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ISBN : 2226398864
Éditeur : Albin Michel (05/09/2018)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 20 notes)
Résumé :
« Le ciel si proche qu'il vous tombe presque sur les épaules. La voix omniprésente du vent. La lumière qui frappe de partout. Et devant les yeux, toujours, la mer, éternelle couronne de joie et d'épines. Les éléments s'abattent sur l'île sans rien qui les arrête. Pas de refuge. On y est transpercé, traversé par la lumière et le vent. Sans défense. »

Un père et un fils regardent l'Histoire se dérouler sous leurs yeux, dans l'immensité de la Méditerrané... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
totopinette
  24 juillet 2018
Avant de commencer ma critique, je remercie les éditions Albin Michel et l'équipe de Babelio pour m'avoir permis de lire ce roman, avant même sa publication. 
Je ne sais pas par quoi commencer, à vrai dire ! En voyant que le CNL finançait la publication de ce roman, j'ai commencé à avoir « peur ». Peur, parce que généralement, ce genre d'oeuvre n'oppose pas d'avis divergents et se contentent d'imposer un point de vue fidèle à la bienséance et la bien-pensance. Évidemment, ce roman tombe, comme par hasard, pile poil dans le contexte éco-migratoire de l'Europe actuelle. C'est une façon, pour l'État, de faire accepter le flux migratoire (de plus en plus contesté) à ses citoyens. Et apitoyer les occidentaux, c'est une solution qui a largement fait ses preuves. Malheureusement, lorsque c'est maladroit (et, ça l'est), ça sonne aux oreilles des moins-sensibles comme une simple propagande.
Pourquoi est-ce maladroit ? Parce que l'auteur se contente de décrire la situation de réfugiés de guerre. Emprisonné, torturés, battus, violés … (Vous avez bien pleuré ?) Or, nous le savons bien, nombreux de ces réfugiés ne sont menacés par aucune guerre dans leurs pays et sont, par conséquent, des réfugiés économiques. Peut-on s'émouvoir de personnes qui fuient la guerre au péril de leurs vies ? Oui, évidemment ! Peut-on s'émouvoir de personnes qui fuient leur pays pour profiter du statut économique d'un autre ? Difficilement, puisque migrer est, pour eux, un choix, et non une fatalité. Laissons le statut de victimes aux vraies victimes … C'est également maladroit lorsque l'auteur fustige, (presque) subtilement, les îliens qui ferment leurs maisons lors des débarquements. Peut-on leur jeter la pierre ? Doivent-ils forcément avoir envie de voir une danse macabre animer leurs fenêtres ? Doivent-ils accepter de voir leur paradis se transformer en enfer ? L'homme n'est rien de plus qu'une autre espèce animale. Et, comme chaque espèce animale, il est territorial. Il est donc normal et compréhensif qu'il continue à essayer de préserver sa progéniture et son territoire. C'est simplement instinctif. Tout comme donner la vie. On ne sait jamais exactement pour quelles raisons on décide de donner la vie. La raison la plus répandue étant : c'est le cours de la vie. C'est du simple instinct qui permet aux espèces de perdurer. Dans ce genre de récit, on prend souvent en compte le malheur des migrants, mais jamais on ne s'arrête sur celui des natifs (les îliens, ici). Jamais on ne se soucie de leur état d'esprit quand ils voient tout leur univers changer. En réalité, il n'ont plus d'importance … Aux yeux de personne. Autre fait maladroit : indiquer au lecteur que les familles des migrants sont, pour la plupart, installées en Europe du nord … le regroupement familial est une solution qui fonctionne plutôt bien, me semble-t-il … Pourtant, ils choisissent l'immigration. Désolé, mais je ne peux pas m'émouvoir de personnes qui choisissent la mort par manque de patience. C'est leur choix ! Devons-nous nous sentir coupable de tout ce qui arrive au monde, sous le simple prétexte que nous sommes nés sur le « bon » continent ? Et puis, la première aide à apporter à ces migrants, ne serait-elle pas de faire des réunions d'informations dans leurs pays afin de leur indiquer qu'ils courent un risque bien plus grand en traversant l'océan ? Non, car l'homme occidental est plein de contradictions … Il ne l'avouera jamais, mais la mort l'obsède (Pourquoi vous arrêtez-vous près des accidents de la route pour regarder, et prendre en photos, les corps allongés au sol ?) … le malheur d'autrui le titille (Pourquoi vous ruez-vous vers les maisons frappées par des drames, juste pour entendre un communiqué de presse plein de tristesse et de malheur ?) … Puis l'auteur nous parle d'un migrant (en le plaignant, évidemment !), qui après avoir commis un délit en Europe s'en est retrouvé expulsé. Pour nous faire oublier le délit et donc la punition (puisque tout délit mène à une punition), il nous a sorti son violon afin de nous émouvoir sur sa situation familiale : l'expulsion l'a éloigné de sa famille. Trop de bons sentiments injustifiés peuplent ce roman, et moi, ça m'énerve. J'aime les récits courageux et honnêtes et non pas de ce genre-là ! Tout est fait pour imposer un point de vue ! Et là-encore, lorsque l'auteur parle d'avortement, il oppose les occidentaux aux migrants, qui eux, refusent de se faire avorter même après des viols … En gros, ils sont plus humains !
