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EAN : 9782818048689
384 pages
Éditeur : P.O.L. (05/03/2020)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Il est des hommes est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l’enfance dévastée, l’injustice, le sida, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000.
Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l’Etoile et ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
alexb27
  04 mai 2020
C'est le récit de vies brisées par une enfance abominable ou destinées à l'être. Du déterminisme social (ou pas ?). De 3 enfants qui vont grandir au sein d'une famille toxique (un père violent, une mère passive et mélancolique) dans une cité HLM de Marseille et qui vont trouver dans le camp gitan sédentarisé d'à côté une nouvelle fratrie.
Mais l'amour, l'attention ne rattrapent jamais vraiment une enfance fracassée...C'est ce que rappelle cruellement ce roman totalement désenchanté . Le texte est dur, les paroles blessantes, mais le récit n'est jamais glauque. C'est parfois presque trop (trop de malheur, trop de désespoir et de désillusion) mais l'autrice a un vrai talent pour raconter la vie dans ses aspects les plus sordides (la misère sociale, le racisme de tous les jours, la violence quotidienne) et nous enchaîner à ses personnages. Si bien qu'une fois la première page tournée, on n'attend qu'une seule chose : voir comment Karel, Hendricka et Mohand vont réussir à se sortir de ce bourbier . Passionnant.
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FleurDuBien
  10 mars 2020
J'ai adoré.
Lu en deux jours. Sans pouvoir m'arrêter.
Quel livre !
Où il est question de la cité, de Marseille, de gitans, de maltraitances, de handicaps, de remords, de culpabilité, de l'horreur de certaines enfances, d'amour, de toxicomanie, de vengeance, de gens cabossés à vie...
Je m'adresse à vous, lecteurs, ça vous est sûrement arrivé de lire un livre à reculons, de faire voler les pages avec un certain soulagement, ouf, c'est bientôt fini, plus que tant de pages.
Ici, c'est totalement l'inverse. Les pages ont glissé toutes seules, sans un bruit, sans un souffle, sans peine, sans un effort. Juste la tristesse à la fin, de l'avoir déjà terminé.
Je le mets sans hésiter dans mon top 10 de mes meilleurs livres lus.
Je ne pensais pas, en l'entamant, que sa drogue douce et dure, comme celles que l'on rencontre dans ce si beau livre, m'atteindrait à ce point.
Comme quoi, on peut écrire un livre sublime, tant au niveau de l'écriture que de l'histoire, sans donner trop de détails, de violences, de malsain. J'en profite d'ailleurs (lâchement) pour dénoncer une fois de plus les livres qui se complaisent dans cette violence, ce malsain, mais avec trop de détails inutiles et le coeur au bord des lèvres. Oui, je pense par exemple à Mr Bouysse, avec entre autres, Né d'aucune femme, illisible et abject. Et oui, on peut écrire l'horreur d'une enfance sans trop de détails dont on se complait, c'est bien cela le talent des grands auteurs.
Mais revenons au livre.
Il ne peut pas être raconté, il FAUT le lire.
On suit le destin de trois enfants, avec un père fou et une mère folle de ce père si abject, si tortionnaire, si toxique, si moche, oui si moche, une ordure.
Bien sûr, les trois enfants de la cité vont grandir de guingois, chacun leur dérapage, leur lâcheté, leur courage ou leur réussite.
Ce livre est violent, rude, épais, mais jamais illisible, jamais "dégoutant", jamais médiocre. Il est beau.
Alors, ceux qui font une dépression ou qui ont un petit coup de blues ( ou un grand ), attendez un peu pour le lire.
J'ai pleuré Karled, Hendricka, Mohand l'enfant martyr, mais aussi la vie, l'enfance pourrie jusqu'à la moelle, l'amour fou d'une mère pour son fils, et sur Gabrielle, cet ange sacrifié. C'est comme une farandole folle, avec son lot de bonheurs aussi, ses fulgurances, ses plaisirs, son danger.
