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ISBN : 2070416992
Éditeur : Gallimard (16/04/2010)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 278 notes)
Résumé :
"Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c'est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison."
Le temps d'un été, quelques adolescents désœuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (83) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
  21 mai 2014
Un p'tit ‘Maylis' d'avertissement pour de Kerangal sinon à quoi bon opiner du chef si la Micheline est contrariée.
Il s'en est fallu de peu que je décroche. Que je butasse sur une écriture tortueuse et compliquée. Que je fisse moi-même un saut à la plage, sportive, plongeuse et bonne nageuse. Un long démarrage pour une fin abrupte. Discordances : « des baskets qui résonnent sur les rochers », on cherche le sujet, on revient en arrière... qui-dit-quoi-fait-quoi ? Une prosodie en dissonance, une rigidité et un manque d'harmonie qui s'opposent à la toute grande souveraineté du lecteur qui trépigne et s'impatiente pour finalement se caler dans un fauteuil et entrer dans la ronde ; une danse des mots dans un quadrille exigeant. Parce que la trame est bonne et vous emporte sur la ‘plate' cet espace privilégié de la corniche Kennedy pour plongeurs émérites. S'ensuit alors, à titre de prévention, une traque effrénée dont le leitmotiv transmis par les autorités se situe à : « tolérance zéro ». Un objectif risqué qui a bien failli mener à trépas toute cette flamboyante jeunesse. Monsieur le Maire veut contrer de mauvaises statistiques et donne des ordres stricts à son subalterne, le commissaire Sylvestre Opéra. Un chef d'orchestre humaniste qui connaît bien son monde et se heurte à ses propensions, un arrière-goût de sa prime jeunesse...
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michfred
  18 juin 2017
Une bande de mômes frondeurs, qui sautent dans la mer à qui mieux mieux, du haut de plongeoirs naturels de plus en plus perchés auxquels ils ont donné des noms : La Plate, au ras des flots et des rochers, leur lieu de ralliement, le Just do it, haut de sept mètres, le Face to Face, de douze…
Un flic diabétique et débonnaire qui les scrute à la jumelle avec une peur mêlée d'admiration, retrouvant sa jeunesse dans leurs défis mais tout noué d'angoisse devant leur folle intrépidité…
Un maire qui proclame la tolérance zéro au nom de la sécurité, provoquant illico la surenchère des mômes. Des parents qui sortent de leur absence, de leur indifférence, de leur impuissance et qui s'en mêlent….
« Deli-délo. Epervier. Parents contre enfants. Cow boys contre indiens. Gendarmes contre plongeurs. »
Corniche Kennedy, ce sont les Jeux interdits dans leur variante chorale et marseillaise- les calanques et les barres du quartier nord désignent implicitement un lieu-
Mais quand on grandit, quand on approche de l'adolescence, les Jeux interdits deviennent souvent des Jeux dangereux, instaurant des rites de passage cruels, des rituels d'initiation où on mise tout pour entrer dans la bande…un peu comme dans la Fureur de vivre, mais en plus solaire, en plus sensuel, en plus joyeux..
Car être jeune c'est aussi embrasser pour la première fois, être ému par un corps, par une voix, par un geste. Croire à l'amitié. Rencontrer l'amour. Ces jeux-là sont aussi une parade amoureuse comme celle que se font les oiseaux pour se séduire, pour s'affronter, pour s'apparier.
L'histoire est toute simple. Elle touche parce que les personnages sont attachants – le flic malade et solitaire, Mario, le petit crâneur abandonné…- mais surtout parce qu'elle nous fait « plonger dans la langue », comme le dit si bien l'auteur. Les gosses de la corniche, après le saut, n'ont qu'un plaisir : « plonger dans la langue » comme ils ont plongé dans la mer c'est-à-dire trouver les mots qui disent le plaisir de ces sauts, exalter leur propre légende, se faire les trouvères de cette « geste » épique qui leur appartient à eux seuls, se sacrer chevaliers par la force de leur parole!
