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ISBN : 202135010X
Éditeur : Seuil (28/09/2017)

Note moyenne : 4.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Sait-on que la première femme ministre au monde était une bolchevique ? Le 23 janvier 1917, à Petrograd , une grève spontanée d'ouvrières du textile entraîne les métallos voisins et les partis révolutionnaires , d'abord réticents , à l'insurrection , et débouche en quelques jours sur l'abdication du tsar et la constitution du premier soviet. Les femmes accèdent soudain à des fonctions dirigeantes.
Premier livre en français à s'intéresser à leur rôle dans la r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
loneliness
  30 mars 2018
Cruelles destinées ou victimes de la misogynie ?
Des membres du comité exécutif , voyant arriver ces deux déléguées inattendues , s'exclament : "Comment se fait-il que des femmes soient présentes ? Il doit y avoir un malentendu ! "
Le ton est donné !
Les femmes russes se sont battues contre des siècles d'asservissement , peu aidées des hommes , ceux-ci n'ont pu nier l'évidence .
Dès les années 1870 , n'en pouvant plus des violences conjugales , exploitées dans tous les contextes sociaux , elles revendiquent des mesures qui nous semblent à notre époque essentielles pour élever nos enfants et vivre normalement .
Mais qu'en est-il il y a plus d'un siècle en Russie ?
L'ouvrière russe travaille en moyenne quinze à seize heures par jour sans connaître le repos dominical .
Enceinte , elle ne peut quitter son travail que lorsqu'elle ressent les premières contractions , puis elle doit reprendre son poste le lendemain de son accouchement sous peine de se voir infliger une lourde amende ou d'être licenciée .
Confrontés à des horaires abrutissants hommes et femmes s'allient , débrayent et manifestent , les grèves s'intensifient .
En 1903 les ouvrières réclament :
- La journée de huit heures pour tous les salariés .
- le repos hebdomadaire légal d'au moins quarante-deux heures consécutives .
- L'interdiction du travail de nuit ( de 9 heures du soir à 10 heures du matin).
- L'interdiction du travail des femmes dans les établissements où il est nuisible à l'organisme féminin .
- Pour les femmes enceintes , un mois de congé payé avant l'accouchement et un mois après .
- L'organisation de crèches pour les nourrissons et les enfants en âge avec la possibilité de les allaiter .
- L'instauration d'un système de protection sociale payé par l'entreprise .
- La création des jardins d'enfants .
Devant de telles revendications les femmes russes sont pionnières dans la matière et attirent la bourgeoisie féminine ( victime elle aussi du poids du passé et de ses traditions archaïques ) , n'hésite pas grâce à son instruction à essayer de crédibiliser ces réclamations devant les représentants de la Douma .
Résultat : point d'aboutissement ; en guise de réponse aux grévistes 22500 fantassins , cavaliers et cosaques ont reçu l'ordre de tirer .
L'effroyable se produit , la cavalerie massacre tout ce qui se trouve sur son passage , femmes , enfants , Gapone note dans ses souvenirs , évoquant les manifestants accrochés aux grilles du jardin Alexandrovski , face au palais d'hiver " la plupart de ces gens étaient des femmes , des enfants , des vieillards , on entendit un crépitement de fusillade . C'étaient les gardes Preobrajenski qui tiraient . Les soldats semblaient prendre plaisir à ce nouveau massacre des innocents . On ne voyait guère en effet tomber que des femmes et des enfants . Gapone rédige une déclaration adressée aux camarades ouvriers russes qui commence par ce constat : il n'y a plus de tsar . Gorki écrit à sa femme : la révolution russe a débuté ; Jean Jaurès intitule l'éditorial de l'Humanité du 23 janvier : la mort du tsarisme "
L'intelligentsia se mobilise , des femmes au courage incroyable vont lutter pour faire avancer les lois sociales qui serviront largement à la prise du pouvoir par Lénine au détriment des ouvrières .
Inessa Armand , Véra Figner , Alexandra Kollontaï , Sofia Perovskaïa , Larissa Reisner , Maria Nikiforova , Maria Spiridonova ( les plus connues ) mèneront un combat allant au-delà du dévouement : le sacrifice de leurs vies .
En 1917 Lénine ne peut qu'approuver des bouts des lèvres certaines revendications dont l'avortement gratuit .
Petit à petit les femmes russes parviennent à se faire entendre , dire qu'elles ont eu gain de cause dans la totalité serait une affabulation , cependant l'ensemble des idées gagne toutes les couches de la société y compris l'agriculture où la la simple paysanne n'existant pas aux yeux de la gent masculine revendique ses droits au même titre que l'ouvrière .
La guerre , la famine , la réquisition des denrées principales affament la population y compris dans les campagnes où "le moindre grain de blé "sert à nourrir une petite partie de l'armée .
La fin de la guerre laissant le pays à genoux , sans moyens , l'émancipation des femmes tarde à venir , pire elle régresse .