Alors oui, lisez ce livre incroyable, magnifiquement écrit, magnifiquement imaginé (ou pas).
C'est vrai. Il y a des hommes qui se perdront toujours.
Je les ai bien connus ces hommes-là.
Sublime, tout simplement.
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Apolline27
  09 mai 2020
le narrateur nous immerge dans une cité des quartiers nord de Marseille dans les années 80. Mais l'immersion se fait progressivement. L'histoire commence dans un café du vieux port, la brasserie du Soleil, par une scène anodine en apparence, mais qui contient en réalité, à elle seule, la totalité du roman, avec au centre, la figure dévastatrice et terrifiante du père. Un père déjà mort, puisque le 1er chapitre, style prologue, en évoque l'assassinat, mais aussi toxique mort que vivant ; une mort qui enclenche le souvenir et le récit d'une enfance massacrée, d'une adolescence saccagée et d'un âge d'homme insoutenable.
Plus on plonge dans l'histoire de cette vie dépouillée de tout ce qui pourrait la rendre supportable, plus on a – en tant que lecteur – le sentiment d'être dans un film plus que dans un roman, au point que la musique manque. On a le rythme, on a les images, on a les mots, les paroles mêmes des chansons du moment, mais il manque la musique, et ce manque est gênant. A la scène d'ouverture, dans le café du vieux port où la mère, Loubna, fonce sur le juke-box et fait grésiller la voix « nasillarde » du chanteur italien Eros Ramazzotti « una storia importante... » pour conjurer la perfidie de Karl, répond, à l'avant dernier chapitre, la voix « suave » de Terence Trent D'Arby et son injonction : « Dance little sister, don't give up today... » qui fait vibrer le narrateur et virevolter sa soeur. Entre les deux, une avalanche de souffrances, de violences, de cruautés familiales, amicales, amoureuses, sexuelles.
Si, au début de l'histoire, dans la petite enfance, l'image de la mère vient éclairer quelque peu un quotidien sordide et insupportable, cette image se dégrade très vite et devient aussi toxique que celle du père, peut-être même plus toxique parce qu'elle ne se donne pas comme telle. A noter que la figure centrale du père atteint des summums de cruauté et de lâcheté, suscitant chez ses trois enfants une haine imprescriptible. Or, autant la littérature nous a habitués à des figures de mères monstrueuses, autant elle reste beaucoup plus nuancée sur les figures de pères. Ils peuvent être froids, volages, calculateurs, autoritaires, violents même, mais rarement, à ma connaissance en tout cas, monstrueux. En cela, Rebecca Lighieri inaugure un genre avec un modèle difficile à égaler et dont le réalisme confère une authenticité qui fait frémir.
Par ailleurs, il ressort de ce récit un pessimisme susceptible de décourager le plus acharné des humanistes. Si, au début du récit, le narrateur enfant peut encore se projeter dans un avenir désirable : « ...Je me sens grand, vertueux, presque heureux – le coeur gonflé d'espoir. C'est peut-être moi le sauveur, après tout. », ces illusions ne font pas long feu. Surgit alors, au fil des pages, le principe incontestable d'une détermination à laquelle nul ne peut échapper, Karel encore moins que quiconque. L'enfance malheureuse et sordide implique nécessairement une vie malheureuse et sordide. Karel, fils de Karl, est condamné à reproduire et à s'approprier violence et cruauté, condamné à rester enfermé dans ce cercle vicieux de la misère matérielle et affective. C'est ce déterminisme qui est asséné à chaque nouvel épisode du roman jusqu'à la citation d'Antonin Artaud, tirée du texte intitulé « La Liquidation de l'opium » paru dans La Révolution surréaliste en janvier 1925 « Il y a des âmes incurables et perdues pour le reste de la société. Supprimez-leur un moyen de folie, elles en inventeront dix mille autres. ». Et cette affirmation nous ramène au titre du roman, emprunté lui aussi à ce même texte dont je redonne ici l'extrait : « L'homme est misérable, l'âme est faible, il est des hommes qui se perdront toujours. Peu importe le moyen de la perte ; ça ne regarde pas la société. » Artaud affirme un déterminisme total que soutient et met en scène le récit de Rebecca Lighieri. Est-il possible d'y échapper ? Comme chez Artaud, qui a donné son nom à la cité marseillaise, la fratrie Claeys n'y échappe que grâce aux paradis artificiels, et encore, y échappent-ils vraiment ? « Tant que ne serons parvenus à supprimer aucune des causes du désespoir humain... » (opus cité) il est probable que nul n'y échappe durablement. Ce devrait être le combat de la richesse de lutter contre la misère et d'en éradiquer les causes. Mais la richesse ne se bat que pour elle-même, et sa générosité n'est qu'un leurre ainsi que le démontre le fugitif et insipide personnage de Jérémie.
