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ISBN : 2267014408
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (20/01/1998)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Un jour et une nuit de voyage en voiture mènent un homme du sud du Portugal jusqu’à Lisbonne, où il travaille dans un service psychiatrique. Durant ce trajet, les souvenirs se mêlent aux visions et déforment sa perception du monde. La mémoire empiète sur le réel, le passé et le présent sont incertains, les images se superposent, et l’univers du narrateur paraît basculer dans la folie des malades qui l’entourent. Entre les dérives de son imagination et les délires de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Kirsikka
  11 décembre 2015
Le titre m'a attirée d'abord, et puis la lecture des premières pages, qui sont une description hallucinée des plages et lieux touristiques de la côte portugaise comme un monde factice fait de carton et de plastique...
Tout le livre est une plongée dans l'esprit torturé d'Antonio Lobo Antunes, jeune psychiatre qui rejoint en voiture l'asile où il travaille. Souvenirs, réflexions, rêves ou délires, descriptions féroces des psychiatres, ses collègues, scènes de la guerre en Angola où il était médecin, enfer de l'asile, enfer de la guerre, enfer de la compromission dans un travail qu'il compare à garde-chiourme, gardien de prison, gardien de camp de concentration. Enfer de la culpabilité, enfer de ne pas pouvoir être proche de ceux qu'il voulait comprendre, enfer d'une distanciation constante entre lui et les malades, lui et les autres, entre lui et lui. La peur de devenir un des fous de l'asile, et cette dichotomie étrange entre les pensées, cette désolation des enfers, et les actions ou les paroles, violentes, toujours du côté de l'autorité, jamais dans la révolte.
Tout ceci pourrait paraître rebutant, je craignais d'avancer vers des pages de plus en plus sombres et glauques, étant donné les thèmes difficiles abordés, mais j'ai découvert une belle écriture, des phrases si longues qu'elles peuvent faire jusqu'à trois pages, mais toujours traversées par un souffle amer, nostalgique, ironique, poétique.
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Snarkk
  03 mars 2015
Visiblement un grand classique de la littérature portugaise, mais pour moi la mayonnaise ne prend pas... j'ai d'abord été séduit par l'ambition du livre, à savoir décrire plusieurs niveaux de "l'enfer" par des paliers successifs : un voyage en voiture emplit de solitude sert de base à l'évocation de souvenirs de deux enfers : militaires et psychiatriques.

Malheureusement, j'ai été très déçu par l'approche fantastique du livre. Je reconnais tout à fait le symbolisme, mais j'ai vraiment perdu beaucoup de plaisir à la lecture en naviguant dans les méandres de la mémoire de l'auteur. Si c'était un acteur, j'aurais trouvé ça surjoué par moments. C'est bien dommage, car c'est indéniablement un ouvrage littéraire de qualité.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
KirsikkaKirsikka   04 décembre 2015
Je suis médecin je suis médecin je suis médecin, j'ai trente ans, deux filles, je suis revenu de la guerre, je me suis acheté une voiture bon marché il y a deux mois, j'écris des poèmes et des romans que je ne publie jamais, j'ai mal à une dent de sagesse du haut et je vais être psychiatre, comprendre les gens, déchiffrer leur désespoir et leur angoisse, les tranquilliser grâce à mon sourire de prêtre laïque manipulant les hosties des comprimés en des eucharisties chimiques, je vais finalement être une personne respectable penchée sur un bloc d'ordonnances dans une hâte distraite d'altesse royale, à prendre après les repas, à prendre avant les repas, à prendre au milieu des repas, au lever, au coucher avec une boisson chaude, au dîner, au goûter, pas de vin, d'eau-de-vie, de goutte, de vermouth, d'anisette, revenez dans quinze jours, revenez dans un mois, téléphonez-moi pour me dire comment vous vous sentez, je suis normal vous êtes malade, je suis normal vous êtes malade je connais la sémiologie, la psychopathologie, la thérapie, je reconnais à des kilomètres la dépression, la paranoïa, l'euphorie pathologique, les crises d'épilepsie, les somatisations, les caractériels, demandez une prise en charge à votre caisse pour vous faire faire un électroencéphalogramme, réglez la facture, n'oubliez pas de régler la facture, surtout réglez bien la facture, soyez sage, sinon je vous fiche une cure de sommeil carabinée, serenelfi largactil niamide nozinan bialminal, bonsoir, il resserra son noeud de cravate en prenant modèle sur le gaucher du miroir, s'examina de face, de trois quarts, de profil, je suis médecin, je suis médecin, je suis interne en psychiatrie, le vieux du couloir aboyait sans trêve, il retourna à la table, s'installa royalement sur la chaises, et par les vitres de la fenêtre, il eut comme en un vertige l'impression de voir un homme voler, un homme banal, ni jeune ni vieux, qui agitait les manches de sa veste dans le bleu de juillet et volait. Il se dit
- Je suis foutu
et en relevant la tête il se retrouva nez à nez avec l'assistant, qui, près de la porte, le regardait d'un air infiniment surpris.
