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Nathalie Mège (Traducteur)
EAN : 9782266154994
849 pages
Éditeur : Pocket (13/11/2008)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 95 notes)
Résumé :
Jeune traductrice de langues oubliées, Bellis fuit Nouvelle-Crobuzon à bord du Terpsichoria en route vers l'île Nova Esperium. Arraisonné par des pirates, le navire est conduit vers Armada, improbable assemblage de centaines de bateaux hétéroclites constitués en cité franche, régie par les lois de la flibuste. Bellis y rencontrera bientôt les deux seigneurs scarifiés d'Armada, les Amants, ainsi qu'Uther Dol, mercenaire mystérieux aux pouvoirs surhumains. Un trio qui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
  28 mai 2017
Lorsqu'elle embarque à bord du Terpsichoria pour fuir sa cité d'origine, Bellis Frédevin n'imagine pas que son exil la portera bien au delà des mers et territoires connus. Seulement après à peine quelques semaines de navigation, le navire est arraisonné par des pirates qui s'emparent manu militari des passagers pour les débarquer dans un endroit hors du commun. Cet endroit, c'est Armada, formidable cité flottante constituée d'un agrégat de bateaux en tout genre, dont Béliss et ses compagnons d'infortune sont désormais les citoyens forcés. L'acclimatation est rude pour cette experte en langues étrangères particulièrement attachée à sa ville d'origine, d'autant plus que la cité-pirate connaît au moment de son arrivée des bouleversements sans précédents. C'est qu'il n'est désormais plus question pour les forbans de se limiter à piller les mers et les côtes ! Aujourd'hui, la ville flottante se lance dans un projet beaucoup plus ambitieux : capturer un advanç, cette créature marine légendaire aux proportions gigantesques, et atteindre grâce à elle les confins du monde connu. Cet univers de Bas-Lag, cela fait maintenant plusieurs fois que China Mieville y revient. D'abord avec « Perdido Street Station » qui se focalisait justement sur la ville natale de l'héroïne, Nouvelle-Crobuzon, puis avec « Les Scarifiés » dont il est question ici, et de nouveau quelques années plus tard avec « Le Concile de fer » (l'occasion d'un retour à Nouvelle-Crobuzon). Autant de romans qui se sont vus décerner une multitude de prix plus prestigieux les uns que les autres, du Locus au Grand Prix de l'Imaginaire en passant par le British Fantasy Award ou le Prix Arthur C. Clarke. Et on comprend sans mal pourquoi.
Le principal point fort du roman est indéniablement son univers ultra développé avec lequel, il faut bien l'admettre, on met quelques chapitres à se familiariser. Des suppléments visant à aider le lecteur novice à se dépatouiller avec la multitude de termes faisant référence à tel lieu, telle race ou telle réalité (carte, glossaire, dramatis personae...) n'auraient notamment pas été de trop. Mais une fois l'acclimatation réalisée, quelle claque et surtout quelle cité ! Organisation quartier par quartier, noms et formes des navires abritant qui un marché, qui des habitations ou qui un parc, règle stricte de circulation des ouvrages papiers, fonctionnement de la presse, corps de métiers se partageant le travail sur et sous l'eau... : pas un aspect n'est laissé de côté par China Mieville qui fait de cette ville flottante d'Armada le véritable protagoniste de son roman. Si c'est avec un désespoir bien compréhensible que l'héroïne découvre peu à peu sa nouvelle patrie, le sentiment du lecteur est quant à lui plus proche de l'admiration béate. Pas un endroit de cette cité qui n'enflamme l'imagination. La selenef du Brucolac, formidable bateau se mouvant grâce aux vents de lumière lunaire, les aeronefs survolant Armada, le quartier hanté dans lequel rode on ne sait quelles créatures, les arènes, les rayonnages de la bibliothèque s'étalant de cale et cale, le parc de Lafflin et ses plantes exotiques ayant totalement recouvert au fil des siècles leurs supports nautiques... : tout est follement original et follement grisant. N'aller cependant pas croire que la cité d'Armada, pour exceptionnelle qu'elle soit, est tout ce à quoi se limite l'univers de l'auteur, bien au contraire.