Ce roman, malheureusement, confirme ma position quand à l'honnêteté des gens qu'on appelle engagé. Ici, Davide se rapproche inconsciemment au plus près de la mort afin de comprendre et d'appréhender ce qui va arriver à son oncle Beppe. Je pense qu'aucun acte n'est réellement désintéressé … Ce genre d'acte n'existe pas. Un homme désintéressé, n'est pour ainsi dire, pas un homme. C'est l'auteur lui-même qui le dit : le sauveteur a besoin que son acte de dévouement soit prit en considération … Un peu comme les Youtubeurs qui se filment en train d'offrir l'aumône aux mendiants afin d'attirer à eux le nombre de vues. Qui demande reconnaissance, témoigne d'un manque de sincérité … Sans le vouloir, Davide fait la lumière sur la différence entre pitié et peine : les migrants morts attisent la pitié (donc, de la condescendance) alors que Beppe attire la peine (donc, sans arrière pensée).
Comme le dit si bien Chuck Palahniuk, l'homme s'ennuie profondément alors il crée des guerres et des conflits, pour pouvoir passer son temps à les faire cesser puis, il recommence. Encore et encore. le problème de ce monde ne tient à rien d'autre qu'à la monétisation des biens. le plus pauvre envie le plus riche. Et l'envie mène indéniablement aux conflits … Tout ne tient qu'à une chose : choisir l'Homme (oui, avec un grand H) qui saura nous guider tel un père de famille, et non comme un banquier dirigerait sa banque. Malheureusement, l'argent dirige le monde. Ceux du petit peuple, tout comme celui du grand peuple …
En réalité, j'avais l'impression de subir un racolage littéraire. Et, grand Dieu, je déteste me sentir manipuler. Je n'aime pas qu'on essaie de me faire pleurer pour me faire adhérer à un point de vue.
En lisant ce roman, je me suis aperçut d'un fait très alarmant : l'écriture n'est plus libre, comme elle pouvait l'être à l'époque. Autrefois, les points de vue étaient opposés. de nos jours, il y a une ligne conductrice à suivre pour que le récit soit, un tant soit peu, commercial. le problème : les oeuvres manquent indéniablement d'âme. Et c'est, à mon sens, également le cas de celui-ci qui regorge des mêmes propos tenus par tant et tant d'autres. Les seuls passages qui m'ont semblé écrit réellement avec beaucoup de coeur sont les passages traitant de Beppe. Et, je dois l'avouer, cela m'a beaucoup ému.
Rendons à César ce qui lui appartient : l'auteur sait nous ancrer dans les lieux qui animent son intrigue grâce à des petits mots et petites expressions siciliennes posées ici et là. C'était un véritable plaisir à lire.
De mon côté, je dirais que l'auteur a parfaitement réussi les passages traitant de sa relation avec son oncle et son père. Une relation tout-à-fait merveilleuse et émouvante. Il a donné de son coeur à l'écriture de ses passages … Il a donné de ses émotions … Et, on les a parfaitement ressenti. Par contre, en ce qui me concerne, il n'a pas réussi à m'émouvoir sur le sujet épineux de nos pays : l'immigration. Pourquoi ? Parce que son récit n'est ni objectif et ni honnête. Les romans, à mon sens, ne sont pas fait pour manipuler les conscience mais pour nous mener à nous questionner. Ici, on ne se questionne pas, on impose par le manque d'oppositions d'opinions. L'auteur peut remercier Beppe, pour l'obtention de ces deux étoiles à mon classement. Sans cet homme, il n'en aurait eu aucune.
