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Carlos Batista (Traducteur)
EAN : 9782267015690
174 pages
Christian Bourgois Editeur (25/01/2001)
3.81/5   49 notes
Résumé :

«En contrepoint de ses œuvres de fiction, António Lobo Antunes, dans Livre de chroniques, ne cesse de laisser penser ses sens. Il bouscule une fois encore nos idées reçues sur l'écriture, fouille les labyrinthes de la mémoire, architecture ses obsessions : la guerre - celle des sexes, celle des Etats, celle des groupes sociaux, toutes celles qui donnent envie de "regarder, avec une émotion croissante, une gravure po... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Un vrai bonheur.. à savourer lentement, c'est tendre, ironique ,remarquablement écrit ( et traduit). de la poésie en prose!
Je les aime toutes, ces petites chroniques, peut être un peu plus celles dans lesquelles il parle plus de lui.
Il y en a une qui a un très beau titre,Au fond de la souffrance, une fenêtre éclairée, référence à un poème de Paul Eluard:
"La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager."

Qui commence ainsi:
"Lorsque j'avais treize, quatorze, quinze ans et que je lisais tous les livres qui me tombaient sous la main, les livres de mes parents, les livres que je volais et les livres que je pouvais acheter, je revenais, je ne sais pourquoi,comme la langue recherche sans relâche la dent manquante, à ces vers français que j'avais copiés sur un cahier:
Il y a toujours au fond de la souffrance une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée..."
Magnifique.

Mais j'ai choisi d'en recopier une autre, qui nous parle à tous, ici, qui aimons les livres:

"Hommage à José Ribeiro:

Certains aiment les livres. Certains vendent des livres. Certains éditent des livres. Je connais une seule personne qui, par amour pour eux,les vend, les édite, les collectionne, les lit et, encore plus simplement, sans être riche, les offre à ceux qui partagent sa passion: elle se nomme José Ribeiro, José Antunes Ribeiro, sous ses boucles grises, il a l'innocence généreuse d'un enfant, le sourire large, des lunettes presque aussi transparentes que ses yeux, le doigt minutieux à force d'inventorier des reliures.Il a monté Assirio et Alvim, il a monté Ulmeiro, et en dehors des moments où il refait surface, tout guilleret dans sa timidité attendrie, il habite un petit sous-sol à Benfica, trois ou quatre cellules semblables à des couloirs, des offices, des cocons, de petites ruches d'abeille où son grand corps se meut avec une agilité insoupçonnée, parmi des pages et des pages imprimées, montrant, furetant, donnant,
-Tu l'as?
-Tu connais?
-Tu l'as lu?
Avec cette fierté humble ,fraternelle, dont son amitié est soigneusement faite. N'était José Ribeiro je détesterais l'Avenida do Uruguai. Des immeubles et encore des immeubles ont poussé là où enfant j'allais avec la servante chercher du lait dans une ferme, des immeubles et encore des immeubles ont poussé sur mon passé, on a étouffé avec boutiques et pâtisseries ces lieux où je fus heureux autrefois, on a détruit une enfilade de maisons habitées par des gens qui n'étaient pas de ma famille et qui pourtant le sont maintenant, le vieux général emmitouflé dans sa couverture, la dame féroce, minuscule, électrique, avec des chiens féroces, minuscules et électriques, qui m'apprenait l'anglais au milieu des aboiements, mémé Galho et sa colossale, tremblante, collection de chats en verre, ses poèmes de Gomez Leal, sa cuisinière borgne
Rosa
Des portails de domaine, des piliers, des bougainvillées et de sombres vestibules moisissant dans un perpétuel hiver, imperméable au soleil, un monsieur à cheveux blanc alité
( mais la mort n'existait pas, pendant longtemps la mort n'a jamais existé, la mort se résumait à des cartes de petits saints ovales dans le missel de ma mère, j'étais éternel, à quel moment, mon Dieu, ai-je donc cessé d'être éternel, moi qui le fus tant d'années)
La charrette du marchand d'huile d'olive, les troupeaux, des soirées plus longues qu'une leçon d'histoire.On a fait pousser des immeubles et encore des immeubles habités par des gens qui ne me donnent plus du jeune homme, qui ne m'appellent plus Antonio, et là où se trouvaient les bidons de lait et leur écume bouillonnante, je me promène de boutique en boutique comme un chien à la recherche de l'os enfoui dans un coin oublié et je finis, hagard, par sonner au sous-sol de José Ribeiro, je descends les marches à l'aveuglette.
( j'ignore pourquoi il n'y a pas de lumière dans les escaliers mais tout bien réfléchi je préfère, une ombre mystérieuse, une promesse d'inattendu)
J'aperçois une faible clarté au fond et soudain, dans l'encadrement de la porte, les boucles grises,les lunettes, le sourire, le bureau pareil aux bureaux des grands-pères, des piles de livres, des rayons de livres,des odeurs de livres
( le Paradis)
Et ce Sao Pedro débonnaire
-Tu l'as?
-Tu connais?
-Tu l'as lu?
Avec cette délicate attention propre aux paysans, avec la tranquille sollicitude de l'amitié, nous voilà furetant dans les volumes trois ou quatre mètres au-dessous du niveau du sol, courbés comme des mineurs, écartant, empilant, découvrant
-Celui-là, je ne l'ai pas
-Je ne connais pas
-Je ne l'ai pas lu
chargés de sacs comme des Père Noël nous remontons à la surface tout heureux, les immeubles de l'Avenida do Uruguai disparaissent et j'entends les troupeaux de notre enfance jusqu'au moment où nous nous séparons, l'absence de José Ribeiro me rendant à nouveau adulte, sans charme ni passion,un pauvre adulte dans une auto cabossée attendant la leçon d'enfance que me donne son regard."



