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Charles Zaremba (Traducteur)Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)
ISBN : 2264033819
Éditeur : 10-18 (14/11/2002)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 364 notes)
Résumé :
"Budapest, 1944. Arraché à sa famille, le narrateur, quinze ans, se retrouve tassé dans un wagon à bestiaux. Depuis que l'étoile jaune a fait de lui un paria, le jeune garçon enregistre ce qui lui arrive avec une minutie ingénue.

Une distance, qui fait la singularité parfois paradoxale de ce roman au thème devenu hélas familier. Après tout, ce voyage est peut-être une occasion de voir le monde. Un lever du soleil magnifique n'éclaire-t-il pas l'arriv... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
milado
  28 juin 2014
Longtemps après avoir refermé le « si c'est un homme » je suis toujours hanté par ce livre. En ouvrant cet « être sans destin » je pensais me retrouver en terrain connu, éprouver les mêmes sensations qu'à la lecture de Primo Levi. du coup j'ai été très déstabilisé par la candeur, la passivité d'Imre Kertész. d'ailleurs j'ai longtemps pensé attribuer une note inférieure à ce livre, jusqu'à cette dernière partie, ces 30 dernières pages relatant son retour en Hongrie, un chapitre bouleversant, qui fait froid dans le dos, qui m'a mis K.O., que je relis en boucle depuis plusieurs jours. En effet, ici sont livrées les clés qui expliquent son comportement, son ressenti et là, je me suis senti aussi « coupable » que ses anciens voisins, heureux de le voir revenir vivant mais incapables désormais de le comprendre. Quand on lui demande ce qu'il ressent en retrouvant sa ville il répond « de la haine... envers tout le monde », envers ces gens qui ont vécu ou survécu pendant qu'il était à Buchenwald, envers ces gens qui lui parlent de son avenir, envers ces gens qui lui conseillent d'oublier ces atrocités sans se rendre compte de l'absurdité de leurs paroles.
«  … je commence tout doucement à voir qu'il y a une ou deux choses dont on ne peut visiblement jamais discuter avec des étrangers, des ignorants, dans un certain sens des enfants... »
J'ai lu dans la critique d'IreneAdler : « Ce texte confirme une autre chose : quelque soit le nombre de témoignages lus, quelque soit le nombre de point de vue abordé, nous resterons toujours de l'autre côté des barbelés. » . C'est exactement ça, une barrière infranchissable nous sépare à jamais de ces survivants.

« Moi aussi, j'ai vécu un destin donné. Ce n'était pas mon destin, mais c'est moi qui l'ai vécu jusqu'au bout, et j' étais incapable de comprendre que cela ne leur rentre pas dans la tête : que désormais je devais en faire quelque chose, maintenant, je pouvais ne pas m'accommoder de l'idée que ce n'était qu'une erreur, un accident, une espèce de dérapage, ou que peut-être rien ne s'était passé. Je voyais, je voyais très bien qu'ils ne comprenaient pas trop, mes paroles n'étaient pas vraiment à leur goût, l'une ou l'autre semblait même les irriter. »

