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ISBN : 2070383644
Éditeur : Gallimard (12/04/1991)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 87 notes)
Résumé :
" Quand je l'ai aperçue, assise près de la grille en fer ouvragé qui sépare le café de la salle de billard, je n'ai pas tout de suite distingué les traits de son visage. Dehors, la lumière du soleil est si forte qu'en pénétrant au Rosal, vous plongez dans le noir. La tache claire de son sac de paille. Et ses bras nus. Son visage est sorti de l'ombre. Elle ne devait pas avoir plus de vingt ans. Elle ne me prêtait aucune attention".
" Toute personne susceptibl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
CorinneCo
  16 août 2017
Dans une atmosphère presque létale, Jimmy Sarano écrit d'interminables épisodes de la vie de Louis XVII pour une radio locale. Où sommes-nous ? « Sous le soleil exactement » écrivait Gainsbourg ; ville du Sud, exil permanent, prison tropicale pour les bannis de leur vie. Comme souvent Patrick Modiano parle de l'absence, de la solitude, du souvenir comme des miettes d'existence semées sur le chemin de la mémoire. Cette écriture écrasée par la chaleur, par la lenteur de vivre sous un soleil de plomb semble parfois engourdie. Paralysée par le souvenir d'une enfance solitaire et atypique. le monde de l'enfance chez Modiano se noie dans des visages furtifs, nombreux mais insaisissables. Les nuits d'enfance de Modiano sont faites d'errances désincarnées dans un Paris de théâtres vides, de cafés déserts ; un Paris où survit une population d'après-guerre qui ne croit plus à grand-chose. Je devrais dire les nuits d'enfance de Jimmy Sarano chroniqueur à Radio-Mundial, écrivain connu à Paris qui décida, un jour, de changer de nom et de vie pour s'échouer dans cette ville côtière et se fondre dans une vie comment dire…. Indolore ? La rencontre fortuite avec une jeune fille fait remonter le souvenir d'une petite fille qu'il connaissait à Paris, lui le presque adolescent. Serait-ce elle ? Les mirages sont propices sous les climats tropicaux. Il y a toujours, chez Modiano, des instants poignants dans l'apparente simplicité de son écriture et de sa narration. Une corbeille de fruits confits oubliée, des annonces radiophoniques lançant des appels à témoins pour des fantômes, une statue publique transformée en balise. Et puis le mystère. Quelque chose s'épuise dans la tête de Sarano mais ne veut pas lâcher prise : l'écriture. Ce court roman, comme les autres, se termine trop tôt. Il donne envie de lire encore et encore la vie de Jimmy Sarano et que celle-ci arrive à son terme, toutes réponses connues. Les pas de Jimmy Sarano marquent le sable mais ne s'arrêtent jamais ; ils laissent des traces, bousculées par les vagues et le vent ; elles s'effacent mais réapparaissent toujours plus loin, indéfiniment. Exilé volontaire de sa propre mémoire. Pénitent sans absolution.
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Herve-Lionel
  28 février 2014
VESTIAIRE DE L'ENFANCEPatrick Modiano – Gallimard (1989)
Comme toujours chez Modiano, il y a cette petite musique des mots un peu nostalgique, un peu obsédante, une histoire qui n'en est pas vraiment une, tout juste une tranche de vie d'un personnage perdu dans le cadastre du monde.
Ici, le narrateur est Français et vaguement romancier mais a changé de nom pour échapper peut-être à un passé dérangeant. Il travaille comme feuilletoniste quelque part entre Tanger et Tétouan, en tout cas en Afrique du Nord où l'on parle espagnol et un peu toutes les langues. Il est l'auteur d'un improbable feuilleton « Les aventures de Louis XVII » où l'auteur imagine que le fils de Louis XVI n'a pas été exécuté mais s'est établi planteur à la Jamaïque. Il se propose de livrer son histoire à d'hypothétiques auditeurs de ce texte qu'on imagine interminable, plein de rebondissements et sans aucun intérêt. Cette lecture est confiée à Caros Sirvent, un speaker à la voix feutrée qu'il aime écouter à l'extérieur, au café Rosal par exemple où on boit cette eau minérale au goût un peu bizarre. Cela lui rapporte un peu d'argent et surtout il a l'impression de ne pas être tout à fait oisif, d'autant que la chaleur qui règne dans les studios et aussi à l'extérieur n'invite guère à une activité débordante. C'est que le thème qu'il a choisi le touche parce qu'il est question de la « survie des personnes disparues, l'espoir de retrouver un jour ceux qu'on a perdu dans le passé ».
Au Rosal, il croise le regard d'une jeune femme, Marie, qu'il croit reconnaître pour l'avoir déjà vue quelque part sans savoir où, la retrouve au studio puisqu'elle cherche du travail. A coté de son appartement vit un vieil homme, un érudit qui fait chaque jour ses mouvements de gymnastique mais dont la vue l'indispose. Il l'appelle volontiers « l'insecte ». Entre le narrateur et cette jeune femme qui pourrait être sa fille se déroule un dialogue un peu surréaliste ou la timidité le dispute à l'envie de séduire tout comme est déroutante cette étrange filature décidée par testament par une vieille maîtresse Américaine richissime qui, après sa mort a chargé quelqu'un de le surveiller sans raisons apparentes.