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Une goutte de pluie, vous savez ce que c'est, roulant sur la vitre

Des chroniques, de courts textes de fictions, des inventions poétiques ou sarcastiques.

Quelques titres : « Une goutte de pluie sur le visage », « Ne meurs pas maintenant on nous regarde », « La veille du jour où je suis mort étranglé », « Au fond de la souffrance une fenêtre ouverte », « N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire » ou celui du recueil « Dormir accompagné », pour une promenade dans les univers d'un immense auteur.

L'enfance, les rêves, le cinéma et des livres…

La douleur et la douceur du vivre.

« Les mots rouges The End apparaissaient en vibrant sur le drap, les lampes de la baraque se rallumaient et j'en profitais pour dégommer tous les vieux de quinze ans que je pouvais avec le Colt de mon index braqué. Les parents des fillettes les attendaient pour les ramener à la maison et je restais debout au milieu d'une multitude d'amateurs de femmes nues, plein de l'orgueil hautain des shérifs solitaires, tandis que la mer avançait et reculait sur la plage, mon coeur soudain triste à mourir, languissant après d'irrésistibles mais indifférentes sirènes sans poitrine encore, le visage masqué par des bulles de gomme rose ».
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Recueil de nouvelles (chroniques dit-on sur la couverture) très inégal. Tous très courts, deux ou trois pages à peine, les récits autobiographiques - des souvenirs d'enfance et de famille principalement - alternent sans vraiment d'organisation visible avec des histoires courtes fictives qui ont toutes le même déroulé, le même type de chute, ce qui rend la lecture décevante dès la deuxième histoire de ce type.
Les dernières nouvelles, de manière surprenante, se font moins légères et m'ont davantage intéressée, mais c'était déjà trop tard pour que je prenne encore vraiment du plaisir à la lecture de ce livre qui m'a ennuyée dans l'ensemble.. je n'ai rien lu d'autre de cet auteur qui a une écriture bien à lui, faite de tirets et de courts commentaires au coeur du récit, ce qui aurait pu me plaire. Peut-être pas le bon jour, Peut-être pas le bon choix pour découvrir cet auteur?
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Un bijou de sensibilité, de tristesse heureuse, de douce désespérance. Une évocation très attachante de Lisbonne, du Portugal. de la mélancolie mais aussi beaucoup d'humour. Et puis une langue unique, impeccable, rien à ajouter, rien à retrancher.
"Il y a toujours, au fond de la souffrance, une fenêtre éclairée, une fenêtre ouverte".
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Tu sais comme moi que les opérations deux livres achetés = un livre offert sont souvent la porte ouverte à de mémorables moments de lectures mortels (les moments). Ce n'est pas que les choix des éditions offertes soient systématiquement mauvais (il faut être bon joueur), c'est surtout que les pépites disparaissent avant que tu n'aies pointé ton museau.

Voilà donc que croupissait sur le piano depuis bien avant l'été un petit livre qui me semblait sans prétention. Un auteur que je n'avais jamais lu (ben non tu vois je ne suis pas si vieille finalement, je n'ai pas encore fait le tour de tous les écrivains du monde), et un bandeau qui soulignait le puissant pouvoir de séduction du texte.
Tu commences à connaître mon fonctionnement; ce bandeau me coupait littéralement l'envie de lire.