« On ne peut pas – il fallait qu'ils essaient de comprendre cela – on ne peut pas tout me prendre, il m'est impossible de n'être ni vainqueur ni vaincu, de ne pas pouvoir avoir raison et de n'avoir pas pu me tromper, de n'être ni la cause ni la conséquence de rien ; je les suppliais presque d'essayer d'admettre que je en pouvais pas avaler cette fichue amertume de devoir n'être rien qu'innocent. Mais je voyais qu'ils ne voulaient rien admettre, et ainsi, prenant mon sac et ma casquette, après quelques gestes embarrassés, mouvements inachevés, au milieu d'une phrase inachevée, je suis parti. »
Une lecture bouleversante loin du sensationnalisme, de tout misérabilisme, très déroutante mais assurément indispensable.
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Gwen21
  15 juillet 2017
Même si toute guerre est meurtrière, la Seconde Guerre Mondiale se distingue des autres conflits par la Shoah, ce traumatisme profond qui continue à faire couler beaucoup d'encre, même parmi les écrivains contemporains. Quand on porte un regard objectif sur la production littéraire des soixante-dix dernières années, on constate qu'auteurs et public restent "fascinés" par l'extermination massive des Juifs par les Nazis.
Imre Kertész (1929-2016), écrivain hongrois juif, récipiendaire du prix Nobel de littérature 2002, est un survivant des "camps de la mort". Son roman "Etre sans destin" est un récit autobiographique écrit dans les années 60 mais publié seulement en 1975. Tout comme son narrateur, il fut arrêté, adolescent, à Budapest, puis déporté à Auschwitz et à Buchenwald. A travers le témoignage littéraire d'Imre Kertész, la fiction cède rapidement le pas à la réalité atroce et difficilement concevable des camps de concentration et d'extermination.
Bouleversant comme la grande majorité des récits sur la période, "Etre sans destin" tire son "originalité" non seulement de son caractère autobiographique poignant mais également du regard qu'il offre sur la Hongrie, une nation dont on parle peu en cours d'histoire et qui commit pourtant le crime de suivre Hitler dans son utopie politique et raciale. Aux côtés du narrateur, le lecteur vit l'expérience traumatisante de l'arrestation arbitraire, du manque d'informations, de l'impossibilité de comprendre la situation, de l'incapacité des victimes à agir pour leur libération et de l'engrenage infernal des jours de captivité.
A l'issue de la lecture, impossible de ne pas ressentir profondément les traumatismes du nazisme, ni de faire le lien avec les génocides actuels, que ce soit celui des homosexuels en Tchétchénie ou ceux qui frappent les Africains subsahariens. On pourrait penser que la Shoah, par son ampleur et ses séquelles, fut l'apogée d'une barbarie à jamais archivée mais force est de constater que l'Homme a la mémoire désespérément courte.
J'ai conscience que le mot "traumatisme" revient dans ce billet avec une régularité désespérante mais aucun autre terme ne me semble plus approprié à employer.

Challenge Petit Bac 2016 - 2017
Challenge ATOUT PRIX 2017
Challenge NOBEL
Challenge AUTOUR DU MONDE
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bilodoh
  17 octobre 2014
À travers le regard d'un adolescent, un témoignage différent sur les camps de concentration, un récit autobiographique du prix Nobel de littérature 2002.

À Budapest, un garçon de quinze ans vit avec son père et sa belle-mère. Il ne comprend pas très bien pourquoi, mais son père doit partir pour un camp de travail. Arrêté lui-même plus tard, il échappe aux fours d'Auschwitz pour être envoyé à Buchenwald. Il y travaille et y dépérit, mais il a la chance que dans ce camp, on soigne les malades. Il pourra rentrer chez lui après un an de détention.

Ce garçon n'a pas l'étoffe d'un héros. Ce n'est pas un homme fort ni un rebelle qui s'échappe du camp. Ce n'est pas un leader ni un rusé négociateur pour se procurer des avantages. C'est seulement un jeune homme, étonné de ce qu'il voit, soucieux d'apprendre les règles pour « bien faire » comme pour tout ce qu'on fait dans la vie, apprendre donc les règles pour être un bon détenu. Un homme qui continue d'avancer avec le temps, de faire un pas de plus.

Dans ce livre, ce ne sont pas les atrocités ou les tortures sadiques qui sont décrites, mais plutôt la psychologie de ces gens ordinaires qui sont embarqués, trompés et qui espèrent toujours. Des gens qui continuent simplement d'appliquer leurs valeurs ordinaires : respecter l'autorité, suivre la foule, bien se comporter en société. Des gens dont la survie dépend de leur obstination plutôt que de leur héroïsme.