Autant de constats bien sombres et un tableau dérangeant de la détresse humaine. Ils mériteraient sans doute une adaptation cinématographique qui pourrait en préciser les contours et, avec un peu de génie, en extirper une parcelle d'espoir.
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MiMotsLettres
  28 mai 2020
PETIT FRÈRE
"C'est pas grave, je n'en veux à personne, et si mon heure sonne, Je m'en irai comme je suis venu, adolescent incandescent chiant à tour de bras sur le fruit défendu » IAM

J'ai fini ce livre il y a quelques jours. 
Bouche bée. Bousculée. Terriblement étourdie.
Je cherche depuis comment en parler, comment mettre des mots sur cette histoire que j'ai dévorée en apnée, tour à tour insurgée, attendrie, révoltée.
Karel, le narrateur, grandit et vit dans les quartiers nord de Marseille pendant les années 80. Auprès de sa soeur Hendricka et de leur petit-frère martyr Mohand, ils subissent la violence de leur paternel, sombre personnage senteur pastis et héroïne, appâté par le pognon et les magouilles. La mère, elle aussi droguée, trouve son bonheur et son réconfort dans les soins et l'attention qu'elle prodigue au petit Mohand, infirme.
Gravitent autour d'eux un clan de gitan sédentarisé au sein duquel Karel rencontrera son premier amour.
C'est une histoire de la violence du quotidien d'une famille pauvre, comme il en existe tant entre de nombreux murs bétonnés. 
C'est une histoire sociale, d'une enfance ravagée qui pose les bases du reste d'une vie. 
Comment se construire, avancer, s'extirper de ce milieu de laissés pour compte ? 
Karel se questionne, a-t-il hérité de la brutalité de cet homme qu'il hait, celui qu'il n'a même jamais appelé papa ? La violence est-elle génétique ? Est-ce possible de l'éviter quand on ne connaît que ça depuis la naissance ?
Au milieu de tout ça il y a Mohand. Une figure quasi angélique qui évolue au-dessus de tout, malgré tous les sévices et humiliations subits. Qui dit qu'il faut aller de l'avant, ne pas se retourner, quand son frère n'est capable que de ressasser.
La résilience ou la vengeance.

A lire de toute urgence.