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Mespetitescritiqueslitteraires
  14 août 2018
Davide et son père regardent L Histoire se dérouler sous leurs yeux, dans l'immensité de la Méditerranée, à Lampedusa. Pendant plus de trois ans l'écrivain s'est fait le témoin des vagues successives de rafiots bondés de migrants en détresse. Ils viennent de la corne de l'Afrique. Ils ont bravé la peur, le soleil implacable du désert, les passeurs sans foi ni loi pour fuir. Fuir la pauvreté, la famine, le chômage, la corruption. Souvent détenus en Lybie, avec toute la violence qui en découle, ils cheminent vers l'Europe avec l'espoir vissé au corps, la promesse d'un avenir plus doux. Ils n'ont ni identité, ni âge, ni nationalité. Dépouillés de leur histoire personnelle, ce sont des hommes affaiblis et moribonds qui s'échouent sur les plages de sable blanc de cette petite île perdue entre l'Europe et l'Afrique. L'Europe, c'est l'espoir d'une nouvelle vie, d'une renaissance. Ils sont alors prêts à braver tous les dangers.

La Loi de la mer est une ode à l'amour, à la vie. Dans ce récit s'entremêlent la fragilité et la force de tout être humain. Grâce aux nombreux témoignages d'habitants, de secouristes, d'exilés et de survivants, Davide Enia donne toute la mesure de l'urgence de la réalité. Sans jamais tomber dans le pathos, il décrit avec précision la violence qui accompagne chaque migrant. Et pourtant, ce sujet s'avère très épineux car il évoque ici en majorité, les migrants économiques (Niger, Cameroun, Erythrée, Soudan, Somalie, Maroc, Tunisie, Népal). C'est en cela que les témoignages sont indispensables.
Tout en restant factuel, l'auteur parvient efficacement à dépeindre les sentiments contradictoires des habitants de Lampedusa. Lors des premiers débarquements, certains îliens se sont laissés submerger par leur atavisme de protection pour ensuite laisser parler leur coeur et secourir ces hommes, ces femmes, ces enfants du bout du monde.
Et pourtant, quelle honte y-a-t-il d'avoir ces deux réflexes opposés, l'instinct de protection et l'instinct de porter secours? Même contradictoires, ces deux sentiments sont humains. Pouvons-nous blâmer les habitants de vouloir se protéger de l'inconnu, de vouloir protéger leurs conditions de vie? En aucune manière… Et dans ce récit, Davide Enia met en exergue l'humanité que chacun porte en lui, sans jugement, partialité ou prosélytisme.
Pour autant, j'entends déjà des voix qui chercheraient à y apporter un discours politique, à critiquer le besoin impérieux de ces migrants économiques ou climatiques à quitter leur pays… le plus grand danger serait de se laisser aller à se poser la question à savoir quel serait le degré d'empathie pour un migrant économique et celui pour un réfugié politique? Il semble donc impératif de répéter que ce récit n'a pas pour but d'apporter un regard idéologique, bien au contraire. le lecteur qui cherchera des solutions pour enrayer ou assimiler ces flux migratoires n'en trouvera aucune. Ce n'est pas une histoire de politique, d'économie. C'est une histoire d'Homme (oui, avec un grand H).
L'auteur se fait le porte-parole de tous ces gens qui respectent la Loi de la mer. Cette loi, tacite et séculaire, qui impose de porter secours à toute personne en danger de mort.
Cependant, en refermant la dernière page du livre, un sentiment de malaise nous envahit. Lampedusa et ses habitants, livrés à eux-mêmes… Qui se soucie réellement des problèmes rencontrés par les habitants? Des flots incessants de journalistes déferlent sur les plages lors des débarquements, encore plus depuis ce tragique 3 octobre 2013 où 366 migrants africains ont trouvé la mort. Les habitants vivent quotidiennement avec le souvenir de ces corps repêchés et gonflés comme des éponges, de ces cercueils alignés… L'ampleur de ce drame a provoqué un immense coup de tonnerre dans la bulle médiatique mais, in fine, rien ne change. Une quinzaine de jours plus tard, c'était 700 personnes qui allaient être secourus au large de l'île… Mais les lampedusiens continuent, envers et contre tout à sauver des vies, à apporter de l'eau, de la nourriture, des vêtements chauds. Ils continuent car, à bien y réfléchir, ont-ils d'autres choix? Leur générosité, leur bonté et leur altruisme font briller à nouveau l'étoile de l'espoir, font renaître ce sentiment profond d'appartenance à la race humaine.
