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EAN : 9782264010827
Éditeur : 10-18 (01/11/1991)
3.72/5   29 notes
Résumé :
Peu de temps avant la parution d’En ménage, Huysmans écrivait à son ami Théodore Hannon (lettre du 10 février 1881) :

Je suis très inquiet avec mon damné volume. Il est si différent, si bizarre, si intimiste, si loin de toutes les idées de Zola, que je ne sais vraiment si je ne vais pas faire un vrai four. C’est du naturalisme assez neuf, je crois. Mais dame, le terre à terre de la vie et le dégoût de l’humaine existence ne seront peut-être que peu go... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  06 août 2019
Le secret d'un couple réussi, c'est de ne pas confondre l'amour et le désir, me disait un jour un conseilleur intéressé. Ainsi, poursuivit-il, le désir est mauvais guide puisqu'il s'essouffle toujours, tandis que l'amour est éternel. Ceci dit, je restais circonspecte car un amour peut être éternel lorsqu'il concerne une boisson (la chartreuse) ou une expérience esthétique (un coucher de soleil sur le lac Léman) mais, dans le cadre d'une situation de couple, un amour aveugle au désir n'est-il pas une relation de prostitution non déclarée ? Un pur amour peut-il finir par susciter le désir ? Je ne le crois, car rien de sexuel ne s'érige en moi lorsque je jette une pensée tendre vers ma bouteille de chartreuse malgré tous les bienfaits qu'elle me procure. Amour éternel, désir spiritualisé, couple défiant toute concurrence – les trois assemblages de termes, ainsi ressassés par le conseiller conjugal de lui-même, commencèrent à me faire tourner la tête, ne trouvant rien là que de l'encamemberrage visant à me rendre tributaire de mots derrière lesquels ne se trouvait aucune expérience réelle. Certains y croient. On peut très vite y croire, croyez-moi.

L'amour se porterait bien mieux si on ne lui demandait rien. Il s'en porterait bien mieux car on cesserait peut-être de le rendre mirobolant pour nous rendre, nous, par contrastes, pouilleux et détrempés. Oh le grand amour : tu le mérites ; non, tu ne le mérites pas ; mais pourquoi ? Que me veut-il ce putain de grand amour ? D'ailleurs, n'aimerais-je pas le découvrir enfin juste pour en être débarrassée ? Ouf, on va pouvoir passer à autre chose. Quelle fatigue, on en viendrait à regretter les jeux de quilles de notre enfance.

André va bien avoir le temps de penser à toutes ces conneries maintenant que, cocufié par sa bonne femme, il s'en est retourné auprès de son ami Cyprien dont l'esprit semble plutôt libre de toute contrainte sur le plan de l'idéologie amoureuse. Pris bientôt par de nouvelles crises juponnières qui lui donnent envie de se la fourrer partout, André recommencera sa chasse à la bonnasse. Ce que l'on choisit, c'est finalement toujours ce qui nous semble plutôt bon, ou ce que l'on connaît déjà. Être choisi par l'autre ? Laissez-moi rire. Les filles, c'est de la merde, se dit André après une ou deux autres déceptions, et retournant à nouveau chez Cyprien, il découvre que celui-ci vit désormais en concubinage avec une femme qui pourrait être sa grand-mère : « Mélie — c'est le nom de ma femme — est une brave fille, […] elle a de sérieuses qualités, […] elle remplit enfin toutes les conditions d'un dernier idéal qui m'était poussé : trouver une dame, mûre, calme, dévouée, sans besoins amoureux, sans coquetterie et sans pose, une vache puissante et pacifique, en un mot ». Et le bestiau démontre ses prouesses sous l'oeil amusé de son homme et sous l'oeil ébahi de l'ami : bons plats ragoûtants, une descente laissant coite la concurrence, une indifférence totale aux idéaux du romantisme, pas garce pour un sou, pas séductrice, émue par la baise autant ou aussi peu que tout le reste. Cyprien révèle le secret d'une vie de couple réussie : à tout homme bien averti, il faut une femme simple qui facilite la vie, une femme qui attendrisse les nerfs et qui rende la sensibilité moins criarde. André finira par retrouver une bonne femme, sa bonne femme en fait, parce qu'elle ou une autre, c'est toujours pareil de toute façon. « Ce n'est pas mauvais d'être vidés comme nous le sommes, car maintenant que toutes les concessions sont faites, peut-être bien que l'éternelle bêtise de l'humanité voudra de nous, et que, semblables à nos concitoyens, nous aurons ainsi qu'eux le droit de vivre enfin respectés et stupides ! »
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sylvaine
  29 mars 2015
C'est en 1881 que Joris-Karl Huysmans publie En ménage. Ami de Zola , il sera invité par lui à rejoindre le groupe des cinq (Alexis Ceard Hennique et Maupassant.
