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EAN : 9782491521042
256 pages
Éditeur : Les Avrils (06/01/2021)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 74 notes)
Résumé :
Esther attend ses quatre enfants, Vanessa, Bruno, Alexandre et Carole, pour un déjeuner familial. Toutefois ses espoirs de réunir la fratrie sont déçus car certains sont en retard, tandis que d'autres ne viennent pas. Les rancoeurs et les querelles anciennes ressurgissent, mais aussi les souvenirs des jours heureux.
Premier roman.
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  22 décembre 2020
Dans Les Grandes Occasions, son premier roman, Alexandra Matine nous dépeint Esther, l'épouse de Reza, qui par un jour de canicule, a dressé une grande table sur la terrasse de leur appartement et attend ses enfants pour le déjeuner. Cela fait des années qu'ils n'ont pas été rassemblés ici. Mais l'heure tourne et il paraît de plus en plus improbable que la famille soit réunie autour de la table.
On serait tenté de dire, mais qu'est-ce que je vais m'ennuyer à rester avec cette femme à attendre et encore attendre, avec une température et une atmosphère aussi étouffantes ? Que nenni, car Esther, tout en restant chez elle, se déplaçant seulement de la cuisine à la terrasse, va nous emmener dans sa mémoire, et alors quel voyage !
Elle repense à sa vie de jeune femme infirmière puis à sa rencontre avec Reza, ce jeune étudiant médecin venu d'Iran car dit-il « En Iran, il avait faim, en Iran, même les médecins ont faim.»
Elle évoque ensuite la naissance de leurs quatre enfants Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, Vanessa, la petite dernière, qui, lorsqu'elle part, laisse derrière elle le grand vide. Car, depuis son départ, s'ils reçoivent des voisins ou amis, ce ne sont en fait que les patients de Reza, dont celui-ci aime s'entourer pour les entendre le louer, l'admirer, le remercier. Esther aimerait bien aussi parler d'elle, ou parler des enfants. Mais quand elle en parle, « c'est comme si Reza disparaissait, il se soustrait.»
C'est un récit extraordinairement vivant et envoûtant qui nous est donné à lire. le récit d'une famille où l'on sait ni se parler ni s'écouter. Chacun des personnages, que ce soient les parents ou les enfants reste à distance et n'arrive pas à montrer ses sentiments.
Les trop nombreux silences et non-dits les ont conduits à une complète incompréhension, impossible à briser. Entre eux, une tension permanente persiste.
Le tyrannisme du père traumatisé par son enfance en Iran, le conflit entre les frères, l'angoisse pour la mère en voyant s'éloigner ses enfants nous montrent comment des liens familiaux que l'on dit souvent indéfectibles peuvent se briser. Cela fait également écho à cette belle chanson de Maxime le Forestier « Né quelque part » dont les premières paroles sont : « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. »
L'auteure démontre avec ce premier roman fort réussi que les relations familiales peuvent facilement se détériorer sur une accumulation de silences et de non-dits.
Si, à mon avis, l'écrivaine a peut-être un peu forcé la dose en dépeignant cette désunion et en choisissant des cas sans doute exagérés, néanmoins, elle met en avant ce qui est certainement commun au sein de nombreuses familles, à savoir les secrets et les incompréhensions.
Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est la manière dont Esther conçoit la famille, la comparaison avec une tapisserie dont elle tisserait les fils de soie colorés année après année : « Des milliers de petits noeuds délicats dont parfois un, malgré elle, se brisait. » L'épouse d'Alexandre s'appelle curieusement Pénélope… L'auteure sous-entendrait-elle que ce sont principalement les femmes qui tissent les liens familiaux ?