Pour moi, « Plonger dans la langue » voilà qui résume le plaisir de ce récit.
J'ai retrouvé , comme dans Réparer les vivants, la phrase longue, enveloppante, charnelle, rythmée de Maylis de Kerangal, pleine de la poésie du lieu et de celle de la mer mais ne versant jamais dans une hypertrophie élégiaque ou une préciosité baroque parce qu'elle est chaleureusement chargée, aussi, de l'argot des mômes, de leur syntaxe approximative, de leur grossièreté innocente -« putain » comme une ponctuation énergique du rythme !
Tout cela brassé ensemble, poésie et trivialité, peur et joie, anxiété et jubilation, dans une sorte de symphonie somptueuse qui vous embarque, ravi(e). Mais qui semble en avoir aussi laissé quelques-uns sur le sable…d'autres ayant mis quelques pages avant de passer la vague, comme au surf !
« Plonger dans la langue », se laisser prendre par la musique comme on se laisse emporter par une lame, charmer par un opéra fabuleux… Un opéra…tiens, comme c'est bizarre , c'est aussi le nom du flic : Sylvestre Opéra, il s'appelle.
Certainement pas un hasard..

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canel
  23 septembre 2016
J'ai déjeuné récemment avec une 'vieille' copine lectrice. Je dis 'vieille' parce que même si on se voit rarement, je la connais IRL depuis trois ans et demi, quand même !
On a bien sûr parlé lecture, livres, pavés, abandon. La copine me dit : « Moi, c'est simple, je suis née en 66, alors je me donne 66 pages pour accrocher à un livre. » J'ai fait un petit calcul pour moi (ce n'est guère différent) et mes enfants. L'aîné doit persévérer sur 97 pages. Pour la 2e, née en 2001, ça pose problème. D'abord parce qu'il n'y a jamais de page numérotée « 1 » dans un roman, ensuite parce que dans le cas présent, ce 'Corniche Kennedy' est une lecture imposée pour le cours de français - donc pas le choix, tu restes !
Pourtant le style de Maylis de Kerangal est de ceux qui peuvent décourager d'emblée : des phrases longues, des descriptions interminables, des fantaisies grammaticales - difficile de rentrer dedans, j'avais peiné sur 'Tangente vers l'Est'. Cette fois encore, j'ai dû me pousser pour ne pas abandonner. Mais une fois bien concentrée, acclimatée, j'ai trouvé la plume très évocatrice : on sent la touffeur de l'été sur une corniche du sud, on se voit à côté de ces ados désoeuvrés, un peu idiots comme on l'est à cet âge, qui se lancent des défis dangereux, qui veulent du grand frisson et qui 'fuck les adultes et la police'...
L'histoire est intéressante, je me suis dit que j'aurais aimé suivre les aventures intrépides et sensuelles de cette petite bande quand j'avais quinze ans.
J'ai trouvé des accents de 'D'acier' (Silvia Avallone), 'Moderato Cantabile' (Marguerite Duras) et de 'L'amie prodigieuse' (Elena Ferrante).
Bref, je suis satisfaite de cette lecture, et contente d'avoir tenu bon.
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francoisvaray
  28 juillet 2014
Je raffole de plus en plus de la prose de Maylis de Kerangal. Après avoir lu Naissance d'un Pont, Tangente vers l'Est, l'excellent Réparer les Vivants, je me suis plongé dans son antépénultième: "Corniche Kennedy". Et là, surprise: la constance de la qualité de la plume n'a pas varié, ce qui fait d'elle une des meilleures auteures contemporaines. Comme toujours, l'observation d'un fait anodin, bref et sobre, donne un livre aux phrases déferlantes, immenses, puissantes, impromptues, musicales parfois. Et ces jeunes qui plongent d'une corniche marseillaise, et ce vieux flic repu, et ce Maire-caïd vont être les protagonistes d'un roman fleuve, tout aussi réussi que toutes ses autres oeuvres! Chapeau, Madame!