C'est que l'héroïne en fait, du chemin, depuis Nouvelle-Crobuzon et la Baie de fer ! Il y a par exemple la ville de Salkrikaltorville peuplée d'humains et de Cray (créatures mi-hommes, mi-crustacés) et donc possédant des habitations et des commerces aussi bien sur que sous l'eau. Et puis il y a l'expédition de Silas Fennec sur la Mer de Crogourd chez les Strangulots, et celle de Bellis sur l'île des redoutables Anopheliae, sans oublier les mois de navigation par delà l'Océan Démonté jusqu'à l'Océan Caché à la faune et flore exotiques (« Tanneur réfléchit à toutes les choses qu'il lui reste à voir. Tout ce qu'on lui a dit exister là, dans l'océan. Les vaisseaux fantômes, les nefs fondues, les îles de basalte. Les plaines de vagues pétrifiées à l'eau grise et solide, où la mer est morte. Les lieux où elle bouillonne. le séjour des Auspicins. Les tempêtes de vapeur. La Balafre. »). Un autre des aspects parmi les plus développés de l'univers de China Mieville est sans aucun doute son bestiaire, chose à laquelle j'ai toujours été particulièrement sensible. Ecaillots, Cactacés (hommes-cactus), fulmen (élémentaux de foudre), strangulots, gigantoplaque... : voilà un petit échantillon des différentes espèces que vous pourrez croiser au cours de votre lecture. Sans oublier les Recrées, ces hommes condamnés pour un quelconque larcin à subir des transformation physiques constituant la plupart du temps en des greffes d'appendices appartenant à d'autres espèces (l'un des protagonistes, par exemple, est un homme-poisson doté de tentacules et de branchies suite à une succession d'opérations douloureuses). Vous l'aurez compris, l'univers de China Mieville regorge de surprises et c'est avec un plaisir presque enfantin que l'on saute d'une découverte à une autre, chacune plus étonnante que la précédente.


Avec un monde d'une telle richesse, il fallait une intrigue à la hauteur et là encore c'est un sans faute pour l'auteur. En dépit de ses impressionnantes neuf cent pages, le roman ne souffre en effet d'aucun passage superflu. Pas de ralentissement dans le rythme, pas de digressions : tout est utile au récit et absolument tout est passionnant à suivre. L'intrigue est ainsi ingénieusement construite puisque, dès que le lecteur pense avoir atteint le coeur de l'histoire, l'auteur parvient par divers effets de manche à relancer son récit sur une nouvelle piste encore plus enthousiasmante. On doit également à China Mieville des retournements de situation stupéfiants car totalement inattendus mais pourtant tout à fait cohérents avec les éléments que les personnages avaient jusque là pu réunir. Certaines scènes se révèlent ainsi particulièrement marquantes pour le lecteur amateur d'aventures et d'exploration, qu'il s'agisse de l'attaque des terrifiantes femmes-moustiques de l'île d'Anopheliae ou encore de la plongée claustrophobique d'une poignée de scientifiques à bord de la nef exploratrice en eaux profondes d'Armada afin d'examiner de plus près le gigantesque monstre tractant la ville. L'auteur opte pour un style fluide, efficace à défaut de poétique. Tout juste pourrait-on reprocher quelques maladresses occasionnelles (dont j'ignore si elles sont imputables à l'auteur lui-même ou à la traduction) ainsi qu'un recours un peu déstabilisant lors des premiers chapitres à des termes pointus en matière de zoologie ou de botanique (pensez à garder un dictionnaire à côté de vous au début de votre lecture, vous risquez d'en avoir besoin !)
Il reste encore à aborder la question des personnages qui, toute proportion gardée, sont sans doute le point le plus faible du roman. Non pas qu'ils soient antipathiques, fades ou peu convaincants : bien au contraire. Seulement on prend très vite conscience que le véritable protagoniste du roman, c'est avant tout cette fameuse cité flottante et que les personnages auraient mérité d'être un peu plus étoffés. Bellis, par exemple, est une héroïne attachante et complexe dont on comprend sans mal les atermoiements mais de laquelle on peine pourtant à se sentir proche. Il en va d'ailleurs de même de la plupart des personnages, à l'exception notable du duo Tanneur/Shekel : le premier parvenant à toucher par sa bonté et son sens de l'adaptation, le second émouvant surtout à l'occasion de son apprentissage de la lecture, une expérience inouï pour ce jeune illettré qui réalise soudain tout ce à côté de quoi il est passé (« Il avait appliqué cette technique à d'autres sortes de mots. Il en était entouré. Les panneaux dans les rues commerçantes, derrières les vitrines, dans la bibliothèque et partout dans la cité ; sans compter toutes les plaques en cuivre qu'il avait croisé dans sa ville natale : une clameur silencieuse, à laquelle il savait qu'il n'y aurait plus moyen de demeurer sourd à partir de maintenant. Une fois venu à bout de son livre, il fut saisi de fureur. Comment se fait-il qu'on ne m'ait rien dit ? fulmina-t-il. Quel est l'enfoiré qui m'a tenu à l'écart d'un truc pareil ? »). On peut aussi regretter de voir certaines relations possédant un véritable potentiel être trop peu exploitées, qu'il s'agisse de celle entretenue par les Amants, les mystérieux dirigeants du district d'Aiguillau, ou de celle entre Bellis et Uther Dol, guerrier aux pouvoirs surhumains que l'on a bien du mal à cerner.