En ménage est avant tout un constat désespéré sur le couple.
André ,l 'écrivain , et Cyprien , l'artiste peintre, sont des amis de bahut . Ils se perdent de vue et se retrouvent à intervalles réguliers . Ce soir là , au retour d'un diner familial, André découvre Berthe sa femme dans les bras de son amant . Patratras! tout son monde de petit confort s'écroule, il s'enfuit et le couple se sépare .
Difficile pour un homme ayant goûté à une vie familiale douillette de se retrouver seul au logis . Il perd le goût d'écrire et se retrouve à roder dans les rues de Paris ou à arpenter les pièces de son petit logis . Mélanie , son ancienne bonne, reprend du service et le gruge deréchef . Jeanne une ancienne maitresse revient pour mieux repartir .
Cyprien quant à lui clame et proclame son aversion du mariage il finira par se mettre en concubinage avec Mélie !
Bigre que ce roman est noir ! Plus noir que cela y a pas ou alors peu ! Que de propos misogynes éparpillés au fil des pages . Ah mon brave monsieur la femme n'est pas là et vous mourrez d'ennui à la merci de crises juponnières dont vous sortez anéantis et si elle est là elle vous inhibe , elle vous coupe l'inspiration , plus moyen de créer , plus de folies ; est- ce pour ces raisons que Huysmans se tournera vers la religion à la fin de sa vie ?
Mon ressenti : une magnifique écriture que je qualifierais de photographique, des descriptions de Paris en plein chambardement architectural un tableau vivant et précis de ces petites gens qui font vivre la ville et l'animent du matin au soir , bref un vrai roman naturaliste Par contre une thématique qui si elle reflète son siècle m'a profondément hérissée le poil ...
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Cathy74
  23 août 2019
Ah ça, c'est du roman noir ! Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir pour nos deux héros, André le littéraire timoré et Cyprien le peintre avant-gardiste et raté. Quant à leurs belles, bien des déboires les guettent en leur compagnie, empêtrés qu'ils sont dans leur rejet des mentalités bourgeoises fin de siècle, mais réfléchissant et agissant toutefois comme de bons machos, qui voient arriver la fin de leur jeunesse et se languissent d'une femme sachant soigner, cuisiner, réconforter, et surtout - la fortune n'étant pas venue - économiser les maigres ressources.
Contemporain et admirateur de Zola, Huysmans se rattachait au courant naturaliste. Pourtant, à la lecture de En ménage, les différences d'approche sautent aux yeux. Huysmans décrit la misère sociale avec une grande efficacité mais ne propose pas de remèdes. Zola est un irréductible optimiste, Huysmanns un incorrigible rabat-joie, même si l'écriture - volontairement ou non - dans les dialogues et les comiques de situations, égayent l'esprit du lecteur. Je pense, notamment, aux scènes où André se retrouve cocu et Cyprien, devenu papa du chat roux et caractériel de sa concubine-infirmière.
Le lecteur patauge dans un XIXe siècle coincé, bourbeux, craintif, adorateur des nouvelles technologies de l'époque et pourfendeur des idées morales et sociales nouvelles. C'est une autre lecture du XIXe, intéressante, où l'on voit la campagne décliner, les usines et les gazomètres envahir l'espace, les quartiers chics cadenassés et mutiques devant les premiers bidonvilles de Paris (prémices des désastres environnementaux et des difficultés toujours présentes d'une juste organisation sociale).
D'une belle écriture inventive, j'ai lu et découvert avec un grand plaisir (et mon dictionnaire à la main) En ménage, que je recommande.
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Kaya
  22 mai 2013
Je l'ai lu il y a quelques temps déjà, mais j'en ai feuilleté quelques pages ce weekend avant de passer mon examen sur JK Huysmans.
J'aime beaucoup les romans naturalistes, les Zola défilent les uns après les autres sur ma table de chevet, mais j'ai beaucoup aimé l'apport de Huysmans à ce mouvement littéraire. Sa prose est plus cynique, plus colorée, moins idéaliste : ça ne m'étonne pas que ce livre soit le préféré de son auteur!
Ce que j'aime chez Huysmans, c'est qu'il ne considère rien comme acquis : chacun de ses romans est différent, il prend des risques, il est audacieux.
Cela a été une merveilleuse découverte!