Un ouvrage à lire absolument pour voir autrement et peut-être comprendre les mécanismes de la machine sociale dont on fait partie.
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gouelan
  20 novembre 2014
Être sans destin c'est être privé de sa liberté, de son humanité, devenir objet et non sujet.
de là on comprend mieux le style de l'auteur, rapportant les faits comme s'il en était détaché, comme si son âme volait au-dessus de son corps, avec naïveté, passivité.
Dés les premières pages, on se rend compte que le jeune adolescent Juif hongrois, ne conçoit pas la haine que les gens ont à l'égard des Juifs, il n'a pas la conscience de cette différence, il en a même un peu honte. Pourquoi le port de l'étoile jaune, si ce n'est pour marquer la différence, qui sans cela ne serait pas visible.
Jeune, innocent et naïf, il s'imagine, au début, être comme un acteur de théâtre, qui ne connaîtrait pas bien le rôle qu'il a à jouer, il est embarrassé, étonné. Comment comprendre ce qui lui arrive? Il avance pas à pas vers l'horreur, il s'y habitue, il finit même par trouver la quiétude , la paix , le soulagement.
Chacun, dans cette histoire, a avancé pas à pas vers son destin, qui n'était peut-être pas le sien , qui aurait pu être autre, si certains avaient oser agir, faire n'importe quoi, mais faire quelque chose.
"S'il y a un destin, la liberté n'est pas possible ; si au contraire [...] la liberté existe, alors il n'y a pas de destin, c'est-à-dire[...] qu'alors nous sommes nous-même le destin. "
Ce récit est d'autant plus troublant, qu'il est écrit avec détachement, avec une sorte d'acceptation de son sort, comme si tout cela était naturel. Cette rupture est sans doute nécessaire à l'auteur pour révéler les atrocités , l'horreur, pour ne pas s'y perdre complètement , il s'en sert comme d'une sorte de bouclier.
On ressent aussi dans ce récit, la force incroyable de ces hommes face à la barbarie. Ils résistent par les seuls moyens qui leur restent ; l'imagination, l'obsession, l'obstination.
"Et malgré la réflexion, la raison, le discernement, le bon sens, je ne pouvais pas méconnaître la voix d'une espèce de désir sourd, qui s'était faufilée en moi, comme honteuse d'être si insensée, et pourtant de plus en plus obstinée : je voulais vivre encore un peu dans ce beau camp de concentration."
Continuer à vivre sa vie invivable, en acceptant tous les arguments, au prix de pouvoir vivre, en cachant au fond de lui, la haine de tous, et se laisser prendre tout naturellement au piège du bonheur.

