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EAN : 9782375792681
448 pages
Critic (22/03/2023)
4/5   29 notes
Résumé :
2516. Iliane est le reliquat d’une société ébranlée par le réchauffement climatique. La ville, refermée sur elle-même sous un gigantesque dôme, est gérée par une IA et une surveillance généralisée. Mais l’épuisement des ressources grignote les stocks de caméras, et la population s’agite.

Le paisible Sam Deson et la tête brûlée Le Kid se rencontrent à une soirée organisée par les activistes clandestins de l’Ivraisse, où ils découvrent le mythe d’une ci... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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« La bibliothécaire vous suggère de ne pas lire la 4ème de couverture en entier : elle en dit beaucoup trop sur l'intrigue ». le post-it collé derrière le roman me cache le résumé. Je n'ose pas le soulever de peur que mes yeux tombent sur un mot qui m'en dirait trop. Donc je me lance, à l'aveugle. J'ignore complètement ce que je vais lire...
**************


500 pages plus tard.

Je vais quand même vous guider un peu sans dévoiler l'intrigue : une dystopie, un dôme, une lutte des classes, des bateaux volants, des intelligences artificielles, un désir de liberté, de l'aventure, de l'action, de la réflexion, un livre, une cité mystérieuse, trois points de vue : un agent aux services de la mairie avec des convictions certaines pour ses missions, un anarchiste qui veut lutter contre la mise en place du contrôle des masses et un mec lambda…

Maintenant, je vais laisser votre curiosité agir.

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L'humanité a raté le coche. Et bien raté. Les dégâts annoncés ont eu lieu et, en 2516, les populations vivent sous des dômes afin d'être protégées de la « Nature » que leurs ancêtres ont détraquée. Les pluies acides menacent ceux qui osent sortir. Mais sous les coupoles de métal, la situation n'est guère florissante. Enfin, pour la majorité. Car une « élite » tient encore le haut du pavé et vit dans le confort et le luxe pendant que la majorité de leurs concitoyens crèvent de faim.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Jean Krug ne nous ménage pas. Nous avons manqué le créneau qui aurait peut-être (et j'insiste sur le « peut-être » parce que l'auteur se montre tout sauf manichéen à propos de cette crise) pu nous permettre, sinon d'inverser la tendance, du moins d'en atténuer les effets. le réchauffement climatique a eu les conséquences délétères que l'on craignait. Dont acte. Mais ceci n'est que l'arrière-plan (capital, mais pas central) de ce récit. Nous sommes plutôt plongés, dès les premières lignes, dans la contestation d'un ordre social foncièrement inégalitaire. le pouvoir maintient l'ordre et les conditions de vie (en principe), grâce aux I.A. Ce sont elles qui assignent des lignes de conduite. Ce sont elles qui gèrent les ressources. Ce sont elles qui contrôlent les personnes. Chaque habitant est pucé et le moindre déplacement est sous surveillance. La police est donc toute puissante et les disparitions mystérieuses, ordonnées par les puissances informatiques et la mairie, sont nombreuses.

Malgré cet ordre maintenu, la vie n'est pas agréable pour toutes et tous. Pendant que certain.e.s, au Niveau Deux, mènent une existence plus que convenable, d'autres, au Niveau Zéro, croupissent dans la merde et vivent de rien. La révolte gronde. Mais dans un monde aussi surveillé, comment s'organiser, comment résister ? Jean Krug nous offre alors trois points de vue. Trois personnages aux parcours très différents, aux intérêts souvent opposés. Maëlle fait partie des forces de l'ordre. Elle est un condensé de colère qui comprend de moins en moins les raisons des consignes de ses supérieurs. Sam est intégré dans cette société : il est chauffeur pour une grande boite et se satisfait de cette situation. Mais son demi-frère ne l'entend pas de cette oreille et fait tout pour lui montrer l'injustice qui les entoure et, ainsi, le rapprocher de la résistance. Enfin, le Kid, le personnage à la gouaille fleurie et à la tronche de biais. le révolté permanent qui ne peut s'empêcher de cracher son dégoût à tout bout de champ. Même si cela doit l'amener dans des situations déplorables.