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HannibalLectrice
  25 octobre 2015
Après avoir lu tant d'éloges, il me fallait faire et connaissance et ma propre idée sur Maylis de Kerangal. C'est donc sur Corniche Kennedy que mon choix s'est arrêté et que le rendez-vous fut pris....
Un rendez-vous qui fut remis à plusieurs reprises, mais quand icelui eut enfin lieu, conquise je fus immédiatement par la qualité de l'écriture de la dame, à la fois travaillée, riche sans pour autant être ampoulée et vaniteuse.
L'espace d'un été Maylis de Kerangal se penche sur ces petits cons de la corniche. Ces petits cons désoeuvrés, rejetés, délaissés et même pour certains livrés à eux-mêmes. Ces petits cons "Je m'enfoutiste" que l'ennui et la solitude poussent à braver les risques, cette montée d'adrénaline qui leur donne ce sentiment de puissance, d'immortalité. de la baie vitrée de son bureau, l'inspecteur Sylvestre Opéra, ce flic cassé, tente de les décrypter tout en les surveillant tel l'ange gardien.
Une histoire qui prend au coeur, aux tripes, une histoire " électrochoquante", qui me fait mal à ma jeunesse.......
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
canelcanel   22 septembre 2016
Vue de près, la bande de la Plate est plus hétérogène qu'elle n'y paraît : c'est l'occupation d'un même territoire, d'une même bordure qui opère la soudure. Ceux-là vivent dans les cités du Nord, seuls ou presque, livrés à eux-mêmes : parents dépassés, harassés - Ptolémée, Nissim, Bruno ; rentrés vivre leur retraite en Algérie laissant les plus jeunes sous la responsabilité des plus grands - Rachid ; travailleurs de nuit, dormant le jour, n'ouvrant quasiment plus les volets - Mickaël, Carine, Loubna ; prolos qui n'avaient pour survivre que leur force de travail si bien que le travail manquant, les voilà qui végètent, muscles mous soudain, atrophiés, flageolant aux bras et aux cuisses tandis que les ventres ballonnent au-dessus de la ceinture, gonflés de mauvaise bière, et dépressifs, brutaux quand ils sortent de leur torpeur - Nadia ; enfin, famille désintégrée dans la violence, père en prison, mère multipliant les séjours en hôpital psychiatrique - Mario.
Ils sont encore scolarisés, collège ou lycée, vont aux cours, vaille que vaille. D'autres attendent d'avoir seize ans pour en finir avec la vie scolaire, dont Mickaël, Bruno, Loubna, qui entreront en apprentissage à la rentrée. Veulent de la thune, gagner leur vie le plus vite possible. Car la pauvreté leur colle à la peau, même si les garçons affichent les bonnes baskets, même si les filles ont le bon look, le bon gloss, le sac ad hoc, les fringues mode dénichées pour rien dans un décrochez-moi ça - qualité zéro mais trois euros deux tee-shirts pailletés, c'est cadeau - même s'il est hors de question d'être les petites choses des quartiers Nord et qu'on danse comme des seigneurs.
(p. 113-114)
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BazartBazart   21 décembre 2016
Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre 13 et 17 ans et c’est un seul et même âge, celui de la conquête.
