782070392834
151 pages
Gallimard (14/03/1995)
3.67/5   26 notes
Résumé :
Un homme est tué par l'amant de sa femme.
Le meurtrier est abattu à son tour. Mais cette vengeance ne suffit pas à la mère de la victime : la femme qui a provoqué le drame, qui en a peut-être été l'instigatrice, n'a pas été punie, et elle a hérité au surplus des champs de son mari qui était riche.

La vieille femme cherche en vain à chasser sa bru du village ; elle rêve de sa mort. Ses fils sont des faibles, ils n'ont pas le courage de tuer cet... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
andreas50
  11 mai 2018
C'est une histoire qui se raconte dans les veillées, au coin d'un feu, dans un village isolé, dans une région semi-désertique. Cela pourrait être en Sicile, en Crète, dans les Aurès, mais cela se passe en Cilicie, petite province turque coincée entre Méditerranée et monts Taurus. Une histoire qui se passe dans une petite communauté isolée, repliée sur elle-même, une communauté où la notion de famille est le pilier de la société. C'est une histoire intemporelle véhiculée par la tradition orale, par les anciens au fil des générations. Elle est banale, tragique; c'est la vendetta, la vengeance qui implique tous les membres d'une même famille.
Hassan est un jeune garçon de 8 ou 9 ans, il n'aime pas rester au village, il passe ses journées en communion avec la nature aux abords de l'antique citadelle romaine de l' Anarvaza. Silencieux et introverti, il observe la vie des animaux. Avec le fusil à crosse de nacre qu'on lui a offert, il tire sur tout ce qu'il rencontre; chèvres, aigles, perdrix, moineaux, parfois même, il vise les gens. Au village, les habitants sont tous parents. Depuis peu, sortis du nomadisme, ils se sont installés là, pratiquent l' élevage, l' agriculture.
Hassan vit seul avec ses parents; son père le vieil Halil, paysan riche; sa jeune mère Emsé à la beauté éclatante; sa vieille grand-mère, gardienne des traditions.
Au dessus de cette vie en apparence paisible, plane un lourd secret. La belle Emsé, continue à voir un de ses anciens prétendants, son amant Abbas, ils se retrouvent régulièrement dans les ruines de la citadelle.
La passion, l'amour qu'éprouve Abbas pour la belle femme tant convoitée, est sans avenir et ça le rend fou. Lorsqu'il la demanda en mariage, il fut rejeté par la famille. Dans cette société patriarcale, c'est le riche Halil qui va prendre Emsé, l'épouser contre son gré. Elle n'osera se rebeller, s' acclimatera à cette situation et de leur union naîtra Hassan.
Quelques années plus tard, Abbas, excédé, frustré, jaloux, une nuit, pénètre dans la maison ,et devant Emsé et Hassan tue Halil d'une balle dans la tête. Les habitants mâles du village se lancent à la poursuite d' Abbas qui est massacré et jeté aux chiens. Mais pour tous, Emsé reste l'instigatrice du meurtre d' Halil. Elle doit quitter le village et partir le plus loin possible. Emsé refuse de partir sans son fils. Elle reste, et le temps fait son oeuvre, les esprits s'apaisent. Quant à la mère d' Halil, elle a juré de venger son fils par tous les moyens. Chaque homme de la famille est convié à tuer Emsé . Les hommes ne veulent pas la mort d'une aussi belle femme, cette femme qu'ils désirent tant. Aucun d'eux ne peux la croiser sans en être amoureux. Alors, pourquoi ne pas harceler Hassan, le pousser à laver l'honneur de la famille, lui le petit-fils ? le récit prend alors une tournure oppressante, lancinante. A coups de fables, d'allégories, de malédictions, d'injures, de visions fantomatiques, Hassan est manipulé, endoctriné contre son gré. Face aux traditions ancestrales, Hassan sait qu'il ne pourra échapper à son destin.
" Tu écraseras le serpent" est un récit âpre, cruel, spectral. Yachar Kemal abonde de termes divers dans cette histoire volontiers répétitive, pour lui donner plus de puissance. Il joue avec la chronologie, embrouille l'intrigue, lui donne du corps, de la profondeur.
Yachar Kemal décrit avec réalisme les moeurs archaïques d'une société patriarcale écrasée par le poids de l'honneur familial.
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dourvach
  12 septembre 2018
Souvenir brûlant comme du vif argent : celui d'avoir découvert au milieu des années 1980 - quelques mois avant cette lecture - une magnifique adaptation cinématographique de ce roman par sa compatriote Türkan Soray... lors d'une émission télévisuelle qui devait se nommer "Cinéma sans frontières"...
Choc d'un film fascinant, âpre et vertigineux.