On suit donc ces trois jeunes gens dans des chapitres souvent courts et nerveux. Pas vraiment de temps mort dans Cité d'ivoire. le bouquin est épais et la taille de police assez petite (heureusement, mes nouvelles lunettes étaient arrivées). L'histoire également est dense, mais rapide et fluide. Une fois de plus, je retrouve cette habileté de l'auteur à nous conduire là où il veut avec aisance. Mais sans renier des recherches de style. Ce dernier n'est pas plat et passe-partout comme souvent en littérature. Tout d'abord, comme dans le roman précédent, Jean Krug caractérise ses personnages par son langage. Et même sa façon, à lui, de nous en parler. Je m'explique : quand on suit Sam, le récit est au passé simple et à l'imparfait, les temps classiques de la narration. Normal, puisque ce personnage est bien rangé, bien calé dans la société, du moins, au début du roman. Par contre, les aventures de Maëlle sont écrites au présent. On est alors davantage dans l'immédiateté, dans la réaction. D'ailleurs, souvent ce personnage se parle à lui-même dans des phrases en italiques. On sent qu'elle cherche en permanence à reprendre le contrôle mais ne le peut, car elle vit trop dans l'instant. Enfin, avec le Kid, Jean Krug s'est fait plaisir et cela se sent. le langage de ce jeune révolutionnaire est fleuri au possible. Il est argotique, plein d'images toutes plus surprenantes les unes que les autres. Dans ses mots, on sent ce qu'il pense. Ses paroles sont tranchantes comme l'est sa colère.

Et même dans ses descriptions, l'auteur ne cède pas à la facilité. Sans rendre abscons ou obscur son récit, loin de là (je le redis, la lecture de Cité d'ivoire est fluide et parfaitement agréable), il se permet des images frappantes et des associations de termes pas évidentes au premier abord. Il joue sur le vocabulaire et ses richesses. Parfois même jusqu'à des blagues à la limite du potache. Les résistants adorent donner de nouveaux noms à leur entourage, à leurs opérations : l'« Airsistance », l'« Ivraisse ». Un autre groupe a inventé un lieu de parole en forme de spirale qui devient tout naturellement l'« Aspi-Râle » ; leur prison bricolée est une « cagebane ». Et Jean Krug se paie même le luxe de faire appel à l'étymologie grecque, par exemple pour le nom des dirigeables qui permettent d'explorer l'extérieur en toute sécurité : l'Aither (je n'ai pas reproduit l'esprit et les accents qui ornent ce mot dans le texte) vient du nom qui signifie « ciel » en grec ancien.

On le sentait déjà dans le chant des glaces, Jean Krug n'est pas insensible aux inégalités sociales. Ni, d'ailleurs, à la pensée anarchiste. Dans certains groupes rencontrés au cours de ce récit, c'est ce mode de fonctionnement qui est choisi. Cela m'a rappelé incidemment le très intéressant Un pays de fantômes de Margaret Killjoy. Là aussi, l'autrice observait des tentatives de vie en petite communauté selon ces principes d'égalité de parole, de respect de l'autre. Là aussi, on percevait l'exigence de cette façon de vivre, mais également sa richesse. Car, pour Jean Krug, une société qui se complaît dans ses vieilles lunes où une partie non négligeable de la population survit pendant qu'une autre, au nom de l'ordre établi, profite de la vie, c'est insupportable. Il nous le montre (et ne nous l'assène pas, car l'auteur semble vouloir nous convaincre, pas nous imposer son point de vue) dans le roman en plusieurs endroits. Comme quand une vieille femme riche et installée tente de convaincre un jeune pauvre révolté de l'injustice de cette révolte, car elle met en danger la société. Doit-on vraiment défendre une société si cette dernière se montre injuste ? L'ordre, même inégalitaire, est-il préférable à un désordre plus porteur de justice ? Cette réflexion rappelle un peu celle que Benjamin Patinaud développe dans son Syndrome Magneto. Pour lui, le méchant est plus intéressant que le héros, car lui, au moins, tente de faire bouger les lignes, lui au moins essaie de changer cette société injuste au possible. Ce que j'apprécie dans Cité d'ivoire, c'est que Jean Krug, même s'il nous guide dans la direction qu'il souhaite, nous laisse quand même le choix. Il montre plusieurs points de vue, plusieurs cheminements de pensée. Et c'est toujours agréable en ces temps de manichéisme épuisants.

