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ISBN : 2226398864
Éditeur : Albin Michel (05/09/2018)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 59 notes)
Résumé :
« Le ciel si proche qu'il vous tombe presque sur les épaules. La voix omniprésente du vent. La lumière qui frappe de partout. Et devant les yeux, toujours, la mer, éternelle couronne de joie et d'épines. Les éléments s'abattent sur l'île sans rien qui les arrête. Pas de refuge. On y est transpercé, traversé par la lumière et le vent. Sans défense. »

Un père et un fils regardent l'Histoire se dérouler sous leurs yeux, dans l'immensité de la Méditerrané... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  03 novembre 2018
Lire un livre sur Lampedusa est une épreuve en soi. Mais elle ne l'est pas autant que celle éprouvée par de nombreux êtres humains. Quand on entend ce nom, il est synonyme de drames : « J'avais gardé de Lampedusa le souvenir des mains calleuses des pêcheurs, les récits des cadavres remontés chaque fois dans les filets - « Chaque fois ? - U' sai che bole diri ? (Tu sais ce que ça veut dire?) Chaque fois. Et le souvenir d'un rafiot échoué au soleil, seul témoin pour moi des événements de cette période historique. La corrosion, la poussière, la rouille. Et les réticences des îliens sur ce mot de « débarquement » employé à tort et à travers quand c'étaient en réalité des naufrages. » (p.9)
« Ce qui arrivait à Lampedusa, c'était bien plus, pour moi, que des naufrages ou le décompte des survivants, la somme des morts.
C'est bien au-delà de la traversée du désert et de la Méditerranée. Ce roc en pleine mer est devenu un symbole, à la fois puissant et insaisissable (…) le nom de Lampedusa, en réalité, c'est un fourre-tout : les migrations, les frontières, les naufrages, la solidarité, le tourisme, la haute-saison, la marginalité, les miracles… (…) Lampedusa, ça veut dire tout et son contraire. » (p.16)
L'écrivain et dramaturge italien, d'origine sicilienne, Davide Enia s'est rendu pendant trois jours sur ces lieux qui ne voient défiler que des tragédies : des migrants entassés par centaines dans des embarcations incapables de tous les transporter. Ils ont fui la misère, la violence… Leur seul et unique espoir réside à braver la mer, quitte à mourir autant tenter le tout pour le tout.
Dans son ouvrage « La loi de la mer », l'écrivain relate des faits dont il a été témoin ou qui lui ont été rapportés. Et la définition de cette loi lui est donnée par un rescue swimmer : « Ici on sauve des vies. En mer, toutes les vies sont sacrées. Si quelqu'un a besoin d'aide, on lui porte secours. Il n'y a ni couleur de peau, ni ethnie, ni religion. C'est la loi de la mer. » (p.12)
Ces rescue swimmers sont des hommes qui embarquent sur des vedettes côtières et plongent pour les opérations de secours. Ils vivent sans cesse des expériences terribles.
Pour Davide Enia, deux récits s'entrecroisent : cette observation des tragédies, l'horreur de voir combien de morts sont malgré tout comptés, l'émotion devant les gestes d'aide des îliens pour un peu secourir à leur façon (alors que de nombreux autres pensent que l'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde). Mais avec cette histoire, Davide pense aussi à la fin guettant son oncle Beppe, une fin inexorable mais supportée courageusement.
Des habitants de l'île apportent leurs témoignages qui nous montrent bien à quel point ils se sentent concernés mais impuissants devant tous ces drames qui se renouvellent sans cesse : des canots pleins à ras bord de migrants qui espèrent trouver une vie meilleure. Peut-on blâmer un être humain dans cette conviction ultime ? Il en arrive de partout : du Congo, du Niger, d'Angola et même du Népal (pour ne citer que cela).
On en vient à la remarque qu'il y a plus d'étrangers que d'habitants sur cette petite île.
Mais on arrive au tristement célèbre événement du 3 octobre 2018 : « Un événement qui dépasse les pires cauchemars. Une embarcation se retourne à quelques centaines de mètres des côtes, les eaux se couvrirent de cadavres et Lampedusa fut envahie par la télévision et les cercueils. »
D'ailleurs les médias s'en sont donné à coeur joie pour diffuser une photo qui a fait le tour du monde et fait pleurer des millions de gens : celle d'un petit garçon syrien, face dans l'eau, et que son père court prendre dans ses bras : il vient de perdre son bambino (ou picciriddi comme on dit à Lampedusa).