Je remercie les éditions Les Avrils - Une nouvelle collection de littérature au sein du groupe Delcourt, ainsi que Babelio pour m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce beau roman.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Ptitgateau
  14 février 2021
Elle gît aujourd'hui sur un lit d'hôpital,
Esther qui ne demandait qu'à être aimée, qui avait rencontré, croit-elle, l'amour de sa vie, qui laissera son métier d'infirmière pour se consacrer à ses enfants, une femme qui, telle Pénélope va tisser la toile de sa vie, car ce tapis imaginaire qu'elle composera noeuds après noeud ne sera autre chose qu'une toile propre à retenir la progéniture, à la garder pour elle, femme en mal de reconnaissance qui subira bien des affronts de la part de son mari comme de ses enfants.
68 premières fois
Challenge Multi-défis
Alors elle attend, elle attend les grandes occasions ... la richesse qu'elle espère, c'est de voir encore une fois, rien qu'une fois, sa famille réunie...

Ce roman est le roman d'une attente, de l'espérance d'une vie, une vie racontée durant cette longue attente, une vie ... de famille ? Peut-être...

Si j'ai apprécié ce roman dans lequel la psychologie tient une part importante, et si je me suis attachée au devenir des personnages, je ne peux pas affirmer que j'ai pleinement apprécié le récit, question de style. J'ai toujours autant de mal avec la façon dont certains auteurs brodent autour du sujet, des phrases courtes, souvent non verbales, qui noient la trame dans une multitude de détails non essentiels, même si je reconnais que dans le présent roman, c'est peut-être nécessaire car ce récit est le fruit d'une pensée et une description détaillée de la psychologie de notre héroïne.
Il n'en demeure pas moins un écrit intéressant et profond.
Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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Kittiwake
  10 mars 2021
Dès les premières lignes, on sait quoi s'en tenir sur le futur proche d'Esther. Sa vie est suspendue à la décision de la famille, et surtout celle du père, censé avoir les compétences requises, en sa qualité de médecin.
On apprend alors qui est Esther, cette femme qui souhaite que le repas de midi se déroule dehors, à l'ombre d'un parasol, en compagnie de ses quatre enfants et de leurs familles. Il fait très chaud. Sa plus jeune fille et l'un de ses fils ont appelé pour décommander. Alors Esther se souvient, ressasse et raconte l'histoire de cette tribu dispersée et divisée. Sa vie d'épouse soumise, auprès d'un mari qui doit se rassurer en affirmant haut et fort qu'il est un bon médecin, et que ses patients ont de la chance. On comprend peu à peu les failles et les blessures qui ont fragilisé un édifice construit sur du sable.
Le roman s'ouvre sur une évocation de l'incipit de l'Etranger. Et se poursuit sur un récit qui évoque le sublime roman de Virginia Woolf Ms Dalloway. Il y manque cependant la grâce, sous-tendue par la fragilité de l'écrivaine anglaise.
On ressent à la lecture l'ennui de l'héroïne et le poids d'un quotidien subi. le personnage du mari est très antipathique mais rien ne laisse entrevoir une issue favorable, même pas celle de réunir ses enfants pour un repas partagé. C'est sombre et assez désespéré. Un bilan d'échecs programmés.
Même si cette histoire est hélas le reflet de bien des situations familiales où les non-dits se sont cristallisés en impasses affectives délétères, je n'ai éprouvé peu d'empathie pour ces personnages, voire de l'inimitié pour certains, et cela m'a laissée à distance du propos.
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diablotin0
  13 décembre 2020
La politesse veut que l'on remercie lorsque l'on nous fait un cadeau, mais aujourd'hui mes remerciements vont bien au-delà d'un acte de politesse. C'est un très grand merci à Babelio qui m'a fait, à travers une masse critique privilégiée, connaître le merveilleux livre d'Alexandra Matine "les grandes occasions".
Sans cette masse critique, il y aurait eu peu de chance pour que je découvre ce merveilleux livre. le titre et la couverture ne m'auraient pas attirée. Que cela aurait été dommage ! ce roman est écrit avec une plume tout en finesse et en délicatesse. J'adore ce style qui est d'une efficacité redoutable. L'histoire que je ne vais pas raconter ici, le résumé de la quatrième de couverture est amplement suffisant.