Son "motif" ? En "Anatolie profonde", un pré-adolescent (presque encore un gamin) est poussé à tuer sa propre mère... "Pour laver l'honneur", comme on dit... "Fatum" pesant sur deux paires d'épaules : ce poids indicible du "On-Dit" et du "Tu-Dois..."
Apparaissaient aussi ces quelques mots dans le générique de fin : "D'après le roman de Yachar Kemal"...
Eh bien, qui était cet écrivain ? Il nous fallait découvrir ce romancier...
Yachar Kemal (en turc : "Yaşar Kemal", de son vrai nom "Kemal Sadık Gökçeli") : nom résonnant comme l'épée contre l'enclume, aussi fascinant qu'énigmatique .
Romancier, conteur et journaliste turc, d'origine kurde, né en 1923 dans le village de Hemite près d'Osmaniye en Cilicie (Anatolie) : sa famille ayant émigré dans la plaine dite de la "Tchoukourova" ("La plaine creuse") qui formera le cadre de bon nombre de ses premiers romans ; Istanbul étant le cadre de ses plus récents.
Il est sans doute le "père de la Littérature turque" (moderne) et un redoutable "homme de gauche" (1 année de prison en 1950 pour "activités communistes") ; voir par ailleurs la couverture turque de son premier "Mèmed", histoire d'un bandit d'honneur révolté contre l'injustice, se résolvant à dépouiller les riches pour rendre ce qui a été dérobé aux pauvres...
Ce vertigineux romancier à la langue lyrique si particulière, inimitable, est l'héritier direct du "savoir-conter" des Achik (ces bardes itinérants anatoliens)...
Il a contribué, tout comme son "collègue" Orhan Pamuk, à faire resurgir - enfin - des brumes de l'oubli nationaliste "kémaliste" puis "erdoganiste" le lourd passé génocidaire en terre turque (Massacre des Arméniens... ) : une question jusqu'alors tabou.
Yachar Kemal obtint en 1982 le Prix mondial "Cino del Duca" pour l'ensemble de son oeuvre.
Mais relisez donc attentivement, à propos de "Tu écraseras le serpent" [« Yılanı öldürseler », 1976] , la très belle critique babéliote de notre ami andreas50 : il vous dit l'essentiel sur ce drame que vont vivre page après page, le très jeune Hassan et sa jeune mère Emsé...
Vif souvenir de lecture de ces pensées funèbres d'enfant solitaire, tournoyant silencieusement comme papillons puis bourdonnant soudain comme des mouches sous le soleil meurtrier de l'Anatolie, dans les hauteurs du Taurus par-dessus la "plaine creuse" de Tchoukour-ova, chère au coeur du barde Kemal...
Ce roman fut - comme la plupart des autres romans de Y. Kemal - magistralement traduit du turc en français en 1981 par la talentueuse Münevver Andaç pour le compte des éditions Gallimard.
*******************************************
+++ NOTE IMPORTANTE : ici sur Babelio, vous pouvez utilement consulter notre "LISTE Yachar KEMAL", qui est la 5ème associée ci-dessous à cet immense écrivain. Elle est intitulée " Yachar KEMAL (Kemal Sadık Gökçeli : 1923-2015) : une vie, une oeuvre - en 30 ouvrages traduits en français". Il s'agit d'un petit travail de synthèse qui vous présentera - par ordre chronologique - pratiquement l'ensemble de son oeuvre romanesque, "essayiste" et politique passionnante.
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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Osmanthe
  21 décembre 2015
Même s'il a des qualités indéniables, j'ai été perturbé par ce roman. Mais avant d'en parler, premier élément, l'éditeur aurait pu se dispenser de tout raconter sur la 4ème de couverture ! Question de tuer le suspense, ça fonctionne à merveille.
L'intrigue est simple, et classique, dans les deux sens du terme. Nous sommes dans un village turc situé près des ruines de l'Anavarza, près d'Adana. Une très belle femme, Esmé, a été mariée de force à Halil...alors qu'elle a toujours aimé Abbas, l'amant qui vient rôder près de la maison toutes les nuits. Un jour, il tue Halil. Si les frères de la victime le tuent à son tour, cela ne suffit pas aux yeux de la mère d'Halil à le venger : Esmé étant responsable doit être châtiée. Si la fratrie d'Halil et une bonne partie du village appellent à la mort de la putain, personne n'a le courage de passer à l'acte, les hommes étant peu "courageux" et comme ensorcelés par la beauté de cette femme. La vieille voit alors en Hassan, le fils d'Halil et d'Esmé, le seul capable d'assassiner sa mère.
