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EAN : 9782020239271
192 pages
Seuil (18/04/1995)
  Existe en édition audio
3.99/5   510 notes
Résumé :
Avec Le Grand Cahier nous étions dans un pays en guerre où deux enfants, des jumeaux, apprenaient à survivre en usant toutes les ressources du mal et de la cruauté. Puis les jumeaux se séparaient, l’un d’eux franchissant la frontière, laissant l’autre en son pays pacifié mais dominé par son régime autoritaire. Seul, désormais privé d’une partie de lui-même, Lucas, celui resté, semble vouloir se consacrer au bien. Il recueille Yasmine et adopte son fils Mathias, port... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
3,99

sur 510 notes

Allantvers
  25 mai 2016
Suite du « grand cahier » qui m'avait laissée aussi estomaquée qu'avide de connaître l'intention de l'auteure derrière la terrible fable.
Avec « la preuve », l'effet de sidération se poursuit, mais sur un autre registre.
Le style d'abord, plus plein et plus humanisé, en rupture avec les mots jetés avec une froide colère dans le premier tome.
L'histoire ensuite, où l'on voit avec stupeur le frère resté au pays faire montre de compassion et de générosité. Là où dans « le grand cahier » les jumeaux étaient seuls, amoraux, privés de sensations et sans interactions avec le monde extérieur, le frère côtoie ici de très près plusierus personnages, et ceux-ci amènent même quelques images de beauté et d'amour au hasard de quelques pages perdues dans l'univers policé et déshumanisé de cette ville de l'Est « révolutionnaire ».
Et à nouveau, la révélation finale qui fait remettre en question la solidité des certitudes difficilement acquises dans ce deuxième volet quant à la réalité de l'histoire contée, dont on brûle de connaître le dénouement avec le dernier tome au titre intrigant, « le troisième mensonge ».
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Commenter  J’apprécie          340
majero
  22 janvier 2019
Ce deuxième opus débute par la séparation des jumeaux. Lucas resté derrière le 'rideau de fer' guérit sa profonde déprime en secourant le curé privé de revenu par le Parti, en adoptant le fruit difforme d'un inceste ou aidant la bibliothécaire Clara dont le mari fut pendu et qui cache les livres défendus.
J'ai été touché par la douceur des personnages, particulièrement Peter, membre du Parti dissimulant sa générosité et ses amitiés profondes.
Je ne peux qu'adorer l'économie de mots qui sublime l'imaginaire. Deviner un drame le rend d'autant plus poignant. Il y a de la beauté dans ce qui est simple et la monotonie ne peut s'y installer.
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mylena
  01 mars 2022
Dans ce deuxième volet, on retrouve l'un des jumeaux, Lucas, seul sans son frère qui a passé la frontière. Claus n'apparaît que dans le dernier chapitre, juste avant l'épilogue. le texte n'est plus écrit à la première personne du pluriel, ni à la première personne du tout. Place à une narration à la troisième personne, ce qui installe une distance avec l'histoire de Lucas, l'écriture reste sobre et sèche mais les phrases sont un peu plus complexes, pas réduites à sujet-verbe-complément, les chapitres n'ont plus de titre et sont plus longs. Lucas a gagné en maturité, il devient adulte, il est égal à lui-même, on sent sa violence, les traces de sa colère, une grande froideur qui par moments s'estompe, laissant entrevoir de l'humanité chez Lucas : il s'occupe de voisins, du curé, prend en charge une jeune femme, Yasmine, et son fils Mathias, infirme. Mais tout cela en ayant bien du mal à exprimer ses sentiments et émotions, on se demande toujours s'il en éprouve et en même temps on sent que son frère lui manque. Mathias semble être pour lui un substitut de son jumeau. Il y a plusieurs personnages secondaires, mais leurs histoires sont toutes sombres, toutes liés à un triste passé, soit pendant la guerre, soit sous le joug du régime qui s'est installé dans le pays. Contre toute attente, bien des années après, au dernier chapitre le frère revient et tout ce que le lecteur pensait avoir compris vole en éclat, y compris le premier volet de l'histoire. Toutes les certitudes du lecteur sont ébranlées, mais c'est addictif, il ne me reste plus qu'à attaquer le troisième volet pour avoir, je l'espère, le fin mot de l'histoire.
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LydiaB
  28 mai 2012
Le Grand cahier m'avait enthousiasmée. Une écriture concise, habile, mimétique de l'enfant qui était en train de l'écrire... Toute la noirceur, la violence ressortant de ce bas monde... Bref, tout ceci avait fait que je m'étais empressée d'acheter les deux autres volets de cette trilogie.