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KirsikkaKirsikka   04 décembre 2015
Il avait depuis toujours l'impression que les choses l'épiaient, les chaises, les meubles, les verres ironiques sur le dressoir, et son propre visage sur les photos anciennes, qui l'accusait d'avoir commis une faute qu'il ne parvenait pas à cerner, l'impression que les choses l'épiaient avec la sévérité sourcilleuse de leurs volutes, la toux réprobatrice des craquements du bois, les chaînes de montre à gousset des boutons de tiroirs, mais c'était la première fois qu'il se savait regardé par une odeur. Il était par exemple au lit, à Armarçao de Pera, dans sa chambre d'hôtel si scintillante de lumière que les objets flottaient, sans poids, dans une brume dorée en faisant doucement aller le bras qui tenait la cigarette entre le cendrier et ma bouche, les poils dorés de mon coude brillaient comme des cils satisfaits, ma peau brûlée faisait penser à celle des pommes de terre au four, et l'odeur de la mer grimpait le long du mur en une spirale de glycine et allait se jucher, toute bleue, sur la balustrade, assise sur ses pattes de derrière, m'observant de ses yeux humides de cheval, mouillée des larmes de l'écume.
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KirsikkaKirsikka   11 décembre 2015
Après le 25 avril, par exemple, nous sommes tous devenus démocrates. Nous ne sommes pas devenus démocrates parce que nous croyions à la démocratie, parce que nous détestions la guerre coloniale, la police politique, la censure, la simple interdiction de penser ; nous sommes devenus démocrates parce que nous avions peur, peur des malades, du petit personnel, des infirmiers, peur de notre statut de bourreaux, et jusqu'à la fin de la Révolution, jusqu'en 1976, nous avons été des démocrates irréprochables, nous avons été socialistes, nous avons diminué le temps d'attente aux consultations, nous sommes arrivés à l'heure, nous avons conversé attentivement avec les familles, nous nous sommes souciés des internés, nous avons protesté contre la nourriture, les punaises, l'humidité des sanitaires, le manque d'hygiène. Nous avons été des démocrates par lâcheté, Joana, se dit-il, en voyant un vol de tourterelles se poser sur un olivier, troubler la tranquillité de l'olivier par l'agitation de leur vol, nous avions une peur panique d'être accusés, comme les agents de la PIDE, d'être arrêtés, montrés du doigt dans la rue, d'avoir nos noms dans le journal. Et nous avons mis du temps à comprendre que même en 74, en 75, en 76, les gens continuaient à nous respecter comme on respecte les abbés dans les villages, qu'ils continuaient à voir en nous l'unique aide possible contre la solitude. Alors nous nous sommes rassérénés. Et nous nous sommes mis à nous promener en portant, pliés sous le bras, des journaux de droite. Et nous souriions d'un air sarcastique en entendant le mot socialisme, le mot démocratie, le mot peuple. Nous souriions d'un air sarcastique, Joana, parce qu'on avait aboli la guillotine.
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jerseyromeojerseyromeo   28 juin 2014
"Nous sommes des bourreaux, voulut-il dire tout haut au Club, des bourreaux ignorants et pervers, plongés dans l'odeur infecte de la pisse stagnante et de la merde, occupés à discuter de machines à café, de promenades au jardin zoologique et d'autres divertissements foutrement semblables, nous sommes des bourreaux, et en rentrant chez nous nous exhalons, dans les vestibules, entre le portemanteau et la console, des odeurs de Maria assassinées, parce que en accrochant notre imperméable c'est un peu de nous-mêmes que nous accrochons, nos corps fanés comme les perdrix des natures mortes, en pointant le bec de nos lèvres vers les lattes du parquet"
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Vidéo de Antonio Lobo Antunes
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