Avec « Les scarifiés », China Mieville continue d'explorer et d'agrandir son univers qui possède déjà une richesse incroyable tant au niveau de sa géographie que de sa faune ou sa flore. Doté d'une intrigue solide et pleine de surprises, ce pavé de près de neuf cent pages se dévore avec une avidité révélatrice du talent de l'auteur et du caractère immersif de son décor. Si les personnages ne sont peut-être pas tout à fait à la hauteur du reste (tout ne peut pas être parfait...), le roman n'en reste pas moins une formidable réussite qui mériterait presque le statut de chef d'oeuvre. Amateurs de récits d'aventure et de piraterie, ce livre est fait pour vous !
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Walktapus
  18 janvier 2013
Ah ce Bas-Lag ! Foisonnant, original, hybride, inclassable, unique, vertigineux.
Les scarifiés est la suite de Perdido Street Station, par lequel il faut commencer. Non pas la suite de l'histoire - le lien entre les personnages est ténu - mais la suite de... l'univers ! Là où Perdido se cantonnait à une cité (mais quelle cité !), ici on prend du recul, sillonne les mers, visite certains endroits - extraordinaires - soit en personne, soit par récits interposés, même si en définitive on reste encore cette fois dans une cité. New Crobuzon est toujours là, mais vue de l'extérieur.
Le récit est ambitieux, l'univers audacieux, le décor somptueux, avec des textures parfois un peu épaisses, mais à côté de tout ça, j'ai trouvé les personnages très plats. Pas moyen de ressentir quelque-chose pour le personnage principal. Je me prends à rêver à ce qu'un romancier plus talentueux sur ces aspects aurait pu faire de la rivalité entre Uther Doul et le Brucolac. Les ressorts de l'intrigue se dévoilent lentement, mais on est en deça de Perdido Streeet Station, je trouve. Bon, l'intérêt est ailleurs.
Voilà en fait, selon qu'on est capable ou non d'apprécier un univers pour lui-même, sans le support d'une histoire prenante, l'appréciation de ces romans peut changer. Lire China Miéville me fait parfois l'effet d'un univers de jeu de rôles. Ce serait peut-être ça le meilleur moyen d'apprécier son oeuvre finalement, comme trame de fond d'un univers ludique.