L'auteur compare les gardes-côtes à des samouraïs. Il nous parle aussi de Gabrielle, médecin du CISOM (Corps Italien de Secours de l'Ordre de Malte) qui fait de son mieux…
Pour cette fois, je laisse le mot de la fin à Beppe, pour qui Davide a juste eu le temps de finir son livre « La loi de la mer » : « J'avais un regret, celui de ne pas avoir nagé avec mon oncle dans l'île.
Je lui lus les notes que je venais de prendre.
Lampedusa, de lepas, l'écueil qui écorché, érodé par la fureur des éléments, et qui résiste et confirme sa présence dans la vastitude infinie du grand large. Ou bien Lampedusa de lampas, le flambeau qui brille dans le noir, lumière qui défie l'obscurité.
Qu'est-ce que tu penses ? Je l'ajoute dans le livre ?
- Oui, mets-le à la fin, c'est beau de conclure avec la lumière et la résistance. » (p.224)
Une lecture emplie d'émotions à vous serrer le coeur - un sujet hautement d'actualité et qui a lieu tout près – des portraits qui restent gravés dans notre esprit et pour lesquels les gouvernements ne font que "discutailler" sans trouver de solution valable – c'est ce qu'a réussi Davide Enia avec son inquiétant diagnostic : un ouvrage que l'on ne peut pas oublier, tellement sincère et pour lequel une fois la dernière page tournée, je suis restée un long moment songeuse et bouleversée.
J'ai remarqué une critique : « Un récit d'une grande retenue, qui rend les drames encore plus éclatants. »
Je ne rajouterai rien d'autre car il y aurait trop à dire, beaucoup trop et à ne surtout pas raconter.
Mission accomplie et Grazie mille Davide Enia pour votre témoignage !👍😉
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TerrainsVagues
  10 décembre 2018
Voila, c'est fini…
La peur, l'égoïsme, la bêtise et la lâcheté auront eu raison de l'Aquarius. Pourtant, ce bateau affrété par SOS méditerranée respectait la loi de la mer, lui. Une loi qui dit qu'en mer on doit porter secours
à quelqu'un en difficulté, quelles que soient les circonstances.
Davide Enia, lors de séjours à Lampedusa, va recueillir des témoignages d'habitants de ce petit rocher perdu entre Sfax et Malte, entre Tripoli et la Sicile où tant de migrants on pu renaître, où tant d'espoirs ont pu sombrer.
Des habitants qui avouent avoir eu un reflexe de repli quand la première embarcation de fortune, en 1996, est venue accoster sur l'île avec ses premiers naufragés de la vie. Des portes fermées quelques minutes juste le temps d'avoir honte et de laisser parler l'humain.
Du plongeur qui pour toujours se demandera s'il aurait mieux fait de sauver cette femme et son enfant qui étaient à cinq mètres de lui plutôt que les trois personnes qu'il a sorti de l'eau et qui étaient plus près, à cet autre qui lors du naufrage du 3 octobre 2013 ( 350 morts, 150 rescapés) a vécu une plongée traumatisante, de celles qu'on imagine même pas dans les pires cauchemars, les témoignages sont bouleversants. Des habitants qui assurent l'après sauvetage aux pêcheurs sauveteurs, tous n'ont que faire des considérations économicomerdiques, la question de la solidarité et de l'aide ne se pose pas, les mains tendues ne sont qu'évidence.
Et puis il y a les témoignages de ceux qui ont vécu l'inimaginable, ceux qui se sont confiés pudiquement sur leur parcours.
Que de regards perdus, anéantis, dans ces pages…
Les jours, les mois, les années passent et toujours le même drame qui vient s'échouer sur le sable blanc. Et toujours les mêmes héros, meurtris, qui font tout leur possible pour repousser la mort qui règne dans ce coin de Méditerranée, faisant de leur île une terre d'accueil, n'en déplaise aux politiciens et autres fanatiques identitaires ou cravatés des « marchés ».