Pas toujours facile d'écrire un deuxième roman quand le premier a plu. Eh bien, Jean Krug a parfaitement réussi cette étape avec Cité d'ivoire. Il a mené un récit vif et passionnant du début à la fin, avec talent et enthousiasme. J'étais un peu inquiet devant la taille de la police de caractère, mais je n'ai pas regretté une seconde d'avoir passé le pas. Sam, Maëlle et le Kid m'ont embarqué avec eux dans leur histoire, dans leur vie. Et je me souviendrai longtemps de ce voyage.
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Après un premier roman remarqué en 2021 (« Le chant des glaces), Jean Krug revient cette année avec un nouvel ouvrage de science-fiction à mi-chemin entre le post-apo et l'anticipation politique. L'action se déroule environ cinq cents ans après que le couperet du réchauffement climatique se soit abattu sur la Terre, et, si la civilisation humaine ne s'est finalement pas éteinte, elle a tout de même pris un sacré coup. Les humains vivent désormais sous un dôme protégé, Iliane, dont la gestion a été confiée à un conseil municipal épaulé par une intelligence artificielle. C'est dans ce contexte que nous allons faire la rencontre de trois personnages tous très différents, que ce soit en ce qui concerne la place qu'iels occupent dans la société, ou bien de leur positionnement politique. le premier d'entre eux, Sam, est un citoyen lambda appartenant à ce qu'on pourrait qualifier de classe moyenne : il a un job correct, n'a pas accès aux parties les plus luxueuses de la ville mais ne vit pas dans les bas-fonds non plus, et il a tout à fait intégré le discours officiel de la mairie qu'il ne remet par conséquent jamais en question. La seconde, Maëlle, est une agente des BI, les brigades d'intervention, une branche de la police déployée régulièrement sur le terrain pour faire régner l'ordre, notamment lors des mouvements de contestation autrefois ponctuels mais qui se font désormais de plus en plus réguliers. Enfin, le Kid, est un marginal clairement hostile à la politique municipale dont les revendications se rapprochent de celles d'une gauche radicale, voire de l'anarchisme. Ces trois protagonistes ne vont cesser de se croiser alors que le contrôle exercé par la mairie et l'IA sur la ville se voit de plus en plus contesté, notamment par l'Ivraisse, un groupuscule qualifié de terroriste par les autorités et qui entreprend de créer une alternative à la politique sécuritaire et inégalitaire qui prévaut à Iliane depuis des décennies. Bref, ça chauffe de partout, et, si la répression s'abat encore de façon implacable sur les militants et militantes, les autorités ne disposent plus des mêmes moyens qu'autrefois, ses installations reposant sur le numérique devenant peu à peu obsolètes et donc inopérantes. D'où la question cruciale posée par le roman : que se passe-t-il lorsque les outils permettant jusqu'alors de contrôler étroitement mais discrètement une population ne fonctionnent plus ?

Bien que dense, le roman se lit avec une agréable rapidité qui s'explique d'abord par le mode de narration choisi par l'auteur : des chapitres courts, une alternance systématique entre les points de vue des trois protagonistes évoqués plus haut, et un style percutant qui varie en fonction du narrateur. En effet, Sam et Maëlle n'ont pas la même façon de voir le monde mais n'ont pas non plus la même manière de s'exprimer, tout comme le Kid qui dispose d'un ton bien à lui, plus cash, plus brutal, mais dont la rudesse cache une plus grande profondeur. Par cet aspect, ainsi bien évidemment que par le propos éminemment politique défendu par l'auteur (et aussi une propension aux jeux de mots), le roman peut parfois faire penser à « La zone du dehors » d'Alain Damasio, bien que la réflexion soit ici moins poussée et moins « philosophée » que chez l'auteur star de la SF. A ce stade vous vous imaginez peut-être que le récit se résume à des considérations politiques sans grand intérêt pour peu que vous ne soyez pas particulièrement friands des idées portées par une partie de l'échiquier politique située à gauche. Pourtant le roman n'a rien d'un pamphlet et possède de nombreux atouts à mon sens à même de séduire un large lectorat. Parmi eux la qualité de l'histoire elle-même qui repose à la fois sur une quête désespérée d'une société utopique qui existerait en dehors du dôme (la fameuse cité d'ivoire qui donne son nom au roman), mais aussi sur une sorte de course contre la montre et la mort à laquelle se livre l'agente des brigades à qui on veut de toute évidence faire la peau. le roman prend ainsi souvent des allures de thriller puisque l'héroïne concernée va mener l'enquête afin de comprendre l'origine des dysfonctionnements qui perturbent de plus en plus le fonctionnement des Brigades d'Interventions, tout en tentant d'échapper à de multiples tentatives d'assassinat. Bien rythmé, le récit fourmille de rebondissements qui incitent le lecteur à poursuivre sa lecture toujours plus loin, d'autant que plusieurs coups de théâtre viennent régulièrement rebattre les cartes et plonger lecteurs et personnages dans de nouveaux environnements surprenants qui nous incitent à sortir de notre zone de confort. La ville-dôme d'Iliane est ainsi loin d'être le seul décor du roman qui nous entraîne aussi, par exemple, à bord d'un énorme navire volant qui donnera lieu à des scènes mémorables.

