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EAN : 9782070413560
252 pages
Gallimard (07/02/2001)
3.88/5   24 notes
Résumé :
Écrire sur Céline, tout Céline, analyser le romancier génial, l'atroce pamphlétaire antisémite, l'amateur de ballets, de légendes médiévales, l'étrange promoteur d'un «socialisme à la française», avant la lettre, le pacifiste d'avant 40 et le collabo d'après 40 : tel est le pari de Philippe Muray qui, par-delà le commentaire détaillé de l'œuvre, trace le portrait d'un des écrivains les plus coupables et les plus fulgurants de notre temps.

Source : Gal... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Philippe Muray négligeait un peu les normes académiques, la discipline de la référence, bref tout ce qui rend un livre d'étude utilisable pour les autres : son "XIX°s à travers les âges" en est aussi un bon exemple. Mais la puissance de la pensée et du verbe emporte tout, et l'on est saisi par son "Céline", qu'on soit ou non célinien, car cet essai éclaire aussi bien l'oeuvre du romancier que notre incapacité actuelle à accueillir tout roman, voire toute littérature dignes de ce nom. C'est la marque des grands livres de ne pas se cantonner à leur sujet, mais de rayonner et d'éclairer tout autour d'eux.

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UNE CONTINUITÉ DISCONTINUE

Paru en 1981 (seconde édition revue et augmentée vingt ans plus tard), le Céline de Philippe Muray, qui vise souvent juste, est riche de formules percutantes et pose de bonnes questions.

C'est avec pertinence qu'y sont soulignés l'antichristianisme et le matérialisme de Céline, dont le délire se déploie « sur fond de vertige nihiliste » ou dans « le déchaînement de la négativité libérée ».

Son itinéraire est décrit comme un voyage qui n'est pas sans dérives, et même comme une errance plus ou moins aberrante, où il lui arrive de perdre le nord.

Deux Céline ? Un styliste accompli et un fieffé salaud ? L'auteur des romans et celui des pamphlets ? Une forme excellente et un fond détestable ? le mérite de Philippe Muray est de tenter d'échapper à ces simplismes, cherchant (fût-ce au prix d'un peu d'artifice) à mettre à jour dans cette oeuvre une sorte de « continuité discontinue », au risque de paraître autoriser une certaine réhabilitation de sa part maudite.

Muray ne se montre pourtant pas complaisant à l'endroit de Céline (« Il avait fait sur cette terre sa damnation comme d'autres font leur salut. »). Mais pas franchement progressiste, et en misonéiste affirmé (ne parle-t-il pas, à propos du monde contemporain, de « l'épouvantable vitesse » ?), il veut voir en Céline l'annonciateur d'un véritable « matin des abrutis » : dans les années cinquante « la société des loisirs commence à grossir comme un cauchemar, comme une grossesse, Céline repère tout de suite cette horreur et il la vomit. »

Conçu dans une perspective nietzschéenne (la vie et l'erreur sont mêlées, inutile de vouloir séparer le bon grain de l'ivraie), et loin des codes académiques (pas de notes de bas de page, aucune citation n'est sourcée, ce qui est regrettable), cet essai intelligent et documenté, mais inévitablement ambigu (le sujet Céline est ambigu), serait plus franchement convaincant si son propos n'était ponctuellement nappé d'une sauce freudo-lacanienne teintée de Heidegger, pas forcément très digeste.

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Un essai sur Céline percutant, perspicace, puissant.

Du Philippe Muray, quoi !

