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La Trilogie des jumeaux tome 2 sur 4
EAN : 9782020239271
192 pages
Seuil (18/04/1995)
  Existe en édition audio
4.01/5   577 notes
Résumé :
Avec Le Grand Cahier nous étions dans un pays en guerre où deux enfants, des jumeaux, apprenaient à survivre en usant toutes les ressources du mal et de la cruauté. Puis les jumeaux se séparaient, l’un d’eux franchissant la frontière, laissant l’autre en son pays pacifié mais dominé par son régime autoritaire. Seul, désormais privé d’une partie de lui-même, Lucas, celui resté, semble vouloir se consacrer au bien. Il recueille Yasmine et adopte son fils Mathias, port... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
4,01

sur 577 notes
Second volet de - La trilogie des jumeaux -, - La preuve - fait donc suite à - le grand cahier - d'Agota Kristof.
Nous avions quitté dans le premier opus Claus, Lucas et leur père tentant de traverser la frontière.
Pour y parvenir il fallait qu'il n'y ait qu'un des deux frères qui se retrouve de "l'autre côté" ; le second se "sacrifiant" en restant au pays, dans la Petite Ville, dans la maison de grand-mère.
Cette seconde partie est, outre une narration à la troisième personne du singulier, emplie d'une violence et d'une cruauté davantage contenues que dans - le grand cahier -.
Mais contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, j'ai lu pour ce qui me concerne un roman empli d'une violence et d'une cruauté plus ou moins retenues.

Violence il y a dans cette "séparation", cette déchirure que vit Lucas après la fuite de son frère.
Une violence qui se traduit par ce qui ressemble à une autodestruction, le refus d'une vie désormais privée de sens.
Jusqu'à la rencontre avec Yasmine, jeune fille qu'il surprend à la rivière au moment où elle essaie de noyer Mathias son fils né d'une union incestueuse avec son père... à présent en prison. C'est violent, me semble-t-il !
Lucas recueille la mère et l'enfant qui souffre de malformations, qui claudiquera à vie et sera l'objet de toutes les cruautés que les enfants réservent à ceux qui leur sont différents, plus faibles, et qui leur font l'affront en dépit de leur handicap de les dominer intellectuellement.
Violent ou pas ?
Que dire de Victor le libraire addict à l'alcool et au tabac que Sophie sa soeur va tenter, au péril de sa vie, de libérer de ses démons, lui donnant enfin l'opportunité de réaliser son rêve : devenir écrivain ? La corde que le bourreau passera au coup du libraire apporte une réponse violente et cruelle à cette question... qui n'en était pas tout à fait une...
Pourquoi ne pas évoquer Clara, la bibliothécaire de 37 ans dont les cheveux ont blanchi en une nuit, la nuit où Thomas son mari fut pendu par les sicaires d'un régime totalitaire. Clara dont Lucas va faire sa maîtresse après avoir "rossé" son amant chirurgien et l'avoir contraint à demander sa mutation pour se débarrasser de l'importun.
Clara qui vit dans un passé omniprésent, obsessionnel, tyrannique.
Clara qui se joindra à l'insurrection... j'ai pensé à celle de Budapest en 56... que Lucas croira morte et qui réapparaîtra des années plus tard, morte vivante, vieille femme édentée, fantôme trainant à jamais ses chaînes.
Nous sommes toujours, à mon sens, dans la violence.
Si j'ajoute les squelettes de sa mère et de sa soeur que Lucas a pendu dans l'appartement et caché derrière un rideau, deux squelettes qui attendent qu'un troisième vienne se sus-pendre à leurs côtés, le même Lucas ne pouvant plus trouver le sommeil que sur la tombe du petit M... il n'y a pas là matière à plaider la légitime (?) violence.

Bien sûr on pourra me dire que la personnalité de Lucas s'est légèrement sociabilisée...
À cela je dis que le temps passant, oui, l'aide et la présence accordées au vieux curé délaissé par ses ouailles et par l'État, la relation "amicale" avec Peter, "l'amour" pour Mathias, tout ça tend à nous laisser croire que le Lucas de - La preuve - s'est humanisé.
Mais c'est faire abstraction de la "disparition" de Yasmine... Qu'est devenue la jeune femme ou qu'en a fait Lucas ?

Quelle que soit la lecture qui sera la vôtre, la mienne s'est faite à travers celle d'une pièce habilement mise en scène par son auteure.
Nous avons déjé fait mention du style.
Je le trouve automatisé :" Lucas dit, Lucas rit, Peter dit, Lucas rit de nouveau, L'enfant dit, Lucas éteint la radio, Victor demande, Victor sourit..."Dès les premières lignes de la première page nous avons affaire à ce parti pris de l'auteure :" Un soldat dit, Un autre soldat dit, le sergent dit, Lucas dit..."
Acteurs d'une pièce puzzle dont Agata Kristof tire habilement les ficelles.
Automates réels d'une pièce écrite dans un décor ( un pays ) qui fait des hommes des automates ?

