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ISBN : 2072638119
Éditeur : Gallimard (15/10/2015)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 163 notes)
Résumé :
Lampedusa. Une nuit d'octobre 2013, une femme entend à la radio ce nom aux résonances multiples. Il fait rejaillir en elle la figure de Burt Lancaster- héros du Guépard de Visconti et du Swimmer de Frank Perry- puis, comme par ressac, la fin de règne de l'aristocratie sicilienne en écho à ce drame méditerranéen : Le naufrage d'un bateau de migrants. Ecrit à la première personne, cet intense récit sonde un nom propre et ravive, dans son sillage, un imaginaire travers... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
Sirenna
  26 février 2018
Deux magiciens des mots
M'ont confié une pépite de littérature.
La vrai,
L'authentique,
Celle qui chavire,
Celle qui réveille,
Celle qui révèle,
Ces vies sacrifiées sur un frêle esquif
Juste avant d'atteindre ces rivages tant espérés !
Lampédusa.
Juste une nuit
A cueillir des pétales délicates
D'une divagation libre
Sur un mot qui la hante:
Lampédusa.
Le rêve et la réalité qui s'entremêle,
Dans ce petit appartement parisien.
Où la radio déverse ces nouvelles qui
Blessent ,
Interrogent,
Scandent
La fin de toutes ces vies qui se noient
Au abord d'un monde rêvé !
Lampédusa.
Maylis s'emporte,
Parle vite,
S'indigne,
Réfléchi,
S'interroge,
Tente de trouver un sens,
Un lien à l'inacceptable du
Naufrage de ces migrants sur les côtes italiennes.
Lampédusa.
A ce stade de la nuit
Je reste sans voix,
Ayant vécu
L' intensité d'une nuit
Sur la falaise d'instants
Qui se noient dans cette
Eternité qui m'a saisie
Aux tripes.
Lampédusa.
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tynn
  21 novembre 2015
74 pages... Ce livre est une friandise qui se glisse dans un moment de vacuité entre deux pavés de lecture. Une friandise que l'on savoure pour la beauté de l'écriture et pour ce sentiment palpable d'intimité que l'auteure crée avec son lecteur en lui faisant partager des réflexions nocturnes.
Maylis de Kerangal laisse vagabonder ses pensées vers ces noms insolites qui désignent des lieux. Lampedusa est cruellement présent dans notre actualité. C'est aussi le film de Visconti, Le Guépard, dont les images resurgissent instantanément et introduisent avec un subtilité le propos du livre. Et c'est encore le nom de l'auteur de l'ouvrage dont a été tiré le scénario du film.
Lampedusa restera peut être exclusivement pour d'autres le lieu indigne d'entassement de migrants ou de corps rejetés par la mer..
Insolite, ce questionnement sur l'origine des noms créés par les hommes, soit pour se désigner eux même, qu'ils soient conquistadores, indiens, nobles siciliens, soit pour cibler un paysage. Intrigante, la réflexion concernant les lieux que nous continuons à visiter en souvenir au fil de notre vie et vers lesquels on s'échappe quelqu'en soit l'actualité.
Les pensées musardent et voyagent d'iles en paysages, allumant des fugaces lumières dans la nuit du récit sur des ailleurs variés, animés ou immobiles.
Un petit texte concis et élégant de divagations et souvenirs d'escapades, qui interroge sur notre monde en décadence.
.
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TerrainsVagues
  18 février 2016
En premier lieu je tiens à remercier Ambages qui m'a fait rencontrer ce livre.
A ce stade de la critique… je ne sais pas comment commencer...
"A ce stade de la nuit" est le genre de texte que j'aimerai écrire. Je dis texte car j'ai eu une impression de spontanéité, que les mots n'étaient pas travaillés, réfléchis, façonnés, maquillés, travestis. Les maux entraînent les mots en écriture automatique.
C'est le genre de texte que seule la nuit permet d'écrire, enfin c'est ce que j'aime croire.
C'est le genre de texte qui s'écrit d'une seule traite, dans l'ambiance et l'état d'esprit du moment et qui se lit de la même manière.
Maylis de Kerangal divague et quand elle dit vague…
Dix vagues, ça fait beaucoup quand on sait qu'une seule suffit à anéantir une frêle embarcation et engloutir des Hommes qui n'auront pas eu le temps d'entrevoir leur rêve de liberté, qui n'auront pas eu le temps d'avoir une petite lumière dans le regard, qui n'auront pas eu le temps de vivre. Ils n'auront croisé que la peur, la faim, l'humiliation et puis la terreur du dernier instant. Ils ne sont personne, juste quelques titres dans les journaux, quinze secondes chez Pujadas trop occupé à demander à Pierre Paul Jacques s'il se présentera en 2017 ou à faire un quart d'heure sur les croisières de luxe…
Vague à l'âme, la nuit, un flash à la radio. Vague à lame de fond qui nous entraine au fin fond des souvenirs de l'auteure. Association d'idées pour un voyage nocturne dont toutes les routes mènent à Lampedusa.