Dans La Preuve, on ne retrouve qu'un seul des jumeaux, Lucas, séparé de Claus qui a préféré passer la frontière. Sens propre ou sens figuré (dans le sens de : devenir meilleur) ? On s'attend toujours à tout avec Agota Kristof. Lucas va ici se montrer sous un autre jour, même si noirceur et violence sont deux ingrédients toujours présents. Ainsi, il va recueillir Yasmine et son fils, un petit être atteint de malformations que le jumeau va prendre sous son aile. Il va devenir ami avec Peter, un fonctionnaire du "Parti Révolutionnaire", tomber amoureux de Clara... Bref, les aspects positifs de celui-ci ressortent, aspects positifs dont on pouvait se demander s'ils existaient dans le premier tome.

Je suis assez mitigée au sortir de ce livre. La mayonnaise a moins pris. Est-ce le fait que le ton et l'écriture ont changé ? Est-ce parce que le côté sombre n'intervient qu'avec parcimonie ? En tous les cas, ce dont je suis sûre, c'est que je préférais voir les jumeaux ensemble. C'était aussi ce qui faisait leur force. Un seul être vous manque...
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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bodi
  14 juillet 2012
Je termine le deuxième volume de la trilogie d'Agota Kristof et je reste époustouflé par cette histoire. Nous sommes, dans ce tome, avec celui des jumeaux qui est resté au pays. Même s'il a gardé sa rudesse et sa violence, ‘il « s'humanise », on ose s'y attacher. L'histoire reste toutefois très dure et les chocs que j'ai ressentis ont été fréquents. La fin nous fait perdre tous nos repères. Au point de vue du style, bien sûr l'effet de surprise du premier tome a disparu et l'utilisation du « nous », tellement marquant dans le premier opus n'est plus là mais, j'avais hâte de retrouver ces phrases courtes amenant une lecture rapide et qui ont provoqué, chez moi, une sensation physique d'essoufflement comme celle qu'on ressent durant un effort. Je n'ai pas été déçu, c'est du grand art.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   28 mai 2012
Lucas prend l'enfant enveloppé du linge dans ses bras, regarde le petit visage chiffonné :
- Il ne faut plus parler de ça, Yasmine.
Elle dit :
- Il sera malheureux.
- Toi aussi tu es malheureuse, pourtant tu n'es pas infirme. Il ne sera peut-être pas plus malheureux que toi, ou que n'importe qui d'autre.
Yasmine reprend l'enfant, ses yeux sont remplis de larmes :
- Tu es gentil, Lucas.
- Tu sais mon nom ?
- Tout le monde te connaît dans la ville. On dit que tu es fou, mais je ne le crois pas.
Lucas sort, il revient avec des planches :
- Je vais lui fabriquer un berceau.
Yasmine fait la lessive, prépare le repas. Quand le berceau est prêt, ils couchent l'enfant dedans, ils le bercent.
Lucas demande :
- Comment s'appelle-t-il ? Tu lui as déjà donné un nom ?
- Oui, à l'hôpital, on le demande pour le déclarer à la mairie. Je l'ai appelé Mathias. C'est le nom de mon père. Aucun autre nom ne m'est venu à l'esprit.
- Tu l'aimais donc tant ?
- Je n'avais que lui.

(P 36-37)
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bgnbgn   18 juin 2015
Le libraire dit :

– Malheureusement, je n’ai pas de clients aussi assidus que vous. L’affaire ne marche plus. Avant la guerre, ça allait. Il y avait beaucoup d’écoles ici. Des écoles supérieures, des internats, des collèges. Les étudiants se promenaient dans les rues le soir, ils s’amusaient. Il y avait aussi un conservatoire de musique, des concerts, des représentations théâtrales toutes les semaines. Regardez dans la rue maintenant. Il n’y a que des enfants et des vieillards. Quelques ouvriers, quelques vignerons. Il n’y a plus de jeunesse dans cette ville. Les écoles ont toutes été déplacées à l’intérieur du pays, sauf l’école primaire. Les jeunes, même ceux qui ne font pas d’études, s’en vont ailleurs, dans les villes vivantes. Notre ville est une ville morte, vide. Zone frontière, bouclée, oubliée. Vous connaissez de vue tous les habitants de la ville. Ce sont toujours les mêmes visages. Aucun étranger ne peut entrer ici.
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Erik35Erik35   13 mai 2020
Quand Peter sort, l'enfant se tourne vers Lucas :
- Il est arrivé un malheur à Peter ?
- Non, pas à Peter, mais à l'un de ses amis, je le crains.
L'enfant dit :
- C'est la même chose, c'est peut-être même pire.
Lucas serre Mathias contre lui :
- Tu as raison. Parfois c'est pire.
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blandine5674blandine5674   20 mars 2015
Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace.
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david19721976david19721976   24 juin 2022
L'été est effrayant. C'est en été que la mort est la plus proche. Tout se dessèche, s'étouffe, s'immobilise. Il y a déjà quatre ans qu'ils ont tué Thomas. Au mois d'août, très tôt le matin, à l'aube. Ils l'ont pendu. Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils recommencent chaque été. A l'aube, quand vous rentrez chez vous, je vais à la fenêtre et je les vois. Ils recommencent, pourtant on ne peut pas tuer la même personne plusieurs fois.
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