Parmi les aspects intéressants du roman figure également sa volonté de présenter une alternative utopique à la société de contrôle violente et injuste d'Iliane. Jean Krug n'est pas le seul à tenter de réfléchir à d'autres organisations sociales possibles, l'utopie faisant un retour en force au sein de la science-fiction française comme le prouvent les oeuvres récentes de Camille Leboulanger qui s'inspire avec « Eutopia » du travail de Bernard Friot et du réseau salariat, mais aussi dans une moindre mesure du dernier tome de « Capitale du sud » de Guillaume Chamanadjian (« Les contes suspendus ») ou « Rossignol » d'Audrey Pleynet. Si la dystopie a longtemps eu la cote, l'utopie semble désormais séduire de plus en plus de jeunes auteurices, et il faut admettre que les futurs enviables proposés ne sont pas dénués de charme. Reste à aborder la question des personnages qui sont tous bien campés et dotés d'une personnalité fouillée. Sam est le plus développé et le plus sympathique de tous car il est le moins clivant : il ressemble à monsieur ou madame tout le monde, est peu politisé et n'a donc pas d'avis tranché sur le système qui régit sa vie et celle de la cité. Maëlle a un profil un peu plus ambigu dans la mesure où elle représente un ordre qu'on nous présente dès le départ comme inique et brutal. Son personnage apporte de la complexité au roman dans la mesure où il incite le lecteur à la nuance et l'invite à se mettre à la place des représentants des forces de l'ordre en insistant sur la difficulté du métier, les conditions de travail dégradé, la pression hiérarchique… le caractère inexcusable de certaines réactions de ce protagoniste, associé à son étroitesse d'esprit et sa lenteur à appréhender la situation en dépit des indices nombreux et répétés, limitent toutefois l'empathie éprouvée à l'égard de ce personnage. le Kid est lui aussi particulier, plus radical que ce soit dans sa pensée ou sa façon de s'exprimer. Son côté hargneux et donneur de leçon peut dans un premier temps rebuter, mais, rétrospectivement, il s'agit sans doute du personnage le plus attachant du lot dans la mesure où sa colère paraît somme toute légitime.

« Cité d'ivoire » est un roman de très bonne facture qui joue sur différents registres, empruntant sa nervosité au thriller et sa capacité à émerveiller et faire réfléchir à l'utopie ou l'anticipation politique. le choix de l'auteur de répartir la narration entre trois protagonistes aux profils politiques et sociaux totalement différents fait des merveilles et permet à la fois de dynamiser le récit tout en évitant l'écueil du manichéisme. Éminemment politique, le roman interroge efficacement les outils et méthodes qui permettent de contrôler les masses et met en avant l'importance du collectif pour se départir de certaines logiques mortifères et, peut-être, donner jour à une société plus juste. Sans jamais tomber dans la moralisation ou la leçon, le roman propose des formes de lutte et une alternative politique intéressantes qui résonnent avec les aspirations d'une partie de la population d'aujourd'hui, en faisant ainsi un roman très actuel.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Roman post-apocalyptique dans un monde dystopique aux multiples facettes, "Cité d'ivoire" nous embarque cinq cent ans dans le futur, l'humanité survit dans une ville tentaculaire, sous un dôme protecteur contre des pluies acides.