La faucheuse qui rode en permanence dans les parages renforce les liens entre les hommes.
Davide Enia fait aussi la part belle à l'amitié dans son ouvrage. Amitié entre les îliens, entre certains d'entre eux et lui. Et puis il y a la famille Enia, sicilienne. Les rapports distants (sicilien comme dans les plus belles caricatures, des rapports « d'homme ») avec son père. Davide Enia va lui demander de l'accompagner, le contexte fera évoluer la relation. L'oncle Beppe, comme un lien entre eux, un sacré bonhomme.
C'est à croire qu'il faut que le malheur s'invite pour qu'on se dise qu'on s'aime…
Ce livre est dur malgré une retenue dans les témoignages, une pudeur qui accompagne des gorges qui se nouent et des regards humides à travers les mots.
Loin des yeux de l'occident…
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isabelleisapure
  14 novembre 2018
Mare nostrum, notre mer Méditerranée où des hommes, des femmes et des enfants luttent pour leur survie. Des migrants par dizaines qui s'agrippent au bateau pour ne pas se noyer, des mains tendues hors de l'eau, des visages qui se crispent, des vies qu'il faut sauver, et des cadavres qui flottent.
Pour les plus chanceux, ceux qui sont secourus, c'est l'île de Lampedusa qui leur donne temporairement un peu de répit dans leur quête d'un monde meilleur, un eldorado, sans guerre, sans violence, sans peur.
Même si Lampedusa n'est pas leur but, c'est un lieu de transit, une étape dans leur odyssée.
Dans ce récit bouleversant Davide Enia tente de mettre des mots sur ces souffrances. Il a passé trois ans à Lampedusa pour témoigner de la tragédie des migrants qui risquent leur vie pour arriver en Europe.
Il a écouté les récits des sauveteurs, des médecins des pêcheurs mais aussi des habitants de l'île et des rescapés.
Même si cette réalité, je la connais par les images qui nous parviennent de ces être à bout de souffle, lire ce texte empreint d'humanité m'a laissée hébétée. L'auteure y insuffle tant de souffrance, tant d'humanité qu'on ne peut qu'y être sensible. Il y transmet, avec talent, une émotion intense, qui m'a touchée. C'est un livre que je garderai longtemps en mémoire.
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totopinette
  24 juillet 2018
Avant de commencer ma critique, je remercie les éditions Albin Michel et l'équipe de Babelio pour m'avoir permis de lire ce roman, avant même sa publication. 
Je ne sais pas par quoi commencer, à vrai dire ! En voyant que le CNL finançait la publication de ce roman, j'ai commencé à avoir « peur ». Peur, parce que généralement, ce genre d'oeuvre n'oppose pas d'avis divergents et se contentent d'imposer un point de vue fidèle à la bienséance et la bien-pensance. Évidemment, ce roman tombe, comme par hasard, pile poil dans le contexte éco-migratoire de l'Europe actuelle. C'est une façon, pour l'État, de faire accepter le flux migratoire (de plus en plus contesté) à ses citoyens. Et apitoyer les occidentaux, c'est une solution qui a largement fait ses preuves. Malheureusement, lorsque c'est maladroit (et, ça l'est), ça sonne aux oreilles des moins-sensibles comme une simple propagande.