Pour nous perdre un peu plus, la "sournoise marionnettiste" met en scène un Lucas dont apparemment personne ne se souvient qu'il avait un jumeau.
Par ailleurs des personnages du premier volet et des situations de celui-ci croisent ceux et celles de cette seconde partie.

Le rêve est présent lui aussi... questionnant la réalité à moins que ce ne soit le contraire.

Des figures comme celles des flashs d'un amnésique interpellent.
Qui est cet insomniaque qui passe son temps à demander l'heure ?

Quelle interprétation donner aux épisodes durant lesquels Lucas vomit et s'évanouit ?

Point d'orgue, la réapparition à la fin du roman de Claus venu retrouver Lucas... qui a disparu !!!...

Il semble évident que toutes les pièces du puzzle seront rassemblées dans – le troisième mensonge – et qu'on se dira alors contemplant le canevas, bon sang mais c'était bien sûr !

Un deuxième volet qui reste passionnant. Un jeu où l'auteure s'ingénue à brouiller les pistes mais où l'on sent qu'elle nous promène dans cette forêt où les jumeaux ont semé des cailloux pour ne pas trop nous perdre.
Une trilogie énigmatique dans laquelle le rêve, le mystère, l'amnésie, le rapport au temps maillent une trame hyperréaliste qui sert de prétexte à l'auteure pour dessiner en pointillés un réquisitoire contre les errances de l'Histoire et contre l'homme confronté à cette Histoire dans laquelle il écrit la sienne.
Les deux premiers volets de cette trilogie ne peuvent être lus sans la place et l'importance que revêt pour l'humain l'écriture.
Il y a du Kafka, du Hitchcock raconté le soir par un Orson Welles qui aurait troqué ses Martiens contre des jumeaux.
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Suite du « grand cahier » qui m'avait laissée aussi estomaquée qu'avide de connaître l'intention de l'auteure derrière la terrible fable.
Avec « la preuve », l'effet de sidération se poursuit, mais sur un autre registre.

Le style d'abord, plus plein et plus humanisé, en rupture avec les mots jetés avec une froide colère dans le premier tome.
L'histoire ensuite, où l'on voit avec stupeur le frère resté au pays faire montre de compassion et de générosité. Là où dans « le grand cahier » les jumeaux étaient seuls, amoraux, privés de sensations et sans interactions avec le monde extérieur, le frère côtoie ici de très près plusierus personnages, et ceux-ci amènent même quelques images de beauté et d'amour au hasard de quelques pages perdues dans l'univers policé et déshumanisé de cette ville de l'Est « révolutionnaire ».

Et à nouveau, la révélation finale qui fait remettre en question la solidité des certitudes difficilement acquises dans ce deuxième volet quant à la réalité de l'histoire contée, dont on brûle de connaître le dénouement avec le dernier tome au titre intrigant, « le troisième mensonge ».
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Ce deuxième opus débute par la séparation des jumeaux. Lucas resté derrière le 'rideau de fer' guérit sa profonde déprime en secourant le curé privé de revenu par le Parti, en adoptant le fruit difforme d'un inceste ou aidant la bibliothécaire Clara dont le mari fut pendu et qui cache les livres défendus.

J'ai été touché par la douceur des personnages, particulièrement Peter, membre du Parti dissimulant sa générosité et ses amitiés profondes.

Je ne peux qu'adorer l'économie de mots qui sublime l'imaginaire. Deviner un drame le rend d'autant plus poignant. Il y a de la beauté dans ce qui est simple et la monotonie ne peut s'y installer.
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Dans ce deuxième volet, on retrouve l'un des jumeaux, Lucas, seul sans son frère qui a passé la frontière. Claus n'apparaît que dans le dernier chapitre, juste avant l'épilogue. le texte n'est plus écrit à la première personne du pluriel, ni à la première personne du tout. Place à une narration à la troisième personne, ce qui installe une distance avec l'histoire de Lucas, l'écriture reste sobre et sèche mais les phrases sont un peu plus complexes, pas réduites à sujet-verbe-complément, les chapitres n'ont plus de titre et sont plus longs. Lucas a gagné en maturité, il devient adulte, il est égal à lui-même, on sent sa violence, les traces de sa colère, une grande froideur qui par moments s'estompe, laissant entrevoir de l'humanité chez Lucas : il s'occupe de voisins, du curé, prend en charge une jeune femme, Yasmine, et son fils Mathias, infirme. Mais tout cela en ayant bien du mal à exprimer ses sentiments et émotions, on se demande toujours s'il en éprouve et en même temps on sent que son frère lui manque. Mathias semble être pour lui un substitut de son jumeau. Il y a plusieurs personnages secondaires, mais leurs histoires sont toutes sombres, toutes liés à un triste passé, soit pendant la guerre, soit sous le joug du régime qui s'est installé dans le pays. Contre toute attente, bien des années après, au dernier chapitre le frère revient et tout ce que le lecteur pensait avoir compris vole en éclat, y compris le premier volet de l'histoire. Toutes les certitudes du lecteur sont ébranlées, mais c'est addictif, il ne me reste plus qu'à attaquer le troisième volet pour avoir, je l'espère, le fin mot de l'histoire.
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Le Grand cahier m'avait enthousiasmée. Une écriture concise, habile, mimétique de l'enfant qui était en train de l'écrire... Toute la noirceur, la violence ressortant de ce bas monde... Bref, tout ceci avait fait que je m'étais empressée d'acheter les deux autres volets de cette trilogie.