Puissant pouvoir de séduction. C'est ça.
Du Luz Casal à lire. le soleil du Portugal entre les lignes. Tu vois tout. Les cours, les robes, tu entends les voix dans les bistrots, les mères qui braillent aux fenêtres, tu cours dans les ruelles.

Va falloir que je m'intéresse de près à cet Antonio-là.
Lien : http://ausautdulivre.blogspo..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Le flacon de vernis à ongles sur le micro-ondes, où elle a l'habitude de laisser le bloc-notes et ses instructions pour la femme de ménage. Je remarque toujours deux genres d'écriture sur la même page, son mot à elle en haut, et la réponse de la femme de ménage en bas. À côté la monnaie des courses. Et cette chanson américaine qui me hante.

   N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

   Aujourd'hui mon fils s'est réveillé au milieu de la nuit en pleurant. Il n'a que trois ans. J'ai pensé qu'il avait de la fièvre, ou mal aux dents ou quelque chose comme ça, alors je l'ai pris dans mes bras et l'ai transporté dans la cuisine pour regarder la rue. J'aime la cuisine la nuit, avec son plan de travail en granit et ses appareils électriques grands et carrés, qui semblent plus redoutables encore dans le noir. J'aime leur aspect efficace et le mystère de leurs intestins pleins de vis et de ventilation. Des machines blanches, des lunettes rondes derrière lesquelles tournent le linge et la mousse mélangés. J'ai songé à brancher un des appareil pour amuser mon fils. Pour m'amuser moi. Parfois je m'assois sur une chaise et je reste à les regarder. Ils craquent, changent de vitesse et de bruit. Comme des organismes vivants. Mon fils sent la sueur et les larmes. La rue paisible. Des voitures alignées contre le trottoir. J'aperçois la mienne entre une fourgonnette grise recouverte de poussière et une voiture recouverte d'un drap. J'en connais le propriétaire. Le dimanche, en short, il enlève le drap et passe des heures à nettoyer sa voiture avec une éponge. Jamais il ne sourit. Nettoyer sa voiture semble pour lui l'acte le plus important en ce monde. Quand il a terminé, il rentre chez lui et ressort une demi-heure après suivi de sa famille. Ils se promènent jusqu'au dîner, fiers de leur merveille rutilante. Comme dit la chanson n'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire. Une voix américaine, rugueuse. N'importe  quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

   Mon fils s'est tu fatigué de pleurer. Je le recouche. Sans bouger, les yeux fermés, il dort d'un air nonchalant. Je retourne dans la cuisine. Ma femme a laissé un flacon de vernis à ongles sur le plan de travail.  Elle dort également mais sur le ventre, agrippée à l'oreiller. Il lui arrive de murmurer dans son sommeil des phrases que je ne saisis pas. Le flacon de vernis à ongles sur le micro-ondes, où elle a l'habitude de laisser le bloc-notes et ses instructions pour la femme de ménage. Je remarque toujours deux genres d'écriture sur la même page, son mot à elle en haut, et la réponse de la femme de ménage en bas. À côté la monnaie des courses. Et cette chanson américaine qui me hante.

   N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

Pour quelle raison est-ce que je reste ici ? Il y a mon fils, il y a ma femme. Est-ce seulement pour cela ? Des questions sans fin et sans réponse. Ma tête est pleine de questions. Pas de doutes. Pas d'inquiétudes. Des questions. Ma mère disait toujours Quand tu seras plus vieux tu comprendras. Je n'ai pas dû prendre une ride puisque je ne comprends toujours rien... 
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Les mots rouges The End apparaissaient en vibrant sur le drap, les lampes de la baraque se rallumaient et j’en profitais pour dégommer tous les vieux de quinze ans que je pouvais avec le Colt de mon index braqué. Les parents des fillettes les attendaient pour les ramener à la maison et je restais debout au milieu d’une multitude d’amateurs de femmes nues, plein de l’orgueil hautain des shérifs solitaires, tandis que la mer avançait et reculait sur la plage, mon cœur soudain triste à mourir, languissant après d’irrésistibles mais indifférentes sirènes sans poitrine encore, le visage masqué par des bulles de gomme rose
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j’aimerais bien que ce soit toi car vois-tu
patati et patata
même si je ne le montre pas, et je fais tout mon possible pour ne pas le montrer, le son de ta voix me manque. C’est bête tout de même.
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