Pourquoi est-ce maladroit ? Parce que l'auteur se contente de décrire la situation de réfugiés de guerre. Emprisonné, torturés, battus, violés … (Vous avez bien pleuré ?) Or, nous le savons bien, nombreux de ces réfugiés ne sont menacés par aucune guerre dans leurs pays et sont, par conséquent, des réfugiés économiques. Peut-on s'émouvoir de personnes qui fuient la guerre au péril de leurs vies ? Oui, évidemment ! Peut-on s'émouvoir de personnes qui fuient leur pays pour profiter du statut économique d'un autre ? Difficilement, puisque migrer est, pour eux, un choix, et non une fatalité. Laissons le statut de victimes aux vraies victimes … C'est également maladroit lorsque l'auteur fustige, (presque) subtilement, les îliens qui ferment leurs maisons lors des débarquements. Peut-on leur jeter la pierre ? Doivent-ils forcément avoir envie de voir une danse macabre animer leurs fenêtres ? Doivent-ils accepter de voir leur paradis se transformer en enfer ? L'homme n'est rien de plus qu'une autre espèce animale. Et, comme chaque espèce animale, il est territorial. Il est donc normal et compréhensif qu'il continue à essayer de préserver sa progéniture et son territoire. C'est simplement instinctif. Tout comme donner la vie. On ne sait jamais exactement pour quelles raisons on décide de donner la vie. La raison la plus répandue étant : c'est le cours de la vie. C'est du simple instinct qui permet aux espèces de perdurer. Dans ce genre de récit, on prend souvent en compte le malheur des migrants, mais jamais on ne s'arrête sur celui des natifs (les îliens, ici). Jamais on ne se soucie de leur état d'esprit quand ils voient tout leur univers changer. En réalité, il n'ont plus d'importance … Aux yeux de personne. Autre fait maladroit : indiquer au lecteur que les familles des migrants sont, pour la plupart, installées en Europe du nord … le regroupement familial est une solution qui fonctionne plutôt bien, me semble-t-il … Pourtant, ils choisissent l'immigration. Désolé, mais je ne peux pas m'émouvoir de personnes qui choisissent la mort par manque de patience. C'est leur choix ! Devons-nous nous sentir coupable de tout ce qui arrive au monde, sous le simple prétexte que nous sommes nés sur le « bon » continent ? Et puis, la première aide à apporter à ces migrants, ne serait-elle pas de faire des réunions d'informations dans leurs pays afin de leur indiquer qu'ils courent un risque bien plus grand en traversant l'océan ? Non, car l'homme occidental est plein de contradictions … Il ne l'avouera jamais, mais la mort l'obsède (Pourquoi vous arrêtez-vous près des accidents de la route pour regarder, et prendre en photos, les corps allongés au sol ?) … le malheur d'autrui le titille (Pourquoi vous ruez-vous vers les maisons frappées par des drames, juste pour entendre un communiqué de presse plein de tristesse et de malheur ?) … Puis l'auteur nous parle d'un migrant (en le plaignant, évidemment !), qui après avoir commis un délit en Europe s'en est retrouvé expulsé. Pour nous faire oublier le délit et donc la punition (puisque tout délit mène à une punition), il nous a sorti son violon afin de nous émouvoir sur sa situation familiale : l'expulsion l'a éloigné de sa famille. Trop de bons sentiments injustifiés peuplent ce roman, et moi, ça m'énerve. J'aime les récits courageux et honnêtes et non pas de ce genre-là ! Tout est fait pour imposer un point de vue ! Et là-encore, lorsque l'auteur parle d'avortement, il oppose les occidentaux aux migrants, qui eux, refusent de se faire avorter même après des viols … En gros, ils sont plus humains !
Ce roman, malheureusement, confirme ma position quand à l'honnêteté des gens qu'on appelle engagé. Ici, Davide se rapproche inconsciemment au plus près de la mort afin de comprendre et d'appréhender ce qui va arriver à son oncle Beppe. Je pense qu'aucun acte n'est réellement désintéressé … Ce genre d'acte n'existe pas. Un homme désintéressé, n'est pour ainsi dire, pas un homme. C'est l'auteur lui-même qui le dit : le sauveteur a besoin que son acte de dévouement soit prit en considération … Un peu comme les Youtubeurs qui se filment en train d'offrir l'aumône aux mendiants afin d'attirer à eux le nombre de vues. Qui demande reconnaissance, témoigne d'un manque de sincérité … Sans le vouloir, Davide fait la lumière sur la différence entre pitié et peine : les migrants morts attisent la pitié (donc, de la condescendance) alors que Beppe attire la peine (donc, sans arrière pensée).