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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Certes, notre époque réserve une petite place aux écrivains. En ce qui concerne la France, ceux-ci, pour être admis, doivent avoir œuvré à l’extension des valeurs du progrès, de la justice, de la transparence et de l’égalité. Ce qui épargne Voltaire, Hugo, Zola, Sartre ou Camus, et personne d’autre ; mais, bien entendu, pas Céline ; et sans doute, à d’autres titres, ni Baudelaire, ni Sade, ni Bossuet, ni Flaubert, ni Bloy, ni Saint-Simon, ni Balzac, ni Proust, ni Claudel, ni Racine, ni Villon, ni Bataille, ni Chateaubriand, ni beaucoup d’autres encore ; et en fin de compte, peut être même pas Voltaire, Hugo, Zola, Sartre ou Camus, dans la tête desquels il sera toujours possible, en cherchant bien, de trouver des poux d’un ordre ou d’un autre, autrement dit ce qu’ils appellent des dérapages.
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Pourquoi donc, à un moment précis, quelque chose est-il venu secouer les habitudes de langue à travers des expériences divergentes dont Céline est condensé ? D'abord, bien sûr, entre la publication de Voyage et les dernières lignes tracés de Rigodon, il y a cette agglutination historique qui s'appelle en même temps fascisme, nazisme, stalinisme, etc., d'où toute parole ressort vibrée et sonnée pour longtemps. Mais plus profondément, ce qui arrive à ce moment-là dans la Langue est peut-être à comprendre en rapport avec la position très particulière du français par comparaison avec les autres langues européennes. Qu'est-ce qui à fondé l'allemand ? La traduction de la Bible par Luther, l'italien se déduit de Dante, l'anglais, c'est encore une traduction de la Bible et puis Shakespeare. Quand des langues naissent par translation de l'écrit de l'écrit testamentaire ou dans l'invention d'une œuvre comme la Divine Comédie, tout ce qui s'y passera ensuite aura lieu en fonction d'un souvenir théologique, même s'il s'agit de s'en évader. Tout ce qui aura lieu dans la langue gardera la mémoire de cette fabrication théologique de la langue, comme si quelque chose de « sacré » y traînait toujours, marquant des limites mais du côté où il est impossible de ne pas savoir que c'est l'illimité qui fait le limites.
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L'édition est le transport en commun de l'écrivain mort, le camionnage du ci-devant vivant transformé en fret d'écriture. L'édition roule l'écrivain et l'écrivain ne peut pas vivre de ce qu'il écrit, c'est un fait nouveau, un fait du XXe siècle sur lequel Céline est beaucoup moins pudique que la plupart de ses confrères. On pourrait lire les derniers romans comme tentative de révéler ce drame en le transformant par exemple dans la fable des trains véhiculant leurs cadavres et leurs agonisants sur les chemins du pôle. Fable elle-même commentée sans fin par la fable éditoriale.
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Videos de Philippe Muray (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Muray
Guy METTAN, La Tyrannie du Bien, petit dictionnaire de la pensée incorrecte (20 €) a paru aux Éditions des Syrtes.
Le Bien est partout. Il nous poursuit de ses assiduités. Nous traque sans pitié. Projette ses métastases jusque dans les plus intimes replis de nos vies. Il gère, manage, planifie, assiste. Il légifère, confine, vaccine, condamne, bombarde, tue. D'empire, le Bien est devenu tyrannie.
Car la quête frénétique de la vertu est devenue une obsession universelle. Elle ne se limite pas aux cercles woke et aux ONG bien-pensantes. Elle est aussi pratiquée dans les salons feutrés des conseils d'administration, les bureaux open space des managers, les antichambres inclusives des ministères, les amphithéâtres aseptisés des universités et sur les réseaux sociaux qui se sont mis en tête de censurer les manifestations supposées du mal.
Cette tyrannie, il est urgent de la dénoncer. C'est ce que se propose ce guide, qui piétine avec jubilation les plates-bandes du prêt-à-penser économiquement, culturellement et politiquement correct.
Dans la veine caustique d'un Philippe Muray, il désarme les ressorts de la softlangue, ce nouveau langage qui s'emploie à emmieller le vocabulaire et à le noyer de néologismes à consonance anglaise pour mieux répandre ses méfaits.
Il en ressort un inventaire des idées reçues qui réjouira ceux qui n'en peuvent plus des postures et des impostures, des hypocrisies et des faux-semblants engendrés par cette recherche éperdue d'un Bien qui finit par faire beaucoup de mal...
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