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johaylex
  17 juillet 2012
Certains livres, de par leur thème douloureux, presque autobiographiques, rendent leur critique délicate.
Restituer un avis sur ces textes devient une gageure d'apprenti funambule car, par l'émotion objective qu'ils véhiculent, au sens où l'évocation des enfers humains arrive en monolithe, voire en monument, il est difficile de se focaliser sur leurs qualités proprement littéraires. Récit tragique devant lequel il sera bienvenu s'incliner ou roman qui a une toute autre ambition ?
Je me souviens l'interview d'un Edgar Hilsenrath expliquant que seul son roman "Nact" / "Nuit" était le seul objet littéraire racontant la Shoah, les autres étant des récits et témoignages. La lecture de ce texte en début d'année 2012 a été l'un des grands moments de celle-ci.
C'était avec quelque appréhension que j'ai lu à la suite "Etre sans destin" de Kertesz, comme pour ne pas rester sur cette impression, comme pour essayer encore de me convaincre que certaines expériences restaient rétives à la littérature et devaient se limiter à leur simple transcription...
Après quelques pages, ma première réflexion a été: "tiens, mais c'est un roman kafkaïen !" C'est que Kertesz emporte son lecteur dans son expérience mais la transpose non pas comme s'il en témoignait, mais comme s'il la revivait intégralement. Il ne sait donc pas ce qu'il adviendra de son être, lui ne sait pas encore comme nous l'existence des camps de la mort... Vertigineux paradoxe littéraire temporel...
On comprend que le présent de l'indicatif domine largement son texte. Pire encore, et c'est en cela que Kafka n'aurait peut-être pas renié un tel roman, Kertesz ne se pose jamais la question du "pourquoi", il décrit simplement le "comment", à la manière de Gregor Samsa dans "La Métamorphose".
A titre d'illustration, l'antisémitisme qu'il a à subir de la part de voisins autrefois bienveillants n'est pas vécu comme une surprise ou comme une horreur, mais comme un fait avec lequel il doit désormais composer. Des termes tels que "naturellement" doivent être parmi les mots les plus utilisés au début du roman pour caractériser la situation.
De même, le transport dans les trains vers Auschwitz est presque relaté comme une promenade. Certes, des gens meurent, mais c'est parce qu'ils n'étaient pas en assez bonne santé, vieux ou enfants, "naturellement".
On n'ose imaginer l'effort réalisé par Kertesz pour manifester ce détachement: sans doute est-cela le talent...
Ensuite, l'arrivée au camp d'Auschwitz-Birkenau peu avant l'aube est peu-être ce que j'ai lu de plus beau de ma vie, la description du lever du jour comme une métaphore de la littérature s'emparant des témoignages indicibles ou indescriptibles, les sculptant, les taillant, les polissant, et en faire oeuvre.
La comparaison qui est faite par la suite entre Auschwitz et Buchenwald achève de déranger et de magnifier le propos: pour un déporté quittant Auschwitz, Buchenwald ressemble presque...au paradis.
Kertesz déploie là une puissance, un dépouillement d'émotion qui fait dignité mais aussi, presque fantastique.
Son expérience de la Shoah a beau être racontée, le lecteur sent/sait qu'il ne pourrait comprendre à moins de la vivre à sa place. A défaut, Kertesz "nous la fait ressentir avec lui".
Quant à l'épilogue, je manque absolument de mots pour vous dire à quel point il est ...
Imre Kertesz a obtenu le prix Nobel de littérature en 2002. "Naturellement".
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
santorinsantorin   26 mars 2018
C'est à ce moment que notre attention fut attirée, plus sérieusement cette fois, par l'odeur. J'aurais du mal à la définir : elle était douceâtre et en quelque sorte gluante, elle rappelait un peu le produit chimique que je connaissais déjà, et tout cela à un point tel que je craignais que cela ne me fasse rendre le pain que je venais de manger. Nous n'avons eu aucun mal à trouver le coupable : c'était une cheminée, à gauche, du côté de la route, mais beaucoup plus loin. Renseignements pris auprès de notre chef, c'était une cheminée d'usine, cela se voyait tout de suite, mais beaucoup ont su tout de suite que, de surcroît, il s'agissait d'une tannerie. Effectivement, je me suis souvenu que le tramway passait devant une tannerie quant, autrefois, il m'arrivait d'aller avec mon père voir un match de football, le dimanche à Ujpest, et alors je devais toujours me boucher le nez. Par ailleurs, le bruit courait déjà qu'heureusement nous ne travaillerions pas dans cette usine : si tout allait bien, si le typhus, la dysenterie ou quelque autre épidémie ne se déclarait parmi nous, nous irions dans un endroit plus accueillant, nous assurait-on......