Comme le dit si bien Chuck Palahniuk, l'homme s'ennuie profondément alors il crée des guerres et des conflits, pour pouvoir passer son temps à les faire cesser puis, il recommence. Encore et encore. le problème de ce monde ne tient à rien d'autre qu'à la monétisation des biens. le plus pauvre envie le plus riche. Et l'envie mène indéniablement aux conflits … Tout ne tient qu'à une chose : choisir l'Homme (oui, avec un grand H) qui saura nous guider tel un père de famille, et non comme un banquier dirigerait sa banque. Malheureusement, l'argent dirige le monde. Ceux du petit peuple, tout comme celui du grand peuple …
En réalité, j'avais l'impression de subir un racolage littéraire. Et, grand Dieu, je déteste me sentir manipuler. Je n'aime pas qu'on essaie de me faire pleurer pour me faire adhérer à un point de vue.
En lisant ce roman, je me suis aperçut d'un fait très alarmant : l'écriture n'est plus libre, comme elle pouvait l'être à l'époque. Autrefois, les points de vue étaient opposés. de nos jours, il y a une ligne conductrice à suivre pour que le récit soit, un tant soit peu, commercial. le problème : les oeuvres manquent indéniablement d'âme. Et c'est, à mon sens, également le cas de celui-ci qui regorge des mêmes propos tenus par tant et tant d'autres. Les seuls passages qui m'ont semblé écrit réellement avec beaucoup de coeur sont les passages traitant de Beppe. Et, je dois l'avouer, cela m'a beaucoup ému.
Rendons à César ce qui lui appartient : l'auteur sait nous ancrer dans les lieux qui animent son intrigue grâce à des petits mots et petites expressions siciliennes posées ici et là. C'était un véritable plaisir à lire.
De mon côté, je dirais que l'auteur a parfaitement réussi les passages traitant de sa relation avec son oncle et son père. Une relation tout-à-fait merveilleuse et émouvante. Il a donné de son coeur à l'écriture de ses passages … Il a donné de ses émotions … Et, on les a parfaitement ressenti. Par contre, en ce qui me concerne, il n'a pas réussi à m'émouvoir sur le sujet épineux de nos pays : l'immigration. Pourquoi ? Parce que son récit n'est ni objectif et ni honnête. Les romans, à mon sens, ne sont pas fait pour manipuler les conscience mais pour nous mener à nous questionner. Ici, on ne se questionne pas, on impose par le manque d'oppositions d'opinions. L'auteur peut remercier Beppe, pour l'obtention de ces deux étoiles à mon classement. Sans cet homme, il n'en aurait eu aucune.
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mosaique92
  21 mai 2019
Ce livre coup de poing correspond à une réalité dont on parle moins aujourd'hui parce que l'arrivée de migrants à Lampedusa n'est quasiment plus d'actualité : disparition des bateaux qui portaient assistance aux migrants en mer, politique récente de l'Italie et de l'Europe en matière d'immigration clandestine, forte baisse du nombre des migrants empruntant la voie méditerranéenne, rôle amplifié des garde-côtes libyens qui arraisonnent et ramènent les canots en Libye, etc… Il n'en reste pas moins que la réalité de cette immigration vers l'Europe est toujours présente avec son lot de drames ; sans compter que les importants camps de migrants en Libye et leurs conditions effroyables ainsi que l'instabilité politique de ce pays ne met pas l'Europe à l'abri d'une nouvelle vague massive d'arrivants.
Revenons au témoignage de Davide Enia… L'état des migrants lorsqu'ils débarquent à Lampedusa est indescriptible. L'auteur nous en fait effleurer la réalité avec ces petites filles enceintes suite à des viols répétés, ces femmes gravement brûlées parce qu'obligées de voyager assises dans le fond du canot et marinant dans eau+pétrole+urine (seuls les hommes ont le droit d'être assis sur les boudins bordant le canot), ces migrants qui, repêchés après naufrage et épuisés par de longs mois de souffrance, meurent de froid sur le pont du bateau avant l'arrivée au port, d'autres qui s'évanouissent en chaîne lorsque qu'ils mettent le pied à terre parce que totalement déshydratés, etc…, etc…
Comment concevoir que les bénévoles qui les assistent puissent moralement résister et trouver encore le courage de leur sourire ? Surtout quand plusieurs canots arrivent en même temps et qu'ils sont totalement débordés par l'afflux et le nombre de cas à prendre en charge médicalement ; et je passe sous silence les morts, surtout les enfants, l'obligation de faire des choix pour les sauveteurs en mer lors des chavirages (trop de naufragés ne sachant pas nager pour le nombre de sauveteurs-plongeurs)… des choix qui les hantent.