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Riduidel
  14 mars 2020
Pfou, j'aurais mis le temps, mais je l'aurais fini, ce bouquin.Mais commençons par le commencement.Ce roman raconte comment Bellis, traductrice et Nouvelle-Crobuzonaise en partance, se retrouve embarquée sur une ville flottante pour un voyage aux confis du monde connu. En chemin, elle vivra des aventures peu communes, rencontrera des personnages exceptionnelles, et assistera à l'ascencion et à la chute de puissances locales. C'est une présentation très courte, mais je n'aurais pas pu faire plus sans raconter une bonne partie de l'intrigue.Maintenant, si vous voulez arrêter les spoilers, arrêtez-vous là, parce qu'il va y en avoir une sacrée dose.Je l'avais déja dit pour [b:Perdido Street Station|68494|Perdido Street Station|China Miéville|http://photo.goodreads.com/books/1170692698s/68494.jpg|3221410], [a:China Mieville|58654|Mary Gentle|http://www.goodreads.com/images/nophoto/nophoto-F-50x66.jpg] est vraiment un auteur gothique. Et cette fois encore, il le montre. Dès le passage en Salkrikaltor, on sent que l'architecture n'a pas fini de pousser. Et quand on arrive en Armada, le choc devient presque physique par son intensité : une ville recomposée à partir de bateaux d'origines historiques et géographiques multiples tel lement multiples que c'en est incroyable, des personnages, humains ou pas, grouillant, se déplacant d'un bateau à l'autre, ... C'est incroyable.Alors pourtant que la ville-mosaïque de bateaux commence à m'être familière, après [b:le samouraï virtuel|830|Snow Crash|Neal Stephenson|http://photo.goodreads.com/books/1157396730s/830.jpg|493634], où elle s'agrège autour d'un ancien porte-avion de la Navy, [b:Ange mémoire|580396|Memory Wire|Robert Charles Wilson|http://photo.goodreads.com/books/1175980132s/580396.jpg|567294], et d'autres bouquins où elle se construit autrement, j'ai cette fois-ci eu l'impression de tomber sur la forme "canonique" de ce genre de construction typique de la SF. Je veux dire par là que quand on me parle d'une cité marine, construire à partir de bateaux, je pense exactement àa ça.Notez bien qu'à mon avis, cette perception est accentuée par le rôle évident que cette ville joue dans le récit. Parce que comme dans tout bon bouquin urbain, la ville dépasse le stade du décor pour atteindre celui du personnage, dont les humeurs se reflètent dans les décors ou les ambiances choisies pour les différentes scènes du roman. Sans doute aussi que la promiscuité inhérente à ce genre d'environnement aide l'auteur à nous faire basculer dans la peau de Bellis, qui découvre là un environnement exceptionnel.Le personnage principal est également un choix très intéressant dans ce roman. En effet, Bellis n'est dans toutes les étapes de cette aventure qu'un rouage peu essentiel, un témoin de l'action. [a:Miéville|33918|China Miéville|http://photo.goodreads.com/authors/1201996780p2/33918.jpg] aurait très bien pu nous attacher aux pas d'Uther Dol (c'aurait été beaucoup plus impliquant) ou, mieux encore, à ceux des Amants (c'aurait pour le coup été une très belle histoire, partir de leur séparation et remonter le temps jusqu'à leur rencontre); il préfère dans cette histoire choisir le témoin parfait : celui qui n'a aucune chance d'avoir le moindre impact sur le déroulement des opérations et qui finit par en être parfaitement conscient, mais incapable de ne pas continuer à agir. C'est un choix structurant, parce que ça lui permet d'établir une distance critique vis-à-vis d'un environnement assez incroyable et d'une intrigue pas forcément alambiquée, mais d'une échelle assez incroyable (sur laquelle je reviendrai). Et puis c'est, malgré son rôle de témoin, un personnage dont les failles sont assez intéressantes à creuser. Son attachement à Nouvelle-Crobuzon est à mon sens l'un des éléments les plus intéressants de ce roman, car il peut (où tout au moins je pense qu'il peut) être utilisé comme un moyen méta-littéraire pour faire comprendre au lecteur que, si Nouvelle-Crobuzon était le thème du premier roman dans le monde Bas-Lag, il ne sera plus évoqué que de manière lointaine dans les autres romans.Je disais que l'échelle était énorme, et je le pense. Armada est déja en soi une monstruosité, avec son Grand Erneste (qui pour moi est une référence transparente au Great Eastern), maios quand l'Advanç pointe le bout de son nez, précédé par les hommes-moustiques, on sent bien que l'échelle bascule subtilement dans la démesure. Et à partir de ce moment-là, elle ne quittera plus cette démesure avant la fin du roman. Et il ne s'agira pas seulement d'une démesure en espace, mais aussi une démesure en possibilités. Car c'est après cet hameçonage dantesque qu'on verra Uther Dol nous expliquer qu'il est devenu un guerrier possible (un concept qui suffirait d'ailleurs à me faire vouloir un récit à ce sujet), et que les Amants révéleront toute leur fouge amoureuse.Démesuré, il l'est donc, gothique également, par son architecture, ses thèmes, son décor. Et proche des oeuvres de [a:Alastair Reynolds|51204|Alastair Reynolds|http://www.goodreads.com/images/nophoto/nophoto-M-50x66.jpg], toujours. ca n'est pas forcément une proximité expliquable, mais je sens que ces deux auteurs partagent un grand nombre de goûts communs, ce qui me plaît énormément.Car évidement, ce livre m'a emballé. Enfin, pas emballé; Tra,nsporté plutôt. Je me suis retrouvé derrière Bellis dans sa découverte de cette prison flottante (qui vaut quand même mieux que celles qu'on découvre au début de l'histoire), ébahi devant le génie de cet auteur et sa capacité à me faire vibrer devant son monde du Bas-Lag qui, quoi qu'on en dise, est totallement dingue. Oh, bien sûr, c'est loin d'être grand public, comme roman; Mais si vous avez apprécié [b:Perdido Street Station|68494|Perdido Street Station|China Miéville|http://photo.goodreads.com/books/1170692698s/68494.jpg|3221410], je pense que vous aimerez encore plus ce roman. Parce qu'à côté de ce que j'ai dit, il y a encore d'autres choses qui méritent d'être découvertes.