Hassan est écartelé entre son amour pour sa mère et le désir de venger son père, qui bientôt vient le harceler en prenant la forme d'un revenant et de toutes sortes de bêtes, notamment d'un serpent pour crier sa souffrance : seule la vengeance le délivrera de ses tourments. Hassan est fiévreux, comme fou, arpentant ces collines, fuyant, revenant, allant aux nouvelles des on-dit des villageois...et sa grand-mère quasi-muette mais maligne ourdit toujours sa vengeance...
Ce roman est oppressant, car on se demande longtemps quand Esmé sera tuée, son sort paraît scellé d'avance, par qui, comment...oppressant aussi par ce fantôme d'Halil qui revient, par la personnalité finalement peu sympathique de Hassan, "héros" bien inquiétant, instable et influençable, par la grand-mère calculatrice et obsédée par la vengeance...même Esmé ne parvient pas à nous convaincre de l'aimer, car elle a fauté, et peut-être faute-t-elle encore ?
Oppressant aussi par la survenue du fantastique, du rêve, des superstitions...
Il n'y a donc pas de personnage vraiment net et positif dans cette histoire, c'est une sorte de tragédie grecque, un drame shakespearien...avec une tension et une folie qui montent, parfois entrecoupées d'étranges moments de calme, lorsque les villageois à plusieurs reprises semblent oublier, se désintéresser de l'affaire, avant que les dernières pages nous entraînent jusqu'au paroxysme meurtrier.
Pour cela, ce court roman est une réussite, et le style est enlevé, l'écriture de bonne qualité.
Mais encore une fois, l'issue est sans doute trop prévisible et trop annoncée, dommage, ça gâche un peu le plaisir !
Je me suis aussi demandé si cette histoire pouvait traduire l'essence de l'âme turque, avec ce sens de l'honneur très développé, un esprit de vengeance...ça m'a perturbé, c'est une face un peu sombre...
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Ziliz
  01 juillet 2011
Cilicie (Turquie), période indéterminée entre les années 1940 et 1970. le père de Hassan a été assassiné par Abbas, l'amant de son épouse Esmé. En représailles, Abbas est rapidement appréhendé et tué par les frères de la victime. Mais la grand-mère réclame encore justice : la jolie Esmé doit payer de sa vie. Tandis qu'un de ses beaux-frères lui conseille de fuir, la jeune femme ne peut se résoudre à abandonner son fils. le petit Hassan est écartelé entre son amour pour sa mère et les injonctions incessantes, lancinantes de sa grand-mère, de ses oncles paternels et des villageois qui le poussent à la revanche.
Pas toujours simple à lire au début, en raison des va-et-vient chronologiques, ce petit roman est dur, intense. Il a parfois des accents de tragédie antique, par le côté théâtral et grandiloquent des paroles de ceux qui réclament vengeance. Le thème de la domination masculine dans cette société est traité sans complaisance, l'auteur porte un regard sévère sur ces hommes pleutres qui déstabilisent et harcèlent un enfant pour qu'il lave leur honneur, répare l'outrage dont une femme est responsable selon eux...
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Apoapo
  04 février 2016
Une nouvelle longue époustouflante sur la singularité et ce qui est pour nous l'aberration du système d'éthique familiale dans l'est anatolien. le sentiment de l'honneur qui mène jusqu'à la folie et jusqu'au matricide d'un enfant. Face à ces pages qui m'ont empli d'horreur et de fascination, il devient évident qu'il est totalement inutile de parler de société "avancée" ou "arriérée" de même que de tracer de superficielles analogies entre notre passé (plus ou moins lointain) et la tradition turque qui est totalement et radicalement autre (que l'Europe).
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   21 décembre 2015
Il s'assit près de la source et ses larmes le rendirent encore plus malheureux. Les sentiments qui l'agitaient étaient si confus...Quand il se disait qu'ils avaient peut-être déjà tué sa mère, une drôle de joie l'envahissait, et tout de suit après, une douleur terrifiante lui étreignait le coeur. Il passait sans cesse de l'affliction à l'allégresse.
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OsmantheOsmanthe   21 décembre 2015
Les exhortations pleuvaient sur Hassan. Vieux et jeunes, hommes et femmes, tous s'estimaient obligés de lui tenir des discours sur son père, sur sa mère, sur les fantômes...
L'enfant allait et venait dans le village, hagard, il ne parvenait pas à leur échapper, tous ces discours incohérents l'étourdissaient, il n'avait plus sa tête à lui.
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ZilizZiliz   01 juillet 2011
Un père dont le meurtre n'a pas été vengé se lamente dans sa tombe jusqu'au jugement dernier, croyez-vous que Hassan l'ignore ? Il sait que ce père maudit jusqu'à la fin des temps le fils qui ne l'a pas vengé. Jamais il ne connaît le repos dans sa tombe, Hassan le sait bien... (p. 68)
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