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Henri Massé (Traducteur)Roger Lescot (Traducteur)Gilbert Lazard (Traducteur)Zabih Allah Safa (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070711680
422 pages
Éditeur : Gallimard (16/03/2003)
4.67/5   15 notes
Résumé :

L'Iran, vaincu au VIIe siècle par les conquérants arabes, trouve bientôt dans la poésie le moyen d'expression le plus approprié à son génie. Née, il y a plus de mille ans, dans le Khorassan, province orientale de l'Iran, la poésie persane s'est développée sans interruption jusqu'à nos jours et, dès le XIe siècle, elle a étendu son influence hors du plateau iranien : aux Indes, jusq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
LionelBonhouvrier
  20 mars 2021
Lire cette anthologie d'un millénaire de poésie persane (du Xe au XXe siècles) a été un oasis pendant ces deux mois de confinement parisien. J'ai été le plus sensible à Roudaki, Omar Khayyâm, Sanâ'î, Djâmal d'Ispahan, Attâr de Nichapoûr, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Saadi, Amir Khosrow et Hafiz de Shiraz... Tous ont vécu entre le Xe et le XIVe siècles.
L'introduction de Z. Safa est essentielle, nous précise les bases historiques, géographiques et littéraires. Elle présente la poésie dans l'Avesta, recueil des écritures sacrées de la religion mazdéenne (avant le VIe siècle av. J.C), puis dans les langues "moyen iranien", comme le parthe et le pehlevi (IIe siècle av. J.C- IIIe siècle après J.C). La poésie persane est issue du persan littéraire ou dari, qui naît au Khorassan au IIIe siècle. Elle se répand dans l'ensemble de l'Iran (XIe au XIVe siècles), puis en Asie mineure à l'ouest et jusqu'en Inde vers l'est... Les poètes abordent tous les genres.
Les poètes donnent dans le panégyrique (Roudaki), l'épopée ("Livre des Rois" de Firdousi), ou le lyrisme amoureux (avec de magnifiques ghazals). La poésie morale convient au tempérament métaphysique et pessimiste d'Omar Khayyâm :
"L'humaine récolte en cet univers tourmenté
N'étant que de souffrir jusqu'au moment de rendre l'âme,
Heureux celui qui part au plus vite
Et fortuné celui qui n'est même pas né."
Un peu plus tard, Sanâ'î rédige un quatrain très proche :
"Si venir n'avait dépendu que de moi, je ne serais point venu.
Si le départ aussi ne tenait qu'à moi, quand m'en irais-je ?
Ne vaudrait-il pas mieux que ce monde croulant ne m'ait vu
Ni venir, ni m'attarder, ni partir ?"
L'Amour, terrestre ou mystique, occupe une grande place dans la poésie persane :
"Jusques à quand, feu du désir ! me monteras-tu à la tête ?
Jusques à quand, soupir plaintif ! t'élèveras-tu de mon coeur ?
O toi, source de vif-argent, sortant de mon oeil, jusqu'à quand
baigneras-tu ma face pâle de chagrin causée par l'amie ?" (Saadi de Shiraz).
"Celui dont l'habit fur déchiré par l'Amour
fut purifié d'avidité, de tout défaut.
Louange à toi, Amour, plein de profit pour nous !
O toi le médecin de toutes nos misères !
Remède à notre orgueil, à notre vaine gloire,
tu es pour nous Gallien et Platon ! Grâce à toi,
notre corps de limon s'élance vers les cieux,
les monts entrent en danse et deviennent légers..." (Rûmî).
"Lorsque mort tu me verras, les lèvres à jamais closes
contemplant sans vie ce corps épuisé par le désir
Tu pourras à mon chevet t'asseoir et de ta voix douce
dire : "C'est moi, ô remords, moi qui l'ai assassiné." (Roudaki)
Rûmî, célèbre pour sa poésie mystique et ses admirables poèmes lyriques, est aussi capable de satire : "Ce bas monde est semblable à un arbre, ô mon fils !
et nous sommes sur lui comme fruits demi-mûrs.
Le fruit vert pèse fort à la branche de l'arbre,
parce qu'il n'est ni beau ni digne du palais.
Mais lorsqu'il a mûri, sucré, poissant les lèvres
il pèse doucement, alors, sur les rameaux.
Fanatisme, rigueur viennent de l'ignorance :
tant que tu es foetus, tu te nourris de sang."
+ Lire la suite
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IreneAdler
  27 mars 2012
La poésie persane, apparue après les invasions arabes, est née en Iran et est le meilleur exemple du génie littéraire iranien. Elle su s'approprier les éléments pré-islamiques et les mêler aux apports de la religion ; puis faire rayonner sa production j'usqu'en Chine et en Inde d'un côté, jusqu'en Asie Mineure de l'autre.
La poésie est présente dans tous les domaines de la pensée, mais aussi dans la vie quotidienne. Il n'est pas rare, aujourd'hui encore, d'entendre les Iraniens réciter Hafez ou Rumi pour exprimer une émotion profonde.
Les poèmes sont classés choronologiquement, avec chaque fois que cela est possible, une notice biographique. Les poèmes présentés ici sont ceux jugés les plus représentatifs d'une oeuvre. Il est à noter que quelques femmes sont présentées, des poètes soufis et j'y ai lu les meilleures poèmes sur le vin ; bref tout ce qui aujourd'hui est censuré, prohibé.
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Henri-l-oiseleur
  08 octobre 2015
Les trésors que contient cette anthologie font regretter de ne pas savoir le persan pour se plonger dans la version originale, parue à Téhéran en trois volumes. L"édition française est un abrégé, qui limite ses traductions aux seules oeuvres classiques des plus grands poètes en cette langue. Par "classique", on entend la poésie chantée, écrite et calligraphiée du temps de la renaissance iranienne (X°s), trois siècles après la conquête arabe et le naufrage de la Perse sassanide, jusqu'au début du XX°s, où se forme une poésie moderne qui n'entre pas dans le cadre de cette anthologie. Le persan, quand l'empire arabe finit par s'effacer, devint la langue de culture de toute l'Asie : on trouvera parmi les poètes classiques, à côté des Iraniens, des Afghans, des nobles et des souverains turcs, de grandes plumes de l'époque moghole en Inde. C'est tout un univers qui nous est suggéré là.
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Yuean
  30 décembre 2016
Cette anthologie est magnifique. Moi qui ne suis pas trop versé poésie (hormis Baudelaire et quelques exotismes), j'adore me perdre une vingtaine de minutes dans cette bible de la poésie persane traditionnelle. Réunissant des auteurs et des styles différents, j'apprécie cette oeuvre que je lis petit à petit depuis deux ans. Les versets s'égrènent comme autant de pierres précieuses entre les doigts d'une princesse à la peau d'ivoire...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
sonatemsonatem   11 novembre 2021
La Rose et le Bouton