Quoi qu'il en fût, les gens se sont mis alors à s'affairer autour du chef de bloc et de ses deux aides, à aller et venir, à les interroger les accabler de questions et à échanger immédiatement les nouvelles, demandant par exemple s'il y avait une épidémie "Oui" - telle fut la réponse ; et ce qu'il arrivait aux malades ? "Ils meurent". Et les morts ? "On les brûle", nous a-t-on dit. A vrai dire il s'est avéré petit à petit, et je ne sais plus très bien de quelle manière, que cette cheminée, là en face, n'était en réalité pas la cheminée d'une tannerie, mais celle s'un "crématorium", c'est à dire d'un four d'incinération, comme on me l'expliqua.....
Mais dans le lointain, nous avons aperçu encore une cheminée, puis une autre, et encore une à l'horizon lumineux, et chaque fois, nous étions étonnés, deux d'entre elles crachaient de la fumée, comme la nôtre, et ceux qui distinguaient au loin derrière une sorte de forêt au feuillage rabougri, un nuage de fumée qui s'élevait, avaient sans doute raison, et ils se demandaient à juste titre selon moi, si l'épidémie était importante au point de faire tant de morts.
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ostinatoostinato   02 décembre 2009
pourtant c'est de ce moment-là que datent mes connaissances les plus précises. A cet instant-là , là-bas, en face, brûlaient nos compagnons de voyage, tous ceux qui avaient voulu monter dans les camions , qui s'étaient avérées inaptes aux yeux du médecin à cause de leur âge ou pour tout autre raison , de même que les petits enfants, leurs mères et les futures mères pour lesquelles ça se voyait déjà, comme ils disaient. Eux aussi étaient allés de la gare aux douches. Eux aussi avaient eu des explications concernant les crochets, les numéros, les modalités de la douche, exactement comme nous. Il y avait eu des coiffeurs, assurait-on, et ils avaient reçu un morceau de savon. Ensuite, eux aussi étaient entrés dans le local des douches où, à ce qu'on me dit, il y avait aussi des tuyaux et des pommes: sauf qu'on ne leur a pas envoyé de l'eau mais du gaz . Je n'ai pas appris tout cela d'un coup, plutôt petit à petit, complétant sans cesse mes connaissances avec de nouveaux détails , en ôtant quelques-uns, en laissant d'autres et en en rajoutant de nouveaux. Cependant,disait -on, ils sont très gentils avec eux, ils les entourent de soins et d'affection, les enfants chantent et jouent au ballon et l'endroit où on les asphyxie est très beau, il se trouve au milieu d'une très belle pelouse, d'un bosquet et de plates bandes-bandes: voilà pourquoi cela éveillait en moi une impression de plaisanterie, d'une espèce de blague de potache.
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mfrancemfrance   05 novembre 2016
"Tu as dû en voir, jeune homme, des horreurs", a-t-il dit alors, mais je n'ai rien répondu. "mais, bon, a-t-il poursuivi, le principal, c'est que ce soit fini, passé,", et, tandis que son visage s'illuminait, il m'a montré les maisons parmi lesquelles nous cahotions et m'a demandé ce que je ressentais, de retour chez moi, à la vue de la ville que j'avais quittée. Je lui dis : "de la haine". Il se tait, mais remarque bientôt qu'il doit bien, hélas, comprendre ce sentiment. D'ailleurs, à son avis, "dans une situation donnée", la haine aussi a sa place, son rôle "et même son utilité", et il supposait a-t-il ajouté que nous étions d'accord, il savait bien qui je haïssais. Je lui ai dit :"tout le monde.". Il se tait à nouveau, cette fois plus longtemps, puis il reprend "tu as dû traverser beaucoup d'horreurs ?" et je lui réponds que cela dépend de ce qu'il entend par horreur. J'avais dû, dit-il alors avec une expression qui semblait assez gênée, beaucoup souffrir de privations, de la faim et j'avais vraisemblablement été battu, sans doute, et je lui dis : "naturellement". "Pourquoi mon garçon, s'est il alors écrié, mais je voyais qu'il commençait à perdre patience, dis tu à tout bout de champ "naturellement" à propos de choses qui ne le sont pas du tout?. Je lui dis :"Dans un camp de concentration, c'est naturel".
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bilodohbilodoh   17 octobre 2014
Et malgré la réflexion, la raison, le discernement, le bon sens, je ne pouvais pas méconnaître la voix d’une espèce de désir sourd, qui s’était faufilée en moi, comme honteuse d’être si insensée, et pourtant de plus en plus obstinée : je voulais vivre encore un peu dans ce beau camp de concentration.
(Babel, p. 259)
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Gwen21Gwen21   29 juillet 2017
En tout cas, dans un premier temps, partout, même dans un camp de concentration, on met de la bonne volonté à toute nouvelle activité - moi, du moins, c'est l'expérience que j'en avais : d'abord devenir un assez bon détenu, l'avenir fera le reste - voilà en gros comment je comprenais les choses, c'est là-dessus que je fondai mon comportement, de la même façon, d'ailleurs, que je voyais les autres le faire.
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