Dans La Preuve, on ne retrouve qu'un seul des jumeaux, Lucas, séparé de Claus qui a préféré passer la frontière. Sens propre ou sens figuré (dans le sens de : devenir meilleur) ? On s'attend toujours à tout avec Agota Kristof. Lucas va ici se montrer sous un autre jour, même si noirceur et violence sont deux ingrédients toujours présents. Ainsi, il va recueillir Yasmine et son fils, un petit être atteint de malformations que le jumeau va prendre sous son aile. Il va devenir ami avec Peter, un fonctionnaire du "Parti Révolutionnaire", tomber amoureux de Clara... Bref, les aspects positifs de celui-ci ressortent, aspects positifs dont on pouvait se demander s'ils existaient dans le premier tome.

Je suis assez mitigée au sortir de ce livre. La mayonnaise a moins pris. Est-ce le fait que le ton et l'écriture ont changé ? Est-ce parce que le côté sombre n'intervient qu'avec parcimonie ? En tous les cas, ce dont je suis sûre, c'est que je préférais voir les jumeaux ensemble. C'était aussi ce qui faisait leur force. Un seul être vous manque...
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Lucas prend l'enfant enveloppé du linge dans ses bras, regarde le petit visage chiffonné :
- Il ne faut plus parler de ça, Yasmine.
Elle dit :
- Il sera malheureux.
- Toi aussi tu es malheureuse, pourtant tu n'es pas infirme. Il ne sera peut-être pas plus malheureux que toi, ou que n'importe qui d'autre.
Yasmine reprend l'enfant, ses yeux sont remplis de larmes :
- Tu es gentil, Lucas.
- Tu sais mon nom ?
- Tout le monde te connaît dans la ville. On dit que tu es fou, mais je ne le crois pas.
Lucas sort, il revient avec des planches :
- Je vais lui fabriquer un berceau.
Yasmine fait la lessive, prépare le repas. Quand le berceau est prêt, ils couchent l'enfant dedans, ils le bercent.
Lucas demande :
- Comment s'appelle-t-il ? Tu lui as déjà donné un nom ?
- Oui, à l'hôpital, on le demande pour le déclarer à la mairie. Je l'ai appelé Mathias. C'est le nom de mon père. Aucun autre nom ne m'est venu à l'esprit.
- Tu l'aimais donc tant ?
- Je n'avais que lui.

(P 36-37)
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Le libraire dit :

– Malheureusement, je n’ai pas de clients aussi assidus que vous. L’affaire ne marche plus. Avant la guerre, ça allait. Il y avait beaucoup d’écoles ici. Des écoles supérieures, des internats, des collèges. Les étudiants se promenaient dans les rues le soir, ils s’amusaient. Il y avait aussi un conservatoire de musique, des concerts, des représentations théâtrales toutes les semaines. Regardez dans la rue maintenant. Il n’y a que des enfants et des vieillards. Quelques ouvriers, quelques vignerons. Il n’y a plus de jeunesse dans cette ville. Les écoles ont toutes été déplacées à l’intérieur du pays, sauf l’école primaire. Les jeunes, même ceux qui ne font pas d’études, s’en vont ailleurs, dans les villes vivantes. Notre ville est une ville morte, vide. Zone frontière, bouclée, oubliée. Vous connaissez de vue tous les habitants de la ville. Ce sont toujours les mêmes visages. Aucun étranger ne peut entrer ici.
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Quand Peter sort, l'enfant se tourne vers Lucas :
- Il est arrivé un malheur à Peter ?
- Non, pas à Peter, mais à l'un de ses amis, je le crains.
L'enfant dit :
- C'est la même chose, c'est peut-être même pire.
Lucas serre Mathias contre lui :
- Tu as raison. Parfois c'est pire.
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Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace.
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L'été est effrayant. C'est en été que la mort est la plus proche. Tout se dessèche, s'étouffe, s'immobilise. Il y a déjà quatre ans qu'ils ont tué Thomas. Au mois d'août, très tôt le matin, à l'aube. Ils l'ont pendu. Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils recommencent chaque été. A l'aube, quand vous rentrez chez vous, je vais à la fenêtre et je les vois. Ils recommencent, pourtant on ne peut pas tuer la même personne plusieurs fois.
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Quelle romancière hongroise et suisse mais qui écrivait en français est l'auteure d'un roman magistral qui montre que les enfants en péril deviennent bien souvent pervers ?
« le grand cahier » d'Agota Kristof, c'est à lire en poche chez Points.
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