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Tatooa
  30 décembre 2019
ça me gonfle... J'abandonne...
Après un départ sur les chapeaux de roue, alléchant, là, dans Armada, franchement je me fais ch*** pour parler crûment.
Alors oui c'est très imaginatif, oui l'univers est fouillé, mais les personnages sont creux, voire vides, et l'intrigue n'a pas avancé d'un pouce 200 pages plus tard.
Trop de descriptions répétitives tuent ma curiosité, trop de digressions tuent mon attention.
C'est comme ça.
C. Miéville, c'est pas pour moi...
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Thyuig
  05 juillet 2010
Et Bellis commença à comprendre l'immense machination dont elle était la victime inconsciente depuis tout ce temps... Je résumerais donc 850 pages comme ça. China Miéville n'est pas chiant, enfin pas toujours, il sait écrire correctement et filerait la nique question inspiration à n'importe quel littérateur parmi ses contemporains. Malheureusement il n'y a pas que l'inspiration.
L'histoire de Bellis est assez belle, son exil volontaire de Nouvelle-Crobuzon, son enlèvement et sa séquestration sur Armada, ses trois flirts, là où va Armada même, ville pirate cosmopolite rassemblant des milliers de navires et dérivant lentement sur les flots, imposant son règne dur aux plus hardis croisant dans ses parages. Souquez, souquez, moi j'en ai soupé.
Oui c'est beau, on est happé par l'histoire, ses personnages ont du caractère même s'ils finiront par se reveler creux au possible. on est bien loin de Perdido Street Station à ce propos. Les Scarifiés est un roman qui déroule un fil de laine infini et qu'il a bien fallu casser à un endroit. Mais nul souffle n'habite ce bouquin finalement qui vaudrait d'être lu en partie pour une seule scène absolument démente : l'attaque des femmes-moustiques sur l'île ghetto de cette espèce. Voilà une scène qui renverse. le convoi doit parcourir trois kilomètres en zone non protégée, on entend déjà des cillements d'ailes, des vrombissements sourds. Hommes et femmes, sous un soleil de plomb accèlerent la cadence, fermement encadrés par des soldats cactacés en armes. Une anopheliae approche. Elle n'a que la peau sur les os, ses muscles saillent, tendus vers la faim qui l'agite, qui ne cesse de la tourmenter. Sanglante est la raison qui l'anime, elle ne peut pas interrompre sa course, elle sait les gardes armés, elles ne voit que la chair et les litres de sang qui s'avancent. Son visage se tend, de sa bouche naît une trompe aiguisée, son vol se fait plus rapide et plus prompt, elle va manger très bientôt. A ce moment là, les gardes lâchent les cochons et les moutons en arrière de la troupe. Eux connaissent la panique, et ce vrombissement qui ne cesse de ternir encore l'espoir de fuite. le bétail court, l'anopheliae se projète vers sa cible, son dard s'élançant comme au devant d'elle. Elle s'abât sur un porc, ses jambes l'enserrant et sans coup de semonce, embrasse avec une force inouie le pauvre animal. Il ne mettra qu'une minute ou deux à predre conscience. Elle en mettra trois à se repaître. Lui se déconstituera sous nos yeux. Elle retrouvera des formes de femme dans le même temps. Voilà pour la scène incroyable du livre. Elle prend le coeur du lecteur à mesure de la progression du groupe. Evidemement, la retranscription que j'en fais ne la met peut-être pas à son avantage mais passons...