« On parle des êtres humains sous forme de chiffres et de statistiques, alors qu‘une personne, c'est beaucoup plus. Une personne, ça a des espoirs et des inquiétudes, des désirs et des tourments» dit l'une des bénévoles. Elle raconte que la première fois où elle a vu des migrants, c'était ceux qui s'étaient réfugiés sous l'auvent de sa maison pour s'abriter de la pluie et du froid ; « Il faut fermer » s'est-elle dit. Puis elle a eu honte de ce premier reflexe et est sortie pour aider dans la mesure de ses moyens ; son rôle parmi les bénévoles venait de commencer… « Les gens de Lampedusa n'accueillent pas les réfugiés par pitié ou par altruisme ; tout ce qu'ils veulent c'est pouvoir se regarder dans la glace le matin sans avoir honte » a-t-elle dit dans un interview pour Arte.
Deuxième thème du livre : les relations entre Davide Enia et son père. Pas de communication entre eux : « le Sud souffre d'une difficulté à communiquer venue d'une culture séculaire où se taire est une preuve de virilité. (…) Parler, c'est une activité de ‘'fimmina''. Les faibles parlent, les vrais mâles restent muets. ». Cardiologue à la retraite, son père pratique la photographie en amateur : « Il n'est pas étonnant que mon père ait trouvé dans la photographie le moyen d'expression idéal. Dans cet environnement asphyxiant (omertà), quasi analphabète sur le plan des sentiments, incapable de nommer son désir, je vois ses photos comme une ouverture sur le réel ».
Pour tenter d'établir un début de communication et illustrer son reportage, il invite son père à l'accompagner à Lampedusa. Et là, il va découvrir que celui-ci est bien plus présent qu'il ne le croyait : « Si je ne m'étais jamais aperçu de sa présence, c'est que je donnais plus d'importance à ce qui manquait, les paroles, au lieu de comprendre la valeur de ce qui avait toujours été là, son regard. S'il n'était pas intervenu, c'est parce qu'à un moment donné je lui avais interdit de m'aider. » La fin de vie de Beppe, oncle très proche de Davide et frère cadet de son père avec lequel il avait un lien très fort va finir de les rapprocher.

Pour conclure, je reprendrai ces mots de l'auteur : « Des centaines de milliers de personnes ont transité par cette île. (…) Nous n'avons pas les paroles pour dire leur vérité, (…) eux qui sont partis pour aborder nos rivages à un prix qu'on n'imagine même pas. (…) C'est eux qui auront les mots pour décrire ce que veut dire aborder sur la terre ferme après avoir échappé à la guerre et à la misère, pour suivre leur rêve d'une vie meilleure. Qui nous expliqueront ce que l'Europe est devenue, qui nous montreront, comme dans un miroir, ce que nous somme devenus. »
Et je ne suis pas sûre que cette image soit à notre gloire…
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critiques presse (1)
Lexpress   29 octobre 2018
Avec La Loi de la mer, le Sicilien Davide Enia signe un récit aussi personnel que littéraire sur la tragédie des migrants.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   08 décembre 2018
Il y aura une épopée Lampedusa. Des centaines de milliers de personnes ont transité par cette île. Il manque encore une pièce dans la mosaïque, aujourd’hui : l’histoire de ceux qui migrent. Nous n’avons pas les paroles pour dire leur vérité. Nous pouvons nommer la frontière, le moment de la rencontre, montrer des documentaires sur les corps des vivants et des morts. Raconter les mains qui soignent, et celles qui érigent des barbelés. Mais l’histoire de cette migration, c’est eux qui nous la raconteront, ceux qui sont partis pour aborder sur nos rivages, à un prix qu’on n’imagine même pas. Il faudra des années. Ce n’est qu’une question de temps, mais c’est eux qui nous expliqueront leurs itinéraires et leurs désirs, qui nous diront les noms de ceux que les trafiquants d’êtres humains ont massacrés dans le désert, et la quantité de viols à laquelle une très jeune fille peut survivre pendant vingt quatre heures. Eux qui nous diront le prix exact d’une vie sous ces latitudes. Ils feront le récit, pour nous et pour eux même, des prisons libyennes et des coups reçus à toute heure du jour et de la nuit, de la mer aperçue soudain, après des jours et des jours de marche forcée, du silence qui tombe quand le sirocco se lève et qu’on est cinq cents sur un bateau de pêche de vingt mètres où l’eau monte peu à peu depuis des heures. C’est eux qui auront les mots pour décrire ce que veut dire aborder la terre ferme après avoir échappé à la guerre et à la misère, pour suivre leur rêve de vie meilleure. Qui nous expliqueront ce que l’Europe est devenue, qui nous montreront, comme dans un miroir, ce que nous sommes devenus.