Lampedusa hier, Lesbos aujourd'hui, nous sommes de plus en plus nombreux, les ressources naturelles s'épuisent, les dieux sont tombés sur la tête, leurs disciples les plus tarés font régner la terreur et massacrent à tout-va. L'inquisition c'est très moderne comme concept…
Demain n'existe pas pour des millions (milliard?) de gens et n'existera jamais plus pour certains dont même l'espoir aura été… noyé. Je m'égare…
" A ce stade de la nuit " c'est… une culpabilité, un non lieu, une impuissance... un ressenti à mettre entre toutes les mains.
La vie est si… fragile…
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nadiouchka
  11 juillet 2017
« A ce stade de la nuit », c'est ainsi que débute chaque chapitre de ce tout petit livre (dont c'est aussi le titre) de Maylis de Kerangal.
Petit livre, certes, ressorti pour la rencontre avec cette auteure si sympathique (et que je n'avais pas encore chroniqué). Je m'en suis ainsi donné l'occasion.
La narratrice, partant d'une cruelle actualité : « un bateau venu de Lybie, chargé de plus de cinq cents migrants, a fait naufrage ce matin à moins de deux kilomètres des côtes de l'île de Lampedusa ; près de trois cents victimes seraient à déplorer » (page 10), va laisser errer son esprit et voit le visage de Burt Lancaster, héros du film de Visconti « Le Guépard ».
Mais quel rapport avec Lampedusa ? Tout simplement parce que ce film est issu d'un roman (le seul et unique) de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Ce mot la hante et donne lieu à de multiples questionnements et réflexions.
Lors d'une interview, Maylis, d'une famille de marins, avait expliqué que, pour elle, ce nom a un effet de sillage, de dérivation, de migration de réseaux imaginaires de la fiction.
La cap est assez net : quand on entend Lampedusa, on pense tout de suite à la tragédie qui se passe chez nous, car cette île n'est pas bien loin. C'est un mot qui aboutit à l'idée que tout chavire, se noie.
D'ailleurs pour elle, le film « Le Guépard » est le récit de la fin d'un monde, ressentie dans la scène du bal avec Claudia Cardinale, comme un naufrage. Cette scène déséquilibre le fil narratif car elle est trop chargée, trop lourde : costumes, décors…
Ce livre représente la migration de l'actualité vers le récit.
D'ailleurs, Maylis aimerait que le lecteur se mette dans cet effet de sillage et puisse exister en essayant d'écouter ce qui se trame dans les mots. En effet, la littérature est une histoire d'écoute.
D'ailleurs, Flaubert disait que « l'homme est une oreille plume » alors que Maylis pense que la femme est « une femme oreille ».
Pour elle, la mer est territorialisée : il y a des routes, des rails et ce n'est pas simplement un étang liquide ou flottant. de la lecture résulte une notion de paysage, de mémoire.
C'est l'occasion pour l'auteure de se remémorer un voyage dans le transsibérien, pour lequel elle écrit en page 142 : «  Emportée sur les rails à travers la taïga verticale, je découvrais au fil des jours, l'existence des songlines, celles des aborigènes australiens. »
A ce stade cette nuit blanche, dans sa cuisine, la narratrice nous fait partager ses multiples pensées alors qu'elle est accaparée par les informations du « Flash spécial catastrophe de Lampedusa » (page 55). Elle retrouve deux nouvelles se situant l'une en Irlande et l'autre au Stromboli. Elle revoit l'image du Costa Concordia qui s'est échoué devant l'île du Giglio en 2012…
Mais la nuit avançant, elle n'est plus qu'à l'écoute du terrible drame de Lampedusa, elle est obsédée par ce nom car pour elle : « il concentre en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit ». (page 74).
Comme je l'ai écrit plus haut, c'est un petit livre mais chargé d'émotions, d'une belle écriture (comme toujours avec Maylis), où on ressent que tous les mots sont précis, bien pesés.
Cela indique bien qu'il n'est pas nécessaire d'écrire des centaines de pages alors que certains auteurs arrivent à toucher le lecteur avec de petits ouvrages.
C'est une belle réussite et j'ai vraiment apprécié de relire Maylis de Kerangal qui ne m'a jamais, au grand jamais, déçue.
Bien au contraire. Une bien jolie et talentueuse écrivaine et cela me fait penser que j'ai d'autres livres d'elle, sous le coude, que je me ferai un plaisir de relire.