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jbicreljbicrel   31 août 2016
Ils ont longé la corniche jusqu'aux plages du Prado avant de bifurquer vers le nord, Mario est assis à l'avant sur le fauteuil passager, la ceinture de sécurité lui cisaille la gorge, il fume une Lucky sans tousser, a tourné tous les boutons du tableau de bord, je peux mettre la radio? La ville est pleine et chaude encore, à cette heure, le trafic est dense derrière le port, les trottoirs essorent une population épuisée qui ne veut pourtant pas se coucher : touristes étrangers, estivants en goguette — faut profiter —, pickpockets, familles qui traînent aux terrasses des pizzerias, grand-mères en jeans cloutés et nourrissons endormis dans les poussettes, première vague de noctambules, adolescents en grand appareil. Mais bientôt ce ne sont plus que de grandes avenues frangées d'arbres fluorescents qui ne ventilent plus rien, parcourues de bagnoles nerveuses, pleines à ras bord, vitres baissées musique à fond, on approche des cités, les lumières sont blanches, les gens pendus aux fenêtres fument dans l'air nocturne et l'écho des télévisions, des jeunes sont regroupés au bas des immeubles ou traversent les immenses dalles de béton bleutées, leurs voix. résonnent sur l'esplanade lunaire, on leur crie de se taire, ils brandissent un doigt, il flotte dans l'atmosphère une odeur de joint, de plastique tiède, de vieilles épluchures et de papier journal. Mario se rapetisse dans le fauteuil, les oreilles bientôt descendues au niveau des épaules, il regarde celui qui l'accompagne, ce gros bonhomme frisé, le visage large, le nez camus, le double menton aussi volumineux que la fraise du duc de Nemours, la chemisette claire tendue sur la bedaine, il voudrait que le trajet dure, ne pas rentrer chez lui, ne jamais rentrer; tellement heureux d’être à l'avant de cette voiture, d'être comme un homme a côté d'un autre homme, connivents, la cigarette au bec– la Lucky Strike entre l'index et le majeur, au niveau des premières phalanges, de sorte que pour fumer il pose sa paume contre sa bouche, comme un héros, comme un Américain —, tellement content qu'ils habitent ensemble la nuit, la ville. Il a ouvert la fenêtre pour sentir le frais sur son front, le frais et le fétide, les peaux qui perlent puis, poissent sous les maillots de foot, l'été sans perspective, chaque tour coincée entre deux autres et l'enceinte de murs antibruits comme une ligne de démarcation, comme un écran entre ce monde et l'autre, les tags qui se décolorent sous les Abribus, les chiens énervés. (p. 121-122).
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SeraphitaSeraphita   03 mai 2009
Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d'asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu'elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit - et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la stratosphère.
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lejardindestephanielejardindestephanie   14 août 2013
Nul ne sait comment cette plate-forme ingrate, nue, une paume, est devenue leur carrefour, le point magique d'où ils rassemblent et énoncent le monde, ni comment ils l'ont trouvée, élue entre toutes et s'en sont rendus maîtres; et nul ne sait pourquoi ils y reviennent chaque jour, y dégringolent , haletants, crasseux et assoiffés, l'exubérance de la jeunesse excédant chacun de leurs gestes, y déboulent comme si chassés de partout, refoulés, blessés, la dernière connerie trophée en travers de la gueule; mais aussi, ça ne veut pas de nous tout ça déclament-ils en tournant sur eux-mêmes, bras tendu main ouverte de sorte qu'ils désignent la grosse ville qui turbine, la cité maritime qui brasse et prolifère, ça ne veut pas de nous, ils forcent la scène, hâbleurs et rigolards, enfin ils se déshabillent, soudain lents et pudiques, dressent leur camp de base, et alors ils s'arrogent tout l'espace.
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Videos de Maylis de Kerangal (55) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maylis de Kerangal
La romancière française Maylis de Kerangal dialogue avec Matthias Zschokke, écrivain suisse germanophone. Animée par Francesca Isidori (France Culture/Arte), la soirée clôt le programme « Étranges Étrangers ». Sous le commissariat de Nicole Bary, ces rencontres réunissent des écrivains francophones et germanophones en écho à la foire du livre de Francfort qui célèbre la langue française avec la France comme invitée d?honneur. Maylis de Kerangal a notamment publié Naissance d?un pont (2010) récompensé par le prix Médicis, ainsi que par le prix Hessel qui a permis sa traduction en allemand. Après avoir entamé une carrière de comédien, Matthias Zschokke s?est ensuite tourné vers l?écriture, publiant romans, récits, correspondances, pièces de théâtre. Il a notamment été récompensé par le prix fédéral de littérature et en France par le Prix Femina étranger en 2009 pour son roman Maurice à la poule.
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