Si je ne mettais pas fait violence, j'aurais recopié la moitié du livre en citation. Chaque page est un moment d'émotion. Ce roman est bouleversant, troublant. Il faut le lire, il ne faut pas le laisser sur les tables des librairies, emportez-le avec vous, vous ne le regretterez pas.
Alexandra Matine, votre premier roman est une pure merveille, vous avez une sensibilité qui m'a touchée, troublée et bouleversée, Merci. Je n'oublie pas également de remercier les éditions Les Avrils. L'envoi de votre catalogue m'a en plus donné l'eau à la bouche, plusieurs titres font désormais partie de mes prochains achats.
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cicou45
  16 décembre 2020
C'est bien connu que l'on ne choisit pas sa famille et que c'est elle qui vous choisit. Avant de débuter cette critique, je voudrais remercier babelio pour cette opération Masse Critique Privilège ainsi que la maison d'édition Les Avrils (que je ne connaissais pas jusqu'alors mais je crois que désormais je vais suivre leurs publications d'un peu plus près).
Esther, la mère, a toujours voulu tisser des fils invisibles certes mais des fils qui maintiendraient une certaine harmonie au sein de sa famille, entre son époux Reza et ses quatre enfants. Au début, l'on se parlait, ou du moins l'on maintenait cette apparence puis les occasions de se réunir tous ensemble sont devenus de plus en plus rares. Les enfants ont grandi et chacun a fait sa vie sans se soucier de la mère qui n'attendait qu'une seule chose : avoir à nouveau chez elle ses quatre enfants réunis avec leurs conjoints et leurs enfants. Mais, devant l'amour désespéré de cette femme, les quatre enfants, Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, il y a eu de plus en plus de distance, et surtout face à l'amour étouffant car toujours dissimulé (par pudeur ?) et non-dit de cette femme qui devient de plus en plus envahissante et qui procure à ses petits-enfants tout l'amour qu'elle n'a pas su leur apporter durant leur enfance à eux. Et puis, il y a eu les conflits, entre les deux frères surtout, sans que le lecteur ne sache de quoi il en retournait exactement. Aussi, 'un veille toujours à ne plus se retrouver dans la même pièce que l'autre depuis ce fameux soir du mariage de Bruno. Il y a eu des mots violents entre les deux frères et ni Esther ni le lecteur n'en saura plus car ceux-ci ont été prononcés tout bas. Mais alors que l'état de santé d'Esther se dégrade et que ses jours sont comptés, les quatre frères et soeurs n'ont pas d'autre choix que de se retrouver réunis de nouveau et, avec le père qui plus est, cet homme à qui l'on n'a jamais vraiment parlé et à qui l'on ne sait quoi dire. Il ne reste plus qu'une seule chose' à faire : de nouveau, faire semblant, semblant afin de sauver les apparences et de montrer que l'on est une famille unie.
Un roman dérangeant car il s'attarde sur des points extrêmement sensibles que sont la famille dans laquelle on vit malgré soi et qui, au fils du temps, l'on ne voit plus que pour les "grandes occasions" et la famille que l'on se construit par a suite. Si l'on choisit la seconde, on n'a pas d'autre choix que de subir la première et cela peut parfois, comme ici, être un véritable fardeau. Un premier roman extrêmement bien écrit et qui ne peut que toucher le lecteur, ou du oins l'amener à réfléchir sur le sens de ce qu'il entend réellement par le mot "famille". A cette époque de l'année où l'on nous déconseille justement de se réunir trop nombreux "en famille", un livre qui se veut malgré lui d'actualité même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. A découvrir !