De leurs témoignages, tous aussi poignants les uns que les autres, Davide Enia en a fait une ode à l'amour, à l'humanité, à l'entraide. Il s'évertue à rendre publics leurs paroles, leurs doutes, leurs failles, leurs blessures, leurs traumatismes. Alors, confortablement installé dans son fauteuil, le lecteur ne pourra que se laisser envahir par son humanité, quelles que soient ses opinions politiques, car la Loi de la mer se fiche pas mal des couleurs, des frontières, des difficultés économiques, des guerres, des religions.
Un récit poignant, tragique, profondément humain et écrit avec la plus grande des sensibilités qui mérite amplement le prestigieux prix Mondello qui lui a été décerné.
Je remercie sincèrement Masse Critique et les éditions Albin Michel pour leur envoi à titre gracieux.
Lien : https://mespetitescritiquesl..
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MahaDee
  14 août 2018
« La loi de la mer » est le second ouvrage de Davide Enia, écrivain italien d'origine sicilienne.
C'est un récit, ou plutôt deux récits. L'auteur dans son texte présente les observations qu'il est venu faire sur la petite île italienne de Lampedusa, au large de la Sicile à mi-distance de la Tunisie. Mais cette présentation se trouve télescopée par un récit familial dans lequel il évoque le rapprochement avec son père alors que pendant ce temps son oncle se meurt d'une rechute cancéreuse. C'est ce télescopage même, entre l'histoire familiale et le drame humain qui se joue en Méditerranée, qui crée l'oeuvre littéraire. Car il s'agit bien d'un texte littéraire. Pas seulement d'un documentaire de type journalistique sur l'arrivée de migrants dans des embarcations de fortune avec des conditions précaires et souvent désastreuses.
Lampedusa est le premier rocher européen où accostent (dans le meilleur des cas) les embarcations partie des côtes libyennes. La traversée est à haut risque et de nombreux migrants y perdent la vie. Alors même que des passeurs sans scrupules et souvent violents s'enrichissent de la misère des autres.
L'auteur donne la parole aux habitants de l'île, aux locaux. Tous les témoignages qui nous sont proposés, toutes les paroles qui nous sont rapportées, mettent l'accent sur la dureté de la situation et montrent à quel point chacun de ceux qui ont affaire à ces « débarquements », à ces échouages d'humains morts ou vifs refoulent leurs émotions trop intenses pour être exprimées simplement.
« En mer, toutes les vies sont sacrées. Si quelqu'un a besoin d'aide, on lui porte secours. Il n'y a ni couleur de peau, ni ethnie, ni religion. » C'est la loi de la mer.
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Guillaume72
  03 août 2018
je tiens tout d'abord à remercier Babelio et les éditions Albin Michel pour m'avoir offert cet ouvrage dans le cadre d'une opération masse critique.
Je dois dire que je n'avais jamais lu de livre de Davide Enia. J'avais vu passer en librairie son premier ouvrage traduit en Français : "Sur cette terre comme au ciel" sans que cela ne déclenche un acte d'achat chez moi.
Pourtant, l'auteur a obtenu le prix du premier roman étranger avec ce titre. Son second ouvrage que je tiens entre les mains a quant à lui obtenu le prix Mondello en Italie. Davide Enia publie dans une grande maison d'édition, dans une collection qui compte bon nombre d'auteurs de très grande qualité : Doris Lessing, Kawabata, Mishima, Barrico, Hollinghustt... C'est peu dire. C'est donc son deuxième livre traduit en français pour un auteur qui a déjà publié quelques ouvrages supplémentaires en Italie.
En ouvrant le livre : petite déception pour moi. Je m'attendais à une invitation au voyage avec un titre comme "La loi de la mer" et je découvre que le sujet est en fait l'arrivée des migrants sur l'île de Lampedusa. Cela me rapproche beaucoup de mon quotidien professionnel. Adieu donc le dépaysement et l'invitation au voyage.