Dès la mort de Lénine , avec une situation politique tendue , elles paient cher leurs revendications , la clôture des cercles permettant toutes discussions ferment , l'interdiction à toute jeune fille ou femme d'aller aux réunions du Komsomol redonne le pouvoir à l'obscurantisme . Les directives du Kremlin s'orientent vers la polyvalence de la femme au foyer et à l'usine : c'est la double peine !
La dictature de Staline aggrave le sort non seulement des femmes mais de toute la nation : suppression de l'avortement (les personnes prises et inculpées seront fusillées suite à leurs désobéissances ) , ponctions dans l'agriculture , famine terrible , abandon des enfants . Ryskoulov et Riazanov seront exécutés pour avoir dénoncé l'horreur et aidé des enfants à manger .
"Donner à manger à des enfants affamés était un acte anti-soviétique condamnable "
Staline permet le retour aux traditions morales et religieuses , les popes battent des mains , hourra , ils reprennent le pouvoir sur leurs brebis égarées les ponctionnant lourdement financièrement.
Après la suppression de l'avortement , c'est la pénalisation du divorce ,les enfants sont embrigadés dès l'âge de 8 ans ; ces interdictions prévoient l'industrialisation accélérée et la guerre contre le nazisme qui s'annonce de jours en jours ; il faudra attendre la mort de Staline pour que les maternités les crèches, les jardins d'enfants se développent lentement .
Dans ce livre Jean-Jacques Marie ne réécrit pas l'histoire , il apporte des témoignages essentiels à notre connaissance de la Russie .
Quand je pense à tout ce nous avons comme lois sociales aujourd'hui , bien qu'il reste encore à faire ou à surveiller qu'elles ne disparaissent , je ne peux pas m'empêcher de contempler toutes ces femmes , de les comparer à des étoiles , des lumières qui nous guident , il y a des lueurs de bougies qui ne s'éteindront jamais , du moins dans mon coeur .
Merci à Jean-Jacques Marie pour son oeuvre terriblement dure , mais extraordinaire , il est rare qu'un historien mêle vérités et sentiments sans compassion excessive .
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kielosa
  29 mars 2018
Nous connaissons tous des noms d'hommes révolutionnaires russes, mais il y a, bien entendu, eu également des femmes qui ont oeuvré pour ce grand idéal. Comme souvent, hélas, elles sont restées à l'ombre des hommes, leurs "tovaritchs" ou camarades. Personnellement, à part Alexandra Kollontaï (1872-1952), une des toutes premières femmes à devenir membre de gouvernement et ambassadrice et de qui j'ai lu une biographie écrite par une autre ambassadrice, l'Espagnole Isabel de Palencia y Smith (née Oyarzábal), l'épouse de Lénine, Nadejda Kroupskaïa (1869-1939) et sa maîtresse, Inès ou Inessa Armand (1874-1920), d'origine française, je n'en connais que très peu.
L'ouvrage de Jean-Jacques Marie remplie, heureusement, cette importante lacune.
Le rôle des femmes dans la Russie tsariste était manifestement réduit à mettre des enfants au monde, labourer le champ, aller prier à l'église, garder la maison propre, préparer les repas et servir la vodka à leur bonhomme et ses potes. Probablement que j'exagère, mais seulement un peu ! Il y a eu évidemment des exceptions, comme par exemple la comtesse Sophie Tolstoï (ou Sofia Tolstaïa) (1844-1919), épouse du grand Léon, qui a écrit une volumineuse autobiographie "Ma vie", mais restée à l'état de manuscrit de son vivant.
D'ailleurs, l'auteur commence son ouvrage ainsi : "Une poule n'est pas un oiseau, la femme n'est pas une personne, proclame un vieux proverbe russe." Et Jean-Jacques Marie explique le sort lamentable de la femme en y ajoutant un élément que j'avais omis dans ma petite liste, notamment la violence : frappée d'abord par leur père, ensuite par leur mari. Il cite à ce propos Vera Figner "Mémoires d'une révolutionnaire", Ivan Bounine "Le village", Ilya Ehrenbourg "La ruelle de Moscou", Evguenia Kisseliova "Une femme russe dans le siecle"... Et Alexeï Remizov, où dans son ouvrage "La Maison Bourkov", on peut lire : "...Glotov avait jeté sa femme légitime du 3ème étage sur le pavé et la pauvre s'était cassé la tête. Point final. le romancier aurait pu en dire autant d'une cruche. "
Non pas que cette violence aurait disparu après la Révolution. "Dans la Russie d'aujourd'hui, 10.000 femmes en moyenne meurent chaque année sous les coups de leur conjoint " (page 21). Et la Douma, sous pression du Kremlin et l'Église orthodoxe, a allègrement voté une loi dépénalisant les violences conjugales à 385 voix contre 2 !!! Lire à ce propos également l'article d'Isabelle Mandraud dans le Monde du 22-3-2018 relatif à l'accusation par 3 journalistes femmes de harcèlement sexuel par Leonid Sloutski, président de la commission des affaires étrangères et, bien entendu, sa disculpation à l'unanimité, ce qui a inspiré un journal indépendant à titrer "Douma = organisme d'État qui justifie le harcèlement sexuel".
