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EAN : 9782020239271
192 pages
Éditeur : Seuil (18/04/1995)
  Existe en édition audio
3.98/5   457 notes
Résumé :
Avec Le Grand Cahier nous étions dans un pays en guerre où deux enfants, des jumeaux, apprenaient à survivre en usant toutes les ressources du mal et de la cruauté. Puis les jumeaux se séparaient, l’un d’eux franchissant la frontière, laissant l’autre en son pays pacifié mais dominé par son régime autoritaire. Seul, désormais privé d’une partie de lui-même, Lucas, celui resté, semble vouloir se consacrer au bien. Il recueille Yasmine et adopte son fils Mathias, port... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
3,98

sur 457 notes

Nowowak
  04 mars 2020
Ce livre est la suite d'Un grand cahier. Le style est parfois plat et poussif. Il dit. La phraséologie n'atteint aucun sommet. Le boniment est parfois creux comme un radis. Il dit. Cette absence de substantifs, de métaphores, d'images poétiques représente-t-elle la marque de fabrique de la maison ? Le pathos n'est pas habillé. Juste jeté de façon factuelle comme si on épluchait les légumes. Voici un échantillon que j'ai légèrement recousu mais qui donne une réelle illustration de ce non-style poussiéreux, proche du néant esthétique : "Il fait son travail du soir et va à la cure. Te voilà ! Le curé dit. Lucas ne répond pas. Il s'en va. Il entre dans un bistrot, joue de l'harmonica, il boit. Il boit dans tous les bistrots de la ville. Il retourne chez Clara. Il n'y a plus de lumière".
Ce livre est la suite d'Un grand cahier. Le style est toujours aussi inattendu et poétique. La phraséologie atteint parfois des sommets. Le propos est lumineux comme un ange. Cette présence de pointes émotives, de courbes nostalgiques, d'images frôlant le lyrisme représente la marque de fabrique de la maison. Le pathos n'est ni habillé ni déshabillé. Songeur, cruel, triste et beau comme si on épluchait les nuages. "Diminuer, s'estomper mais non disparaître". Le personnage de l'insomniaque apporte un regain de magie.
Bien que le contenu soit un peu plus humanisé dans ce tome deux que précédemment, les bons sentiments ne s'appesantissent pas. On ne risque pas de tomber dans le feel good avec Agota Kristof ! La plume ne cherche pas les arabesques. Le pinceau ne s'embarrasse pas de fioritures. Ce style économe mais pas monotone est-il la clef pour permettre à l'imaginaire de s'évader ? Est-ce un trait de génie pour faire mieux faire ressortir la noirceur de ce monde ? On aime ou on n'aime pas. Moi je n'aime pas mais une fois n'est pas coutume je passe outre ce déficit de verbiage. Pourquoi ? Parce que cette architecture simplette permet de sauter d'actions en actions et offre au récit du rythme voire du suspens. Dans le premier tome on veut savoir jusqu'où le monstre amoral ira. Suivre un personnage crapuleux fait du bien à notre conscience parfois malmenée par les remords. Dans le second tome on veut savoir s'il s'en sortira.
Jumeau séparé de son jumeau, toujours aussi dérangé, Lucas se retrouve seul après le stratagème réussi de la fin du premier livre et mène sa barque comme il peut. Il ne vit plus qu'avec des morts et des souvenirs. Il ne tourne plus très rond et n'a goût à rien. Il n'a pas conscience de son mal. Seul au monde, il sombre dans la dépression avant de rencontrer une nouvelle famille qui pourra le stabiliser quelques temps. On aimerait le voir plus nuancé, coloré. Va-t-il apprendre l'empathie ? La métamorphose va-t-elle agir et le débarrasser de sa froideur ? Va-t-il camper un être humain acceptable et réintégrer une société toujours en proie à une guerre impitoyable ? 
Ma note est très bonne. Trop ? Pas mal d'étoiles car ce livre réalise une prouesse : me donner envie de le dévorer alors que j'aime moyennement son style. Encore que. Parfois des sursauts poétiques m'emportent. Qu'est-ce qui me pousse à lire cette trilogie ? Un constat. Grâce à un style épuré, la bride est rompue, l'émotion nous provient justement de cette absence d'émotion. L'imagination laissée libre permet au lecteur de co-inventer. Je me laisse prendre à chaque fois. Cela ne s'explique pas. Cela s'appelle la magie.
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Allantvers
  25 mai 2016
Suite du « grand cahier » qui m'avait laissée aussi estomaquée qu'avide de connaître l'intention de l'auteure derrière la terrible fable.
Avec « la preuve », l'effet de sidération se poursuit, mais sur un autre registre.
Le style d'abord, plus plein et plus humanisé, en rupture avec les mots jetés avec une froide colère dans le premier tome.
L'histoire ensuite, où l'on voit avec stupeur le frère resté au pays faire montre de compassion et de générosité. Là où dans « le grand cahier » les jumeaux étaient seuls, amoraux, privés de sensations et sans interactions avec le monde extérieur, le frère côtoie ici de très près plusierus personnages, et ceux-ci amènent même quelques images de beauté et d'amour au hasard de quelques pages perdues dans l'univers policé et déshumanisé de cette ville de l'Est « révolutionnaire ».
Et à nouveau, la révélation finale qui fait remettre en question la solidité des certitudes difficilement acquises dans ce deuxième volet quant à la réalité de l'histoire contée, dont on brûle de connaître le dénouement avec le dernier tome au titre intrigant, « le troisième mensonge ».
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majero
  22 janvier 2019
Ce deuxième opus débute par la séparation des jumeaux. Lucas resté derrière le 'rideau de fer' guérit sa profonde déprime en secourant le curé privé de revenu par le Parti, en adoptant le fruit difforme d'un inceste ou aidant la bibliothécaire Clara dont le mari fut pendu et qui cache les livres défendus.
J'ai été touché par la douceur des personnages, particulièrement Peter, membre du Parti dissimulant sa générosité et ses amitiés profondes.
Je ne peux qu'adorer l'économie de mots qui sublime l'imaginaire. Deviner un drame le rend d'autant plus poignant. Il y a de la beauté dans ce qui est simple et la monotonie ne peut s'y installer.
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LydiaB
  28 mai 2012
Le Grand cahier m'avait enthousiasmée. Une écriture concise, habile, mimétique de l'enfant qui était en train de l'écrire... Toute la noirceur, la violence ressortant de ce bas monde... Bref, tout ceci avait fait que je m'étais empressée d'acheter les deux autres volets de cette trilogie.