Il m'arrive cependant peu souvent d'abandonner un ouvrage en cours de lecture et puis un bon talent de plume peut compenser ce rappel à un quotidien professionnel parfois un peu lourd. Je me lance donc dans la lecture...
Pas de doute, le talent de plume est là... L'écrit est fluide et la langue contient quelques joyaux poétiques. Au passage, félicitation à la traductrice qui a su conserver cet aspect de la langue.
J'hésite à qualifier cet ouvrage de roman. Il y a peut-être une partie romancée, mais cela se rapproche plus d'un reportage au travers d'interviews d'acteurs de terrain mêlées à un récit plus autobiographique (tout au moins peut-on le penser...)
Le livre met en parallèle deux lignées de récits qui sont toutes deux des courses contre la mort : celle des migrants qui traversent la méditerranée pour des raisons diverses et celle de la lutte contre la maladie représentée très souvent par un crabe (tient encore un animal lié au monde maritime...!)
Le centre du récit concerne donc le témoignage des acteurs qui recueillent les migrants sur cette île au large de la Sicile qu'est Lampedusa, mondialement connue dans les médias pour avoir accueilli des flots de naufragés sur ses côtes. le sujet est difficile : cela peut vite virer au pathos et aux bonnes intentions débordant de sucre un peu écoeurant tout en masquant la dure réalité derrière ces arrivées. Davide Enia évite avec brio ces deux écueils. Il ne masque pas les violences liées à ces arrivées, les trafiquants qui exploitent la misère de ceux qui fuient et les crimes commis lors de ces migrations. N'oublions pas en effet que toute migration est une violence, tant du point de vue de la décision de partir qui est une violence en soit que de celles vécues au cours du périple. C'est fou de constater à quel point certains charognards parviennent à transformer les rivières de larmes en flots d'or tout simplement en exploitant la misère et la détresse humaine. L'auteur ne masque pas non plus la diversité de ces parcours. On aurait en effet tendance à penser que ces flux de population viennent directement des nouvelles zones de conflits : Irak, Syrie, Afghanistan, corne de l'Afrique et pourtant, les origines géographiques sont beaucoup plus diversifiées avec les flux traditionnels de l'Afrique sub-saharienne (Nigéria, Congo sierra Leone, Angola...) et quelques personnes venues de l'extrême Orient (Népal, Bengladesh...) . L'auteur n'aborde pas les motivations à ces exils en disant fort justement qu'il faudra du temps à ces migrants pour écrire leur propre histoire. On peut cependant penser qu'au delà de l'asile politique des flux sont motivés par des raisons économiques, voire climatiques. Ne pas aborder le sujet permet sans doute de ne pas juger. qui peut en effet condamner quiconque de vouloir offrir à ses enfants un avenir meilleur ?
Face à ces arrivées, Davide Enia nous dresse le portrait des habitants de Lampedusa, gens ordinaires confrontés à des événements extraordinaires, qui vont réagir avec les réflexes acquis depuis des siècles auprès des insulaires et des gens de mer. Ils vont appliquer la loi intangible des gens de mer : quand une personne est en détresse sur les flots, on lui vient en secours, quelles que soient les idées philosophiques, politiques ou religieuses des uns ou des autres. Seule l'humanité avec un grand H peut s'appliquer dans de telles conditions. Ces acteurs du quotidien qui interviennent sur les flots ou à terre dépassent la peur de l'autre pour s'inscrire dans la solidarité. Ce sont en quelque sorte des anti-héros bien héroïques comme le samurai : ce garde côte, ou encore le plongeur qui laissent en mémoire des images indélébiles.
Ces principes ne s'appliquent pas sans difficulté. le choix face à quatre personnes qui se noient en même temps d'intervenir auprès de celui ci en premier plutôt qu'auprès de tel autre avec toutes les conséquences qui peuvent en découler marque de rides et de remords les peaux, les coeurs et les mémoires.
Le second volet de l'histoire contient dans ses non dits beaucoup d'amour. Davide Enia aborde avec beaucoup de délicatesse et de tac les relations entre un père et son fils et entre deux frères. Nous sommes là très loin du cliché de l'Italien volubile qui parle avec les mains. Nous avons affaire à des siciliens pour qui parler est un effort en soi. Les non dits et les regards expriment bien plus que les mots et c'est d'une beauté indicible.