China Miéville propose dans ses livres un bestiaire incroyable d'êtres hybrides, des animaux, des plantes, tout cela sous une forme d'hominidés. Ces croisements improbables, s'ils semblent freiner la relation au livre dans un premier temps sont au contraire tout le sel qui nous accroche à l'oeuvre à mesure de lecture. On peut se lasser de ces psychologies effleurées et de ces personnages un peu vides, uni-sensitif, mais quant à leur modèle de représentation, il faut avouer à China Miéville un grand talent d'inventeur. je passe volontairement sur le rôle joué par les scarifiés dans le roman, ils n'ont aucune substance sinon celle qu'il (l'auteur) voudrait bien y placer. Uther Dol avait bien plus de caractère, China Miéville serait bien inspiré de lui dedier son prochain livre.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   15 mai 2017
Armada regorgeait de figures de proue. Elles saillaient en des coins improbables, chantournées et ignorées, à l'image des heurtoirs sur les maisons de Nouvelle-Crobuzon. Au bout d'une rue, alors qu'elle déambulait entre deux rangées de maisons accolées en brique, Bellis s'était retrouvée nez à nez avec une femme splendide et corrodée, au plastron tombant en poussière, aux yeux peints écaillés perdus dans le vague. Elle était suspendue en l'air tel un fantôme sous le beaupré de son navire, qui s'avançait jusqu'au-dessus du pont du voisin et pointait dans la ruelle. Elles étaient omniprésentes. Loutres, dracovies, poissons, guerriers, femmes... Surtout des femmes. Bellis détestait ces silhouettes pulpeuses au regard vide qui tressautaient imbécilement avec la houle, et qui hantaient la ville tels des spectres prévisibles.
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boudiccaboudicca   16 mai 2017
Au cours de ses lents périples à travers Bas-Lag, la ville flottante s'était rendue en des lieux inconnus des scientifiques de Nouvelle-Crobuzon ; elle avait pillé des écosystèmes exotiques. De petites clairières de champignons montant à hauteur d'homme, qui s'agitaient et sifflaient au passage du promeneur, s'élevaient sur les trois annexes du parc. Il y a avait une tour recouverte de rouge vif : des lianes épineuses qui empestaient comme des roses pourries. La longue place avant du navire le plus à tribord n'était pas ouverte aux visiteurs, et Silas annonça à Bellis qu'au-delà de l’enchevêtrement serré de certaine clôture de bruyères, la flore était dangereuse : des plantes carnivores aux pouvoirs étranges et non quantifiés ; des arbres-réveils pareils à des saules pleureurs prédateurs.
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boudiccaboudicca   12 mai 2017
[Un jeune adolescent jusqu'à présent illettré découvre la lecture] Il avait appliqué cette technique à d'autres sortes de mots. Il en était entouré. Les panneaux dans les rues commerçantes, derrières les vitrines, dans la bibliothèque et partout dans la cité ; sans compter toutes les plaques en cuivre qu'il avait croisé dans sa ville natale : une clameur silencieuse, à laquelle il savait qu'il n'y aurait plus moyen de demeurer sourd à partir de maintenant. Une fois venu à bout de son livre, il fut saisi de fureur. Comment se fait-il qu'on ne m'ait rien dit ? fulmina-t-il. Quel est l'enfoiré qui m'a tenu à l'écart d'un truc pareil ?
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boudiccaboudicca   11 mai 2017
J'suis allé dans un bar dans le quartier de l’Éboulement. Tu débarques du bateau direct dans une grande embrasure de porte, qui donne dans une salle immense où il y a des danseuses. Et à côté du comptoir, putain ! On voit plus de plancher... tout ce qui reste c'est une rampe, qui descend dans l'océan sur des kilomètres, toute illuminée par en dessous. Et les Crustaces vont et viennent, pour entrer dans le bar et pour repartir chez eux, ils grimpent ou ils descendent c'te rampe, soit au dessus de la surface, soit en dessous. 
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boudiccaboudicca   18 mai 2017
Avec le temps... avec le temps, qu'ils disent, ça ne fera plus aussi mal. Je refuse que le temps me guérisse. Si je suis comme ça, il y a une bonne raison. Le temps, je veux qu'il m'enlaidisse et me torde à force de manque. Je veux qu'il me marque. Hors de question de t'aplatir. De t'effacer. Je ne sais pas faire sans toi.
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