Chaque épisode de cette vie en pointillés lui rappelle un moment de sa jeunesse, de sa vie à Paris et dans sa tête comme dans son souvenir tout se mélange, le passé comme le présent, la chambre d'un hôtel minable et le vieux blouson de daim qu'il portait quand il était enfant et qui semblait essentiel à sa mère, bien plus important en tout cas que le vaudeville dans lequel elle jouait devant une salle vide. Tout lui revient de ce décor parisien que, malgré l'exil temporaire sous le soleil d'Afrique, il n'a pas oublié et surtout ces « quartiers aux loges de théâtre tendues de velours râpé » ni ces estaminets tristes aux banquettes de moleskine rouge. Son désarroi doit être bien grand pour que, depuis cette Afrique du Nord perdue il décide de lancer sur les ondes un avis de recherche à propos « d'une corbeille de fruits oubliée sur la banquette d'un car » vingt ans plus tôt à Paris !
Dans son souvenir, Marie se confond avec Rose-Marie qu'il a connue enfant et qui aurait pu être sa mère, deux jeunes femmes à la vie libérée, l'une appartenant au présent et l'autre au passé, deux visages bien présents, obsédants même mais qui s'inscrivent dans une sorte de silence. Cela procède de la quête perpétuelle de cet écrivain qui avouait au cours d'un entretient « Ma recherche perpétuelle de quelque chose de perdu, la quête d'un passé brouillé qu'on ne peut élucider, l'enfance brusquement cassée, tout participe d'une même névrose qui est devenu mon état d'esprit »
J'ai retrouvé avec plaisir l'univers un peu trouble de Modiano fait d'intemporalité, de lutte pour ne pas perdre ses souvenirs intimes et parisiens, pour exister peut-être dans ce monde, pour mener une recherche proustienne, une quête un peu névrotique du passé, une impression de solitude, d'abandon, de vide, un besoin d'identité qu'on retrouve dans chacun de ses romans. Cet homme qui cherche dans cet improbable lieu retiré du monde à oublier sa jeunesse parisienne n'y parvient cependant pas. Elle revient au hasard d'une impression, d'une sensation malgré cette volonté de disparaître, de se retirer du monde. Ce roman est construit un peu, mais un peu seulement, comme un roman policier dont on ne connaîtrait pas l'énigme et dont le narrateur aurait beaucoup de points communs avec l'auteur. le suspense est entretenu par diverses digressions qui, parfois, peuvent sembler inutiles ou, à tout le moins superflues. Au bout du compte, le lecteur attentif peut parfaitement être un peu perdu, mais à mon sens, peu importe, l'intérêt des romans de Modiano procède de cette impression de relative perte de repères, une sorte d'abolition des choses ordinaires [« Tout se confondait par un phénomène de surimpression - oui tout se confondait et devenait d'une si pure et si implacable transparence... la transparence du temps, aurait dit Carlos Sirvent »].
Le texte tisse une sorte de halo mystérieux fait de quête de la mémoire autant qu'une situation un peu surréelle, ces visages de femmes fuyants, cette filature sans autre raison qu'une disposition testamentaire assez incompréhensible. Ici, le dépaysement né d'une mise en scène exotique n'est qu'une illusion, les souvenirs du narrateur-auteur reprennent vite le dessus. Tout ce décor est tissé d'une manière artificielle et laisse place à des souvenirs personnels précis et des détails autobiographiques, mais aussi à une vie qu'il réinvente à partir d'eux.


©Hervé GAUTIER – Décembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Nyxlapolicecomicsansms
  13 janvier 2018
Vestiaire, subst. masc. : « Lieu où sont déposés les vêtements des membres d'une communauté, d'un corps constitué. »*
Dans Vestiaire de l'enfance, ce sont des souvenirs que Modiano dépose sur le papier et plus spécifiquement celui d'une enfant qui, jadis, tenait compagnie à Jimmy Sarano, son personnage principal, et semble t-il, le connectait à la vie, et qu'une jeune inconnue ravive soudainement en lui. le fil conducteur est donc cérébral : le lecteur suit les pensées de Sarano puis, progressivement, ses réminiscences.
Modiano profite de cette antichambre mémorielle pour se départir des repères spatio-temporels. Présent et passé se superposent pour former ce qu'il appelle, par le biais d'un de ses personnages, la « transparence du temps » ; de même s'interroge très justement Carlos Sirvent - autre personnage - sur ce qu'on pourrait appeler la transparence de la ville : « - Et vous, vous vous demandez si vous êtes à Londres, Madrid ou au Caire. Je n'ai pas raison, Jimmy ? de quoi avoir le vertige... ».