Elle fait partie de ces auteurs que je lis, relis plusieurs fois, rien que pour le plaisir de savourer ses pensées.
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Myriam3
  16 février 2016
Cet essai est le fruit d'une commande pour la collection "paysages écrits".
Comment arriver à écrire un paysage, et quel paysage? Maylise de Kerangal se focalise sur celui de Lampedusa et sur cette nuit où, dans sa cuisine, elle écoute à la radio le récit du naufrage de 300 migrants au large des côtes italiennes.
Lampedusa. Ce nom lui évoque un film avec Burt Lancaster, le Guépard de Visconti, qui fait écho à Swimmer, autre film du même acteur.
Ainsi, chaque chapitre revient à cette nuit dans la cuisine et à l'actualité du naufrage, puis insensiblement reviennent par flots d'autres souvenirs, le transsibérien et le paysage nocturne, les îles italiennes, etc..., avant d'aboutir sur la tragédie finale, crue, violente de ces corps naufragés.
Le livre est court mais dense, chaque mot est pesé et Maylis de Kerangal nous entraîne dans les méandres de ses pensées, dont la première entraîne la suivante. Ces souvenirs sont entrecoupés par l'horreur de cette actualité qui fait que le passé est passé et qu'une nouvelles ère s'amorce.
J'aime l'écriture de cette auteure, profonde, mouvante et dont on entend la voix au cours de la lecture.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   13 février 2016
J'ai visualisé les parcours innombrables qui s'entrecroisaient à la surface de la terre, ce maillage choral déployé sur tous les continents, instaurant des identités mouvantes comme des flux, et un rapport au monde conçu non plus en termes de possession mais en termes de mouvement, de déplacement, de trajectoire, autrement dit en termes d'expérience.
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PiatkaPiatka   10 août 2014
J'ai entendu de nouveau les aboiements du chien préféré et le rire d'Angelica lors du dîner à la table du prince, ce rire de gorge, excessif et sexuel, d'une durée obscène, ce rire qui pulvérisait la bienséance d'une société pétrifiée, cassait l'ordre social comme un son trop aigu brise un verre de cristal, un rire en forme d'exécution.
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paestumpaestum   12 mars 2016
Je me dis parfois qu'écrire, c'est instaurer un paysage. Les îles, et plus encore les îles désertes, sont pour cela des matériaux de haute volée, leur statut géologique amorçant déjà une écriture, portant un récit. Essaimées sur la mer, les îles surgissent comme des creusets à fictions, ou des aimants dispersés sur l'imaginaire. (...)j'ai pensé que les passagers avaient dû attendre, , espérer des secours, certains sachant que le droit de la mer impose de venir en aide aux bateaux en détresse quand d'autres au contraire avaient dû s'affoler, informés des dernières dispositions des Etats en lutte contre l'immigration illégale, avertis qu'en ce qui les concerne le droit n'existait plus, justement, ils étaient hors la loi 555) et sans doute que d'autres se demandaient jusqu'où on les laisserait se noyer ; j'ai pensé enfin que la plupart des passagers ne devaient pas savoir nager, ayant vu la mer deux jours auparavant pour la première fois. (...)
Et ceux de l'île [de Lampedusa], isolés et pauvres eux-mêmes, les avaient recueillis, une couverture sur les épaules, un abri, un repas : ils avaient hébergé ces étrangers, plus pauvres que pauvres, ces êtres qui n'avaient plus rien et ne pouvaient plus prononcer leur nom ; ils les avaient relevés et l'humanité entière avec eux. Hospitalité.
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PiatkaPiatka   12 août 2014
Je me dis parfois qu'écrire c'est instaurer un paysage. Les îles, et plus encore les îles désertes, sont pour cela des matériaux de haute volée, leur statut géologique amorçant déjà une écriture, portant un récit. Essaimées sur la mer, les îles surgissent comme des creusets à fictions, ou des aimants dispersés sur l'imaginaire.
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SirennaSirenna   01 mars 2018
...ce rire de gorge, excessif et sexuel, d'une durée obscène, ce rire qui pulvérisait la bienséance d'une société pétrifiée, cassait l'ordre social comme un son trop aigu brise un verre de cristal, un rire en forme d'exécution.
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Videos de Maylis de Kerangal (73) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maylis de Kerangal
"La ligue des super Féministes". Marion Malle. Editions La Ville Brûle "Triangle Isocèle". Elena Balzamo. Editions Marie Barbier "Que faites-vous de vos morts?". Sophie Calle. Editions Actes Sud "Kiruna". Maylis de Kerangal. Editions la Contre-Allée "Nomadland". Jessica Bruder. Editions Globe
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