Le lien entre les deux thèmes narratifs et sans doute la question de la mémoire. C'est tout au moins l'hypothèse que je pose à la lecture des derniers instants de l'oncle Beppe. La narrateur explique en effet à ce dernier que par l'intermédiaire de la mémoire des beaux instants lumineux que chacun laisse dans la mémoire des vivants, la mort devient une étape de la vie et non un point final. Dès lors, cela pose la question de ceux qui ont périt et qui continue à périr en mer en ne laissant rien derrière eux, pas même cette mémoire. Il devient sans doute indispensable de crier son nom avant de mourir enseveli dans les flots afin que l'on puisse inscrire au moins sur une pierre tombale le nom de celui qui gît ci-dessous afin d'établir à tout le moins une mémoire collective qui sauve de l'oubli.
Que d'amour et d'humanité dans ce livre qui a su à mes yeux dépasser ses handicaps et m'intéresser, voire me passionner. C'est un très grand talent de plume qui s'exprime sur un sujet complexe. le travail de documentation a été excellent et l'ouvrage est au final très convaincant. Félicitations à l'auteur et au traducteur...
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Maquart
  17 juillet 2018
« Après le printemps arabe on avait vu se succéder à Lampedusa des arrivées en masse. »
Lampedusa, « c'est un fourre-tout : les migrations, les frontières, les naufrages, la solidarité, le tourisme, la haute-saison, la marginalité, les miracles, l'héroïsme, le désespoir, la souffrance, la mort, la renaissance, l'accueil. »
Mais que s'y passe-t-il vraiment ?
L'écrivain et dramaturge, Davide Enia, palermitain jusqu'à l'os, nous éclaire.
Pendant trois ans, il a rencontré des gens qui y vivent.
« Plus d'étrangers que d'habitants sur l'île : au moins dix mille personnes, pour guère plus de cinq mille Lampedusiens. Suscitant à la fois crainte et curiosité, méfiance, mais aussi miséricorde. »
Un sacré chaos à gérer.
Et puis le 3 octobre 2013 :
«Un événement qui dépassa les pires cauchemars. Une embarcation se retourna à quelques centaines de mètres des côtes, les eaux se couvrirent de cadavres et Lampedusa fut envahie par les télévisions et les cercueils. »
Les portraits qu'il dresse sont vraiment magnifiques.
Comme ce couple de sicilien, venu restaurer la maison familiale pour en faire des chambres d'hôtes.
Et qui culpabilise, car leur premier sentiment, quand ils virent ses naufragés, fût…la peur.
Ils vivent dans « une maison qui donne sur la route de l'accident. »
Ou ce « rescue swimmer » qui intervient pendant les opérations de sauvetage et qui parfois en quelques secondes, doit choisir qui il va sauver…Un colosse en pleure…
« Chaque fois, j'ai le sentiment de me trouver face à des êtres qui portent en eux tout un cimetière. »
Il évoque le remarquable travail des bénévoles (Croix-Rouge, l'UNHCR, Save the Children).
Les risques pris par les garde-côtes qu'il compare à des samouraïs.
Gabriella, la médecin du CISOM (Corps italien de secours de l'Ordre Malte).
Vito, le petit naufragé devenu sauveteur.
L'arrivée de ces jeunes gens, la plupart pieds nus et complètement trempés.
« J'essayai de parler avec eux.
« Where do you come from ? »
« Niger », « Cameroun », « Syrie », « Erythrée », « Soudan », « Somalie », « Maroc », « Tunisie », « Népal ».
Le monde entier. »
C'est beaucoup plus qu'un simple témoignage ou un reportage.
Davide est écrivain, pas journaliste.
Certains passages sont vraiment bouleversants, à peine soutenables…
Car avant l'arrivée, ou la mort, il y a toutes ces violences subies, ces viols, ces conditions de traversée…
Parallèlement à cette tragédie humaine, à la manière d'Emmanuel Carrère, l'auteur mêle sa propre vie à son récit (ses souvenirs d'enfance, sa famille de carabins, son amie, ses chats, ses conversations téléphoniques avec son oncle malade qu'il aime beaucoup, son amitié avec Toto).
D'ailleurs ce livre par son intensité, cette émotion qui vous étreint et ne vous lâche plus, m'a fait penser à « D'autres vies que la mienne. »
Un titre qui conviendrait à ce livre d'ailleurs.