En définitive, seuls les personnages semblent fiables et jouent à mon sens par extension le rôle de conscience dans ce vestibule : « - On finit par douter de la réalité de cette ville et par se demander où elle se trouve exactement sur la carte : Espagne ? Afrique ? Méditerranée ? » s'enquiert là encore Carlos. Leurs propos éclairent en effet ce nébuleux récit où l'on vient à douter de chaque ligne, de chaque sensation tant l'écriture comme la construction sont fugaces et rappellent quelque peu la plume de Régis de Sá Moreira.
Le titre de l'ouvrage prend, en revanche, lui tout son sens : le lieu ici -et plus largement le sujet- est précisément ce vestiaire de l'enfance, cette poche mémorielle enfouie en chacun de nous et sur laquelle, nous rappelle Modiano, nous n'avons aucune réelle prise – Inception ne faisant malheureusement pas foi. de manière assez prévisible, l'intemporalité et la désorientation géographique répondent donc à la désorientation intérieure de Jimmy Sarano, présenté par ailleurs comme un expatrié.
A ce titre, Modiano retranscrit avec une remarquable précision l'expérience du déracinement, de l'absence et plus largement le sentiment d'être « hors de ». Hors du temps. Hors de la ville. Hors d'une catégorie. Hors d'une communauté. Hors de la vie ? Quoiqu'on y projette, il me semble que cela donne une résonance particulière au roman.
Reste que cette madeleine de Proust s'avère trop volatile, épurée et fragmentaire pour me laisser un sentiment durable. Vestiaire de l'enfance est, somme toute, cette brise qui vous effleure suffisamment pour que vous la remarquiez mais pas assez toutefois pour vous impacter.
*Définition du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales).
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Christinech
  29 juin 2015
Je n'ai rien à ajouter à la critique précédente qui a correspondu à mon vécu de lecteur, à ma perception.
Simplement ajouter qu'à chaque fois que j'entre chez Modiano, j'y retrouve ce style limpide qui m'emporte ; ces descriptions par petites touches qui me permettent de ressentir avec acuité lieux et personnages ; ce faux calme enveloppant ces vies souvent manquées ou basculées dans la conscience de l'absurde.
Et mon acceptation de me contenter de cette tranche de vie, à la fois si brève et si riche, pour mon plaisir.
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nbocklandt
  12 juin 2018
Zut, j'ai dû louper le coche quelque part, pourtant je me suis concentrée... Certes, c'est bien écrit, mais je n'ai pas compris. Les gens mécontents de leur vie changent de milieu, et retombent sur leur passé ? Non, cela doit être trop philosophique pour moi. Après une lecture comme celle-là, je suis un peu déçue...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
lilice_brocolislilice_brocolis   29 juin 2015
Elle ne m'a pas répondu. Et puis ce visage s'est rapproché. Tout glissait dans le silence et la douceur du demi-sommeil et du rêve. Sans doute parce que je n'avais pas allumé l'électricité et que désormais la vie glisse sur moi, à la manière d'un film muet qui passerait au ralenti.
Elle était allongée sur le lit. Sa robe faisait une tache claire sur le parquet. Elle se serrait contre moi. Elle sentait l'un de ces parfums que l'on vend dans les souks près du Fort, mais qui, sur sa peau, avait une fraîcheur de lilas après la pluie.
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AustralAustral   02 novembre 2012
Et puis, le secret de la durée de ce vieil immortel à travers le siècle, ce devait être l'absence totale d'un organe qui se fatigue très vite : le coeur.
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NyxlapolicecomicsansmsNyxlapolicecomicsansms   09 décembre 2017
"Et puis leur dispute s'est éteinte. Le silence. Tout à coup, elle a poussé un cri de suprise. Et d'une voix cinglante, elle a lancé cette phrase qui, après tant d'années, garde encore, pour moi, son mystère :
- Tu prends mon cul pour un bal masqué ?"
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GODINHOGODINHO   16 février 2015
" Et puis, le secret de la durée de ce vieil immortel à travers le siècle, ce devait être l'absence totale d'un organe qui se fatigue très vite : le coeur."
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ZalvecZalvec   07 juillet 2015
Un jour les aînés ne sont plus là. Et il faut malheureusement se résoudre à vivre avec ses contemporains.
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Vidéo de Patrick Modiano
Ce mercredi 2 octobre 2019, La Grande Librairie consacre une émission spéciale à Patrick Modiano, prix Nobel de littérature en 2014, pour la sortie de son nouveau roman « Encre sympathique », qu?il publie aux éditions Gallimard. Pour l?occasion, déambulez aux côtés de François Busnel et de l?écrivain dans les rues de Paris puis dans une vieille décapotable américaine tout droit sortie d?un de ses livres, dans l?atelier de son ami Jean-Jacques Sempé, dans son bureau ou sa bibliothèque...
Retrouvez l?intégralité de l?émission ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1069891-speciale-patrick-modiano.html
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