Jean Krug, dont j'avais lu et apprécié "Le chant des glaces" il y a quelques semaines, nous offre un récit très riche dans ses thématiques, avec une plume accessible et agréable.

Le fameux dôme protecteur se voit surtout un moyen de contrôler la population, notamment les plus pauvres, il est organisé en secteurs par niveaux, au plus haut les puissants et les riches, dans les sous-sols et autres profondeurs, les pauvres, les indigents, les travailleurs du désespoir et autres individus que les autorités veulent contrôler.
Une organisation de défense de ces citoyens essaye de combattre le pouvoir en place pour éradiquer les injustices, la révolution est en marche.

Les personnages sont intéressants, notamment ceux que nous suivons en tant que narrateurs (ils sont trois), et nous donnent une vue globale du dôme, un travailleur, chauffeur pour les riches mais issus d'une famille modeste, une membre des forces d'intervention et de sécurité, un partisan de l'organisation de libération du peuple.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste et donnent corps à cette histoire.

Nous découvrons des thèmes tels que la défense des droits, le contrôle permanent, la déchéance des ressources, la répression par la violence, l'intelligence artificielle, la famille, l'entraide, la colère, le deuil, l'amour, le mensonge, l'espoir, le besoin de liberté, la rédemption.
Le worldbuilding est varié malgré le dôme car une partie se déroule en dehors, dans la nature, ou encore à bord de navires volants.
Le tout est truffé de scènes d'action et ne laisse pas une seconde au lecteur, on tourne frénétiquement les pages pour connaître la suite des évènements divers.

Que vous aimiez "1984" d'Orwell ou simplement les romans d'aventures, vous aimerez Cité d'ivoire.
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Ilian, ville-dôme où un reste d'humanité y vit reclus depuis que la planète est devenue inhospitalière après cinq cents ans de réchauffement climatique. Au coeur de ce qui semble être le dernier bastion de l'humanité, il y a Sam, un citoyen modèle qui voit sa vie basculer et son regard changer le jour son frère se fait assassiner. Pour Maëlle, policière d'élite habituée à traquer les dissidents, voit d'un mauvais oeil de se retrouver dans la peau de la proie. Quant au Kid, un jeune anarchiste à la gueule cassée, lui, qui porte de nobles idéaux, pourra-t-il seulement les voir se réaliser ? Dans le sillage de ces trois destins court la rumeur de l'existence d'un eldorado qui attendrait les plus téméraires à l'extérieur. Et si cette Cité d'Ivoire n'était qu'un mirage de plus ? Pour autant, ce trio est-il vraiment prêt à faire émerger la vérité ?

La Cité d'Ivoire prend cadre dans un futur pas si lointain. En dépit, des nombreuses alertes des scientifiques, les sociétés sont restées sourdes aux mises en garde plongeant ainsi la terre dans un cataclysme persistant et obligeant les dernières générations à s'adapter en vivant sous cloche. Inspirée par le progrès technologique actuel, Jean Krug invite sans surprise l'intelligence artificielle dans sa science-fiction. En effet, celle-ci s'impose très naturellement pour administrer la vie dans sa cité d'Ilian, sauf que la surexploitation des ressources doublée d'un enfermement mettent un sérieux frein à la fabrication des composants nécessaires à son bon fonctionnement, celle-ci est donc plutôt décadente, et même dysfonctionnante.

Voilà qui dépeint un monde finalement très crédible. D'autant que Jean Krug s'appuie sur un modèle social similaire au nôtre reposant sur une caste supérieure vivant dans les parties hautes de la ville dans l'indifférence du reste de la population et une caste inférieure reléguée avec mépris dans les souterrains. La colère et l'injustice aidants face à cette situation inique, l'auteur a préparé le terrain pour faire naître une envie de rébellion dans le coeur de certains anarchistes qui rêvent d'un ailleurs libre et égalitaire.