"Que voulais-tu que ton fils apprenne dans la rue ? Quelles vertus croyais-tu qu'on y enseigne ? T'as pas vu comment ca pue dehors ? Mais comment ca sent la mort ? » NTM


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jongorenard
  23 mai 2020
C'est pas la joie chez les Claeys. C'est même carrément l'horreur. le père, alcoolo, toxico est un monstre cruel et violent pour ses enfants. La mère, un peu plus aimante, mais effacée est soumise et paumée. Nous sommes à Marseille dans une cité populaire, au milieu des années 80 quand débute le récit de Karel, narrateur et fils ainé de la famille. Heureusement pour les minots, ils trouvent un peu de réconfort et de tendresse auprès d'une communauté de gitans sédentarisés sur un terrain vague à deux pas de la cité. Karel se rêve un destin différent, loin de la maltraitance, et de la misère sociale où il grandit. Mais peut-on échapper à un héritage familial aussi lourd ? Entre roman noir, roman d'apprentissage et récit familial, Rebecca Lighieri nous offre ici un très beau texte sur la lutte pour échapper au déterminisme social. L'histoire est sombre, violente, remplie de tortures et d'abus, mais paradoxalement jamais écoeurante. C'est pour moi un des grands talents de l'autrice de réussir à décrire l'horreur du quotidien sans jamais tomber dans le misérabilisme, dans les détails glauques ou malsains. Bien au contraire, elle couvre ses personnages d'une grande dignité, raconte avec sensualité leur fureur de vivre, explore avec empathie leur psychologie traumatisée, le tout baignant avec justesse dans la musique populaire des années 80 et 90. Une tragédie d'une envoutante et lumineuse noirceur que je recommande.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
jongorenardjongorenard   24 mai 2020
Tant qu’on se crèvera entre nous sur des tas d’ordures, tant qu’on se crackera bien la gueule avec nos petits cailloux, la société passera ça par pertes et profits. Et si les pertes sont négligeables, les profits sont loin de l’être : la sélection s’opère, naturellement, sans intervention extérieure, sans déploiement des forces de l’ordre – pas besoin de ligne budgétaire, y’a qu’à nous laisser faire, bingo.
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BenedicteNBenedicteN   26 avril 2020
Je ne saurai jamais quel malheur vient de frapper ces deux hommes. J’ai juste la certitude qu’ils vivent un moment dramatique de leur existence, et qu’à leur insu j’en ai été le témoin. Mais ce qui me terrasse, là, dans mon fauteuil club, ce n’est ni leur chagrin ni leur bouleversement : c’est qu’il y ait eu précisément un ordre à bouleverser, une harmonie, un bonheur qui vaille qu’on le pleure sans pudeur dans un hall d’hôtel. Ce qui me coupe littéralement les jambes, le souffle, et même toute possibilité de réflexion suivie, c’est de savoir que je vis pire malheur que le leur, qui est de ne rien avoir eu, jamais, à regretter et à pleurer aussi amèrement.
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FleurDuBienFleurDuBien   08 mars 2020
Ma mère s'en va. Elle nous laisse avec le mystère irrésolu de sa splendeur. Elle nous laisse avec la conviction éclatante que nous ne lui suffisons pas, et qu'il n'y a que Mohand qui puisse la rendre heureuse avec ses souffrances et ses infirmités.
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BenedicteNBenedicteN   25 avril 2020
Elle enfouit son visage dans ses mains, mais les larmes coulent le long de ses poignets, jusqu’à la saignée des bras, pile là où elle se charcute régulièrement à la recherche d’une veine encore intacte. (...) Elle ferait mieux de pleurer sur elle-même, et d’ailleurs c’est peut-être ce qu’elle fait : pleurer sur la vie qu’elle a choisi de foutre en l’air, avec les nôtres, par la même occasion.(...)
Vous n’empêchez pas qu’il y ait des âmes destinées au poison. Dès que j’ai lu cette phrase d’Artaud, j’accepte que les gens autour de moi aillent à leur perte. Simplement, il n’est pas question qu’ils m’y entraînent.
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FleurDuBienFleurDuBien   09 mars 2020
J'ai beaucoup repensé à l'enfance récemment. Et pas seulement à la mienne, mais à celle de tout ceux qui ont traversé la leur comme une nuit qui n'en finissait pas.
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Videos de Rebecca Lighieri (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rebecca Lighieri
LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ !
Rebecca Lighieri – dont il n'est pas interdit de dire qu'elle écrit aussi (et fort bien !) sous le nom d'Emmanuelle Bayamack-Tam – était invitée du festival à l'occasion de la parution de « Il est des hommes qui se perdront toujours », un roman d'initiation sombre et éblouissant, récemment paru chez P.O.L, qui plonge le lecteur dans les quartiers Nord de Marseille.
À lire : Rebecca Lighieri, Il est des hommes qui se perdront toujours, P.O.L, 2020.
http://www.ohlesbeauxjours.fr
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