Le bouton dit à la rose fanée :
« Tu t’es lassée bien vite de la vie.
L’eau s’offre en abondance et l’espace nous est ouvert :
pourquoi t’es-tu déjà cassée ?
Parmi tant d’herbes et de fleurs,
nul autre ainsi ne s’est flétrie.
- La rouille, dit la rose, qui ternit mon miroir
n’est pas de celle qu’on efface.
Oui, le vin de mes jours hier était limpide :
je l’ai bu, il me reste la lie.
Le destin ne m’a pas en vain retiré mon éclat :
s’il me l’a pris, c’est pour te le donner.
C’est pour te faire place
que ce jardinier me maltraite.
Que peut-on dire au temps pillard ?
que peut-on faire quand arrive la mort ?
Tu entres en ce jardin au moment où j’en sors,
celui qui t’apporte m’emporte.
Il a inscrit au registre d’azur
ce que j’ai, moi, oublier de compter. »
Le bouton de rose s’ouvrit et jouit de l’air et de l’eau
sans penser qu’il se flétrirait.
En la taverne où nous vivons
le temps est échanson et nous buvons tous à sa coupe.


Parvîn E’tesami, née le 16 mars 1907 à Tabriz – morte le 5 avril 1941 à Qom, de son vrai prénom Rakhchandeh.
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DanieljeanDanieljean   25 août 2015
Nul mortel n'a pu Te voir,
mille amoureux Te désirent pourtant,
il n'est pas de rossignol qui ne sache
que dans le bouton dort la rose.
L'amour est là où la splendeur
vient de Ton visage : sur les murs du monastère
et sur le sol de la taverne,
la même flamme inextinguible.
Là où l'ascète enturbanné
célèbre Allah nuit et jour,
où les cloches de l'église appellent à la prière,
où se trouve la croix du Christ
+ Lire la suite
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IreneAdlerIreneAdler   27 mars 2012
C'est le vin qui met au jour la valeur des hommes,
et qui distingue des serfs ceux qui sont nés libres.
Il est le révélateur d'une bonne race.
Que de vertu contenue dans cette liqueur !
Les plus belles heures sont celles où l'on boit,
quand au jardin s'épanouissent roses et jasmins.
Que d'altières citadelles le vin sut forcer !
et que de poulains rebelles le vin sut dompter !
Combien de vilains avares firent après boire
Sur l'univers étonné pleuvoir les largesse !

Roudaki
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LionelBonhouvrierLionelBonhouvrier   20 mars 2021
Ce bas monde est semblable à un arbre, ô mon fils !
et nous sommes sur lui comme fruits demi-mûrs.
Le fruit vert pèse fort à la branche de l'arbre,
parce qu'il n'est ni beau ni digne du palais.
Mais lorsqu'il a mûri, sucré, poissant les lèvres
il pèse doucement, alors, sur les rameaux.
Fanatisme, rigueur viennent de l'ignorance :
tant que tu es fœtus, tu te nourris de sang.
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LionelBonhouvrierLionelBonhouvrier   20 mars 2021
Celui dont l'habit fut déchiré par l'Amour
fut purifié d'avidité, de tout défaut.
Louange à toi, Amour, plein de profit pour nous !
O toi le médecin de toutes nos misères !
Remède à notre orgueil, à notre vaine gloire,
tu es pour nous Gallien et Platon ! Grâce à toi,
notre corps de limon s'élance vers les cieux,
les monts entrent en danse et deviennent légers...
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Les débuts de la littérature persane
- Henri MASSE : l'importance de la langue arabe en Iran, notamment dans les milieux intellectuels, suite à la domination arabe de l'Iran pendant deux siècles. le farsi (persan, en français), dialecte parlé dans la province du Fars, à l'origine de la renaissance de la littérature persane dans la province du Khorassan, le texte le plus ancien datant du 7ème siècle (4'01").
- A 4'03" :...
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