En quelques chapitres, Jean Krug nous pose habilement le décor qui sert d'écrin à son implacable récit. Il met en scène une lutte des classes encadrée par un système de surveillance au service d'un pouvoir dévoyé. Sous le couvert d'amélioration du quotidien, les citoyens sont pucés et contrôlés. Grâce à la collecte de données, l'intelligence artificielle est utilisée pour l'identification et l'élimination des profils qualifiés de séditieux afin de maintenir l'ordre social. Dans son roman, Jean Krug met en lumière les techniques que le pouvoir utilise pour désigner un ennemi et ainsi détourner l'attention. de même, il met en garde contre cette habitude de tout modéliser lorsqu'il faut répondre à une problématique.

Pour Jean Krug, la vraie liberté, c'est surtout de ne pas se voir imposer la vision d'autrui et de tracer sa route en fonction de ses propres choix. Dans ce nouveau roman, Jean Krug porte les mêmes idées fortes qu'il avait déjà abordées dans son premier livre.

Challenge relevé pour Jean Krug qui propose avec La Cité d'Ivoire, un nouveau récit coup de poing aussi passionnant que questionnant. C'est clairement un coup de coeur ! Rendez-vous le 22 mars pour le lire à votre tour.

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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
On veut nous faire croire que la domination est une question de nature. Que si les humains s'asservissent les uns les autres, ce serait uniquement parce que c'est gravé dans leurs gènes. Tu parles d'une connerie ! C'est dans notre construction des rapports sociaux, plutôt. Iliane, ses dômes, ses inégalités, ses coulures de merde d'un étage à un autre : tout ça, c'est juste la conséquence d'une lutte déclenchée par leur putain de soif de pouvoir et qui nous conduit à ça, cette masse tellement haineuse et sclérosée que ces crétins n'ont plus qu'à nous jeter les uns contre les autres pour se faire du pognon. Bien sûr, devant les médias, ils se sont flanqué une couche de vernis, histoire que ça brille dans leurs réceptions dorées. Ils se sont lustré le derche en parlant d'humanité et de respect. Ils nous ont promis qu'ils nous sortiraient de là, eux, les grands, les puissants. Ils nous ont demandé de les vénérer jusqu'à ce que ça ruisselle. Mais la seule chose qui a ruisselé, c'est leur haine. Un putain de distillat de mépris, dégoulinant sur ceux qui n'avaient rien demandé.
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Ce soir-là, mon frère m'avait raconté que ce qui permettait au système de perdurer, ce qui assurait que les riches ne cèdent pas sous l'empathie, c'était qu'on leur apprenait à ignorer les autres. Ils connaissaient parfaitement l'existence de ces inégalités, mais ils avaient choisi de ne pas s'en soucier. Et lorsque perçait l'intérêt, lors des rares occasions où l'on parvenait à les mettre face aux évidences, ils s'en dédouanaient aussitôt, préférant justifier les inégalités sur la base d'une vague méritocratie ou de mauvais choix individuels, plutôt que d'admettre l'existence d'une lutte des classes permanente.
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- L'anthropocène?
- L'ère à partir de laquelle l'humain a épuisé les ressources, comme jamais auparavant. Il a brûlé tout ce qu'il pouvait dans une logique financière, avec l'espoir de produire à l'infini. En conséquence, les réserves fossiles que la terre mettait des millions d'années à régénérer, les surfaces cultivables, l'eau, l'air et les écosystèmes se sont effondrés. Sur une planète aux ressources finies, bien sûr, ce mode de fonctionnement n'avait aucun sens.
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La vie est violente, Sam. Elle n'est ni bonne ni mauvaise. Ce serait un non-sens de la croire juste ou injuste. Elle est là, simplement, comme le fruit d'une évolution, un mélange fonctionnel de composants élémentaires.
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Dans quelle mesure tu parviens à détruire un être au-delà de toute forme d'existence? Dans quelle mesure t'arrives à lui faire oublier jusqu'à sa notion d'être et de sentir? Dans quelle mesure tu le réduis à sa fonction mécanique la plus primaire? A bouffer, à dormir et à chier?
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Videos de Jean Krug (4) Voir plusAjouter une vidéo
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Vivez, étape par étape, la conception de l'illustration destinée à la couverture de "Cité d'Ivoire" le deuxième roman de Jean Krug. Réalisation Sébastien Annoni.
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