Il aussi question de filiation :
Sa relation avec son père, ancien cardiologue, qui lui ressemble tant.
« Cette Sibérie affective. »
Et de leur dialogue, longtemps interrompu.
Passionné de photo, il a accepté de l'accompagner pendant l'un de ses voyages.
(Il y a d'ailleurs une vraie réflexion sur la photo. Quand en prendre, à quoi sert-elle…)
Et leur lien qui au cours de ce séjour, puis ensuite, non sans difficultés, se retisse.
L'oncle, plus jeune que son père, avec qui il a tant de bons souvenirs et qui se meurt.
La mort rôde, il en est beaucoup question.
Jusqu'au moment où cet oncle est hospitalisé dans la même chambre qu'un migrant.
Comme une boucle qui se referme.
La force de ce récit est tellement plus grande que celle des images vues jusqu'à saturation.
C'est vraiment un livre magnifique, par ce qu'il dit, mais aussi par son écriture.
Ces naufragés, grâce à la biographie qui en est faîte, ne sont plus des abstractions ou des images à la télévision mais des êtres humains.
Qui ont une histoire.
Qui cherche un avenir et non pas de la pitié ou du paternalisme.
On ne plus dire qu'on ne savait pas vraiment…
Bouleversant. Déchirant. Indispensable.
« Plusieurs récits livrent le même témoignage : celui qui se noie, souvent crie son nom aux autres, qu'il ait été jeté à l'eau vivant par les passeurs, ou précipité en mer par une vague prise de travers. Avant de se noyer, on crie son nom.
« Pourquoi ?
- Sûrement pour ne pas qu'on l'oublie. Et pour qu'à la maison sa famille et les gens du village sachent que lui, qui s'appelle Untel, ne s'en est pas sorti, qu'il est mort en mer. Comme ça, ils ne chercheront pas à le retrouver et au moins ils seront libérés de cette angoisse. » »
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
Guillaume72Guillaume72   03 août 2018
Deux amoureux s'embrassent près d'un bateau dans l'air tiède de ce début d'octobre. Le ciel offre son bleu en cadeau, et dans l'image que l'eau renvoie, les reflets des lumières étincellent comme des lucioles, brèves et vite englouties par ce qui est trop paisible et trop distant pour englober vraiment les angoisses et les joies de ceux qui habitant de ce côté ci de la vie.
Ici, au coeur de l'Europe, on a gardé la mémoire de la force de la mer. C'est écrit dans la peau de cette ville, au visage marqué de rides de sel.
Une ville qui a compté autant de marins parmi ses habitants connaît ses lois.
La mer respire, à la différence du ciel.
La mer donne et prend quand elle le décide, comme le ciel.
La mer, cette même mer où je viens d'arriver accompagné par les canaux, qui baigne toutes les côtes d'Europe, est maintenant remplie de corps morts, ces migrants naufragés dans l'Odyssée du désespoir.
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SayanneSayanne   25 août 2018
C'était ça, pour toi, être père ? Me suivre en silence quand je marche dans les ruines et les buissons d'épines, sans me perdre de vue?
Si je ne m'étais jamais aperçu de sa présence, c'est que je donnais plus d'importance à ce qui manquait, les paroles, au lieu de comprendre la valeur de ce qui avait toujours été là, son regard.
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PaginettesPaginettes   17 juillet 2018
On n’échappe pas à la guerre en montant dans un avion. On s’enfuit à pied et sans visa. Quand la terre finit, on monte dans un bateau. C’est toujours la même histoire finalement. Une jeune Phénicienne s’échappe de la ville de Tyr, elle traverse le désert tout entier et puis ses pieds n’avancent plus parce que devant elle il y a la mer. Là, elle rencontre un taureau blanc qui baisse la tête, la prend sur son dos, et devient une barque qui sillonnera la mer pour l’amener en Crète. Cette jeune fille s’appelle Europe. C’est de là que nous venons. Nous sommes les enfants d’une traversée sur l’eau.
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Chahrazed11Chahrazed11   07 août 2018
Plusieurs récits livrent le même témoignage : celui qui se noie, souvent, crie son nom aux autres, qu’il ait été jeté à l’eau vivant par les passeurs, ou précipité en mer par une vague prise de travers. Avant de se noyer, on crie son nom.
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totopinettetotopinette   24 juillet 2018
On cherche souvent loin de soi quand on devrait regarder tout près 
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