En février 1917, une énorme manifestation a été lancée par des femmes contre la vie chère et le manque de pain. Une manif qui a abouti à l'abdication du dernier tsar, Nicolas II, le 2 mars suivant. L'initiative des femmes a été escamotée sous Staline, où c'était le Parti bolchevik qui, dans son extrême sagesse, a appelé les ouvriers à la grève. Donc, plus question d'attribuer cette page glorieuse aux femmes. Même Alexandre Soljénitsyne dans son "La roue rouge" a repris cette version erronée des faits.
Dans ce récit captivant de Jean-Jacques Marie on lit et apprend comment des jeunes filles de bonne famille sont parties à la campagne pour instruire à titre bénévole le peuple et les aider dans leurs démêlés avec les potentats locaux, et cela bien avant les années charnières 1905 et 1917. Sorties de leur milieu bourgeois et protecteur, elles ont été scandalisées et mortifiées par la triste réalité rurale. N'oublions pas que le servage n'a été aboli en Russie qu'en 1861, sans que la situation de la paysannerie ne s'améliore beaucoup. Comme jeunes idéalistes, elles ont vite compris que la situation était intenable et elles sont devenues politiques, rebelles, et le régime répressif aidant ...terroristes. Un processus qui a mal terminé pour la plupart d'entre elles : le bagne en Sibérie, le suicide et l'exécution.
Parmi les noms à retenir il y a celui de Vera Figner, Anna Korvine-Kroukovskskaïa (épouse Jaclard), et Sofia Perovskaïa pour m'en limiter à 3 seulement.
Et puis il y a le cas tout à fait particulier d'Alexandra Kollontaï, fille d'un général tsariste, qui a rejoint les bolcheviks pour devenir, en 1917, commissaire du peuple, en fait ministre, de la santé. Faisant partie de "l'opposition ouvrière" à Lénine, elle sera "punie" par un poste d'ambassadrice en Norvège, en 1923, et en Suède en 1930, ce qui lui permettra de survivre aux purges staliniennes. Cette "Jaurès en jupons" a joué un rôle important dans l'émancipation de la femme russe : droit de vote et possibilité d'être élue, droit au divorce par consentement mutuel, congés de maternité, salaire égal, mêmes opportunités en éducation, droit à l'avortement (dès 1920), etc.
L'ouvrage de Jean-Jacques Marie est non seulement instructif dans la mesure où il met en lumière les efforts remarquables et le courage de certaines femmes restées méconnues par L Histoire, il se lit relativement facilement, sûrement eu égard à une inévitable complexité de cette Histoire en Russie. La richesse des sources n'a pas empêché l'auteur de pratiquer un style qui m'a bien plu.
Quand je pense que la femme peut-être la plus connue de nos jours de cette époque dans ce pays, est celle qui a tenté de tuer Lénine, Fanny Kaplan (1890-1918), une autre idéaliste, à sa façon, bien sûr !
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Zippo
  02 novembre 2018
Nous connaissons tous Lénine, Trotsky, Staline...beaucoup moins Inès Armand, Alexandra Kollontai et Nadedja Kroupskaïa, militantes émérites de la cause bolcheviques.
Le mérite de cet ouvrage est de nous offrir une "vue panoramique" de la participation des femmes au mouvement révolutionnaire russe.
Des mouvements terroristes du XIXème siècle (avec l'évocation entre autres de Maria Spiridonova) jusqu'à la Révolution d'Octobre, que de dévouement féminin à la cause révolutionnaire.
L'auteur met en relief la misogynie des ouvriers et paysans russes.
Très souvent intellectuelles et issues de la noblesse et de la bourgeoisie, elles se lancèrent à corps perdu dans le militantisme révolutionnaire.
C'est très complet, notamment au niveau des dissensions, des amitiés et du destin de chacune.
Hélas, quand Staline eut bien le pouvoir en main, les femmes furent marginalisées.
Jean-Jacques Marie est un historien réputé du mouvement révolutionnaire russe.
Un livre excellent.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
lonelinessloneliness   28 janvier 2018
" L'ouvrière" , poème d'un ouvrier poète.

Elle a commencé sa vie comme bonne d'enfants
Et le destin s'est moqué de la malheureuse ,
Elle est devenue mère , on lui a donné son compte.
Malade, avec son enfant elle a erré sans but
Jusqu'au moment où elle est arrivée devant les portes de l'usine ,
Où va commencer une existence aux limites du supportable.
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kielosakielosa   21 mars 2018
" La révolution, ce n'est pas une réalité, seulement un rêve. "

Nicolaï Soukhanov (1882-1940)
(Auteur de "La Révolution russe de 1917")

(page 7)
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Vidéo de Jean-Jacques Marie
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