+ Lire la suite
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nadiouchkanadiouchka   07 décembre 2018
Nous les plongeurs, on est habitués à la mort, on nous en parle tout de suite, parce que c’est la donnée essentielle. Dès le premier jour de l’entraînement, ils nous disent : en mer, on peut mourir. Et c’est vrai. Quand tu plonges, il suffit d’une erreur, et tu meurs. Un mauvais calcul, et tu meurs. Tu dépasses tes limites, et tu meurs. Sous l’eau, la mort t’accompagne toujours.
Il avait été envoyé à Lampedusa comme rescue swimmer, un des ces hommes qui montent sur les vedettes côtières en combinaison orange et qui plongent pendant les opérations de secours.
P.11
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chocoladdictchocoladdict   19 décembre 2018
Ce n’est qu’une question de temps, mais c’est eux qui nous expliqueront leurs itinéraires et leurs désirs, qui nous diront les noms de ceux que les trafiquants d’êtres humains ont massacrés dans le désert, et la quantité de viols à laquelle une très jeune fille peut survivre pendant vingt-quatre heures. Eux nous diront le prix exact d’une vie sous ces latitudes. Ils feront le récit, pour nous et pour eux-mêmes, des prisons libyennes et des coups reçus à toute heure du jour et de la nuit, de la mer aperçue soudain, après des jours et des jours de marche forcée, du silence qui tombe quand le sirocco se lève et qu’on est cinq cents sur un bateau de pêche de vingt mètres où l’eau monte peu à peu depuis des heures. C’est eux qui auront les mots pour décrire ce que veut aborder sur la terre ferme après avoir échappé à la guerre et à la misère, pour suivre leur rêve d’une vie meilleure.
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Guillaume72Guillaume72   03 août 2018
Deux amoureux s'embrassent près d'un bateau dans l'air tiède de ce début d'octobre. Le ciel offre son bleu en cadeau, et dans l'image que l'eau renvoie, les reflets des lumières étincellent comme des lucioles, brèves et vite englouties par ce qui est trop paisible et trop distant pour englober vraiment les angoisses et les joies de ceux qui habitant de ce côté ci de la vie.
Ici, au coeur de l'Europe, on a gardé la mémoire de la force de la mer. C'est écrit dans la peau de cette ville, au visage marqué de rides de sel.
Une ville qui a compté autant de marins parmi ses habitants connaît ses lois.
La mer respire, à la différence du ciel.
La mer donne et prend quand elle le décide, comme le ciel.
La mer, cette même mer où je viens d'arriver accompagné par les canaux, qui baigne toutes les côtes d'Europe, est maintenant remplie de corps morts, ces migrants naufragés dans l'Odyssée du désespoir.
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mosaique92mosaique92   21 mai 2019
On n'échappe pas à la guerre en montant dans un avion. On s'enfuit à pied et sans visa, puisque personne n'en délivre plus. Quand la terre finit on monte dans un bateau. Et cela revient à remonter à nos origines, à la source d'où jaillit encore l'eau qui nous abreuve. C'est toujours la même histoire, finalement. Une jeune Phénicienne s'échappe de la ville de Tyr, elle traverse le désert tout entier, et puis ses pieds n'avancent plus parce que devant elle il y a la mer. Là, elle rencontre un taureau blanc qui baisse la tête et la prend sur son dos, et devient la barque qui sillonnera la mer pour l'amener jusqu'en Crète. Cette jeune fille s'appelle Europe. C'est de là que nous venons. Nous sommes les enfants d'une traversée sur l'eau.
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