Dans La Preuve, on ne retrouve qu'un seul des jumeaux, Lucas, séparé de Claus qui a préféré passer la frontière. Sens propre ou sens figuré (dans le sens de : devenir meilleur) ? On s'attend toujours à tout avec Agota Kristof. Lucas va ici se montrer sous un autre jour, même si noirceur et violence sont deux ingrédients toujours présents. Ainsi, il va recueillir Yasmine et son fils, un petit être atteint de malformations que le jumeau va prendre sous son aile. Il va devenir ami avec Peter, un fonctionnaire du "Parti Révolutionnaire", tomber amoureux de Clara... Bref, les aspects positifs de celui-ci ressortent, aspects positifs dont on pouvait se demander s'ils existaient dans le premier tome.

Je suis assez mitigée au sortir de ce livre. La mayonnaise a moins pris. Est-ce le fait que le ton et l'écriture ont changé ? Est-ce parce que le côté sombre n'intervient qu'avec parcimonie ? En tous les cas, ce dont je suis sûre, c'est que je préférais voir les jumeaux ensemble. C'était aussi ce qui faisait leur force. Un seul être vous manque...
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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bodi
  14 juillet 2012
Je termine le deuxième volume de la trilogie d'Agota Kristof et je reste époustouflé par cette histoire. Nous sommes, dans ce tome, avec celui des jumeaux qui est resté au pays. Même s'il a gardé sa rudesse et sa violence, ‘il « s'humanise », on ose s'y attacher. L'histoire reste toutefois très dure et les chocs que j'ai ressentis ont été fréquents. La fin nous fait perdre tous nos repères. Au point de vue du style, bien sûr l'effet de surprise du premier tome a disparu et l'utilisation du « nous », tellement marquant dans le premier opus n'est plus là mais, j'avais hâte de retrouver ces phrases courtes amenant une lecture rapide et qui ont provoqué, chez moi, une sensation physique d'essoufflement comme celle qu'on ressent durant un effort. Je n'ai pas été déçu, c'est du grand art.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   28 mai 2012
Lucas prend l'enfant enveloppé du linge dans ses bras, regarde le petit visage chiffonné :
- Il ne faut plus parler de ça, Yasmine.
Elle dit :
- Il sera malheureux.
- Toi aussi tu es malheureuse, pourtant tu n'es pas infirme. Il ne sera peut-être pas plus malheureux que toi, ou que n'importe qui d'autre.
Yasmine reprend l'enfant, ses yeux sont remplis de larmes :
- Tu es gentil, Lucas.
- Tu sais mon nom ?
- Tout le monde te connaît dans la ville. On dit que tu es fou, mais je ne le crois pas.
Lucas sort, il revient avec des planches :
- Je vais lui fabriquer un berceau.
Yasmine fait la lessive, prépare le repas. Quand le berceau est prêt, ils couchent l'enfant dedans, ils le bercent.
Lucas demande :
- Comment s'appelle-t-il ? Tu lui as déjà donné un nom ?
- Oui, à l'hôpital, on le demande pour le déclarer à la mairie. Je l'ai appelé Mathias. C'est le nom de mon père. Aucun autre nom ne m'est venu à l'esprit.
- Tu l'aimais donc tant ?
- Je n'avais que lui.

(P 36-37)
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bgnbgn   18 juin 2015
Le libraire dit :

– Malheureusement, je n’ai pas de clients aussi assidus que vous. L’affaire ne marche plus. Avant la guerre, ça allait. Il y avait beaucoup d’écoles ici. Des écoles supérieures, des internats, des collèges. Les étudiants se promenaient dans les rues le soir, ils s’amusaient. Il y avait aussi un conservatoire de musique, des concerts, des représentations théâtrales toutes les semaines. Regardez dans la rue maintenant. Il n’y a que des enfants et des vieillards. Quelques ouvriers, quelques vignerons. Il n’y a plus de jeunesse dans cette ville. Les écoles ont toutes été déplacées à l’intérieur du pays, sauf l’école primaire. Les jeunes, même ceux qui ne font pas d’études, s’en vont ailleurs, dans les villes vivantes. Notre ville est une ville morte, vide. Zone frontière, bouclée, oubliée. Vous connaissez de vue tous les habitants de la ville. Ce sont toujours les mêmes visages. Aucun étranger ne peut entrer ici.
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NowowakNowowak   10 mars 2020
Tout être humain est né pour écrire un livre et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur terre sans laisser de trace.
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Erik35Erik35   13 mai 2020
Quand Peter sort, l'enfant se tourne vers Lucas :
- Il est arrivé un malheur à Peter ?
- Non, pas à Peter, mais à l'un de ses amis, je le crains.
L'enfant dit :
- C'est la même chose, c'est peut-être même pire.
Lucas serre Mathias contre lui :
- Tu as raison. Parfois c'est pire.
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blandine5674blandine5674   20 mars 2015
Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace.
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