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Chrichrilecture
  16 novembre 2016
Nul
La version kindle est pleine de fautes de frappes, ce qui rend la lecture difficile/
Les personnages sont trop misogynies peut attachants et beaucoup trop d'humour noir
En conclusion a éviter
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
CharlesEdouardCharlesEdouard   20 septembre 2021
Comme jadis, elle versait de l'eau bouillante dans les verres et sur les couteaux pour les laver, et elle éprouvait des stupeurs énormes lorsque les uns se fêlaient et que les autres perdaient leur fil.
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colimassoncolimasson   11 août 2019
Et les jeunes filles donc ! Ces adorables récipients de chairs neuves où les vices transvasés des mères se rajeunissent ! Ah oui, parlons-en ! Il faut les voir quand elles remuent du pilon leurs jupes ! Le mouchoir sur les genoux et la moue au bec, elles sont là, se tortillant sur leur chaise, échangeant derrière les entrechats de l’éventail des ricochets de niaiseries sordides, chuchotant comme des galopines en classe, s’envolant tout à coup avec l’affreux bavardage des perruches qu’on lâche ! Puis, c’est le plongeon des graves révérences, c’est le nez qui se fripe et le dentier qui flambe, c’est des oui, maman, c’est des non, ma chère, c’est des patati, c’est des patata, c’est des rires futés, des éclats discrets...
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ChrichrilectureChrichrilecture   28 octobre 2016
Je me suis marié, parfaitement, parce que ce moment-là était venu, parce que j’étais las de manger froid, dans une assiette en terre de pipe, le diner apprêté par la femme de ménage ou la concierge ;
J’avais des devants de chemise qui baillaient et pendaient, leurs boutons de manchettes fatigués.
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colimassoncolimasson   06 août 2019
Tout en rattachant sa culotte qui s’était déboutonnée, Cyprien s’écria :
— Rester, pendant deux heures, dans un coin, regarder des pantins qui sautent, salir des gants et poisser des verres, se tenir constamment sur ses gardes, s’échapper, lorsqu’à l’affût du gibier dansant, la maîtresse de maison braconne au hasard des pièces, si tu appelles cela, malgré l’habitude que tu en peux avoir depuis que l’on t’a marié, des choses agréables, eh bien ! tu n’es pas difficile.
André haussa les épaules et, crachant le jus de tabac qui lui poivrait la bouche, dit simplement :
— Peuh, on s’y fait !
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colimassoncolimasson   26 août 2019
C’est égal, il y a des gens bienheureux. À table et au lit, ils obtiennent, en guise de fourniture et de réjouissance, en plus de ce qui leur est dû, un peu d’illusion ! Nous, rien du tout. Nous sommes les malheureux qui allons éternellement chercher au-dehors une part mesuré de fricot dans un bol ! Au fond, ce n’est pas réjouissant ce que je dis là. Mais aussi pourquoi André a-t-il des allures de bonnet de nuit. Il me navre à la fin des fins !
Ainsi que ces gens qui, voyant tout à coup sur l’affiche du théâtre où ils allaient acheter du rire l’annonce lamentable d’une relâche, contemplent désespérément les portes, Cyprien et André, après s’être attendus aux joyeuses féeries du vin, regardaient maintenant, atterrés, leurs verres.
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Videos de Joris-Karl Huysmans (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joris-Karl Huysmans
Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au mysticisme : Analyse spectrale de l'Occident (1968 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 16 mars 1968. Portrait de Joris-Karl Huysmans par Jean-Louis Forain, en 1878. Une émission préparée par René Louis. Assistante à la réalisation : Annie Cœurdevey. Avec le concours de Pierre Cogny (maître-assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen), Jacques Lethève (conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale), René Rancœur (conservateur au département des Imprimés), Marcel Thomas (conservateur en chef du département des Manuscrits) et Pierre Waldner (chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Poitiers). Et avec les voix de René Dumesnil et de l'abbé Jean Steinmann. Textes de Joris-Karl Huysmans lus par Édith Scob, Michel Bouquet et Jean Topart. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907. Huysmans naît le 5 février 1848 au 11 (actuel n° 9), rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En 1880, il collabore au journal "Le Gaulois", hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut un ami proche de l'abbé Mugnier. Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien du 31, rue Saint-Placide le 12 mai 1907, et fut inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse. En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, "Marthe, histoire d'une fille", qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles. La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, "L'Assommoir". Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme. Son deuxième roman, "Les Sœurs Vatard", qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature. Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé "Les Soirées de Médan", dans lequel il insère "Sac au dos", un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870. "En Ménage", roman publié l’année suivante, et surtout "À vau-l'eau", une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie ». Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.
Sources : France Culture et Wikipédia
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