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
cathfdcathfd   16 avril 2021
Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent, sans qu'elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille, c'était son œuvre inachevable ; elle les avait noués , les uns aux autres, les fils avec les belles-filles,les femmes et leur beau-père, les petits enfants et leurs oncles et leurs tantes, autant de fils fragiles entre lesquels, avec amour et patience, elle avait laissé ses doigts s'emmêler. Des milliers de petits nœuds délicats dont parfois un, malgré elle, se brisait avec un bruit sec, presque imperceptible, tic, comme une fourmi qu'on écrase
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CancieCancie   23 décembre 2020
Elle songe aux vies qu’on a entassées là. Il y a les passés auxquels on ne veut plus penser, les futurs qui n’auront jamais lieu. Ça la fait frissonner. Elle pense, toutes les caves sont comme des tombes. Elle baisse les yeux en marchant au milieu d’elles. Un respect, quelque chose comme de la solennité. Aussi l’impression de ne pas devoir être là. Qu’il ne faudrait pas qu’elle soit là. Qu’elle passe trop près de la vie des autres. Les caves se remplissent avec la vie qui passe, on les bourre de choses qu’on oublie en pensant ne pas les oublier, on se dit que cette chose est là, à la cave, et ça suffit pour se convaincre qu’on ne l’a pas oubliée.
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CancieCancie   28 décembre 2020
Dans la famille, il n’y a pas d’affection. On ne sait pas se toucher. Le corps est absent, aussi absent que les espoirs. La même peur de décevoir. La même peur du rejet, de l’énervement formidable si on s’approche trop. Chacun doit rester en soi. Se maîtriser. Ne pas donner aux autres la responsabilité de s’aimer. Ne pas faire des autres la raison de s’aimer. Les frères et les sœurs, le père, la mère vivent dans la gêne de ces corps dont ils ne savent pas quoi faire. L’embarras des bras qui veulent s’élancer parfois. Qu’il faut contraindre. Qui ne sauraient pas où se poser.
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diablotin0diablotin0   13 décembre 2020
C'est important, pour la mère, que les cartons soient bien rangés. Que l'enfance reste propre et protégée. Elle leur avait demandé s'ils voulaient garder des choses. Ils ont dit : " jette, maman, jette." Mais elle n'a rien jeté. C'est aussi son travail de mère de garder les souvenirs intacts. Elle les garde pour que les enfants puissent se les rappeler. Se les rappeler avec elle. Les enfants oublient leur enfance. Ils en retiennent des impressions, des sensations. Quelques événements. Mais ils oublient. L'enfance c'est un moment qui appartient aux parents. Alors elle l'a gardée, bien rangée, bien protégée. Les enfants peuvent s'y replonger. Ils s'y replongeront un jour. Et ils auront les mêmes souvenirs que leur mère. Ils auront ça à partager. L'enfance ne sera plus seulement à elle. Elle sera à eux aussi. À eux tous. À eux ensemble.
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CancieCancie   30 décembre 2020
Ils disent qu’il faut la civière spéciale. L’un des ambulanciers part en courant la chercher dans le camion. Alexandre s’avance. Il demande s’il peut aider. Il désigne Bruno aussi. Il dit :  « On peut vous aider. » L’ambulancier, sans le regarder, dit : « Non, merci monsieur, ça ira. On a l’habitude. » C’est affreux ce mot, habitude. La mère est une habitude. Ils ont déjà fait ça. Peut-être même déjà aujourd’hui. Ils ont l’habitude. Rien de spécial pour eux. Ils savent faire. Ce n’est pas normal de savoir faire ça. De dire « c’est une habitude ». De dire de leur mère écartelée, dénudée, intubée sur le lit, « c’est l’habitude », Alexandre recule. Il retrouve dans le coin le reste de la famille anxieuse.
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Vidéo de Alexandra Matine
Alexandra Matine a 35 ans. Elle vit à Amsterdam. 'Les Grandes Occasions' est son premier roman. Écriture hypnotique, construction implacable, acuité folle, elle s'empare ici du vaste sujet qu'est la famille. - mis en ligne par les éditions Les Avrils.
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